^.^io ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. PARIS, IMPRIMÉ PAR FEUGUERAY, RUE DU CLOÎTRE SMNT-BENOIT , N® 4* ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, PAa MM. AUDOUIN, AD. BRONGNIART et DUMAS, COHPRENAVT LA PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , l'aNATOMIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES , LA ZOOLOGIE , LA BOTANIQUE, LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME NEUVIÈME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES IN-4*'- PARIS. CROCHARD, LIBRAIRE -ÉDITEUR, CLOITRE SAINT-BENOIT, N«» i6, IT KDE M SORBOSHB , ■*" 3. 826. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. Recherches expérimentales sur V Exhalation pulmonaire. Par MM. G. Breschet etH.Milne Edwards. (Lues à la Société philomatique , le aS juillet 1826.) La surface pulmonaire , comme chacun le sait , est non-seulement la partie du corps où l'absorption est la plus active , mais aussi celle par laquelle les principes gazeux ou volatils qui circulent avec le sang s'échappent au dehors avec le plus de facilité. En effet , l'haleine des personnes qui boivent des quantités considérables de liqueurs spiritueuses , prend bientôt une odeur alcoo- lique des plus marquées. Un grand nombre de médica- mens , tels que Téther , et l'assa-faetida; après avoir été portés -dans le torrent de la circulation , s'exhalent par la même voie. Des expériences très-curieuses de Nysten -prouvent que les gaz injectés dans les veines en quan- tités assez petites pour ne pas déterminer la mort, viennent se mêler à l'air expiré (i). Enfin, M. Magen- (i) Reclier cites de Physiologie et de Chimie-pathologique^ Paris ^^ i8i I , iû-S». , p. 145. IX. — Septembre 1.8 i6. i. (6) die a constaté que Feau , l'alcool , le camphre et le phos- phore , sont expulsés de l'économie animale de la même manière , c'est-à-dire, par l'exhalation pulmonaire (i). La grande abondance des vaisseaux sanguins qui viennent se ramifier dans les parois des cellules aériennes des poumons , est évidemment une des conditions d'où dépend celte exhalation active , mais elle ne suffit pas pour nous en donner l'explication. Tous les tissus de l'économie animale sont plus ou moins perméables aux liquides, et paraissent jouir de cette propriété à un degré d'autant plus grand qu'ils sont plus vasculaires -, on pour- rait donc conclure à priori que la surface pulmonaire doit être une des parties du corps qui livrent passage aux liquides avec le plus de facilité. Mais la connaissance de ce fait ne nous apprenait pas la raison pour laquelle l'exhalation ou passage des fluides du dedans au dehors est si rapide dans cet organe , qui est en même temps le siège d^un mouvement inverse ou d'absorption non moins active. L'explication de ce phénomène remar- quable restait donc encore à découvrir. Les expériences récentes d'un physiologiste Anglais , le docteur Barry , en nous éclairant sur le mécanisme de l'absorption, nous paraissent de nature à jeter quelque jour sur la question qui nous occupe. En effet ce savant a constaté qu'en soustrayant à la pression atmosphérique , à l'aide de la ventouse, une portion du corps, on em- pêche l'absorption d'y avoir lieu comme à l'ordinaire. Il est donc évident que cette pression agissant de dehors (i) Mémoire sur la Transpiration pulmonaire y Bulletin de la tS'o- ciété philomatique , 1 8 1 1 . (7) en dedans est une des causes qui influent le plus sur le passage des liquides par imbibition de la surface d'ap- plication dans l'intérieur des vaisseaux. Et puisque l'ab- sorption ne paraît différer de la simple exhalation que par la direction suivant laquelle le transport s'opère, il nous semblait assez probable qu'une pression agissant en sens contraire , c'est-à-dire , de dedans en dehors , devrait exercer sur ce phénomène une influence non moins remarquable. Or , le même mécanisme qui occa- sionne l'entrée de l'air dans les cellules pulmonaires , détermine à chaque instant le développement d'une force de ce genre. En effet, lorsque la cavité thoracîque est dans l'état de repos , l'air qui s'y trouve , contrebalance par son élasticité la pression exercée de dehors en dedans par tout le poids de l'atmosphère ; mais lorsque cette ca- vité se dilate, l'équilibre est rompu , et la force aspi- rante qui y fait pénétrer une nouvelle quantité d'air , doit agir avec une égale énergie sur tous les points de ses parois. Pendant l'inspiration, chaque cellule joue le rôle d'une pompe aspirante , et exerce une succion égale sur l'air extérieur avec laquelle il communique à tra- vers la trachée artère , et sur les fluides contenus dans les autres vaisseaux également en communication avec les parois. Serait-ce de l'action de cette cause toute mé- canique que dépendraient les phénomènes dont nous avons parlé plus haut , et qui ont fait regarder les pou- mons comme un émonctoire destiné à rejeter au dehors les substances volatiles qui se trouvent dans le sang , et qui pourraient être nuisibles à l'économie animale. C'est ce que nous avons cherché à déterminer à l'aide des expériences suivantes. (8) Après avoir divisé quelques anneaux de la trachée arlère sur un chien de moyenne taille et avoir introduit dans ce conduit un tuyau qui pouvait s'adapter exacr tcment au bout d'un grand soufflet , nous ouvrîmes lar- gement le thorax et nous pratiquâmes la respiration artificielle. Nous fîmes entrer l'air dans les poumons à l'aide du soufflet , et ensuite nous retirâmes cet instru- ment afin que l'organe respiratoire, en revenant sur lui- même parl'efret de son élasticité naturelle, pût chasser l'air ainsi introduit. Par ce moyen il nous était facile d'entretenir la respiration , sans diminuer ni pen- dant l'entrée , ni pendant la sortie de l'air la pression que supporte la surface interne des cellules pulmonaires. La circulation se continuait très-Lien , et l'animal ne paraissait pas beaucoup soufTrîr. Nous injectâmes alors dans la cavité périlonéale environ six gros d'alcool sa- turé de camphre \ un quart-d'heure après , l'air expiré ne donnait encore aucun signe do l'exhalation de l'une ou de l'autre de ces substances par la surface pulmo- naire. Nous dénudâmes alors les muscles larges de l'ab- domen , en ayant soin d'enlever les couches aponévro- liques qui les recouvraient , et nous y appliquâmes une ventouse à pompe. Pendant quelque temps il n'en ré- sulta aucun effet sensible 5 mais après avoir fait le vide dans l'instrument , à plusieurs reprises , l'odeur du camphre y est devenue manifeste , de même que sur la surface à laquelle nous l'avions appliqué. Cependant l'air expiré ne décelait nullement la présence de cette substance volatile. Pendant plus de trois quarts d'heure nous avons continué à pratiquer la respiration de la panière mentionnée plus haut , mais aucun signe n'a inT (9) diquë Texlialalion du camphre ou de Talcool par la surface pulmonaire. Ces substances devaient néanmoins avoir été portées dans le torrent de la circulation , car en appliquant alors une certaine quantité d'extrait de noix vomîque sur le tissu cellulaire sous-çutané de l'ab- domen , l'animal éprouva au bout de trois minutes les mouvemens tétaniques qui caractérisent l'action de cette substance vénéneuse. Dans une expérience comparative faite sur un chien de même taille, nous avons iujeclé par un procédé sem- ))lable la même quantité d'alcool camphré dans la cavité péritonéale de l'animal , mais sans interrompre l'action aspirante qui accompagne chaque dilatation de la cavité lhoraciq\ie *, trois minutes et demie après l'introduction du liquide dans l'abdomen , l'odeur de l'alcool commença à se faire sentir dans l'air que l'animal chassait de ses poumons , et au bout de six minutes celle du camphre est devenue également sensible. L'intensité de l'odeur communiquée à l'haleine du chien par l'exhalation de ces substances volatiles , augmenta bientôt d'une mâ- liière très - marquée , et persista pendant une heure, temps que dura l'expérience. Ces résultats étaient si concluans , que nous ne conservions plus aucun doute sur la vérité de l'hypothèse que l'analogie nous avait suggérée pour l'explication de la grande activité de l'exlialaticn pulmonaire. Mais afin d'établir ce prin- cipe d'une manière incontestable , nous résolûmes de répéter ces expériences et de les varier de différentes manières. Dans cette vue , nous avons injecté une petite quantité çl'hviile essentielle de térébenthine dans la veine cru- ( 10) raie d'un chien. A peine avions-nous fini celle opération que l'haleine de l'animal était déjà fortement imprégnée de l'odeur de cette substance , qui continua à s'exhaler rapidement par la surface pulmonaire pendant le peu de minutes que vécut l'animal ; en ouvrant la cavité de la plèvre on y reconnut de suite la présence de l'essence de léréhenthine j mais il ne se manifesta aucun signe d'une exhalation semblable à la surface du péritoine. Chez un autre animal de la môme espèce , on com- mença l'expérience par l'ouverture de la trachée artère , et l'introduction d'un tube métallique ^ on ouvrit ensuite le thorax de manière à déterminer l'afTaissement des pou- mofîs , et on pratiqua la respiration artificielle en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas déterminer d'aspiration pendant la sortie de l'air, et ou injecta de l'huile essentielle de térébenthine dans la veine crurale de l'animal^ comme dans l'expérience précédente. Bientôt après , l'odeur de celle substance commença à devenir sensible dans l'air expiré j mais en ouvrant la cavité pé- ritonéale, elle s'y manifesta avec la mêmeinlensilé,*enfin> * en incisant les muscles de la cuisse , nous les trouvâmes également imprégnés de l'odeur de térébenthine. Nous voyons donc que dans celle expérience , l'huile essentielle de lérébenihine, iDJectéedans les veines, s'est répandue également dans toutes les parties de l'économie \ la membrane muqueuse qui tapisse les poumons , de même que la membrane séreuse qui revêt les intestins , en ont été imbibées , et son exhalation n'a pas été sen- siblement plus rapide dans le premier de ces organes que dans le second. Ce résultat est analogue à celui que l'on obtient en poussant de l'essence de térébenthine dans le ( " ) système vasculaire d'un animal privé de vie. Dans Tex- périence précédente , au contraire, cette substance n'a manifesté sa présence que dans Tair expiré. Au lieu de s*exhaler sur toutes les surfaces où la circulation est ac- tive , elle paraissait attirée dans Tinlérieur des cellules pulmonaires , et s'échapper toute entière par cette voie. Dans ce cas , nous n'avions pas suspendu Tiiifluence de la force de succfon développée par les mouvemens înspiratoires , et qui nous a fait comparer les cellules dont nous venons de parler à autant de pompes aspi- rantes ; dans l'autre expérience , au contraire , nous avons détruit la seule cause qui paraît devoir attirer les fluides dans cette partie du corps plutôt que dans une autre. Si l'on injecte dans les veines d'un animal de l'huile grasse tenant eu dissolution du phosphore , l'on voit bientôt des fumées blanches sortir des naseaux et déceler la présence de cette substance combustible dans l'air ex- piré. Curieux de savoir si l'on pourrait empocher ce phé- nomène d'avoir lieu en détruisant l'espèce de pompe as- pirante que représente le poumon pendant la dilatation du thorax, nous ouvrîmes largement la poitrine d'un chien , et nous pratiquâmes la respiration artificielle de la manière indiquée ci-dessus ; ensuite nous injectâmes dans la veine crurale de l'animal une petite quantité de phosphore dissous dans de l'huile d'olives *, contre notre attente il se manifesta des fumées blanches dans l'air ex^ pire , et en appliquant une ventouse sur la surface exté- rieure de l'estomac, nous ne pûmes déterminer dans cette partie aucune exhalation sensible de phosphore. Ce résultat nous étonna d'abord , mais en y réHéchissant (12) nous en trouvâmes facilement la cause. En effet, M. Ma- gendie a constaté que les liquides visqueux , tels que les huiles grasses , injectés dans les veines d'un animal vi- vant , ne peuvent traverser les dernières ramifications de Tarière pulmonaire , et n'arrivent point jusque dans les cavités gauches du cœur. Il est donc évident que dans ce cas , l'huile phospliorée ainsi arrêtée dans les vaisseaux capillaires des cellules pulmonaires , devait recevoir à chaque contraction du ventricule droit une impulsion qui tendait à augmenter l'engorgement et à faire suinter le liquide à travers la substance des parties qui s'opposaient à son passage. Cette expérience, au lieu d'être en contradiction avec les résultats que nous avions oLlenus précédemment , comme on pourrait le penser au premier abord , tend au contraire à montrer dans tout son jour l'influence de la pression sur les phénomènes de l'exhalation. En répétant l'expérience dont nous avons rapporté les détails plus haut , et qui consiste à injecter de l'alcool camphré dans l'abdomen d'un chien après avoir ouvert largement la poitrine, afin d'arrêter tout mouvement d'aspiration dans les poumons , nous pratiquâmes la respiration artificieUe pendant cinquante-cinq minutes , sans que l'air expiré présentât le moindre indice de l'ex- halation du camphre ou de l'alcool par la surface de cet organe. Trente minutes après le commencement de l'ex- périence , nous appliquâmes une petite ventouse sur la face interne de la cuisse dont on avait enlevé les tégu- mens ; il ne s'y manifesta aucune odeur de camphre -, mais en appliquant à plusieurs reprises cet instrument sur les muscles de l'abdomen , préparé comme dans ( -3 ) la première expérience , Todeur de cette substance s*y fait sentir d'une manière très-marquée. Enfin , cène fut qu'au bout de plus d'une heure que l'un de nous crut apercevoir une légère odeur de camphre dans l'air ex- piré -, mais elle n'augmenta pas sensiblement pendant tout le temps que dura Texpérience. Nous voyons donc qu'eu empêchant la cavité ihora- cique de se dilater et de se resserrer alternativement , et d'exercer ainsi un mouvement d'aspiration chaque fois que l'animal veut introduire de l'air dans ses poumons , on empêche aussi l'exhalation d'avoir lieu dans cet or- gane plutôt que dans toute autre partie de l'économie. Lorsque les substances portées directement ou indirec- tement dans le torrent de la circulation ne traversent pas les tissus avec une grande facilité, elles ne viennent plus se mêler à l'air expiré , du moment où l'on arrête l'action qui nous a fait comparer la cavité thoracique à une pompe aspirante. Dans les animaux dont les cellules pulmonaires éprouvent à chaque inspiration une dimi- nution notable de la pression exercée sur leur surface interne . tandis que l'atmosphère les presse toujours éga- lement de dehors en dédans , ces mêmes substances viennent au contraire s'exhaler à la surface pulmonaire avec une rapidité très-grande. Lorsque les substances ainsi introduites dans les veines passent facilement à travers tous les tissus, comme cela a lieu pour l'huile es- sentielle de térébenthine , elles viennent dans l'inté- rieur des cellules pulmonaires , dans l'un comme dans l'autre cas ^ mais l'action aspirante de la pompe thora- cique, si je puis m'exprimer ainsi, rend cette exhalation si rapide que le liquide ne passe point par imbibition datis ( i4) les autres cavités du corps , où une force analogue ne la sollicite pas. En arrêtant cette action , nous voyons au contraire ces substances éminemment diffusibles , obéir seulement aux lois de l'imbibilion , et se répandre à- peu-près également dans toutes les parties de l'économie. Il nous paraît donc démontré que si les gaz et les substances volatiles , portées dans le torrent de la circu- lation , viennent s'exhaler à la surface pulmonaire plutôt que dans les autres parties du corps également pourvues d'un grand nombre de vaisseaux , cela dépend principalement de l'espèce de succion qui accompagne chaque mouvement d'inspiration. Cette action toute mé- canique , dont les effets sont si marqués sur les produits en quelque sorte accidentels de l'exhalation pulmonaire, influe-t-elle aussi sur les autres phénomènes de la res- piration ? C'est ce que nous nous proposons d'examiner incessamment. ( i5) Monographie des Globulaires ; Par M. J. Cambessèdes , , Membre de la Société d'Histoire naturelle, et Correspondant de la Société pbilomatique de Paris. ( Présentée à la Société d^Histoire naturelle le 4 août i8a6.) Une espèce de Globulaire que j'ai recueillie dans les montagnes de l'ile de Majorque m'ayant donné l'occa- sion d'examiner les espèces de ce genre < je me suis bien- tôt aperçu que la plupart de celles qui ont été décrites depuis la publication du Species plantanim de Linné doivent rentrer dans les anciens types. Les herbiers du Muséum , de MM. de Jussieu , Desfontaines , Gay , Kunth , Richard , m'ont fourni dès échantillons origi- naux qui m'ont permis de proposer ces réunions avec certitude. Je commencerai par décrire les caractères gé- nériques des Globulaires ; je donnerai ensuite l'histoire des espèces , je discuterai leur valeur; enfin je recueil- lerai ce qu'ont dit les auteurs les plus récens sur l'af- finité des Globulariées avec les autres familles natu- relles , et je joindrai à leur opinion quelques observa- lions que M. Adrien de Jussieu et moi avons faites à ce siget. Le genre Globularia est composé d'arbrisseaux peu élevés, de sous-arbrisseaux rampans, et de plantes her- bacées vivaces à feuilles alternes , souvent ramassées en faisceaux. Leurs fleurs sont réunies en grand nombre sur un réceptacle commun , convexe , garni de bractées, ( i6) dont les intérieures ont clé nommées paillettes , et les extérieures involucres» Les capitules sont presque tou- jours solitaires , terminaux ou plus rarement axillaires. Le calice est persistant , fendu jusqu'au milieu en cinq segmens disposés quelquefois en deux lèvres -, sa gorge est , dans la plupart des espèces , fermée de longs poils, La corolle est hypogyne , tubuleuse , bleue , le plus souvent à deux lèvres 5 son tube est cylindrique -, sa lèvre supérieure est divisée jusqu'à la base, entière ou avor- tée 5 l'inférieure est beaucoup plus longue , iridentée , trifide ou tripartite. Les étamines sont réduites au nom- bre de quatre par l'avortement constant de la supérieure ; elles sont insérées au sommet du tube de la corolle , çl alternent avec ses segmens ; les deux supérieures sont plus courtes et attachées un peu plus bas que les infé- rieures 5 les anthères sont insérées au milieu du dos , et uniloculaires. L'ovaire est libre , à une loge renfermant un seul ovule pendule. Le style est filiforme , émarginé au sommet , persistant. Le fruit est une cariopse ovoïde, contenant un embryon droit , à radicule supérieure , en- touré d'un périsperme charnu. Les anciens auteurs ont donné indistinctement le nom de Globulaire à des plantes qui n'avaient entre elles qu'une analogie de port très-éloignée , et dont on cher- cherait vainement les rapports naturels. Tournefort , en séparant des vrais Globularia la plupart de ces espèces étrangères , les conlV>nd encore avec les Protea. Linné est le premier qui ait fixé les limites du genre ^ tel que nous l'admettons aujourd'hui -, iFdécrit dans son Spccies sept espèces , savoir: G. nudicaulis , spinosa ^ bisna^ garica , vulgaris , cordifolia, orientalis et afypum. ( 17 ) Toute» , à Texception du G. bisnagarica (i) , mëriicnt d'être conservées. M. de Lamarck établit dans son Dictionnaire trois espèces nouvelles : G. linifolia, nana, et salicina, La première , qui est la même que le G. cœspitosa d'Or- tega, n*est qu'une variété du G. spinosa de Linné, dont elle ne diffère que par quelques caractères peu impor- tans tirés des feuilles , organes qui varient souvent sur le même individu* La seconde a été réunie par M. Ber- toloni (2) au G. cordifolia de Linné. J'avais d'abord cru devoir rejeter cette opinion , me fondant sur la dif- férence que j'avais remarquée dans les corolles de ces deux formes. En effet , dans le G- mina , la lèvre infé- rieure est trifide , tandis qu'elle m'a paru fendue con- stamment jusqu'au-dessus de la base dans le G. cordi- folia : ce caractère , joint à celui des feuilles beaucoup plus larges dans le dernier, m'aurait déterminé à me ranger de l'avis de M. de Lamarck , si l'examen du G. nudicaulis ne m'avait prouvé que la corolle offre dans les Globulaires des variations remarquables. Dans cette dernière espèce , la lèvre supérieure est tantôt entière- ment nulle, tantôt très -petite et divisée jusqu'à la base en deux lobes distincts. Celte observation a dû , non- seulement fixer mon opinion sur les G. cordifolia et nana , mais encore sur la valeur du genre Alypuin , (i) Aucun auteur n'a vu le G. bisnagarica de Plukenett ; il me parait impossible , d'après l'inspection de la figure ( Almagcst. , tab. 58, fig. 5), d'affirmer que cette plaute appartienne au genr e dont nous nous occu- pous. (a) Amotn. liai. , p. 335. IX. :3 ( '8) indiqué par M. de Lamarck (i) et proposé par M. Fis- cher (2), pour les G. aljpum et salicina, dont toute la diflerence avec le Glohularia consiste dans la corolle unilabiée ; je dois ajouter que dans un grand nombre d'échantillons du G. aljpum , provenant du midi de la France , des Baléares , des côtes de Barbarie , d'Egypte, et de Perse , j'ai toujours vu la corolle bilabiée ; la lèvre supérieure est , à la vérité , extrêmement petite , et je suis loin de nier qu'à l'exemple de celle du G, nudi- caulîs , elfe ne puisse être sujette à avorter entièrement. La troisième espèce décrite dans le Dictionnaire ency- clopédique est le G. salicina, à laquelle je conserve ce nom, comme plus ancien que celui de longifolia, qui lui a été donné depuis par M. Aiton (3). M. Viviani (4) a publié sous le nom de G. incanes- cens une jolie petite espèce qui habite les montagnes de la Toscane , et que j'ai vue dans l'herbier de Tournefort sous le nom de G. alpina minima origani foUo. Cet auteur porte ainsi à huît le nombre des Globulaires. On sait , d'après les synonymes donnés par Villars , que son G. minima (5) n'est autre chose que le G. cor- difolia de Linné. On doit aussi réunir à la variété p de cette dernière espèce ( G. nana Lam.) le G. bellidifo- lia de Tenore (6), dont j'ai examiné des échantillons en- voyés par l'auteur lui-même à MM. Desfontaines et {i) Dictionnaire encyclopédique , ii {1786), p. ^SS. (a) Cat. Hort. Gorenk. (i8ia) , p. 19. (3) Hort. Kew. , éd. i» (1789) , i, p. i3o. \^) Flor, Ital. Fragm. , fasc. i, p. i , tab. 3. (5) Dauph. , II , p. 398. (6) Flor. JYap. Proil, , p. xi , tab. ex. ( '9 ) Gay, et probablement le G. punctala (i) , dont M. Ar- notl a observé un échantillon imparfait dans l'herbier de M. de Lapeyrouse , et qui ne diffère pas selon lui du G. nana. L'auteur de la Flore des Pyrénées donne , il est vrai , à son espèce le synonyme de G. alpina mini- ma origani folio Tourn. , qui , comme nous venons de le voir, doit être rapporté au G. incanescens , xn^is celle erreur avait déjà élé commise par M. de Lamarck lui-même au siget de son G, nana. Rien n'est plus difficile que d'assigner une place aux Globulaires au milieu des nombreuses familles que ren- ferment les plantes monopétales -, les auteurs les plus judicieux n'ont émis leur opinion sur ce point qu'avec doute. M. de Jussieu (2) , frappé de leur organisation particulière , qui les éloigne plus ou moins de tous les ordres naturels qu'il a fondés , se borne à indiquer leurs affinités éloignées avec quelques-uns d'entre eux, et les place à la suite des Lysimachiées , quoiqu'il les regarde comme très-distinctes de ce groupe. M. de Lamarck (3) est le premier qui ait proposé la famille des Globulariées , mais il réunit sous ce nom cinq genres très-différens du Glohularia, Les trois pre- miers , Protea , Banksia et Brabeium , appartiennent aux Protéacées-, le Brunia constitue aujourd'hui la fa- mille des Bruniacées de MM. Robert Brown et Adolphe Brongniart^ enfin le genre Stilbe , dont M. Adrien de Jussieu et moi avons examiné récemment l'organisation, (i) Lapetb., Abr. Pyr, ,p, 5^. (3) Gênera plantarum,p. 97. (3; Dictionnaire , n , p. jS». (20) a quelques rapports avec les Globulaires par ses corolles monopétales , ses étamines alternes avec les segmens de la corolle , au nombre de quatre par l'avortement de la supérieure ; mais il s'en éloigne par ses ovaires à une ou deux loges , contenant dans cliacune un ovule dressé : ce caractère le distingue des Sélaginées, dont il a le port , et paraît le rapprocher des Vcrbcnacées. M. de Candollc (i) maintient les Globulariées au rang de famille, et , suivant l'exemple donné par M. de Jussieu, il les range auprès des Primulacées, en faisant toutefois observer les rapports qui les lient aux Dipsa- cées. M. Auguste de Saint-Hilaire (2) insiste d'une manière plus précise sur celte affinité , et pense qu'on doit placer ces deux familles auprès l'une de l'autre. Cette opinion devait être adoptée avec d'autant plus de facilité à celte époque , que l'on croyait , d'après les observations les plus récentes (3) , que les Dipsacées avaient un ovaire libre de toute adhérence avec le calice. M. de Saint-Hi- laire avait fait lui-même plusieurs observations qui le portaient à admettre ce caractère dans quelques-unes des espèces du genre Scabiosa : mais M. Côulier (4) dit formellement que l'ovaire de ces plantes est toujours soudé avec le calice , du moins par le sommet. Dans cet état de la science , et désirant fixer notre opinion d'après des observations qui nous fussent pro- (i) Flore française , m , p. 4^7 î Tliéorie élémentaire , p. a 18. (2) Mémoire sur le Placenta central libre , p. 7 et 8. (3) DC, F/.//-., IV, p. 221. (4) Monographie des Dipsacées ^ p. ii. ( 21 ) prés , nous avons ouvert , M. Adrien de Jussieu et moi, les calices du Knautia orientalis , et de dix-sept es- pèces de Scabieuses. Dans le premier de ces genres , nous avons trouvé un ovaire entièrement libre de toute adhérence avec le calice , mais ce dernier organe deve- nant plus étroit vers le sommet , embrasse la base du style , et se soude avec elle. Dix espèces de Scabieu- ses (i) nous ont présenté la même organisation; une autre (2) nous a offert des ovaires libres dans leur jeu- nesse , et adliérens vers leur maturité ; enfin les six der- nières (3) possédaient des ovaires soudés dans toute leur longueur avec le calice; mais cette adhérence pouvait être détruite facilement par l'introduction d'un instru- ment quelconque entre les deux organes. La soudure de l'ovaire , dans les Dipsacées , ne nous a donc paru qu'un accident de peu de valeur produit par le développement plus ou moins grand des parties de la fructification. Le double calice que l'on observe dans les plantes de cette famille ne saurait être un obstacle à leur rapprochement des Globulariées , puisqu'il est prouvé que cet organe est un involucre dans lequel on trouve quelquefois plus d'une fleur (4). Ces considérations m'engagent à adopter dans son entier l'opinion émise par M. de Saint-Hilaire, et à considérer par conséquent les Globulariées comme tenant de plus près aux Dipsacées qu'à aucune autre fa- mille du règne végétal. (1)1$*. columharia , hanatica, sicula, Biebersteinil , syluatica^ proli,-^ fera , amœna , sLellata , caucasica et hybrida. (2) S. granUniJblia. (3) S. tatarica , ari^ensis y cretica , monUina y uniseta et syriata^ (4) CooLTi» , Mémoire sur les Dipsacées , p. 6. ( ") Il est encore un autre groupe avec lequel les Globu- laires ont quelques rapports trop intimes pour que je néglige de les mentionner ici , c'est celui des Sélaginées. Nous trouvons en effet dans la plupart des plantes de celte famille un calice à cinq segmeus 5 une corolle liy- pogyne, tubuleusc; à deux lèvres inégales 5 quatre éta- mines didynames , insérées vers le sommet du tube de la corolle; enfin des anthères uniloculaires (i); mais nous observons en même temps un ovaire h deux loges. Ce caractère et celui de l'inflorescence me paraissent suffi- sans pour éloigner les Globulariées des Sélaginées. La plupart des espèces dont je fais l'histoire habitent les parties tempérées et chaudes de l'Europe; l'Alle- magne, l'Italie , la France , l'Espagne. Le G. "vulgansy qui est l'espèce qui s'étend le plus au nord , est indiqué jusqu'à Dantzik et dans l'Ingrie ; le G. aljpum abonde lans la région méditerranéenne : on le trouve à l'orient isqu'en Perse; le G. orientalisna encore été observé que dans l'Asie mineure. Enfin le G. salicîna est origi- naire des îles Canaries. GLOBULARIA. Globularia Linn. , Juss. ; Globularia et Aljyiim Fîscli. (i) Je tliflère de Topinion de M. Choisy (JHémoire sur la famille det Sélaginées y p. 6), qui regarde les antlières des Sélaginées comme bilo- culaires ; je les ai vues h une seule loge dans le S^ corymhosa , et la des- cription même de M. Choisy me porte à croire qu'il en est ainsi dana les autres plantes de cette famille. On se rangera , je Pespère , de mon avis si l'on fait quelque attention au mode de déhiscencc de l'aulhùrc, et si Pou observe qu'il n'existe aucune trace de cloison. (23) Flores in receptaculo commun! aggfegali , numerosi, cnpîtiilis solitariis (in sola ù. orie/if«/i ad apicem ra- morum congeslîs), lerminalibus , rarissime axillaribus. Receptaculum convexum , paleaceura, paleis falcato- inflexis ; exterioribus ( iuvolucro) paulè majoribus , pliiriserialibus. Calyx pcrsistens , 5 fîdus -, segmentis a^qualibus , ra- riùs bilabiatis ; liibo seqiiali , anlhesi peracla lelragonô ; fjiiicc pi lis clausâ (in sola G. uudlcauli uudâ). Corolla hypogyna , cjerulea , tubulosa , bilabiata , rariùs (labio superiore déficiente vel poliùs aborlivo) unilabiata; lubo aequali , cylindrict» ; labio siiperiore minore , saepissimé biparlito, in G. incanescente inlegro, in G. aljpohi- fido ; inferiore longiore , tripartito , trifido , vel iriden- lato. Stamina (quinlo superiore déficiente) 4 •> summo lubo inserta , segmentis alterna, inaequalia, duo supe- riora paulôa breviora \ antberae medio dorso inserlae , «ubreniformcs , longiludinaliler déhiscentes , iinilocu- lares ! Ovarium liberum , uniloculare -, ovulo unico , pendulo. Sljlus filiformis , apiceemarginatus. Fructus • Caryopsis stylo persistente roslrata -, perispermium car- nosum *, embryo rectus , axillaris j radicula supera , co- tyledones ovatas subjequans. Frutices, suffrutices humilcs vel herbœ perennan- tes^foliis alternis, sœpè quasi fasciculatis . I. GlOBULARIA STJDICAULIS. G. herbacea , foliis spalluilatis , uninerviis, iutegerrr- mis ; calyce biiabialo , fauce nudà ! coroljà bilabiata , labio superiore rudiinentali vel aborlivo, inferiore pro- fundè trifido. (=4) G. nudicaulis Liirir. Spec. plant. , p. i4o et auct. ' Hab. in toto Alpium jugo , a D.elphÎDatu usquè ad Austriam. Rarior in Pyrenœia. In regno Neapolitano {Tenore). ip Floret junio, julio. (V.S.S.) Caulis herbaceus , ereclus. Folia radicalia longa , oblongo - obovaU , «pîce integerrima , in petiolum gradatlm attcnuata, ùninervia, caulina paucissima (3-5) , minima, sessilia, lineari-lanceolata. Infolucri foliola ovato-lauceolata , acuta , 5-uervia, glabra, margine ciliolulata. CaZ/a: breviter 5-fidus , bilabiatus ; tubo tetragono, obpyramidato , extùs ad augulos latérales ciliolulato ; fauce uudâ ; segmeiitis ovatis , acutis , margine ciliolulatis. CoroUa bilabiata , labio superiore rudimcntali bi- partitq , vel ssepiùs , labio superiore abortivo , unilabiata ; inferiore piH)- fundè trifido, muUô longiore. Ohs. M. Gay a recueilli dans les Pyrénées , entre le lac de Gaube et le pied du Vignemale , à environ mille toises d'élévation , une forme très-remarquable de cette espèce -, sa hauteur totale ne dépasse pas deux pouces 5 ses feuilles radicales , au lieu d'être entières , sont légè- rement émarginées au sommet ^ sa fleur ne fournit au- cun caractère qui permette de la signaler comme dis-» tincte. 2. Globulakià spiNOsA (tab. 4o). G. herbacea , foliis spath ulatis , 3-5-nerviis, apice 3-7-dentatis \ calyce bilabiato j coroUâ bilabiata , labio superiore bipartito , inferiore trifido. a. Foliis radicalibus 5-^-dentatis , dentibus minimis acutis. G. spinosa Likn. Spec. plant., p. 189 j Lam. ! Dict, , 11, p. 781 et auct. (V. S. C.) p. Foliis radicalibus profundè 3-denlatis seu integris,, apice mucronatis. (35) G. linijolia Lam.! Dict. , n, p. 73i , excl. sy^noQ. PtuKEv. ; G. c««- pitosa Orteo. (V. y. S. et S. C. ) Hab. et in montibus Granadse ; yS ia Hispauiâ (^Lamk) , in montibitf insulae Majoris. 'if JVIajo floret. Hadix percnnis , crassiuscula , fusca. Caulis basi veterum foliorum cicatricibus exaspe^atus, simples, pedalis etultrh, folîosus, subascen- (lens , striatus , glaberrimus , lacvls. I^olia coriacca , glaberrima , laevia , glauccscentia; radicalia numcrosa , 3->5-nervia (nervis pal miner viis , dorso prominulis) j 3-4 uncias longa ; limbus ellipticus , i6- aa lineas longus , saepissimè apicc profundè tridentatus dentibus acutis , rariùs 5-7-dentatus dentibus inferioribus minoribus , vel integer apice mucro- natus ; petiolus limbo paulô ioDgior, basin versus attenuatus ; caulina 10- 14, subaKjuidistantia , alterna, sessilia , lanceolata , acudainata, inferioribus unciam longis , 3 lineas latis , superioribus gradatlm brevio- ribus. Inuolucrum polyphyllum , foliolis triplici quadruplicive série imbricatis , lineariu^j\*.ti. Frutex ertciws y ramosus. Folia lanceolata, inlegerrima , apice acu- tiuscula , basi in pctiolum brevem attenuata. Capitula iu apicibus ra- morum axillaria, pcdunculo foliis breviore , villoso-tomentoso , 3-4 foliis minimis squaniiformibus instructo. Inuolucrl foiiola ovato-oblon- ga , obtusa , dorso glabriuscula , margine longé oiliata , bracteis ovato- lanceoiatis , acutis , ciliolulalis. Calyx profundè 5-Adus , villosus, pilis (3o) longis , albîs ; tubo brcvi ; segmentîs filiformibus , subulatis , longè ci- liatis. CoroUa , labio superiore déficiente , unilabiata ; tubo incluso \ la- bio inferiore proAiodè tridentato. Globulariarum clauis analjtica. rHerbacesB • a. '' l Frutescentes 5. f Calycibus bilabiatis ^, ' (Calycibus aeqnalibus 4* 9 f Fauce nudâ Nudicaulis. * ^ Fauce pilis clausâ Spinosa. / f CoroUâ 5-ndâ Volgaris. ^' l CoroUâ 4-fidà Incanesceks. g JSufFrutex humilis humifusus Cordifolia. ' ) Frutices 6. g rCapilulis pluribus confertis Orientai,i8. ' ICapitulis solitariis 7. f Pedunculis terminalibus Altpum. *' I Pedunculis axillaribus Saligiiva. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche XL. Globularia spinosa , /S , Nob. de grandeur naturelle. I . Fleur vue de côté. 9. Corolle ouverte , dont le tube a été coupé transversalement au- dessus de sa base. 3. Calice vu de face. 4. Calice et ovaire coupés longîtudinalement* 5. Anthère non ouverte y vue en dessus , avec son filament. 6. Id. vue en dessous. 7. Id. en état de déhiscence. Planche xli. Fig. 1. GtOBULARIA VULGARTS Lïnn. I. Fleur vue de côté. ( 3i ) a. Corolle entière. 3. Corolle ouverte, dont le tube a, été coupé transversalement au- dessus (le sa base. 4. Anthère non ouverte , vue en dessus , avec son filament. 5. Id. vue en dessous. 6. Ovaire* 7. Calice et ovaire coupés longitudinalemcnt. 8. Fruit. 9. IJ. coupe longitudinalemcnt. 10. Embryon séparé de ses enveloppes ; cotylédons écartés artificiel- lement. 11 . Foliole de Tinvolucre. 13. Paillette du réceptacle. Fig. II. Globulabià oributàlis Linn. de grandeur naturelle. 1. Fleur vue décote. a. Folioles de l'involucre. 3. Fruit. 4* Id* coupé longitudinalement. Recherches pour sentir à l' histoire naturelle des Cantharides ; Par M. Victor Audouin. (Lues à PAcadémie des Sciences le lundi 3 septembre i8a6. ) Ce serait confiner l'entomologie dans un cadre bien étroit que de la faire consister dans un simple arrange- ment méthodique qui n'offrirait à la vue qu'une série d'espèces remarquables par l'éclat de leur enveloppe, et ne présenterait à l'esprit qu'une nomenclature aride. Celle science , par la nature des objets dont elle s'oc- cupe , réclame plus qu'aucune autre une investigation (30 attentive, persévérante, et plusieurs fois répétée. En effet, on calculerait difficilement, à moins d'en avoir fait l'épreuve , combien il faut de travail , de circon- stances heureuses et de temps pour arriver à connaître dans un seul insecte , et aux diverses phases de sa vie , tous les traits de son organisation , tous les caractères de ses mœurs , toutes les singularités de ses habitudes , et si Ton se figurait la quantité innombrable de ces pe- tits êtres dont le genre de vie est si différent , non-seu- lement entre eux , mais par rapport à eux-mêmes , aux époques de leurs métamorphoses , on ne serait plus sur- pris d'apprendre que leur histoire, tant générale que par- ticulière, n'a pu être encore qu'ébauchée. Disons plus , il n'en existe peut-être aucune de réellement complète sous tous les points de vue que nous avons indiqués. Celle des Abeilles a commencé avant Aristote , et elle n'est pas totalement finie , malgré les recherches de Swammerdam , Réaumur _, Bonnet , Schirach , Hu- ber, Latreille et de tant d'autres. Au reste , ne voit-on pas à chaque page de nos livres d'entomologie que tel insecte bien connu à l'état parfait n'a jamais été étudié à celui de larve-, que telle larve au contraire, dont les mœurs ont été observées dans les moindres détails , n'a pu être vue sous la forme de nymphe 5 qu'enfin telle nymphe exactement décrite provient on ne sait de quelle larve , ou produira on ne sait quel insecte. D'au- tres fois , et le plus souvent , c'est l'organisation qu'on ignore complètement dans l'une ou l'autre des trois périodes. Il faut donc s'élancer avec ardeur, et de toutes parts, dans la carrière de l'observation , afin d'arriver, par le (33) ronconrs des travaux , à un ensemble de rcsullats qui» les elTorls d'un seul pourraient rarement atteindre. C'est pour remplir raoi-môme la tâche que j'indique, que j'ai l'honneur de soumettre au jugement de l'Académie la partie anatomique d'un travail assez étendu sur les Can- iha rides. Ces insectes, si éminemment utiles dans l'art de gué- rir, étaient restés comme inaperçus par les naturalistes^ les espèces abondaient dans les collections : on en re- cevait de toutes les contrées •, le midi de l'Europe , la Grèce, la Chine, les Indes, les deux Amériques en fournissaient un grand nombre , toutes extrêmement va- riées , et personne , depuis les essais de Fabricius et d'Olivier, ne s'était attaché à les faire bien connaître. J'ai donc pensé qu'on accueillerait avec quelque in- térêt un ouvrage dans lequel je me suis proposé de don- ner non - seulement une description des espèces , mais d'esquisser le tableau de leurs mœurs et de tracer les principaux traits de leur organisation. J'ai parlé aussi avec détail des services que la Médecine a su tirer de ces animaux , «t l'on conçoit qu'en considération de leur importance j'ai dû trouver encore plus de charme à m'occuper df',^UX et à devenir_leur historien.^ $ V\ Organisation extérieure. L'organisation extérièui'e des Caniharides se trouve décrite dans tous les ouvrages d'entomologie ^ je n*en parlerai que pour noter quelques particularités curieuses que j'ai observées. Les mandibules de la Canlharide vésîcatoire , espèce IX. 3 (34) h laquelle se rapportent toutes les descriptions de ce Mémoire, sont fortes et semblables entre elles. Vues dans leur position naturelle, elles semblent terminées en pointe ; mais si on les examine en dedans et dans un certain sens , on s'aperçoit que ce qui paraissait être une pointe n*est autre chose que le profil d'une lame tranchante. Elles n'ont aucune dent , et offrent seule- ment à leur base un tubercule circulaire et aplati , qui s*appuie sur un tubercule semblable du côté opposé. Un peu au-dessus , et sur le bord interne de la mandibule , existe une forte échancrure ou entaille quadrilatère , qui , de même que les parties qui viennent d'être dé- crites , avait échappé aux entomologistes. Elle est rem- plie par une membrane tendineuse jaunâtre qui occupe en partie le côté interne de la mandibule. Olivier (i) l'a fait sentir dans les figures grossières qu'il a données des parties de la bouche des Caniharidés. Les mâchoires sont en partie cornées et en partie membraneuses-, plusieurs pièces concourent à les for- mer 5 leur nombre et leur figure sont exactement rendus dans nos dessins , ce qui nous dispense dT entrer ici dans de plus amples détails. Observons cependant que leur côté interne est divisé èW deux lobes metiribraneux poi- lus , et que leur bord externe support*^ u^ palpe de quatre articles j le premier est très - court , lô second et le troisième sont à -peu près égaux, le de;rnier est plus gros , plus allongé et ovalaire. La lèvre inférieure offre aussi plusieurs pièces qui , au lieu d'être distinctes et manifestement articulées (i) Entomologie y t. m, no /jG, pi. i, fig. i hh. ^ ^^ ) fentre elles , sont réunies par une sorte de membrane commune , assez consistante , et cornée dans certains points de son étendue. Notre figure indique cette tiispo- sition. Les palpes de la lèvre inférieure sont plus courts que ceux des mâchoires. On ne leur compte que trois articles : le premier très-petit , le second plus long , le troisième court et tronqué. Le thorax n'offre pas de différences essentielles avec celui des autres insectes coléoptères. Le prothorax , ou corselet , est assez petit , carré et moins large que Fab- domen. Les élytres sont longues et flexibles; elles recouvrent des ailes membraneuses et transparentes. Les pattes , qui sont glabres et grêles , ont des tarses filiformes , garnis eu dessous de poils serrés et terminés par une double paire de crochets cornés , assez longs , très -recourbés. On compte cinq articles aux tarses des Aèux premières paires de pattes , et quatre seulement à ceux de la paire postérieure ; c'est le caractère de la sec- tion dite des Hétéromères , à laquelle appartient le genre Cantharide. Les pattes offrent aussi une disposition très - remar- quable qui ne me semble pas connue. Quand on exa- mine avec soin celles d'une Cantharide femelle , on dis- lingue dans toutes , au point de jonction de la jam])e et du tarse , deux petites épines mobiles. Le mâle présente le même caractère aux deux paires postérieures , mais la première est bien différente ♦, au lieu de deux épines placées sur les côtés , il n'en existe qu'une seule , com- primée , forte , tranchante , et située sur la ligne moyenne. Indépendamment de cette particularité , on '- (36) voft que le premier article du tarse , qui dans la fe- melle n'offre rien de bien singulier , se trouve ici très- échancré , de telk sorte que Topine , en s'appliquatit contre lui , ferme exactement son échancrure et la con- vertit en trou. Nous verrons ailleurs le motif de cetie disposition.. § II. Organisation intérieure, nV SYSTÈME NERVEUX. Il existe dans tout animal articulé un système ner- veux qui , prolongé longitudinalemenl à la partie infr»- rieure et moyenne du corps , se compose d'une série plus ou moins nombreuse de ganglions réunis entre eux par un double cordon nerveux. Tous les nerfs qu'on aperçoit dans le corps , et qui pénètrent dans les parties les plus délicates , après s*être divisés en ramuscules imperceptibles , ont leur origine à ce double cordon , et naissent particulièrement des renflemens noueux qui l'interceptent. Les ganglions sont plus ou moins nombreux; ils présentent, sous ce rapport , des différences très-sensibles , et , cbose eu* rieuse, ils varient dans un même individu aux diffé- rentes périodes de son existence. C'est ce qu'on voit dans les chenilles , ou les larves comparées à l'insecte parfait. La Canlliaride vésicaloire m'a offert, indépendam- ment du cerveau, qui est bilobé, huit ganglions. Le pre- mier a une forme assez particulière : il est situé dans la tète et semble résulter de la jonction des deux cordons (Î7) nerveux que le cerveau fournit en arrière , et qui , en se dirigeant à la partie inférieure, embrasseiit Tœso* phage en manière de collier. Ce premier renflement cé- phalique ou sous-œsophagien ne nous a paru donner aucun autre nerf que les deux cordons longitudinaux servant à le réunir au ganglion qui lui est postérieur. Ce ganglion et les deux qui suivent appartiennent au thorax. Il existe donc , pour cette partie du corps , trois ganglions , de même qu'il existe trois anneaux et trois paires de pattes. Beaucoup plus développés que ceux de Tabdomen , les ganglions thoraciques fournissent de chaque côté plusieurs nerfs 5 quelques filets prennent aussi naissance au double cordon longitudinal , et tous se portent aux parties situées dans le thorax , particuliè- rement aux muscles des ailes et des pattes. Les gan* glions du thorax appuient sur autant de pièces particu-^ lières , les entothorax ^ qui sont de véritables vertèbres , en ce sens qu'ils protègent et isolent le système nerveux. L'anatomie de la Cantharide m'a fourni un fait dont je ne connais encore aucun exemple." Les deux cordons qui réunissent le second ganglion du thforax au troi- sième s'entreci-oisent vers le milieu de leur trajet. Celui qui naît à droite du ganglion du mésothorax s'insère au côté gauche du ganglion du mélathorax , et la même inversion se remarque pour le cordon opposé. Dans cet entrecroisement , les deux cordons restent libres , ce qui rend le phénomène plus sensible. Cette disposition me surprit tellement , que j'employai tous mes soins à la constater et à bien examiner si ella n'était pas due à «pielque accident. Je restai convaincu qu'elle était natu- relle. Mou ami /!/. Guérin , qui véviiiaii à fur et. mç- (38) 6ure mes observations , a vu exactement de même. Le fait est donc certain 5 mais je devrai disséquer d'autres Individus 'pour établir s'il est général ou simplement accidentel (i). Les ganglions de Tabdomen , au nombre de quatre , sont distans les uns des autres , et réunis par des cor- dons très-grêles. Le premier mérite à peine qu'on le signale , à cause de son peu de développement 5 il n'en fournit pas moins des nerfs nombreux. Le second a plus de volume ; il donne également naissance à un faisceau de filets nerveux. Le troisième est encore un peu plus gros , et il se dis- tingue par une organisation déjà visible dans celui qui précède. Il se compose de deux parties : l'une , infé- rieure , allongée , aplatie , devant être considérée comme le ganglion proprement dit , puisqu'elle fournit et reçoit les cordons intra-ganglionuaires , et que , de plus , elle donne naissance aux filets nerveux latéraux 5 l'autre , supérieure , consistant en un bouton arrondi , pourvue d'une sorte de pédicule très -petit, qui la fait adhérer au ganglion : il n'en part aucun nerf. Cette disposition , pour qu'on la saisisse , doit être vue de profil. Nous la- vons représentée dans ce sens. Le quatrième ganglion abdominal , ou le dernier, est le plus singulier de tous ; on lui reconnaît bien les deux parties que j'ai décrites , c'est-à-dire le bouton et la base §ur lequel il est fixé , ou le ganglion proprement dit j mais ce ganglion est ici remarquable par son développe^ (i) LUndividu qui a fourni à cette description était un mâle. (39) ment. Qu'on se figure une petite pyramide quadrilatère ^ couchée sur une de ses faces , et Ton aura une idée très- exacte de sa forme. Le sommet de cette pyramide , ren- versé et dirigé en avant , se trouve masqué par le petit bouton de substance nerveuse ^ la base regarde en ar- rière , et de ses quatre angles partent , en droite ligne , autant de nerfs qui se divisent en de nombreux filets : tous se portent en arrière et se distribuent essentielle- ment aux organes copulateurs , en formant une sorte de queue de cheval très-curieuse à voir , et qui se trouve augmentée par un cinquième filet principal que je n'ai vu qu'à gauche : il naît du corps même de la pyramide. Les organes essentiels de la génération , particulière- ment les testicules (i), reçoivent leurs nerfs, non plus de la base de la pyramide , mais de son corps \ ils ep naissent à angle droit et les pénètrent immédiatement. A l'occasion du système nerveux , et pour compléter cette étude , je signalerai à l'attention des anatomistes un fait que j'ai eu occasion d'observer sur un autre indi- vidu. J'avais ouvert une Cantharide par le dos, et j'a- vais mis à nu dans le thorax le vaisseau dorsal , lorsque j'aperçus de chaque côté de cet organe un filet blan- châtre très-grêle , qui lui semblait accolé : je l'avais d'a- bord pris pour une ramification trachéenne , mais je fus promptement détrompé , et je le reconnus pour un nerf. L'ayant suivi avec soin , je le vis s'engager dans le pro- thorax , 'puis dans le trou occipital ; je continuai avec beaucoup de soin cette dissection , et je pensais trouver (i) Je rappelle que c'est sur un iudiviilu mâle que j'ai fait mes observa- Lious. ( 4o ) Bientôt son origine au cerveau , quand je rencontrai un petit ganglion nerveux très -distinct. Les deux filets nerveux, dont j'avais conservé la trace, y aboutissaient^ ou plutôt ils y avaient leur origine. Je mis de toutes parts à découvert ce ganglion , je me convainquis qu'il n'adhérait pas immédiatement au cerveau 5 je reconnus en outre qu'il fournissait antérieurement deux autres fi- lets très-grêles que je vins à bout de suivre jusque dans le chaperon : il me sembla qu'ils s'y engageaient. Quelque isolée et incomplète que soit celte observa- tion , j'ai cru devoir en parler, ne fût-ce que pour éveil- ler l'attention des anatomisles et des physiologistes sur l'existence de ce double système nerveux dans les in- sectes auquels on n'en accordait qu'un seul , situé sous le ventre , et qui , par cette position inférieure , ne pou- vait être comparé directement avec la moelle épinière des animaux vertébrés. Je puis m'interdire toute réflexion sur ce fail^ les personnes qui sont au courant des opinions émises par MM. de Blainville , Geoifroy Saint - Hilaire , Serres et Ampère , prévoient bien les conséquences qu'on pour- rait facilement en déduire pour appuyer ou combattre leur manière de voir. Au reste , je dois rappeler que Lyonnet a signalé dans la Chenille un fait du même genre , et qu'il a désigné sous le nom de ganglions frontaux plusieurs petits ren- flemens nerveux dont le plus postérieur envoie un nerf très -long qui accompagne le canal intestinal et le cœur. Cette observation qu'où avait négligée diffère cepen- daiu Je la miciiuc^ eu ce qu'elle a clé faite sur uu iu-» (4i ) secte d'un ordre très- différent qui n*étail encore qu'à I*état de larve (i), et parce que j'ai reconnu dans la Cantharide deux filets nerveux irès-dislincts , excessive- ment longs , et très prolongés en arrière. DU VAISSEAU DORSAL ET DU SYSTÈME RESPIRATOIRE. Le but de la respiration étant , en dernière analyse , d'apporter une modification importante dans les divers organes du corps , en faisant servir h leur nutrition uu liquide particulier, le sang , qui vient de subir un chan- gement essentiel de la part d'un des élémens de l'air, l'oxygène , on conçoit qu'il peut se présenter dans la série des animaux des circonstances favorables où le fluide ambiant arrivera directement aux organes : c'est le cas de tous les insectes. Déjà en peut en conclure que la circulation leur de- viendra inutile , son objet étant de transmettre aux di- verses parties l'action de l'oxygène qu'elles n'ont pu recevoir immédiatement. Il est superîlu de dire que les Cantliaridcs ne s'écar- tent pas de la loi générale qu'on observe dans les insectes; leur système circulatoire consiste en un vaisseau dorsal très-simple, situé sur le dos , s'étendant de la tôle à l'ex- trémité de l'abdomen , et ayant des battemens assez vifs. Le système respiratoire ressemble beaucoup à celui des Coléoptères j il se compose , comme dar.s la plupart (i) GVstà IVtat de larve que le système nerveux csl le plus déveleppé quant au nombre ilcs ganj;lions. Nous étahlirons ailUnir^ L'S cliaugt'oieus qu'il éprouve lorsque l'uniuiul devient insecte parfuil. ( 40 des insectes à l'état parfait , d'une série de stigmates j^acés sur les côtés du corps , desquels partent une in- finité de trachées qui , se divisant en ramuscules, pénè- trent dans tous les organes et y portent le fluide aérien . Le système trachéen de l'abdomen est très-simple. On voit de chaque côté du corps sept stigmates ou ouver- tures extérieures 5 ils communiquent avec sept gros troncs qui , dans l'intérieur , se subdivisent d'abord en deux branches principales^ l'une d'elles se porte en avant , et l'autre en arrière. Ces branches s'anastomosent entre elles ^ le rameau antérieur rencontre la branche posiérieure du segment qui précède , et s'unit exactement à elle j au contraire , le rameau postérieur s'abouche avec la branche anté- rieure du tronc qui suit. Il en résulte une série d'arcs ou de courbes qui , allant d'un tronc à l'autre , font communiquer tous les stigmates entre eux. On doit re- marquer que la branche antérieure du premier stigmate de l'abdomen s'unit à un vaisseau trachéen du méiatho- rax , et que la branche postérieure du dernier tronc se termine à l'extrémité de Tabdomen , peut - être en s'a- nastomosant avec elle du côté opposé. Indépendamment de ces deux branches , le tronc principal de chaque stig- mate fournit une foule de rameaux qui se distribuent à tous les organes , et s'anastomosent entre eux par de fines ramuscules. Le système respiratoire , situé dans le thorax, est au- ti^ment compliqué que celui de l'abdomen. Je trouve d'alford que chaque segment qui le compose est pourvu d'une paire de stigmates j il eu existe deux au protho- (43) rax , deux au mésoihorax , deux au métaihorax : ils sont situés en arrière de chacun des segmens , et il faut les chercher avec quelques soins pour qu'ils n'échappent pas à l'œil. La dissection m'a appris qu'il nait de cha- cun d'eux une très -grosse souche trachéenne, qui se partage immédiatement en deux troncs placés au-dessus l'un de l'autre. Chaque tronc envoie des rameaux qui conservent entre eux le même rapport de position, de manière à constituer deux couches de trachées , l'une supérieure et l'autre inférieure, le canal intestinal pou- vant être regardé comme intermédiaire à ces deux plans. Les trachées de chacune des deux couches ont une même disposition générale , et les souches principales qui naissent aux stigmates communiquent entre elles par des troncs latéraux qui vont directement de l'une à l'au- tre en décrivant sur les côtés des courbes , comme cela s'est vu dans l'abdomen. Un grand nombre de rameaux se portent ensuite aux ailes , aux pattes , et dans la têle^ l'inspection de plusieurs figures que nous avons consa- crées à cette démonstration et que nous publierons plus lard, fera saisir cette disposition. pu SYSTÈME DIGESTIF. On sait que la digestion, considérée dans la nom- breuse série des animaux, est une des fonctions les plus constantes ; tous les organes ont disparu , que le tube intestinal persiste encore. Dans les insectes , l'appareil digestif est généralement très -compliqué. La Cantha- ride se trouve très-bien partagée sous ce rapport \ des pièces assez fortes et bien développées constituent sa (44) bouche. Le canal intestinal débute au fond de Tappa^ reil buccal par le pharynx , qui se rétrécit bientôt en un œsophage long , musculeux , lisse et cylindroïde (i). D'abord recouvert par le cerveau , il est embrassé bien- tôt par les deux cordons qui lui forment une sorte de collier, et qui se réunissent au-dessous de lui en un gan- glion ; puis il traverse le trou occipital , pénètre dans le thorax j ayant à ses côtés deux forts rameaux tra- chéens , et se termine à Testomac entre les branches du dernier entothorax. L'estomac, ou ventricule chyliflque, adonc son origine dans le métathorax ,* il en sort bientôt pour pénétrer dans l'abdomen qu'il occupe en grande partie. Ses rap- ports sont alors les suivans : il est recouvert sur la ligne moyenne par le vaisseau dorsal , plus extérieurement par deux masses graisseuses qui se réunissent en arrièie sur le milieu du corps , et laissent un intervalle en forme de V renversé dans lequel il reste à découvert ; sa surface est parcourue latéralement par des anses de vaisseaux biliaires qui s'enfoncent sur les côtés ; de nom- breuses trachées qui arrivent de droite et de gauche la tapissent également ^ enfin , on aperçoit postérieurement un repli intestinal qui se place au-dessus d'elle. Dans la femelle , à l'époque de la fécondation et surtout au mo- (i) Je n'ai jamais vu que l'œsophage fût renflé pour constituer un ja- bot. Suivant M. Léon Dufour , Ramdhorr aurait décrit dans la Cantlia- ride un iabot ayant à Piutérieur des bandelettes musculaires transver- sales , séparées par des lames longitudinales saillantes , garnies de petites soies. Je n'ai pas distingué cette structure , j'ai seulement reconnu que l'œsopliage était musculeux. Je n'ai encore pu me procurer l'ouvrage do Ramdhorr, (45) ment de la ponie , les deux ovaires reraontent au-dcssuâ de restomac. La surface inférieure du ventricule cliylifique est en rapport avec le cordon nerveux , les muscles du ventre, une partie des vaisseaux biliaires et la coucbe graisseuse. L'estomac est un organe assez allongé , fusiforme et toujours plus visible lorsque l'inseete est gorgé de nour- riture. Sa paroi externe offre une quantité de bandelettes transversales qui son^ formées par la tunique muscu- laire ; cette structure est beaucoup plus sensible à l'in- Jtérieur, où. elle constitue des plis saillans , séparés entre eux par des sillons très-larges , profonds , et qui dispa- raissent un peu au-dessus de Tinsertion des vaisseaux biliaires. Cette tunique musculeuse est pénétrée par de fines tracbées , et se trouve tapissée par une sorte de membrane muqueuse dont la consistance est si faible qu elle se détacbe , par le simple mouvement de l'eau , en une infinité de lamelles à structure aréolaire. Ces lambeaux existent -ils naturellement, ou bien sont-ils dus à la prompte décomposition d'une tunique qui originairement était continue? C'est ce que je ne saurais décider. Quoi qu'il en soit , l'intérieur de l'esto- mac présente encore quelques particularités qu'on sera curieux de connaître. L'œsopbage qui y aboutit se prolonge intérieurement en un bourrelet conique et tronqué , offrant une ouver- ture valvulaire en rosace et à quatre écbancrures cordi- formes. La terminaison de l'estomac à l'intestin est caractéri- sée aussi par une structure remarquable ; il existe , (46 ) vers ce point , une véritable valvule formée par la réti-» nion de plusieurs petits corps réniformes, libres sui' tous leurs bords , et n'adhérant au ventricule chylifi- que que par le milieu de leur côté externe. On en compte six , et entre chacun d'eux se voit un vaisseau biliaire. L'intestin grêle naît assez brusquement de l'es- tomac : d'abord , assez large , il se rétrécit insensible- ment. Si nous l'examinons à l'intérieur du corps dans sa position naturelle , nous verrons qu'il parcourt trois directions différentes. Il se porte d'abord en arrière , re- brousse bientôt chemin en formant tin coude , et se di- jige alors obliquement en avant ; puis il revient sur lui- même en formant un second coude ou une anse très- étroite , et alors il marche directement vers la partie postérieure. Cette dernière portion , qui est plus reuflée,< peut être considérée comme le cœcum -, elle aboutit au rectum , qui est plus étroit et très-court. La surface externe de l'intestin grêle , depuis l'esto- mac jusqu'auprès de l'origine du cœcum, paraît striée transversalement et longitudinalement. C'est aussi vers la jonction de Tintestîn avec le cœcum-qu'on aperçoit l'insertion inférieure des vaisseaux biliaires. La surface interne de l'intestin mérite d'être étudiée* On remarque dès l'origine quelques fibres transver- sales qui disparaissent, et des lignes creuses longitudi- nales droites et très-distinctes , qui semblent limiter au- tant de trousseaux musculeux. Si on les examine avec soin , on voit qu'elles partent des six corps valvulaires qui viennent d'être décrits ; chacun en fournit deux , et il en naît régulièrement une des intervalles qui les se- (47) parent; on compte, par conséquent, dix-huit de ces stries ; elles ne sont pas d'égale longueur. On observe que celles qui naissent des valvules s'elîacent prompte- ment : au contraire , celles qui partent des intervalles se continuent jusque dans le cœcum , où elles circons- crivent six rubpns musculeux très-larges. Les vaisseaux biliaires ou hépatiques , dont le nom indique la fonction , ont ici la structure qu'on leur ob- serve dans la plupart des insectes ; ce sont des tubes grôles , très - variqueux , beaucoup plus longs que le corps de l'insecte , entortillés sur eux-mêmes , et dout tous les replis sont maintenus par de fines trachées et des filets nerveux très-déliés. Dans la Cantharide y ils forment un lacis inextricable que j'ai pu démêler après plusieurs tentatives infruc- tueuses. Ces tubes , au nombre de six , se fixent, d'une part , à la base de l'estomac , et de l'autre , à l'intestin , vers l'origine du cœcum : leur insertion supérieure a lieu par six points bien distincts , également espacés ; celle de fintestin, au contraire, se fait par un seul point, les vaisseaux se réunissant entre eux pour for- mer un faisceau unique. : Dans leur position naturelle , les vaisseaux biliaires forment des paquets placés sur les côtés et au-dessous du canal intestinal. Quelques tubes se détachent du pe- loton et viennent former des anses sur l'estomac et sur les intestins. Examinés au microscope , ils paraissent grumeleux dans l'intérieur. ( 48 ) DU TISSU ADIPEUX. M. Léon Dufour a donné le nom de tissu adipeux à des masses graisseuses , fort abondantes dans le corps de certains insectes *, ce tissu est très -développé chez la Caniharide. Si on ouvre Tabdomen par le dos , on voit qu'il se prolonge sur le canal intestinal , en laissant un inlervalle en forme de V renversé dans lequel apparaît restomac. En suivant cette masse graisseuse , on remar- que qu'elle s'étend sur les côtes et qu'elle tapisse infé- rieurement toute la paroi du ventre. Elle est surtout abondante, dans îesfémelles, autour des ovaires, et avant que les œufs aient acquis leur développement. Ce tissu est constitué par une sorte de pulpe granuleuse assez homo- gène , entrelacée de fines trachées ; si on le déchire, il en sort une matière blanchâtre et nuageuse , qui trouble l'eau. Cette espèce de graisse est teinte en jaune sur les t:6tés de l'abdomen. Un liquide de uiême couleur trans- -sude aussi du corps quand on coupe sur les côtés les anneaux de l'abdomen , ou bien quand on fait la section des pattes et des ailes près de leur base. Est-ce le tissu adipeux qui fournit cette liqueur, ou bien est -elle pro- duite par des organes de sécrétion situés immédiatement au-dessous dé l'enveloppe externe ? C'est une question à laquelle j'essaierai'plus tard de répondre. DE LA GÉNÉRATION. Quand on étudie les organes de la génération dans un grand nonibre d'animaux de différentes classes , on est frappé d'étonnement en voyant , d'une part , la diversité (49) de leur aspect , et , de Tautre , Tanalogle qui exîsie dans les parties essentielles de l'appareil. Les animaux les plus élevés de Téchelle sont pourvus , suivant leur sexe , d^uu testicule , d'un canal déférent , de vésicules sémi> nales , d'un ovaire , d'un oviducte , etc. L'insecte le plus petit , celui qui échapperait à notre vue sans le secours du microscope , présente un testicule , un canal déféseni, des vésicules séminales , ou bien il possède des ovaires, un oviducte, etc. Cette analogie est d'atitant plus frappante que les au- tres systèmes organiques de ces petits êtres offrent des différences notables ; ainsi la bouche et le canal digestif s'éloignent, sous plusieurs rapports, de ceux desanimaux vertébrés. Le système nerveux, appliqué contre la pa- roi inférieure du ventre et composé de ganglions réu- nis entre eux par un double cordon, n'admet plus une comparaison bien directe 5 il n'existe pas à l'intérieur de véritable squelette pour le protéger 5 enfin , le sys- tème sanguin ne consiste plus qu'en un vaisseau très- simple placé sur la longueur du dos. Les organes générateurs conservent, seuls au milieu de ces divers changemens , une ressemblance , je dirais pres- que un air de famille qu'on retrouve toujours. le même dans quelque animal qu'on ail occasion d'observer. Tous les insectes ont des sexes distincts , les uns sont mâles et les autres femelles : les premiers produisent un liquide fécondant ^ les secondes , des germes suscep- tibles d'être vivifiés. IX. (5o) A. Organes générateurs mâles. Oii relrouvc dans les orgahes générateurs mâles des Canlhiirides les mêmes parties qui les constitiienl dans la pluparl des insecte? ; elleâ ont un testicule , des c«- riai^x déférens , des 'vésicules séminales , un conduit speniiatique commun, un appareil de copulation. Les testicules constituent deux masses parfaitement spliériques et d'une organisation fort curieuse. Leur surface présente une infinité de petites mailles irrégu- ■Jières j si on l'examine avec soin, on voit que cette es- pèce »,-. ; Les dessins que j'ai donnés représentent fidèlement cette disposition. :jif/,u C. De r accouplement et de la fécondation Çi)^..^^ y ai été plusieurs fois témoin de raccouplcmeut des Caniliarides : le mâle est très-ardent. Voici le détail d'une de mes observations ; les autres n'en diffèrent que par quelques circonstances acciden- telles. ' Le mâle , après avoir long-temps harcelé la femelle , monta sur son dos avec ses quatre pattes antérieures j la dernière paire était fixée à une branche de lilas sur la- quelle se passa la scène. Pendant ce temps la femelle paraissait fort insouciante *, elle broutait une feuille. Ce- pendant , soit qu'elle fût rassasiée , soit que les instances du mâle aient fini par l'inquiéter , elle cessa de manger , et resta alors dans une immobilité parfaite. Ses pattes étaient raniassées contre son corps et les antennes re- pliées sur ses côtés. Au contraire , le mâle s'agitait tou- jours davantage ; il n'adhérait d'abord à la femelle que par les quatre jambes antérieures ; bientôt il monta tout entier sur son dos. Dans cette nouvelle position , ses dernières pattes étaient fixées â la base de l'abdomen et (i) J^al appris , depuis la lecture de^ce Mémoire, quW trouvait dans, le IValwsforcher la représeutation de Paccouplement de la Cantharide. J^aurai soin de compulser ce recueil avant de publier mon ouvrage gé- néral dont ce Mémoire est extrait. (56) celles du milieu à l'intervalle qui sépare le prothorax du mésothorax. Quant à la première paire , elle était restée libre 5 le mâle la mouvait sans cesse , il semblait vouloir saisir avec elle quelque chose , et je ne pus devi- ner le motif de cette action. Cependant , l'agitation deve- nait toujours plus forte; sans lâcher prise, le mâle remuait tout son corps et imprimait de violentes secousses à la femelle •, il agitait surtout la tête et les antennes : celles- ci étaient dans une vibration perpétuelle \ il caressait avec elles la tète et les antennes de la femelle. Toujours plus attentif à mesure que l'action devenait plus pres- sante , je restais immobile devant ces singulières ma- nœuvres , autant par la crainte de les troubler que par l'intérêt du spectacle. Enfin , une nouvelle scène s'offrit à mes yeux; la femelle qui jusque-là n'avait donné au- cun signe de vie , éleva lentement ses antennes qu'elle tenait inclinées , et à l'instant même le mâle s'en saisît à l'aide de ses deux pattes antérieures. Ici il est néces- saire de rappeler que la première patte du mâle présente une organisation particulière. Le premier article du tarse , avons-nous dit , est profondément échancré , et il existe à la jambe une forte épine tranchante qui , en se repliant sur lui , vient fermer cette échancrure et la con- vertit en un véritable trou. Le mâle se saisit donc de chaque antenne , en engageant leur dernier article dans l'échancrure du tarse et en ramenant sur elle l'épine de la jambe. Je compris alors , et tout le monde comprendra pour- quoi le mâle ne se tenait pas accroché à la femelle par ses pattes antérieures, et pourquoi il les avançait et les relirait sans cesse. (57) Dès ce moment , la femelle s'était livrée au mâle -, elle résista encore assez long - temps , elle se débattit avec violence , mais tous ses efforts devenaient inutiles. La position du mâle était très - avantageuse 5 la femelle ne pouvant plus lui échapper, il ne semblait occupé qu'à diriger vers les organes sexuels rcxlrémilé de son ventre: I cependant , il s'irrilait de la résistance que lui opposait f encore la femelle. Placé sur son dos , et tenant les an- tennes par Ta van t- dernier article qui les termine , il les I maniait comme deux sortes de rênes , et l'expression que I j'emploie est exacte; il la tiraillait sans cesse vers ce '' point, tantôt en même temps des deux pattes, tantôt à droite , tantôt à gauche : il la dompta enûn et la fit céder à ses désirs ; je la vis «"élever lentement l'extrémité de son ventre qu'elle tenait recourbé , et le mâle aussitôt y introduisit les organes copulateurs et son pénis. Le calme succéda bientôt à cette vive attaque , qui avait duré plus de deux heures et que je n'avais pas |,j cessé d'observer. Le mâle quitta sa position , et, restant attaché à la femelle , il se plaça dos à dos sur une même ligne. Quaire heures après , l'accouplement durait en- core : mais la femelle s'agitait beaucoup -, elle brusquait le mâle qui ne faisait aucune résistance ; enfin elle vint à bout , à l'aide de ses mouvemens et avec ses pattes , de s'en débarrasser. J'examinai les organes copulateurs du mâle , je ne distinguai plus de pénis 5 je les compri- mai pour voir s'il ne serait pas rentré dans son élui i je n'en vis rien sortir. J'ouvris la femelle avec soin , je trouvai le pénis dans la vulve , je continuai la dissection , et je vis qu'il était engagé dans la vésicule copulalrice. ( 58 ) § III. Des Œufs et des Métamorphoses. Les œufs de la Cantharide vësîcatoîre , que nous avons représentés , sont assez développés , ont une forme cy- lindrique et sont courbés dans leur longueur. La fe- melle les pond successivement et les agglutine en une petite masse \ elles les enfonce dans la terre , et les larves qui en naissent y subissent toutes leurs métamorphoses. On ne sait rien, ou fort peu de chose de la larve de cet insecte 5 moi-même je n'ai pu encore l'observer. Cer- tains auteurs disent qu'elle se nourrit de racines. Elle a été décrite assez vaguement. Son corps , formé de treize anneaux , est mou , d'un blanc jaunâtre , et supporte six pattes courtes , écailleuses 5 la tête est arrondie , un peu aplatie , munie de deux antennes courtes et filiformes ; deux mâchoires assez solides et quatre palpes composent la bouche. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche xlii. Fig. 1. Lèvre supérieure ou labre delà Cantharide vésicatoire. Fig. 2. Mandibule, a, dos de la mandibule; i, échancrure du bord interne rempli par une membrane ; c , apophyse articulaire. , Fig. 3. La même mandibule vue en dedans , et montrant, a, le sommet qui est une lame tranchante \b , un tubercule , sorte de dent mo- laire ; c , l'apophyse articulaire. Fig. 4. La mâchoire. 1, 2, 3, 4, les quatre pièces de sa base, auxquelles il sera assigné des noms, a, les deux lobes connus des entomolo- gistes \b y\e palpe. Fig. 5. La lèvre inférieure munie de ses deux palpes, Fig. 6. Patte antérieure du mâle, a, le crochet unique qui clôt l'échancrure du premier article du, (%) tarse 2> ; il est fixé à la jambe c. Ou voit à côté une. fi|*ure très- grossie , montrant la forme du crochet et liou insertiou sur tu jambe. Fig- 7. lusertioQ du crochet à la jumbe , vue de face. Fig. 8. La même partie dans la femelle r il existe deux crochets. • , Fig. 9. Les deux derniers articles du tarse , avec leurs deux crdchcts terminaux , qui sont bifides. Fig. 10. Organes digestifs de la Cantharide. a , la tête. Elle supporte des antennes de onze articles , des yeux , un chaperon transversal ; et les parties de la bouche qu'on peut voir supérieurement, le labre, les mandibules et les palpes des mâ- choires ; h , Toesophagc ; c , le ventricule chylifique ou l'estomac ; dddy les canaux biliaires , au nombre de six , et ayant une double insertion à la base de l'estomac et \ l'intestin ; c, intestin ;^, cœ- cum j g , rectum ; h , dernier anneau du veutte. Nota. La figure lo' montrera toutes ces parties de grandeur na- turelle et avec leurs proportions relatives. Fig. 1 1 . Portiou des canaux biliaires excessivement grossie et montrant dans sou intérieur uue quantité de petits amas de matière grume- leuse. Fig. 12. Portion antérieure de l'estomac excessivement grossie et ou- verte pour moutrer, 6, la terminaison de l'œsophage qui se prolonge eu uu tubercule valvulaire; c, la structure de la membrane inté- rieure qui est plissée de manière à oârir des sillons transversaux parcourus par de nombreuœs trachées. Fig. i3. La valvule de l'œsophage vue de face. yig. 14. Portion postérieure de l'estomac et orij^ine de l'intestin vues à l'intérieur ; c, estomac; dddddd , les six canaux biliaires ayant leur insertion entre six petits corps réniformes, ee , qui constituent une valvule pilorique ; aV, sillons longitudinaux qui partent tou- jours au nombre de deux de chaque petit corps réuiforme; b\ sil- lon longitudinal partant toujours entre chaque c »rps valvulaire. yig. i5. Les mêmes corps valvulaires avec leurs sillons longitudinaux désignés par les mêmes lettres que dans la figure précédente. duj etc. , sont les corps réniformes desquels partent les doubles sillons longitudinaux. On remarque que les sillons intermédiaires Vb' se prolon^nt indéHnjmeut ; eu cffit ou les voit encore dans le ççecum , où ils sout plus prononcés. / (6o) Fig. 16. Système nerveux, d'un indivicKi mâle. fl, le cerveau ; b , Touverture pour le passage de l'œsophage ; i, a, 3, 4 » ^> ^» 7» 8 > ^6^ ganglions liés entre eux par un double cordon nerveux et fournissant un nombre infini de nerfs. Le premier gan- glion est placé dans le cerveau, les deuxième, troisième et qua- trième sont situes dans le thorax : on a représenté par des lignes ponctuées les pièces cornées qui les supportent (les eutothorax) ; les ganglions suivons occupent l'abdomen. On su représente de profil les sixième, septième et huitième ganglions ^ qui ont une forme particulière ; c, portion de l'organe copulateur ] d, portion du canal déférent commun. Nota, On observe , entre lo troisième et \o quatrième ganglion , un rétrécissement qui indique l'entrecroisement remarquable des. nerfs vers ce point. Planche XI.UI. . Fig. I . Organes générateurs mâles. aOf les testicules ; bb, les canaux déférens; cOfC0fC0,cOy les quatre paires de vésicules séminales; d, le conduit spermatique commun ;, e , portion du canal intestinal renversée ; f, dernier anneau du ventre. Fig. a. Portion des mêmes organes , vue sous la face opposée , pour montrer l'insertion des deux vésicules séminales supérieures. Fig. 3. Abdomen d'une femelle ouvert par sa partie supérieure , et mon- trant les parties les plus importantes à observer. aaaa, etc., sont les trachées naissant de sept paires de stigmates j bb , les deux hanches de la dernière paire de pattes du thorax ; c , l'estomac ; d , l'intestin qui je replie en coude et aboutit à l'anus. On voit à sa gauche la vésieule séminale , et de chaque côté les ovaires. Fig. 4* Organes générateurs d'une femelle vierge. aa, les ovaires recouverts par une infinité de tubes; b , les deux ovi- ductes ; c , la vésicule séminale qui reçoit l'organe du mâle et It liqueur spermatique : ici cette vésicule est vide , la femelle n'ayant pas eu l'approche du mâle ; dd , deux glandes sébacées ; e , portion du canal intestinal renverse \ft dernier anneau du ventre. Fig. 5. Un des ovaires ouvert. On voit tous les tubee qui le composent et une vaste cavité qui est lo calice de l'ovaire} une iufiuilc de petits (6.) cercles s'aperçoivent à sa surfece : ils correspondent à rinsertion de chaque tube ovigère. Fig. 6. Un des tubes ovigères isolé : il parait biloculaire. Fig. 7. Organes générateurs dans une femelle qui a eu Tapproche du mâle. Les mêmes lettres désignent les mêmes parties. La vésicule séminale, c, est devenue opaque ; elle renferme Porgane du mâle et la liqueur spcrmatique. Fig. 8. Un des tubes ovigères dans une femelle qui a pondu. Ce tube est distendu et n^ofire plus de loges j on voit dans son intérieur une petite masse ovalaire qui n^est pas un oeuf, mais tm amas de ma- tière grumeleuse. Fig. 9. Le même ovaire vu à l'intérieur ; il ofîre une singularité curieuse: I chaque petit cercle qui était clos par une membrane est ici percé par un trou : ces trous ont servi au passage des œufs. Fig. 10. Un des trous isolé. Fig. II. Amas d'œufs. Fig. la* Deux œufs isolés , vus de face et de profil. Recherches sur V Histoire ancienne , VOrîgine et la Patrie des Céréales et nommément du blé et de l'orge ; Par M. DuREAu de la Malle, Membre de l'Institut. Je sens que dans la question que je traite je ne pourrai apporter qu'une certaine somme de probabilités , car la preuve évidente consisterait à mettre sous les yeux un individu de chaque espèce dont l'état sauvage serait bien constaté •, mais cette preuve est très - difficile à fournir pour les espèces non-indigènes cultivées depuis un temps presque immémorial , puisque, d'après les observations unanimes des agriculteurs , le blé et l'orge se perpétuent ( 62 ) dans nos climats pendant deux ans après une prcniièFc culture, puis meurent la troisième année; et que l'a- voine même , comme on peut l'observer , s'est repro- duite depuis i8i5 , jusqu'en 1819, ^^"^ ^^^ parties du bois de Boulogne occupées par les bivouacs des armées étrangères (i). Il aurait donc fallu que les botanistes , qui ont cru avoir trouvé en différens lieux des céréales à l'état sauvage, fussent restés plusieurs années dans le pays natal de ces plantes et eussent constaté avec soin la perpétuité de leur reproduction spontanée. Apès avoir ébauché ce sujet il y a douze ans , je l'ai repris et médité de nouveau : en etï'et, si l'origine des plantes alimentaires répandues aujourd'hui dans les cinq parties du niorfde , est enveloppée de profondes ténèbres 5 si, à travers la nuit des temps , il est difficile de découvrir l'aurore de la civilisation qui tient essjpn- liellement à l'introduction et à la culture des Céréales , cette époque cependant présente un si grand intérêt , et a eu une si grande influence sur le bonheur àé la société , que ces recherches ne seront peut-être pas jugées tout-à- fait inutiles. Quant à moi , je m'estimerai assez heureux si je réussis à appeler sur ce sujet l'attention des voya- geurs et des botanistes qui parcourent le globe , et si je parviens à jeter quelques lumières sur cette partie de (•'(»)! Près de la mare d^Auteuil, elle long des murs de la route de Neuilly. Celte même avoine {Auena sativa ), portée par les Euro- péens à Rio de la Plata , y est devenue sauvage et s'y perpétue d'elle- même depuis plus de quarante ans sans aucune espèce de culture. Ce faitcufieiix à été constaté par Mw A. de Saint - Hilaire qui est resté six ans daus le pays. , , , (63) riiisloire des plantes , de ragricullure et de la civilisa» l- lion. J'ai cru qu'on pouvait parvenir à une solution satisfai- sante de ce problème historique en combinant les tradi-- lions les plus anciennes, les plus anciens monumens sculptés avec les récils de la Bible, en rapprochant Torii- gine et les migrations du culte de Cérès, qui ne sont probablement que les migrations de la plante, avec les ligures de VÊpi représenté sur les zodiaques daiis le signe de la vierge , avec les Céréales elles-mêmes trouvées i ^ans les tombeaux de Thèbes , et en appliquant ensuite aux genres ivittcum et hordeum cette règle de critique adoptée par les plus savans botanistes (i). « Lorsque la patrie d'une espèce cultivée est inconnue , le pays qui renferme le plus grand nombre d'espèces indiquées de ce genre, doit être regardé comme la patrie probable de celle espèce, n Je procéderai d'abord par une méthode d'exclusion qui resserrera beaucoup la Zone, qu'on peut attribuer i pour patrie aux Céréales. Il Le blé (2) el l'orge (3^ gèlent souvent dans nos clj- > mats, lis ne vivent hi' dans les contrées équatoriales d'une hauteur médiocre , ni au-delà des tropiques , à une très-haute élévation au-dessus du niveau de la mer. Celle I (i) HuMBOLDT, GeograpJu Plant,; Ess. politiq, sur la JYouuelle- Ëspagn'e , tom. ii , "p. 36o. — Brown , Appendice du f^oy, de Tucckey êui' U Zaïre, p. 44 > ^' (a) Triticum hibernum , triticum œstii^um. (3) Hordeum vulgare^ Itexastichon. (64) circonstance doit faire présumer qu'ils sont originaire* d'un pays tempéré et peu élevé (i). On sait positivement que leur reproduction spontanée n'existe ni dans l'Europe, ni dans toutes les parties de Fancien et du nouveau continent où les Européens ont porté leurs colonies et cultivé ces grains si utiles pour les progrès de la civilisation et le bonheur de la société. On peut supposer avec beaucoup de probabilités que les Céréales n'existent pas à l'état sauvage dans les vastes contrées habitées par les peuples chasseurs et nomades ; car ces peuples auraient changé assurément une nourri- ture incertaine et précaire pour un aliment agréable qui leur offrait des produits abondans, devait augmenter leur population , concentrer leurs forces , assurer l'exis- tence et le bonheur de leurs familles. Les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs , plusieurs peuples de l'Asie et de l'Europe nous offrent l'exemple de ce passage de la vie nomade à la vie agricole , sitôt qu'ils ont découvert les Céréales ou qu'on les a impor- tées dans leurs pays. Discussion des témoignages Egyptiens et Hébraïques, Selon les plus anciens monumens de l'histoire égyp- tienne , c'est près de Nysa ou Bethsané , dans la vallée du Jourdain , qu'Isis et Osiris trouvent à l'état sauvage le blé , l'orge et la vigne. Il s'agit d'abord de fixer la position de cette ville de (i) M. de Huraboldt, Distrib. geogr. Plant, , p. i6o, donne les hau- teurs auxquelles ces plantes cessent de fructifier. (C5) Nysa. Homère est le plus ancien aiu leur qui en parle. Il y a une ville de Nysa , située sur une haute montagne rouverte d'arbres fleuris , assez loin de la Phénicie\ plus près des eaux de l'Egypte. Ce passage (i) et quatre autres de Diodore (a) fissent d'une manière générale la position de Nysa dans l'Ara- bie , entre le Nil et la Phénicie. Pline (3) est plus précis, il met Nysa en Palestine, sur les frontières d'Arabie. Philadelphiam, Raphanam^ omnia in yirabiam recec? et dont les descendans de Seth et de Caïn ont perfec- tionné la culture. Ce fait historique, que j'appuierai bien»- tôt de grandes probabilités , découle immédiatement de la position rie la ville de Nysa qu'il s'agissait de fixer , et que j'espère avoir maintenant déterminée avec assez de précision. C'est donc dans la vallée du Jourdain que , selon les traditions égyptiennes , Isis et Osiris trouvent à l'éiat sauvage le blé , l'orge et la vigne , qu'ils transportent en Egypte^ dont ils enseignent la culture et dont ils montrent l'utilité aux Egyptiens. L'histoire égyptienne assure , dit Diodore (3) , « qn'O- » siris , originaire de Nysa située dans l'Arabie fertile )) qui avoisine l'Egypte , aima l'agricultiire , et trouva » dans les environs de Nysa , la vigne. Cet arbrisseau y (i) Ibidf III , 67. Numefi, cap. xin , vers. 23 , 24. (2) Je n'*ent6nds point pourtant circonscrire aux environs de Nysa la patrie de la vigne ou son habitation primitive : je sais quMie est sau- vage en Arménie. M. du Petit -Thouars l'a vue k Madagascar; y c«l- «11e native ou importée? Est-ce bien le f^iiis vinifera? Je dis seule- ment (Jue les traditions, les histoires égyptiennes recueillies par Diodore la placent, à l'état sauvage, près de Nysa etdu Jourdain. (3) DioD. Sic. , I. i, c. i5 j 1. ui , Ci 67, 69. ( Gâ ) » ëlaît sauvnge, Iros-abondaui, et en général suspendu * aux arbres. » (( C'est là aussi, dit toujours Diodore (i), qu'Isis » trouva le blé et Torge , croissant au basard dans le » pays , parmi les autres plantes ) mais inconnu aux » liommes. » Des fêtes où Ton portait des gerbes de blé , des vases pleins de blé et d'orge servirent à conserver la mémoire de celte grande découverte qui fit cesser cbez les Egyp- tiens l'borrible usage de l'ambropophagie. Diodore ciie mémo les écrivains qui assuraient qu'à Nysa une colonne avec une inscription en caractères sacrés , Uooïç 7paptpx(nv, attestait «etie découverte d'Isis. Elle portait (2) : «Je )) suis la reine de toute cette contrée. Je suis la femme » et la sœur d'Osiris. Je suis celle qui ai fait , la pre- )» mière , connaître les grains aux mortels. Je suis celle 1) qui se lève dans la constellation du cbien. Réjouis - » toi , Egypte , ma nourrice* » '■■ C'est aussi dans la Palestine que , selon la Genèse , les Céréales ont été découvertes et que l'agriculture a com- mencé (3). Moïse dans le Deutéronome rappelle au peuple Hé- breu cette circonstance qui devait lui rendre la terre promise plus désirable encore et plus cbère. « Dieu, lui dit-il (4), l'introduira dans une bonne (i) DiOD. Sic. , l. i, c. 14. (2) DioD. , T, 27. (3) l'^uU autem Abel pastor ovium , Caïn agricola. Faclum est aulem post multos dies ut offeret Caïn defructibus terrcBy muncra Domino, Genèse, cap. 4 , vers. 2, 3,4' (4) Deiis introducet te in terrant honam , terrant r'worwn et/ontium , (69) » terre , une terre pleine de ruisseaux et de fontaines ^ » la leiredu froment, de l'orge et de la vigne , où nais- » sent le figuier , le grenadier et l'olivier, une terre y d'huile et de miel , dont le fer sont les pierres , cl des » monts de laquelle on extrait le cuivre métallique. » C'est aussi dans la Palestine que Noé trouve la vi- gne (i)j c'est la patrie du bitume (2). C'est celte même Palestine, la terre du Lié et de l'orge , que la Bible nous représente comme la pairie ou le séjour du cèdre du Li- ban, du baumier {Amyris opobalsamurri) , du Solanum melongena , du palmier dattier, du figuier sycomore j c'est le pays du dromadaire , du chacal , du daman , de la gerboise , du lion , de l'ours et de la gazelle. L'his- loire égyptienne et hébraïque s'accorde tout-à-fait sur l'origine des Céréales , de la vigne et de l'olivier. Voyons si la Palestine réunit efleclivenient 1«- concours des diverses circonstances que j'ai présentées d'après les plus anciens monumens. Si l'origine d^s Céréales nous reste encore inconnue ,mais si la patrie, si V habitat des différentes espèces de végétaux , de minéraux et d'ani- maux indiqués a été constatée avec certitude, nous con- naîtrons dgà un des termes de la proposition , et iVnous deviendra facile d'éliminer l'inconnu. Or, tous les savaus qui ont visité la Palestine y ont constaté l'indigénal de la vigne , de l-olivier , du grc- tcirara fnimeuti , hordei ac vinearum , in qud ficus et malo granata et itlii^eta nascuntur, terram olei ac meUis , cujus lapides Jèrrum sunt et de mnnlihiis ejiis aeris nietallafodiuntur. Dcuter. , viii , 7, 8 et 9. ( I ) Cœpilque Noe rir ogricola erercere tcirnm et plantayit vineam ^ biicnsque vinum inebriatus est. Gencs. , ix , an , ai . (*; Bitumine Unies intnnsccus et ertrinsocus. Gcncs. , vi, 4« C 70) iiadier et du figuier. Us y ont trouvé à l'état sauvage , le cèdre, le figuier sycomore, les pins et les palmiers 5 l'existence dans cette contrée du baumier {Amjris opo- halsamum)^ et du Cupressus phenicea, du dromadaire, du daman , de l'ours , du lion, du chacal , de la gazelle et de l'abeille a été vérifiée : la présence des mines de fer , de cuivre et des lacs de bitume a été mise hors de doute. On voit aussi que Texistence dans la môme con^ irée des végétaux à qui une grande chaleur est néces- saire , et d'autres qui se plaisent dans un climat froid oa tempéré , tels que les palmiers et le cèdre , le baumier et la vigne circonscrit beaucoup le terrain , et indique po^ silivement un pays de montagnes susceptible, par la différence de son élévation , de températures très-va-. riées. Maintenant, puisque les assertions des traditions ou des histoires hébraïques et égyptiennes se trouvent con- firmées sur tous ces points , il y a , ce me semble , une grande probabilité qu'elle se vérifiera aussi pour le fro-» ment et l'orge qu'elles assurent>être indigènes dans la Judée , et dont une trop ancienne culture nous avait fait perdre l'origine. Ce fiût assez intéressant pour l'histoire de la botanique et de la civilisation no serait peut-être plus mis en doute , si des botanistes , occupés de ce genre de recherches , fussent restés plusieurs années sur les lieux , et eussent été à même , pendant ce séjour , de distinguer positive- ment les espèces reproduites momentanément dans des cultures abandonnées , des espèces véritablement sau- vages et indigènes. Je prévois deux objections qu'on pourrait me faire j ( 7» ) l'une , que le blé (khittah , parah , Trûpo; ou trîl'icum) et Torge {hordeum ou xpt0>3) indiquc^s par la Bible et les his^ toriens de l'Egypte , peuvent n'être pas les espèces culli-» vées aujourd'hui sous ce nom. L'autre, que ces espèces peuvent être fort différentes de leur état primitif et avoir été améliorées , dénaturées par la culture. Je répondrai à la première objection , que les espèces simples à 3 étamines , telles que les graminées , chan- gent peu ou point par la culture \ de plus que le blé trouvé dans les vases fermés , tirés des tombeaux des rois à Tlièbes (i) , et dont la forme, la couleur avaient été , grâce aubienfait de ce climat , et à l'embaumement avec le bi- tume , entièrement conservées , a paru à M. Delille et aux sa vans de la commission d'Egypte , tout-à-fait iden- tique avec notre froment actuel. D'ailleurs la culture du blé n'a point été interrompue en Egypte et en Palestine depuis l'époque où elle y a commencé 5 et ces plante! ont toujours gardé le môme nom. Les épis sculptés sur les zodiaques peints de Thèbes etd'Esné , les blés repré- sentés dans les scènes d'agriculture d'Eleitliuia , qui sont aussi d'une très-haute antiquité , ont paru de même of- frir une exacte ressemblance avec nos Céréales. J'ajou- terai que le blé cultivé en Egypte , par la longueur do ses barbes , son épi quarré , est facile à distinguer 5 c'est celui qu'on voit sur les monumens. :^ ( I ) On y a trouvé aussi des pains entiers et très - bien conservés ; iU 5«nt à Livourne, dans le Catalogue de M. Drovetli. Leur analyse chi- mique sérail du moins curieuse, quand mcmc elle ne parviendrait pas à Je- iwrmiuer l'espèce botanicfue : ce but a été rempli en partiepar M. Bcowu. (70 Eu juillet 1826, M. Brown , l'uu des plus habiles botauistes de notre siècle, m*a fourni ce fait remnrqua- ble, etm^a autorisé à le publier : « Dans les pains extraits des liypogées de la Haute-Egypte, et rapportés par M. Heninken, M. Brown a trouve plusieurs glumes d'orge entières , et parfaitement semblables à celles de Torge cultivé aujourd'hui. Il a reconnu à la base de ces glumes d'orge antique égyptien un petit rudiment dont l'existence n'est pas consignée dans les descriptions des botanistes modernes. M. Brown s'est assuré que ce rudi- ment se trouvait tout semblable , et à la m.ême place sur les balles de l'orge que nous cultivons. C'est une preuve sans réplique que depuis deux mille ans au moins celte espèce de Céréales n'a pas été altérée ni même modifiée par la culture , dans la moindre de ses parties. » L'Exode nous offre même un caractère assez positif, en indiquant l'époque de la maturité du blé et de l'orge., Dans une des plaies de l'Egypte , celle de la grêle , le lin et l'orge furent détruits ^ car l'orge était monté ,. et le lin était en graine. Le froment et l'olyre ou l'épeautre ne furent pas détruits parce qu'ils mûrissent tard (i). Or , nous savons que dans les climats chauds l'orge et le lin mûrissent avant le blé et l'olyre. M. Delille m'a confirmé ce fait pour le blé , l'orge et le lin. L'épeautre ou l'olyre n'est plus cultivé en Egypte. Quant à l'objection de la dégénérescence ou du chan- gement de ces espèces par la culture, ce blé des tom- beaux de Thèbes qui compte peut-être tiente à quarante ^ji) '^xod, , IX ^ 3i, 32 , tiatl, Jçs Septaute eu j^rcc. ( 73 ) Siècles d'existence (i), les grains plus modernes lioiir vés à Herculanuin , à Pompcia , à Royal en Auvergne , et qui n*ont à la vérité que dix-sept cents ans d'ancien- neté , prouvent que depuis ce temps au moins , Tespèce n'a point changé de forme. Il y a cependant un blé qu'Homère désigne sous le nom de pt-/pou; Ttvpoùi, de peXijj^sa 7rupôv.(2), qui ne me semble pas devoir être notre froment; car il le donne pour nourri- ture aux chevaux (3). Or , Galien avait déjà observé (4) que l'usage de ce grain est très-nuisible à ces animaux ; ce fait a été confirmé dans les dernières guerres où la nécessité a souvent forcé de nourrir les chevaux avec du blé, et où une grande mortalité a toujours suivi l'usage de cet aliment. Il serait à désirer qu'on fit des expériences pour con- stater cette observation 5 car les chevaux se nourrissent très-bien avec du pain et môme avec du poisson sec (5), mêlé , à la vérité, de fourrage et d'avoine : le pain seul leur suffirait-il? C'est un essai à faire. M. Magendie a observé que les lapins et les câblais ou cochons d'Inde , qui , comme les chevaux , sont lier- (i) JoMARD, Notice sur les nouvelles Découvertes faites en Egypte ^ p. 16; Revue encyclopédique ^ mai 1819. (2) Iliad, , X , 569. (3) Audromaque donne aux chevaux d'Hector le //«Xj?/>o»«t n-wfôf, et Euslathu dit que les chevaux muuj^ent uon-seuleiucut Tor^c et l'o- lyic (*), mais meruc les blés. P. Syi, éd. Basil. {^)Facuh. alini., i, 3i3. (5)BuiT0K, VI, 5o, éd. 8», 1817, par Lacépède,le cite pour l'i:»- laudc. (*) J« crois qu'Etislalb« «Insigne iiile Tiiticnm >ptUa, ( 74 ) î)ivores , meurent quand on les nourrit seulement avec du froment-, mais vivent très-bien de chair et de pain mêlés aux végétaux. L'épithète de pîxpouç appliquée à ce blé me porterait à croire qu'Homère a voulu indiquer ici Tépeautre (Triti- cum spelta) dont les grains sont plus petits que ceux du froment. Il n'est pas étonnant que l'assertion d'Homère (i)» de Diodore (2) et de Bérose , qui donnent pour patrie au froment , les deux premiers la Sicile , le troisième la Babylonie(3) , ait trouvé peu de croyance. Celle de Heint- zelman rapportée par Linné (4), qui assigne pour patrie au Triticum œstwum le pays des Baskires , n'est pas plus admise. Le froment d'été qui, selon Slrabon (5), croit na- turellement dans le pays des Musicans , province du Nord de l'Inde , n'a point été trouvé à l'état sauvage par les botanistes anglais. On avait imprimé dans la Bibliothèque britannique qu'un petit froment d'été avait été envoyé , sous le nom de hillwheat, à M. Banks, des provinces du Bengale, comme y étant indigène. M. Brown a bien voulu , sur ma demande, vérifier ce fait dans l'herbier de M. Banks. Ce blé a été recueilli et envoyé en Angleterre par une dame-, son état sauvage n'est nullement constaté, ni même son identité avec les triticuin. On a rejeté aussi les témoignages de Moïse , de Cho- (i) Odyss.^ I, io5. (2) V,3. (3) £x Alexandr. polyhistor, Descr, a SyncellOf chronogr, , p. a8. (4) Spec. plant, y t. r, p. ia6. (5; L. XV, p. 1017. . (75) rêne (i) , de Marc Pol (2) el de Dërose cjiii donnent pour patrie à Torge , le premier , les bords de l'Araxe ou du Kur en Géorgie j le second , le Balaschiana , province de rinde septentrionale, et le troisième , la Babylonie. Enfin , Théophraste et Pline lui donnent les Indes pour patrie (3) , et Pausanias (4) , dont Topinion a été adoptée par le savant Barthélémy (5) , le fait venir avec Cybèle de la Phrygie. L'origine de l'épeaulrc (7rt«iCM/?i 5;?eZta) n'est pas non plus regardée comme certaine , quoique le savant bota- niste Michaux ait rapporté cette plante des environs d'Hamadan où il a cru la trouver sauvage , et que des graines envoyées et semées par M. Bosc aient donné la véritable épeautre. Il faut reléguer au rang des fables Torigine que Pline (6) attribue au 'seigle. Il lui assigne le pays des Taurins et les Alpes pour patrie ♦, peut-être même le mol sécale désigne-t-il là une espèce toute différente (7) ? Le blé dur ou Triticum durum paraît être cultivé depuis très -long-temps en Afrique où M. Desfontaines Ta observé avec soin \ mais on croit que ce n'est qu'une Variété du Triticum turgidum. Le peu de foi qu'on a ajouté à ces diverses assertions (i) Geogr, armen. , p. 36o. * (3) Ramusio , t. II , p. 10. (3) iJist. Plant. , iv, 5 ; Uist. nat. , xviii , i3. ; (4)L. i,c. 38. (5) T. IV, p. 5i4 , ch. 67. (6) Hist, nat. , xvm , ^o, (7) ^^f' LïWït , Derniers Mémoires de l'Acadcnùc tle BerlÎH , p. ia4. ( 76 ) lient à ce que les voyageurs n'ont pas fait un assez long» séjour dans le pays pour distinguer avec certitude Tin-^ dividu sauvage de l'individu provenant d'une culture abandonnée. L'origine et la patrie des Céréales était donc un pro- blême historique qui restait encore à résoudre. Essayons si nous ne pourrons pas nous approcher de cette solu- tion par un examen attentif des divers zodiaques connus» Comparaison des zodiaques des dlfférens peuples . L'examen des zodiaques dans lesquels les différens peu- ples oniplacélesobjetsdeleurs affections, de leur culture, les animaux avec lesquels ils avaient des rapports plus, habituels , ou plutôt les animaux dont la reproduction , les végétaux dont la maturité rappelait une époque con- slaute, peut encore servir à éclairer le sujet queje traite.. Ceux des peuples agricoles , nomades et chasseurs dif- fèrent totalement, comme M. de Humboldt l'a déjà re- marqué , en expliquant le zodiaque mexicain (i). Ainsi , la Cérès mexicaine , ou la déesse de l'agricul-. ture , est représentée avec une tige de maïs dans la main. Le blé n'est point aussi l'emblème du dieu de l'agri- culture adoré chez les Chinois. L'orge ni le froment ne se trouvent point dans les signes simples des caractères chinois dont l'invention remonte à deux mille deux cents ans avant l'ère chrétienne-, le riz , au contraire, et le millet y sont exprimés (2). ( Journ, Asiai , cahier 9 , pag. i36, année i8si3.) (1) Vues des Cordillicres , p. i58 à 162 , f». 168, etc. (a) Voyez le 3It:m, cuiieux de M. A. Uéniusat iur les Signes pnmi-> ( 77 ) L'ëpl ne parait pas non plus comme emblème dans le signe de la vierge de la sphère arabe d*Abd-Arralimau , ni dans les zodiaques indiens. Le blé ne faisait pas la principale nourriture des Chi- nois , ni des Indiens , ni des Arabes. Tous les zodiaques égyptiens , au contraire , repré- sentent la couslellation de la vierge de Cérès , ou dlsis , sous la forme d'une femme , portant un épi qu'elle tient , soit à deux mains , soit d'une seule main (i). Les zodiaques grecs et romains qui dérivent de cette source offrent le môme emblème. Ne peut-on pas en tirer cette induction , que le blé dont nous voyons Tépi dans la main de la déesse de l'agriculture , était origi- naire des pays où les zodiaques ont été sculptés 5 que le temps de sa maturité formait une époque de Tannée agricole ] qu'il étai^en Egypte la principale nourriture , comme le maïs au Mexique , et que la reconnaissance de ces diflérens peuples a placé dans le ciel le végétal qui était le plus utile à leur existence. Les zodiaques indo- persans n'offrent pas non plus cet emblème , quoiqu'on ait voulu assigner la Bactriane pour patrie à nos Cé- réales. Je ne ferai que rappeler ici , parce que le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'insister , que la Cérès des Grecs n'est autre chose que l'Isis et est une divinité d'origine égyptienne, queles Grecs, dans lespre- tifs de l'ancienne écriture chinoise , lu à PAcad. des Inscript. , le aa dé- cembre i8ao. (i) Voyez Table synoptique des Constellations dans les différentes planisphères , pi. A. Recherches sur ies bas-reliefs astronomiques e^|?- ïic/i4,par MM. Jolloiset Devillicrs. , , ( 7Ô ) mîers temps de leur existence , se nourrissaîent principa- lement de glands , non de ceux du Qiwrcus robur , mais probablement de ceux du Quercus hallota qu'on mange encore aujourd'hui dans l'Espagne , dans l'Afrique et dans le Levant. Enfin, que ce n'est que depuis l'arrivée des colonies phéniciennes et égyptiennes ^ que le culte de Cérès ou d'Isis s'est introduit dans leur pays avec la culture des Céréales qui y avaient donné naissflnce. Vous ne trouvez au contraire de divinité qui préside ôux Céréales , ni dans d'Inde , ni dans la Bactriane, (}u'on avait, sans aucunes preuves, assignées comme la pairie de l'orge et du froment. Toutes les traditions historiques et mythologiques * les voj^ages d'Osiris et d'Hermès , de Cérès et de Tripto- lôme, dans le but de répandre la culture des Céréales , nous indiquent les migrations successives de ces plantes alimentaires , et nous olïrent toujours pour premier point de départ l'Egypte et la Phénicie (i). Il me reste maintenant à appliquer aux genres Triticunt et liordeum la règle de critique dont j'ai parlé au com- mencement de ce mémoire. M. Brown , l'un des botanistes les plus distingués de notre époque , a emplpy-é cette méthode pour déterminer la patrie de certaines plantes dont la culture est aujour- d'hui très -ancienne et très-répandue en Afrique et en Amérique. (( OîTt peut, dit-il (^), assurer avec confiance que le )) maïs , le mariidc, ou la cassave ont été apportés d'A^ .p — ■ — — ^> r't'! ■ ■! n'':^|Ml^ ' u i i, V ' > ■ "" * (i)DiOD. Sic, r, 17. ' '- ■". . (a) Voyage au Congo , p. 8 , trad. fraiiÇi (79'T » raérique en Afrique , ainsi que Tarbre à paîn, lo » Capsicum , le papayer et le tabac ; tandis que le bana- » nier, lecitronier , Toranger, le tamaiin et la canne à » sucre sont d'origine asiatique. » « Dans la première partie de cet essai , dit M. Brown , j'ai avancé quV.no recherche attentive, et faite avec soin de la distribution géographique de certains genres . pou- vait faire connaître de quels pays sont originaires lea plantes actuellement dispersées sur la aurface du globes On peut déterminer, ainsi qu'il suit, le degré de cer- titude qui peut dériver de la source à laquelle on re- monte. Dans les cas douteux , où les argumens sont de force égale, il devra paraître plus probable que la plante en question doit appartenir au pays ;dans lequel toutes les autres espèces du môme genre sont certainement in- digènes , que dans celui où il n'existe qu'une seule espèce du genre connu. » M. Brown suit, ce^ raisonnement ^ il conclut que lo bananier dont on.. trouve cinq espèces distii^ctes dans l'Asie équinoxiale , tandis qu'on n'en a pas trouvé une seule autre espèce en Amérique, est d'origine asiatique. Il applique le môme argument au papayer (Cariea pa^ paya)^ smCapsiCumet r\\ Nicotianay3L\xxc[ue\s il assigne de cette manière uûe origine américaine. . Je ferai usage de cette règle pour les genres TfUicum ^ Hordeum et Secale, . !♦«.* HfH»i?Min 'On verra ch consultant les catalogues les plus com- plets des plantes connues aujourd'hui , que presque toutes les espèces des genres Trilicum , Hordeum et Se- cale dont V habitat est connu sont indigènes du Levant. 11 est juste néanmoins de convenir que cet argument, ( 8o ) appliqué h un grou[Kî nombreux eu cspi.ccs, telles qUelr« Céréales que M. Kunlli a compris sous le nom général de Hordcacccs , est moins positif que lorsqu'on rem- ploie "pour des genres d'un petit nombre d'espèces , et dont la zone d'habitation est plus resserrée. On peut m'objecter aussi que le concours des mêmes influences cosmiques (et je comprends sous celte dénomination abré- gée , toutes les circonstances nécessaires à la production et à la conservation de l'espèce , telles que température moyenne , chaleur estivale , élévation du sol , latitude , humidité, nature du terrain), que Fidentilé, dis-je, du con- cours des mêmes circonstances a dû faire naître des végé- taux semblables dans les divers conlinens , et que les monocotylédones , par exemple , dont l'organisation est plus simple , ont un plus grand nombre d'analogues dans les régions des diverses parties du monde qui ont de l'a- nalogie entre elles. Cependant pour me borner aux graminées , el à un seul exemple frappant, le rapport entre les plantes pro- pres à chaque pays , et communes à tous les deux , dans l'Amérique septentrionale et la Scandinavie, est comme 67:1. Celuides dicotylédones comme 10^ : 1(1). Si voua resserrez la comparaison , et que vous la restreigniez à deux genres , le Triticujii et V Horde um , et que vous preniez pour base la Syrie , l'Egypte , la Barbarie et l'A- mérique équatoriale, vous reconnaissez que le Levant, le bassin de la Méditerranée vous offrent la plus grartde quantité d'espèces des genres Hordeuïri et Triticum , or (i) ViD. ScHEW, Dissert, de Cedibus plantaium originariis , iii-ïa Je 80 pagrs. Harniœ ^ septembre 181G. (8t ) ce qui est un fait assez singulier , MM.deHumboldt ce Bonpland n'ont trouvé en Amérique qu un seul Hor-' deiim , Vascendens , et aucune espèce de Triticum, Il faudrait de plus , pour que Tobjection que j'ai rap- portée eût de la force dans ce cas particulier , trouver pour la patrie des Céréales , un pays qui par sa latitude ; son élévation au-dessus du niveau de la mer , réunît le concours des influences cosmiques , propres à la fois aux régions Alpines ou sub - Alpiucs , et aux contrées équa- toriales. CONCLUSION Maintenant, d'après les faits et les considérations que j'ai présentées, ne sera-t-on pas disposé à convenir : i''. Que la ville de Nysa , patrie du blé et de l'orge , est la même que Scythopolis ou Belhsané , et est situé;0r dans la vallée du Jourdain. 1^, Que l'identité du blé et de l'orge cultivés ancîen- taement en Egypte et en Palestine avec nos Céréales est certaine. 3". Que Vhahitat dé tous lès végétaux , animaux , thinéraux , indiqués parles monunlens lés plus anciens > comme existant dans la patrie de l'ôrge et du blé , a été tonstaté avec certitude. \ 4**- Q^ïG la comparaison des divers zodiaques , lés mi-^ ■^râlions dû culte de Cérès confirment cette origine des Céréales. ' 5°. Enfin , que le plus grand nombre d'espèces dè'è genres Triticum^ Ifordeumei *Secrt/e dont Vliabilat est connu étant indigènes du Levant , les témoignages de riiisioire s'accordent assez bien avec les règles de crj'' IX» Q I (82) liqnct^labîîes par la science , et que la vallée du Jourdain, la chaîne du Liban , ou la partie de la Palestine et de la Syrie qui avoisine TArabie, doit être, avec une grande probabilité , assignée pour patrie à nos Céréales. P. S. M. Labillardière a observé dans le pays et m'a transmis un fait qui appuie fortement l'opinion que j*ai émise. Il a vu auprès de Baalbec , en Syrie , du blé que pendant deux ans consécutifs la sécheresse avait empêché de germer , se développer et fructifier la troisième an- née dans ce même champ resté sans culture. Cette cir- constance n'a été observée dans aucune autre contrée ou l'on cultive nos Céréales , et tend à prouver que la chaîne du Liban est le véritable pays d'où l'orge et le blé sont indigènes. Note sur des Accidens morbides auxquels la semence des Stipa pennala et capiilata expose les troupeaux ; Par M. Raspail. On entend par semence dans cette note ce que les bo- tanistes désignent sous le nom de Baie ^ qui se compose de la paillette inférieure roulée en cornet autour de la paillette supérieure et de la graine qu'elle emprisonne. On sait que la paillette inférieure de cette Graminée se termine à la base en un cône renversé très-aigu et hé- rissé de poils roides et dirigés de bas en haut , en sorte que , lorsque la pointe pénètre dans un tissu quelconque, non- seulement les poils rempêchent d'en sortir, maiî ils contribuent encore à l'y faire enfoncer davantage» C 83 ) M. Desfoiîtaines , dans sa Flore atlantique , et M. La- marck, dans rEncyclopédie, avaient déjà signalé le genre d'incommodités qu'une graine douée d'une pareille orga- nisation était susceptible de faire souffrir aux voyageurs qui traversent les champs de la Barbarie , de la Grèce et du Portugal à l'époque de la maturité des Stipa. La graine pénètre dans les tissus des habits et incommode tôt ou tard d'une manière assez grave les voyageurs , en sillon- nant leur corps par des égratignures plus ou moins pro- fondes. Une grande mortalité des troupeaux qui se déclara en .1823 , dans les -environs du village de Berczel, en Hon- grie, a fourni aux professeurs de l'université royale de Pesth l'occasion de constater un effet encore plus singu- lier produit par celte semence de Graminée. Il a été reconnu que les semences des Stipa ^ qui abondent dans les pâturages de Berczel , s'attachaient à. la laine des brebis , pénétraient dans la peau , et , à la faveur de leur espèce de tarière , parvenaient jusqu'à s'enfoncer dans les tissus des organes essentiels à la vie. A l'autopsie d'un assez grand nombre de ces brebis , on en a trouvé dans le voisinage du foie et dans le péri- toine -, la peau même , observée à travers jour, avait Tair d'une espèce de crible. Comme les Stipa viennent assez fréquemment dans les environs de Fontainebleau , etc. , et dans toutes les parties méridionales de l'Europe , ce fait mérite de fixer Tattention des agriculteurs , surtout des habitans des contrées dans lesquelles la tonte n'a lieu qu'après la ma- turité des Stipa. Ces plantes ne donnent pas un bon fourrage , et les (84) pririrîes n'aufaîeut rien à perdre de leur absence. Sî on ne venait pas à bout de les extirper entièrement , les fleurs sont surmontées d'une arctc assez longue ( i pied et demi quelquefois) pour qu'il soit toujours possible de les récolter avant qu'elles se détachent spontané- ment. Enfin , s'il arrivait qu'une graine se fût déjà enfoncée dans le tissu de la peau d'une brebis , il serait urgent de l'en extirper par les moyens ordinaires , car de sem- blables accidens ne sont pas de nature à réclamer des traitemens plus compliqués. Les professeurs de l'université royale de Pestli ont publié en 1826 une notice qui a été traduite en trois lances , latin , allemand et hongrois. Pe la Proportion des Naissances ^ des Mariages et des Décès dans les provinces du royaume des Pars - Bas , et de V Accroissement de sa Popu- lation. Un médecin ^ M. Vîllermé , a rais en évidence cette importante vérité^ que dans les grandes villes , du moins dans Paris , l'exposition , la grandeur des logemens , la largeur des rues, l'agglomération de la population , en un mot les qifelités de l'air, n'ont pas, à beaucoup près, une influence aussi considérable qu'on le croit sur la durée de la vie humaine , mais que celte influence est modifiée, masquée par une autre plus puissante encore qu'il faut -chercher dans le plus ou moins d'aisance des habitans, (85) OU daijs des circonstances autres que celles qui viennent d'être mentionnées, qui accompagnent nécessairement les diverses positions de fortune. M. Quetelet , profes- seur de mathématiques , de physique et d'astronomie à l'Athénée de Bruxelles , s'est proposé de montrer, dans une petite brochure imprimée à Gand , que les résul- tats obtenus par M. Villermé , applicables à une ville , à un espace circonscrit , ne le sont plus lorsqu'il s'agit d'un royaume entier ou d'une grande étendue de pays (i). Parmi les causes de mortalité qui paraissent àM, Qucr lelet exercer une influence bien appréciable dans le royaume des Pays-Bas , il croit pouvoir assigner l'iné- galité de population, et surtout l'humidité plus on moins grande qui dépend de l'abaissement du terrain , ainsi que les variations atmosphériques qu'on éprouve , au voisinage de la mer. Il suffît en effet de jeter les yeux sur le tableau suivant pour se convaincre que , dans le royaume des Pays-Bas, ce sont les provinces les plus po-. puleuses , les plus voisines de la mer , celles où le sol est le plus bas , le plus marécageux , qui offrent propor-j tionnellement le plus de décès. (i) Voir Statistique. A M, yUlcrniéyyar M. Quetelel, C86) RAPPORTS PROVINCES. Zélande. Nord-Hollande. Sud-Hollande. Utrecht. Brabant mérid. Flandre occid. Overyssel. Flandre orient. Frise. Liège. Limbourg. Anvers. Groningue. Hainaut. Brabant septentr. Gueldre. Luxembourg. Drente. Namur. Delà population à la mortalité 3i. 4 Vy 5 35. o 36. 3 38. 2 4o. 7 43. 5 44. 8 1 46. I 46. 2 47. 5 48. 8 49- 3 5i. 1 5i. 4 53. 7 53. 8 ^5. o ^1' 9 Delà population aux. naissances. 20. 7 23. 2 23. 9 24. 3 26. I 27. 5 26. 5 28. 4 27. 1 28. 9 29. 2 30. 7 28. 9 27. 4 29. 2 27. o 27- 9 27. 8 29. 8 Delà population aux mariages. i3. 7 04. 4 i3. 3 18. 2 42. 2 37. 7 21. 9 65. 3 28. 7 54. I 90. 3 42. Ç) 4o. 3 36. 5 5o. o 3i. I 49- 9 3o. 3 5o. 9 Des naissances de filles aux naissances de garçons. O, 960 o, 956 o, 9% o, 9% o, 970 O, 930 o» 9^7 o, 94<^ o, 944 O, 942 o, 956 o, 960 o, 898 o, 921 o, t)74 o, 952 o» 967 o, 895 o> 9^>7 Moyennes. 43. 8 32. 4 o, 947 Ce tableau confirme robservation générale faite par Buffon , Muret , etc. , que la salubrité d'un pays aug- mente avec Télévation de son sol 5 en outre , il prouve que c'est dans les provinces les plus riches du royaume des Pays-Bas j les deux Hollandes, les deux Flandres; (87) le Brabanl méridional , où il y a le plus de décès, tan- dis que dans le Luxembourg et le Namurois, provinces les moins riches , mais où le peuple est pourtant loin d'être dans un état d'indigence , il y en a peu. Un autre résultat remarquable du tableau précédent , résultat auquel MM. Malthus et Villermé étaient aussi arrivés de leur côté , c'est que les naissances sont en raison directe de la mortalité. Ces derniers pensent que le fait dont il s'agit n'a pas sa principale source dans une loi de la nature 5 c'est surtout dans des besoins de con- vention , dans un calcul de la part des époux , ou dans de certaines institutions sociales qu'il faut , si nous en croyons ces deux auteurs , chercher les causes princi- pales de la curieuse relation que nous venons de signa- ler. Quoi qu'il en soit , selon M. Quetelcl , le fait se vérifie même pendant les difTérens mois de l'année, comme il l'avait montré dtyà dans son Mémoire sur la mortalité dans Bruxelles (i) , et comme M. Lobatto l'a vérifié depuis pour les cinq villes d'Amsterdam , d'An- vers , de Gand , de Rotterdam et de La Haye. Afin de rendre ce dernier fait sensible , M. Quetelet indique la moyenne valeur des résultais , en prenant pour unilé le douzième des naissances et des décès d'une année , et en supposant tous les mois de trente jours : il a , dans ce but , dressé le tableau qui suit. (i) in« vol. des Mém, de l'Acad. royale de Bruxelles. (88) NAISSA] NCES. DEC RÉSULTATS ÈS. RÉSULTATS BnOXKLLES. BRUXELLES. MOIS. de 18 ans. de 18 ans. M. LOBATTO. M. LOBATTO. Janvier. i,o56 i,o4o 1,206 1,172 Février, • 1,120 1,157 1,109 1,110 Mars. ^090 ^>o99 i,o57 I,IOO Avril, i,o53 ij079 lj02£ 1,068 Mai. 0,986 o?9^9 0,950 05995, Juin. 0,981 0,956 0,902 0,916 Juillet. 0,909 0,901 0,843 0,806 Août. 0,925 0^903 0,872 0,844 Septembre. 0,955 0,940 0,923 0,884 Octobre. 0,968 0,949 «î97^ 0,956 Novembre. <^'9^9 0,968 1,012 o»97^ Décembre. 1,007 1,017 1,129 1,172 Le rapport moyen général des naissances à la popula- tion çst , pour le royaume entier des Pays-Bas , de 1 à ■37 , et celui des décès de i à 44 ou environ. (F'oj, le premier tableau. ) Il résulte de là qu'il y naît propor- tionnellement plus d'enfaos qu'en France , et qu'il y meurt moins de personnes ; la population doit donc s'ac- croître rapidement , et , en ellet , le tableau suivant le démontre. La population était , le i*^"^ janvier, pn 1820. . . :^ de 5,642,552 ; 1821 de 5,692,323 'y 1822 de 5,767,03s \ (89) i8'^3. de 5,838,123 5 1824 ^^ 5,913,526-, 1825 de 5, 992, 666.. jf„^ Elle augmente chaque jour. Pour en donner un exem- ple , M. Quetelet cite le mouvement de Télat civil pen- dant Tannée i825 pour les principales villes : le voici. • ^ RAPPORT ■ NAISSANCES. DÉCÈS. DSI DKCks AUXKAISSAKCES. Amsterdam. 7,352 6,3o2 1 0,8572 Bruxelles. 3,763 3,146 o,836o Rotterdam. 2,767 2,146 0,7756 Gand. 2,820 1,976 0,7007 La Haye. 1,819 1,344 0,7389 Bruges. i,4i5 1,172 0,8283 ; Leyde. 1,283 l,2l5 0,9470 Grouingue. i,tq3 860 0,7797 Utrecht. 1,647 1,161 0,7049 Harlem. 819 539 o,658i Dordrecht. 719 444 0,6173 Mon s. 809 672 0,8307 Malines. 794 . 606 0,765s , Leuwarde. 701 453 0,6462 Delft. 584 390 0,6673 Nimègue. 559 334 0,5973 MOYEHHE VALEUR. 0,7469 Ce rapport des décès aux naissances pour les villes est un peu moins grand que pour le royaume entier, celui- (90) ci étant de 27 à 43,8 , ou de i à 0,6164. Dans un autre tableau que nous ne croyons pas devoir copier ici, Fau- teur fait voir quelle a été la valeur dé Taccroissement de la population dans les différentes provinces pendant les années 1820 , 21 , 22 , 23 et 24. Il en résulte que la population est croissante dans toute Tétendue du royaume des Pays-Bas , et que la valeur moyenne de cet accrois- sement a été de -~^ de la population dans Tespace de cinq ans , ou de ^ environ par an. Il est remarquable que partout dans l'occident de l'Europe , excepté en Espagne , la population augmente -, il serait aisé de démontrer que c'est à la civilisation ou aux conditions meilleures de notre existence dont nous lui sommes redevables , qu'on doit cet accroisse- ment. Cette vérité , la conséquence de toutes les re- cherches de M. Villermé , et qui s'applique également à tous les pays de la terre et aux diverses époques de l'histoire, vient d'ailleurs d'être solidement établie par M. Bérard , professeur d'hygiène à la Faculté de Méde- cine de Montpellier, dans un Discours sur les amélio- rations progressistes de la Santé publique (i). Le rapport moyeu annuel des mariages à la population est de là i32 pour le royaume entier des Pays-Bas; mais on observe à cet égard une différence notable entre les provinces catholiques et les provinces protestantes : dans les premières , il y a un mariage sur cent quarante- huit habitans ou environ , et dans les secondes sur cent vingt-trois. ( V^oy. le premier tableau.) Le rapport des naissances de garçons aux naissances (1} la- S'' de 120 pages. l'uris, i8i6, (91 ) de filles est de looo à 947, à -peu -près comme on Ta irouvé pour l'Angleterre : il est en France de looo à 988 , et dans le royaume de Naples de 1000 à 956. L'ex» cédant des naissances masculines sur les naissances fé- minines est un fait constant, au-delà duquel nous ne pouvons remonter, et conséquemment l'expression d'une loi de la nature , et celte loi , dont l'universalité a élé mise hors de doute par M. le docteur Chervin , de Lyon, s'observe même sous les tropiques , malgré l'opinion de Montesquieu, de quelques autres philosophes, et des voyageurs Forsler le père , Bruce , etc. , qui ont pré- tendu qu'il naissait dans les climats chauds plus de filles que de garçons. Considérations sur V Anatomie comparée de V Hyoïde ; Par Louis Girou de Buzàreingues. En observ£fnt l'ensemble des êtres qui composent l'é- chelle animale, on est bientôt étonné de voir les difFé- rens organes changer de formes , de rapports , même de fonctions , sans que pour cela il soit impossible de suivre la nature dans les diverses métamorphoses qu'elle fait subir aux êtres vivans , selon les lieux qu'ils doivent ha- biter, .les alimens qui doivent les nourrir, et le mode de conservation qui leur est propre. Etudier les animaux dans les mutations de leurs sys- tèmes nerveux et sanguin , voir le rapport des forces sen- sitives et des forces assimilatriccs , connaître les loi» (90 qui président aux sécrétions , voilà des points de haute physiologie qui ont été long-temps étudiés , qui ont été fécondés par le génie des hommes les plus habiles , et qui promettent d'abondantes moissons à celui qui vou- dra les cultiver encore. En effet , malgré les beaux et les nombreux travaux de nos physiologistes , il semble que ces matières doi- vent nous cacher long-temps des secrets qui ne sont pas venus à notre portée. Les pièces anatomiques qui nous manquent , qui sont difficiles à conserver , qui ne se voient qu'à des intervalles très-éloignés , ne nous laissent pas saisir cet ensemble de faits qui lie les choses entre elles , qui permet d'en faire un tout , dont les parties , sont coordonnées. L'appareil locomoteur est sans doute,, parmi les sys- tèmes d'organes , celui qui a le plus souvent fixé l'ai" tention des naturalistes , surtout de ceux qui font une élude spéciale de l'anatomie comparée. Ici , une série tffe leviers ajoutés les uns aux autres, se servant alter- nativement de point d'appui , des puissances dont il est possible de calculer les résultats , tout invitait à obser- ver cette partie mécanique des corps vivans , qui d'ail- leurs nous montre d'une manière assez exacte les rela- tions des animaux avec tout ce qui les entoure , les moeurs , les habitudes , l'instinct, qui en sont les con- séquences^ enfin ce que nous avons à craindre ou ce que nous devons espérer de leur voisinage. Une pareille étude a été féconde en résultats. M. Cu^ vier, en cultivant une science avant lui inconnue , a rassemblé sous nos yeux les débris épars des animaux dont Tespcce et le souvenir avaient été dclruils par W (93) temps. Après lui , M. Geoffroy Saint-Hilairc a montré, d'une manière non moins savante, cette unitd de forma- lion qui réunit plusieurs classes , que les naturalistes avaient séparées par des coupes artificielles. Cet anato- miste , en traçant la loi des connexions , s'est frayé une route nouvelle qui lui a permis de suivre le fil des ana- logies , là où il avait échappé aux autres observateurs. Je désire appeler l'attcniion sur une série de faits qui confirment singulièrement les idées générales de ce sa- vant*: il est nécessaire, pour être bien compris , que je donne un aperçu général de l'ensemble du système os- seux. L'axe de l'animal étant placé dans une situation hori- zontale , ou remarque dans le squelette plusieurs pièces osseuses disposées en deux séries , l'une supérieure , nom- mée colonne 'vertébrale ^ l'autre inférieure, nommée sternum, ou mieux se ne sternale. Ces deux rangées de parties dures existent d'un bout à l'autre de l'animal dans plusieurs espèces des classes inférieures (les lu-n sectes , les Crustacés ) ; mais dans les animaux d'un ordre plus élevé , les pièces sternales sont remplacées , à certains endroits , par un entrelacement de fibres apoué- vrotiques , à certains autres , tout tissu fibreux disparaît, et la ligne médiane n'est indiquée que par la symétrie des parties voisines. Des deux chaînes osseuses que je viens de désigner partent d'autres pièces qui se dirigerrt ij lès unes vers les autres , en contournant le corps , et qui -fitlissent par se réunir; Cies os sortt nommés CQtes : oa les divise en vertébrales et en sternales^ suivant le lien de leur origine. Il part encore des vertèbres et du sternum , outre les (94) côlcs , des os qui en diffèrent par leur volume et leur si- tuation ; ce qui les caractérise , c'est que deux de ces pièces , en se réunissant , donnent naissance à une troi- sième : celle - ci est ordinairement suivie de plusieurs autres qui forment avec elle un ensemble auquel on a donné le nom général d'extrémité. Ainsi toute extrémité prend naissance au point de jonc- lion de deux pièces osseuses , Tune sternale , l'autre vertébrale : on nomme ces deux os racines de Vextré- mité. Cela posé , voyons la place que nous devons assigner à chacune dos pièces osseuses qui ont reçu collective- ment le nom d'hyoïde. On remarque dans l'appareil hyoïdien : i**. une série de pièces médianes auxquelles M. Geoffroy Saint -Hi- laire a donné les noms de basihyal , entohjal ^ uriiojal. Plusieurs anatomistes regardent ces pièces comme les homologues du sternum. 2.^, Du basihyal (corps de Vhjoïde) partent deux os , un de chaque côté : M. Geoffroy les a nommés glos- soh^aux. Ces doux pièces, connues encore sous le nom de grandes cornes , offrent , par leurs connexions , des rapports avec les côtes sternales auxquelles on les a com- parées. 3^. Au point de jonction de la grande corne de l'hyoïde et du corps de cet os naît une- pièce appelée impropre- ment petite corne , que M. Geoffroy a désignée sous le nom dapohyal. Je crois pouvoir la comparer à la ra- cine anlériei\re d'une extrémité. 4®. L'apophyse styloïde ( sfjlhjal de M. Geoffroy ) , prenant point d'appui sur une vertèbre crânienne , me ( 95 ) parait élre semblable à la racine posljirieure d'une ex- trémilé. 5°. Enfin , de la jonction de ces deux derniers os en part un troisième , le cératohjal^ sur lequel M. Geof- froy a fixé Tattention des çavans , et qui avait été^à peine remarqué avant cet anatomiste. Cette pièce osseuse me parait présenter les conditions esseniielles à une extré- mité qui se trouve à Vélat rudimentaire. En effet, le stylhyal étant comparé à l'omoplate , et l'apohyal étant regardé comme l'homologue de la clavi- cule , que manque -t -il au cératohyal pour remplir les fonctions d'une extrémité ? Un peu plus de volume. Quoiqu'on ait en général peu d'égard aux dimensions des pièces anatomiques que l'on compare entre elles , voyons si , même sous ce rapport , les membres qui font parlie de l'hyoïde ne peuvent pas être rapprochés des thoraciques et des pelviens. Nous dirons d'abord que ceux-ci se trouvent quelquefois dans un état d'exiguité remarquable , comme on les a observés récemment en- core chez quelques Boas. Puis , en portant nos regards sur les animaux dans lesquels le cératohyal n'a pas en- core trop perdu de son volume , nous le retrouvons, dans le Sauvegarde d' Amérique , se détachant des pièces qui lui servent de point d'appui , et se faisant remarquer par un développement considérable. . Enfin , si nous arrivons aux poissons , alors ce ne sera plus un petit osselet , manquant quelquefois , mais une série de pièces osseuses que nous trouvons réunies pour former celte extrémité 5 ces pièces , identiques par leur forme et leur arrangement avec celles qui compo- ( 96 ) sent les Aageoîrcs , n'en diffèrent que par un moindre rapprochement à leur base (i). Il est à remarquer que les racines d\ine extrémité peuvent varier dans leur nombre. Ainsi Ton en trouve jusqu'à trois sternales et deux vertébrales pour suppor- ter rextrémité thoracique de certains animaux : nous verrons quelque chose de semblable dans les racines de rextrémité hyoïdienne. Plusieurs poissons offrent ces racines composées de quatre pièces disposées en série ; dieux de ces pièces sont sternales , les deux autres sont vertébrales. Ainsi l'analogie , ou plutôt Tliomologie , me paraît parfaite et susceptible de supporter eu tous points la comparaison. Je bornerai ici ces réflexions , qui tendent à prouver que l'hyoïde est composé : i°. d'une série de pièces ster- nales accompagnée d'une ou de plusieurs côtes de même nom. Cette opinion est celle de plusieurs anatomistes j (i) M. GedfTroy a montre ridentité de ces pièces avec les côtes steV' nales des autres vertébrés: cette opinion n'est ni détruite, ni même combattue par celle que je mets en avant. Une partie des pièces qui for- ment l'extrémité hyoïdienne des poissons peut ensuite devenir sternalé jchez les autres animaux vertébrés, sans que pour cela mes idées soient moins exactes ; je ferai seulement observer à ce sujet que , chez les pois- sons , je considère comme racines de l'hyoïde les hyposternal et hyostcr- nal de M. Geoffroy, et que, chez ces animaux, l'extrémité hyoïdienne «8t formée par les pièces que cet auteur a comparées aux côtes sternales^ Au reste, je renvoie ceux qui n'auraient pas une connaissance approfon- die des faits , au premier volume de VAnatomie philosophique ; ils trou- veront, dans les dcsciiptions et les planches qui leur font suite, l'eX-» 'jpfression exacte de la vérité : il y a même dans cet ouvra^^e des rappro- cliemens qu'il est indispeu6ul)le de connaître pour bien saisir ce que j'a- vance. * • w^ (97) parmi lesquels il tne suffira de citer MM. de Blainville cl Geoiïroy Sainl-Hilaire. %^, D'une extrémité , sur rexislence de laquelle je dé- sire fixer Tattention des sa vans. Celle-ci , ordinairement à l'état rudimenlaire dans les animaux 'vertébrés , ac- quiert un développement assez considérable dans quel- ques espèces de Sauriens : son volume augmente encore dans les poissons. Cette extrémité devient alors compo- sée de plusieurs pièces , qui finissent par être supérieures en nombre et en étendue à celles des autres organes lo- comoteurs 5 enfin il me paraît convenable de nommer cervicale cette paire d'extrémités. ,r;la . Ces rapprochemens , qui sont déduits d'observations nombreuses , aussi exactes qu'il m'a été possible de les faire , sont une nouvelle preuve de la vérité des opinions de celui qui a rangé sur un même plan les animaux qu'on avait distingués en vertébrés et invertébrés , et montre que les membres antérieurs de ces derniers se conser- vent dans les classes plus élevées. La loi des connexions a servi de point de départ à mes recherches j je dois m'estimer heureux si ceux qui s'oc- cupent d'anatomie comparée les jugent dignes de leur attention. Sur une nou^felle espèce de Rongeur Fouisseur du Brésil; par M. H. de Blainville. L'espèce de Rongeur,, dont il va être question d^ns cette Note y a été envoyée à M. Florent-Prévost des par- lies intérieures du Brésil , de la province de Las Minas j sous le nom portugais de Rotto qui moro embaxo doxa- IX. . 7 ( 98 ) no , qui veut dire Rat des champs, il en a reçu deux individus à -peu -près semblables, malheureusement tous deux seulement en peau , mais dans un assez bon ëtat de conservation. Nous allons commencer par en donner la description , après quoi nous chercherons si elle n'avait pas encore été inscrite dans le Sjstema ani' tnalium , et si elle doit être distinguée comme espèce ou comme genre. Le corps de cet animal est de la grosseur de celui de notre rat ordinaire , ou mieux de notre rat d'eau -, peut- être cependant est-il un peu renfle en arrière , et surtout plus déprimé , plus sacciforme. La tète , assez petite , est également déprimée. Le museau est celui d'un rat , plus court cependant et plus comprimé , ce qui tient à la disposition des dents incisives , qui sont beaucoup plus fortes . plus exsertes que dans les rats. Les narines sont encore à-peu-près semMabies à ce qu'elles sont dans ces mêmes animaux *, mais les orifices très-étroits sont encore plus recouverts par le cartilage extérieur formant une espèce d'opercule. Les j^eux sont petits, autant qu'il a été possible d'en ju- ger d'après l'orifice des paupières sur une peau bourrée. Les auricules , ou oreilles extérieures , sont certaine- ment bien plus petites que dans nos rats d'eau et que dans les campagnols ^ elles ne consistent en effet qu'en un rudiment assez étroit et pointu de la conque , sans traces de tragus ni d'ami tragus. La bouche , très-peu fendue , comme dans tous les rongeurs , a ses lèvres retournées en dedans et garnies de poils , peut-être plus durs que ceux du reste de la (99) jpeau , dans l'inlervalle dépourvu de dents entre Tincisivé fet la pi^emière molaire. Les dents incisives sont presque complètement ex- serles ou ne peuvent être recouvertes par les lèvres 5 elles sont très -fortes, taillées en biseau à leur face posté- rieure , droites et tranchantes à leur extrémité , sans sil* Ion , mais de couleur orangée à leur face antérieure , et enfin presque de même forme en haut et en bas : celles- ci sont cependant un peu plus étroites et plus longues que celles-là. Les molaires sont également à-peu-près semblables aux deux mâchoires , au nombre de quatre, décroissantes de la première à la dernière, subitement beaucoup plus petite que les autres. Toutes sont à-peu-près d'égale venue dans toute leur longueur -, leur couronne est plate^ ovale , recourbée un peu en forme de virgule dont les extrémités seraient également arrondies ; l'émail les borde à la circonférence sans former de plis ni de fes- tons , et elles s'imbriquent un peu l'une l'autre en de- dans , c'est-à-dire que l'extrémité postérieure de la pre- mière se place en dehors et dépasse l'extrémité antérieure de celle qui suit. Les membres sont très-courts , empêtrés , ou n'ayant de bien libre que les avant-bras et les jambes. Les antérieurs sont terminés par une paume assez considérable , pourvue d'une callosité polliciale et car- pienne fortes. Ils ont cinq doigts bien distincts , mais courts , peu séparés ou fendus. Le pouce est le plus court de tous , mais cependant bien conformé et terminé par un ongle conique : les quatre autres doigts , dans la pro- portion ordinaire , sont pourvus chacun d'un ongle aussi ( 100 ) ïong qu eux , très-arqué , à dos mousse , tranchant dans la moitié postérieure de la face inférieure , fendu dans le reste et un peu élargi à l'extrémité. Ce sont donc de véritables ongles fossoyeurs. Les membres postérieurs ont aussi leur plante longue, assez large et tout-à-fait nue. Les doigts , également au nombre de cinq , peut-être un peu moins disproportionnés qu'à la main , le premier étant presque aussi long que le cinquième , ont aussi des ongles assez forts , mais droits , et élargis en cuiller ou gouttière à l'extrémité. A leur racine en dessus est une rangée de poils roides, durs, courts, formant une es- pèce de râteau , ce qui n'existe pas aux membres antérieurs . La queue est courte 5 elle égale à-peu-près le quart de la longueur totale 5 elle est du reste assez grosse , obtuse à son extrémité, et commençant assez brusquement en arrière du corps , autant toujours qu'il a été possible d'en juger d'après des peaux bourrées. Le poil qui recouvre la plus grande partie du corps est doux , fin , assez court , très - couché , d'un gris-ar- doise à sa base , et d'un brun roussâtre luisant dans le reste de son étendue , ce qui donne pour couleur géné- rale du roux luisant en - dessus , se fondant en blanc roussâtre en-dessous. Les poils qui recouvrent les extrémités sont plus courts , plus durs et plus rares. Ceux de la queue sont dans le même cas , sans écailles entremêlées , et d'un brun noirâtre. Comme dans toutes les familles des rats , il y a , à la lèvre supérieure , des vibrisses ou moustaches assez longiu^s. ( ^01 ) En comparant maintenant cette espèce de rongeur avec ceux que nous connaissons comme déjà inscrits dans le grand catalogue des êtres , il est évident que c'est des Oryctéromes ou rats-taupes du Cap qu'il doit être rap- proché ; en effet , il a le même nombre de doigts aux deux paires de membres , et , à très-peu de cbose près , dans la même proportion. Le système dentaire est aussi disn posé et composé à-peu-près semblablement , puisque les incisives sont également en partie exsertes et très-i fortes , et qu'il y a le même nombre de molaires , quatre, de chaque côté à chaque mâchoire , croissant aussi à peu de chose près de même , de la première à la dernière , et enfin également entourées d'émail à la couronne^ sans plis bien marqués. Cependant, la forme générale du corps , la proportion des yeux , celle des auricules ou conques auditives , la longueur de la queue , la propor- tion même des membres , indiquent dans le Rongeur du Brésil un animal d'un degré subterranéen moins consi-f dérable -, en sorte qu'en joutant , ce qui en est une con- séquence nécessaire , que le crâne est moins déprimé , moins épais , plus écureuil pour ainsi dire 5 que. les ar-» cades zygomaliques sont bien moins arquées ,. moins élargies en dehors 5 que le cadre de l'orbite est bien net- tement séparé en avant de la fosse sous - orbitaire qui forme un grand trou , disposition qui se retrouve dans les Gerboises , les Capromys , etc. , et qui n'a pas lieu dans les Oryctéromes , en ajoutant que les incisives sont bien moins fortes et sans sillon antérieur pour les supé- rieures , et surtout que les molaires sont encore plus -per tites , surtout beaucoup plus simples , et un peu autre- ment conformées dans l'animal du Brésil que dans le ( ^02 ) Rat-Taupe du Cap , puisque dans celui-ci , des quatre molaires subégales , et placées coraplèiement à la file ^ c'est à la mâchoire supérieure , la troisième , qui est un peu plus grosse que les autres , et que cette dent et la quatrième ont un pli de l'émail bien marqué, interne pour celle-là , externe pour celle-ci , on pourra trouver que les diirérences sont encore assez considérables. Mais ces dissemblances sont-elles suffisantes pour dis- tinguer notre Rongeur comme devant former un genre nouveau? C'est une question à laquelle on pourra ré- pondre tout différemment , suivant les principes qu'on aura adoptés dans la manière de systématiser en mam- malogie. Si l'on veut admettre pour raisons d'établir un genre , des différences dans l'organisation , traduites par des différences dans les mœurs et les habitudes , notre animal ne nous paraît pas devoir être distingué gé- nériquement. ^'est une espèce intermédiaire aux Cam- pagnols, aux Cipromys et aux Orycléromes , mais plus rapprochée de ceux - ci , parmi lesquels on devra la placer sous le nom d'O. du Brésil, Si Ton vent , au contraire, suivre rigoureusement la manière de voir des personnes qui croient que des différences dans le système dentaire, quelque petites qu'elles soient , pourvu qu'elles soient appréciables , doivent suffire pour l'établissement d'un genre, alors notre animal devra en former un, qu'on pouVra nommer Ctenomys , de cteis , ctenos , àé- nomination tirée de la disposition singulière des poils roides des ongles aux pieds de derrière , et qui devra être ainsi caractérisée. Corps assez allongé , sacciforme , un peu déprimé , assez poilu , terminé par une queue médiocre , couverte 4e poils rares. ( i'03 ) Tête ovale , peu déprimée j yeux petits ou médiocres^ auricules visibles , mais fort petites. Dents incisives fortes , en partie exsertes , à coup« carrée , à bord large et tranchant , sans sillon antérieur. Molaires au nombre de quatre à chaque mâchoire , oblongues , croissapt assez rapidement de la première ^ la dernière , à couronne sigmoïde , sans aucun repli de Fémail . Membres assez courts, empêtrés, la paume et la plante- Bues , terminées par cinq doigts pourvus d'ongles fouis- seurs très-longs , très-arqués et pointus en avant , plus courts , plus larges , excavés en arrière , où ils sont ea outre garnis à leur racine d'une série de poils durs- et- roides formant une sorte de râteau. Vespèce qui constitue ce genre devrait alors être dé-^ signée par la dénomination de Cténonie du Brésil , Çte- nomys Brasiliensis , caractérisée par sa couleur et sa grosseur. La description d'aucune des espèces 4e Rongeurs y. i observées par M. d'Azara dans l'Amérique méridionale^ ne convient à cet animal. M. Desmarest ne paraît pas non plus l'avoir connue , ou du moins elle n'est pas dé- crite dans son Traité des Mammifères de l'Encyclopé- die. Le Rongeur dont M. Rafinesqne a fait son genre Diplostome y que M. Kuhl a nommé Saccophore , et M. Lichtenstein y^5co/7i75 , parait avoir un assez grand, nombre de rapports avec le nôtre,* mais celui-là est pourvu d'une grande abajoue extérieure que celui-ci n'a pas , et d'ailleurs il n*a que quatre doigts aux pieds de derrière , et il vient du Canada ^ en sorte qu'à moins que les naiuraiistes bavarois qui ont voyagé au Brésil , ou ( »o4 ) M. Augusle de Sainl-Hilaire , ne l'aient observé , c^est bien une espèce qui n'était pas inscrite dans nos cata^ logues. (Bull, de la Soc, philom.y avril 1826.) Sur quelques petits animaux qui y après avoir perdu le mouvement par ta dessiccation , le re- prenjient commç auparavant quand on vient à les mettre dans Veau ; Par M. H. DE Blainville; Depuis assez long-temps on a fait l'observation que le Filaire que l'on rencontre si souvent dans le corps des sauterelles , et surtout dans la sauterelle verte, en Suisse et dans les pays environnans , a la singulière faculté , après avoir été complètement desséché , du moins en ap- parence , à l'air libre , au soleil ou à l'ombre , de re- prendre peu à peu ses mpuvemens aussi vifs qu'avant l'expérience , lorsqu'en le mettant dans l'eau on lui rend l'humidité dont il avait été privé, C'est un fait sur le-* quel M. de Blainville avait eu des doutes assez forts . jusqu'au moment où il vit , il y a déjà quelques années , un Filaire trouvé sur la cornée d'un cheval , et dessér ché complètement dans une soucoupe de porcelaine , et par conséquent complètement immobile , plat et mincq. comme une lanière de parchemin , reprendre peu à peu ses mouvemens qui , au bout d'une demi- heure, furent aussi vifs que ceux d'un autre individu resté bien vivant entré les paupières de l'œil frais , et que le hasard avaii fait mettre dans la même soucoupe avec une certaine quantité d'eau', / ( >o5 ) Mais la singularité de celte espèce de résurrection est bien plus grande , bien plus extraordinaire dans Fani- mal microscopique , que Ton connaît vulgairement sous le nom de Rotifere de Spallanzani , quoiqu'on dût beaucoup mieux l'appeler le Rotifere de Leuwenhoek , puisque c'est cet observateur qui le premier l'a aperçu et qui lui a reconnu la faculté qui l'a rendu si célèbre. Quoique les faits rapportés par le naturaliste italien eussent confirmé d'une manière tout-à-fait irréfragable ceux du naturaliste hollandais , à plus de cent ans d'in- jtervalle 5 malgré la confirmation apportée par quelques personnes qui s'occupèrent du même sujet avant ou même depuis le moment où Spallanzani fit connaître ses recherches, comme le docteur MuUer, Gofredi, etc., on a vu dans ces derniers temps assurer positivement que cette espèce de résurrection ne pouvait et par con- séquent n'avait pas lieu. M. de Blainville, conduit par la nature de ses travaux à s'assurer par lui-même de ce ce qui en était , vient de confirmer ce qu'avaient dit Leuwenhoek et surtout Spallanzani , en mettant de l'eau pendant une heure au plus sur de la poussière bien sèche , prise dans une gouttière à l'endroit où la décli- vité laisse nécessairement une certaine quantité d'eau' s'évaporer sans couler et par conséquent déposer la sub^ stance terreuse apportée de l'air environnant, et surtout du toit. ... t>i ] >i .) jj Spallanzani, dans son Mémoire intitulé des Ani\* maux qui peuvent ressusciter , parle de trois espèces : 1°. le Tardigrade 52°. le Rotifere , et 3®. une sorte de Vibrion ou de Filaire. M. de Blainville n'a pu faire qu'une seule expérience ( lofî) «ir le premier , ou sur le Tardigrade , parce qu'il n'en* a rencontré qu'un seul individu , qu'il a même à-peu-^ près négligé , parce qu'il croyait qu'il en retrouverait ai- sément d'autres , ce qui n'a pas eu lieu jusqu'ici. Cepen- dant il a pu s'assurer que c'est bien évidemment une larve de Coléoptère , comme on pouvait au reste déjà le voir, d'après la figure et la description de Spallanzani.. Son corps est ovale et peu allongé , à - peu - près égale- ment arrondi aux deux extrémités , un peu recourbé en. dessous. Il ne paraît , au premier abord , composé que de cinq gros anneaux bien distincts : la tête ^ qui consti- tue le premier, est ovale , déprimée , et comme partagée en deux parties par une légère dépression. On y recon- naît aisément des yeux latéraux , une paire de mâchoires, ou de crochets fort petits , à la base d'un très - petit tube exsertile et situé tout-à-fait en avant. Les trois an- neaux suivans ,- dont le premier est un peu plus long que les autres , portent chacun une paire de pattes courtes , coniques ,. composées , à ce qu'il a paru à M. de Blain ville, de trois articulations seulement, décrois-^ saut rapidement de grosseur , et dont la troisième est up peu en crochet. La cinquième partie , ou la posté- rieure , constitue un abdomen un peu déprimé et re- courbé en dessous. En l'étudiant attentivement , on re- connaît qu'il est composé d'au moins trois divisions, et que probablement la terminale est elle-même ridée de quelques autres -, mais c'est ce qu'il est difficile d'assu- rer. Spallanzani dit que son Tardigrade avait le corps terminé par deux paires de filets crochus. Quoique cela soit tout-à-fait dans l'analogie , M. de Blainville ne les. a pas aperçus. Au reste , quoiqu'il soit probable que le ( 1^7 ) petit animal observé par celui - ci soit le Tardigrade de Spallanzani , cela n'est pas absolument certain. En effet, le nom de Tardigrade ne lui cAivient pas trop, car ses mouvemens , tout différens de ceux des Roiifères , ne sont cependant pas lents , mais bien embarrassés , parce que les petits crochets dont les pattes sont armées ne peuvent prendre un point d'appui bien Oxe sur le verre poli du porte -objet. Quand leç circonstances extérieu- res , comme les mouvemens désordonnés et brusques des Roiifères , ont mis le Tardigrade sur le dos , on le voit alors faire tous ses efforts pour se i*emettre sur les pieds. Pour les Rotifères , M. de Blainville a été beaucoup plus heureux . puisqu'il en a trouvé presque autant qu'il en a voulu. En voici la description : son corps, très- visible à l'aide d'une loupe de deux lignes de foyer, et dans un degré moyen d'extension , est allongé et fusi- forme , c'est-à-dire renflé au milieu et atténué aux deux extrémités. On reconnaît aisément, malgré sa transpa- rence , qu'il est formé d'articulations assez peu dis- tinctes , si ce n'est en arrière. La partie antérieure , sus- ceptible de s'allonger beaucoup , surtout quand le petit animal cherche un point d'appui pour avancer , se ter- mine en poinle mousse qui s'élargit un peu en ventouse, lorsqu'elle est fixée. Jamais M. de Blainville ti-en a vti sortir les orgafnes , imitant par leurs mouvemens des es- pèces de roues ; qu'il a très- bien vus dans les Rotifères des eaux marécageuses. L'extrémité postérieure est éga- lement susceptible d'extension , comme l'antérieure , mais elle est en général plus courte , et la ventouse qui la termine est plus largfe et mieux conformée j elle n'offre ( io8 ) pas la paire d'appendices qui se remarque dans les vrak Rotifères, Du reste ce petit animal n'a pas non plus ab- solument les mêmes allures que le Roiifère de Spallan- zani 5 sou corps , contractile et extensible dans toute sa longueur, surtout aux extrémités , est parfaitement trans- parent ; ou y aperçoit quelquefois les indications du ca-^ nal intestinal étendu d'une extrémité à l'autre et un peu renflé en arrière : la bouclie et l'anus sont très-probable- ment aux extrémités. Le mode de locomotion a plus de rapports avec celui des sangsues qu'avec ce qui a lieu dans les Rotifères des marais 5 il consiste en une espèce d'arpentage dans tous les sens , dans toutes les directions , avec une grande vivacité. L'animal , fixé le plus souvent d'abord en ar- rière , sur un grain de sable ou sur le sol , porte l'extré- mité antérieure le plus loin qu'il peut en allongeant le corps 5 la fixe , et attire ensuite vers ce point , en en rap- prochant le plus possible la ventouse postérieure qu'il avait détachée ; en répétant cette manoeuvre , il a bientôt traversé le champ du microscope. M. de Blainville ne l'a jamais vu quitter le sol ou les grains de sable qui y reposent , pour s'élancer comme un trait , en nageant à la manière des Rotifères. Quand l'eau commence à lui manquer, à mesure que celle - ci s'évapore , il cherche les endroits où il y a du gravier ; ses mouvemens dimi- nuent peu à peu d'étendue et de force , son corps se rac- courcit , devient presque globuleux , et tout mouvement cesse au bout d'un temps souvent assez long. Si maintenant , ou après quelques heures et même un jour et une nuit de dessiccation qui paraît bien com- plète, on met de l'eau sur la poussière restée sur le ( ï09 ) porte-objet , on voit , au bout de trente , quarante et même cinquante minutes , les petits animaux avec tous les mouvemens aussi vifs qu'ils avaient auparavant. M. de Blainville , dans une de ses expériences , a pu sur trois individus , les seuls qui existaient sur le porte- objet , le premier beaucoup plus gros que le second , et le troisième intermédiaire , voir anéantir et renaître com- plètement les mouvemens jusqu'à dix fois , à l'intervalle d'un demi-jour ou d'un jour tout entier 5 la différence de grosseur des trois individus lui a permis de s'assurer que ce n'était pas une substitution , d'autant plus qu'il se servait d'eau distillée. Il s'est également assuré , comme tous les expérimen- tateurs l'ont vu depuis Leuvv^enhoek , que les individus desséchés hors de l'abri des grains de poussière , se gon- flent , reprennent à-peu-près leur forme , mais ne re- vivent réellement pas. La différence qui existe entre la description du petit animal observé par M. de Blainville et celui dont Spal- lanzani a donné la fîgure , ne permet pas au premier d'as- surer que ce soit bien certainement la même espèce que le Rolifère de Spallanzani 5 cependant , comme dans de véritables Rotifères de l'eau des marais , M. de Blain- ville a vu que quelquefois ils restent fort long - temps sans montrer leurs prétendues roues ni les appendices de la queue, M. de Blainville croit que ses observations confirment , s'il en était besoin , ce que Leuwenhoek et Spallanzani avaient dit sur la faculté qu'ont certains ani- maux de revivre quand ils ont été desséchés. Il est mal- gré cela assez singulier que parmi ces Rotifères des eaux N («io) des marais , sur lesquels M. de Blain ville a tenté la même expérience , un seul ait ressuscité. Comme M. de Blainville n'a pas encore trouvé de Vi* brion ou de Pilaire dans la poussière des toits , il n'a pu confirmer ce que Spallanzani a dit à leur sujet. {Bull, de la Soc, philom, , juin 1826.) Description d'une rioiwelle espèce de Reptile du genre Marbré ( Polychrus ) j Par M. F. de la Porte. Le genre Marbré fut formé par M. Cuvier dans sort Kègne animal , pour y placer un reptile saurien ayant presque tous les caractères des Iguanes , mais qui s'en éloigne surtout par l'absence de la crête dorsale : ses autres caractères sont d'avoir la tête garnie de plaques , toutes les autres parties couvertes d'écaillés très-petites et semblables entre elles ;, les doigts postérieurs inégaux , la peau de la gorge pouvant former, selon la volonté de l'animal , un goitre plus ou moins considérable. Ils jouissent de la singulière propriété de changer de tein- tes , comme le Caméléon. M. Cuvier leur donne aussi pour caractère générique d'avoir une rangée de pores sous les cuisses ; mais ayant , ainsi qu'on va le voir, découvert une espèce qui parti- cipe de tous les caractères du genre , à l'exception de celui-ci , je crois qu'il convient de le modifier et de ne le rendre que spécifique. La seule espèce décrite jusqu'à présent est le Marbré de la Guiane de M. Cuvier, Polychrus marmoratus é. Linné la décrit sous le nom de Lacerta marmorala , et la plupart des auteurs le nomment Iguane marbré, 11 a sur les cuisses une rangée de pores ; la queue est excessivement longue , puisqu'elle atteint plus du double île la lèle et du corps réunis ; ses dents sont fines et assc* nombreuses : on en voit aussi de fort petites au palais. La couleur générale est d'un jaune roussâlre , avec cinq ou six raies transversales de couleur brune. Il vient de la Guiane. Longueur totale 16 p. i lig» Idem de la queue 12 L'espèce qui a donné lieu à cette noie nous parait nou- velle : elle portera le nom de Marbré à bandes , Poly- chrusfasciatus, Nob. Sa couleur générale est d'unirun clair sur les parties supérieures du corps et de la queue ; le dessous est blanchâtre. Sur le milieu du dos l'on voit une bande longitudinale d'un jaune clair, large d'environ deux lignes , et bordée de chaque côté d'un liseret noir ^ cette bande va du derrière de la tête jusqu'à la base de la queue. Il y a aussi, comme dans l'espèce précédente, cinq lignes transversales sur les flancs 5 le goitre esl beau- coup plus considérable. Il n'y a pas de rangée de pores sur les cuisses : la queue est beaucoup moins longue que dans la première espèce. Longueur totale i3 p. 6 lig. Idem de la queue é>itt«i} irg J'ai de fortes raisons de croire que cette espèce habite les iles Moluques ou Philippines. Sur le Son produit sous Veau par le Tritonia arborescens. Le docteur Grant , d*Edimbourg , ayant conservé dans un vase rempli d'eau de mer plusieurs individus de quelques petites espèces de Doris , du Tritonia corona- ta, de V Eolis peregrina, et deux Tritonia arborescens, son attention fut bientôt attirée par une sorte de tinte- ( '«2 ) ment qui sortait du vase. Ayant séparé dans des vases par- ticuliers ces diverses espèces de Gastéropodes nus , il ob- serva que les Tritonia arhorescens seuls donnaient lieu à ce bruit. Le son qu'ils produisaient , lorsqu'ils étaient dans un vase de verre, ressemblait beaucoup à celui que causerait un fil d'acier sur le bord du vase , un coup seulement ayant lieu à la fois et se répétant à l'intervalle d'une minute ou deux 5 il était plus obscur lorsque ces animaux étaient placés dans un grand bassin d'eau : il res- semblait alors à celui d'une montre , répété de même par intervalle. Le son est d'autant plus long et plus sou- vent i^épété que les Tritonies sont plus vives et plus ani- mées , et on ne l'entend pas lorsqu'elles sont calmes et sans mouvement. On n'observe aucune production de lu- mière, dans l'obscurité , dans le moment où ce tintement a lieu -, on ne voit aucune bulle d'air s'échapper, et aucune ondulation ne se produit à la surface de l'eau dans le moment du bruit : le son , dans un vase de verre , est doux et distinct. Le docteur Grant a conservé ces Tritonies vivantes pendant un mois en renouvelant l'eau de mer chaque jour et en leur donnant de temps en temps des branches de Sertularia dichotoma , sur lesquelles elles grim- paient , et dont elles paraissaient se nourrir, serrant con- tinuellement les rameaux les plus tendres entre leurs S eux dents. Durant toute cette période, elles ont pro- uit le même son avec une intensité presqu'égale ; ce son, dans un appartement tranquille, s'entend à/ la dis- tance de douze pieds. Le son sort évidemment de la bouche de l'animal , et, au moment où le coup était produit , on voyait les lèvres s'écarter instantanément comme pour laisser l'eau pé- nétrer dans un petit vide formé à leur intérieur. Comme ces animaux , quoique hermaphrodites , ont besoin d'une fécondation réciproque , peut-être ce bruit R-t-il pour objet d'établir un mode de communication entre eux. {Edimb. Philos. Journ, , janv. 1826.) (1,3) Observations sur la Structure et le Développement des Plumes y Par M. Frédéric Cuvier. Dans mon Essai sur de nouveaux caractères pour les genres de Mammifères , publié en 1807 dans le X° vo- lume des Annales du Muséum d'Histoire naturelle , je me proposais de faire une étude spéciale des organes que le zoologiste emploie pour caractériser les genres *et les espèces parmi les Mammifères , organes dont la connais- sance n'était pas suffisante pour donner la mesure de leur importance et faire apprécier la valeur des diffé- rentes modifications qu'ils éprouvent , des différentes formes sous lesquelles ils nous apparaissent. Depuis cette époque , j'ai continué les recherches dont je n'avais pu d'abord qu'indiquer le but , et le premier résultat de ce travail a été mon ouvrage sur les dents considérées comme caractères zoologiques , dans lequel j'ai en outre exposé la structure et le développement de ces organes par de nouvelles observations anatomiques j mais je n'ai rien publié sur les autres systèmes d'organes qui fai- saient l'objet de mes études : le désir d'une perfection , peut-être chimérique, me retenait; je désirais avant tout de résoudre les questions principales qui se présen- taient à mon esprit à mesure que le nombre et l'impor- tance des faits se multipliaient, et j'aurais vraisembla- blement continué à agir avec la même réserve et dans les mêmes vues si je n'avais dû reconnaître que l'utilité d'un travail n'est pas toujours en raison directe de sa IX. — Octobre 1826. 8 ( "4) perfection, et qu'il y a plus de chances à voir fructifie^ les germes , même imparfaits , disséminés successive- ment sur une grande surface , que de plus féconds accu- mulés tous à la fois sur un même point. J'ai donc pensé que je devais faire connaître le résultat de mes re- cherches , quel qu'il fût , pourvu cependant que de nou- veaux faits vinssent s'ajouter à ceux qui avaient été ob- servés précédemment 5 et je commencerai par un des des organes tégumentaires les plus importans , par les plumes. Quoique mes travaux aient eu plus particulièrement pour objet les Mammifères , et que la connaissance de leurs tégumens ait dû déterminer mes recherches de pré- férence à la connaissance des plumes , j'ai été conduit à l'étude de celles - ci par l'intime analogie qu elles ont avec les poils et par la structure plus compliquée de Torgane qui les produit , et qui est plus favorable à leur analyse que ne le serait , à l'analyse des poils , l'organe plus simple et plus restreint sur lequel ils naissent. Ainsi mes recherches sur la nature des plumes ont eu principalement pour but de nous éclairer sur la nature des poils ; si je n'ai pas précisément atteint ce but , je pense toutefois que mes observations contribueront à y conduire. Tout en reconnaissant cependant la grande analogie qui existe entre les poils et les plumes , je dois dire que dans ce travail j'ai soigneusement écarté de ma pensée toute explication qui leur serait commune , étant bien convaincu que les abstractions , quand les observations n'ont pas acquis toute leur maturité , sont bien moins favorables aux progrès des sciences que les faits même (ii5) isolés -, car les premiers peuvent nuire k Tétude exacte des phénomènes par la préoccupation où ils tiennent l'esprit , tandis que les détails des faits et leur nombre ne peuvent jamais être que favorables aux abstractions. J*ai d'ailleurs été d'autant plus porté à en agir ainsi , que ce qui est venu à ma connaissance sur ce qu'on a publié jusqu'à ce jour, du moins en France , sur les plumes . est loin de présenter une analyse exacte de la structure et du développement de ces organes , et de suflBre à l'ex plication de toutes les questions que leur examen atten tif fait naître , non pas assurément que je pense y suffire moi-même , mais toute observation nouvelle peut ajoU • ter aux moyens de le faire. Le premier travail spécial sur les plumes que nous connaissions est celui de Poupait, dont on trouve un extrait dans les Mémoires de V Académie des Sciences pour l'année 1699, La plume , pour cet anatomiste , se composait du tube corné inférieur, de la tige qui le sur- monte , dont il ne considère que la matière spongieuse , et des barbes qui naissent de chaque côlé de cette tige ; et il ne parle que des jeunes plumes des jeunes oiseaux, comme s'il eût ignoré que la mue en produit chaque année de semblables. Mais il avait fort bien vu que les vaisseaux nourriciers des plumes pénètrent dans celles- CÎ par leur extrémité inférieure -, que ces vaisseaux con- stituent en partie un organe à la surface duquel ils se ramifient etqu*il compare à une veine remplie de lymphe nutritive-, que les plumes, dans le premier travail de leur formation , sont préservées des accidens extérieurs par un tuyau cartilagineux à la face interne duquel les barbes sont roulées en cornet -, que d'abord ces barbes ( >i6 ) ont l'apparence de bouillie , el qu'à mesure qu'elles se forment , le tuyau cartilagineux se dessèche , tombe par écailles , et laisse les barbes exposées à l'air où elles prennent toute leur consistance ^ que l'organe qui con- tient la lymphe se termine supérieurement par des en- tonnoirs membraneux quand les plumes commencent à se dessécher, et que le tuyau de chaque entonnoir péné- trant dans le pavillon de l'entonnoir qui le surmonte, il en rcsullo un canal continu ; enfin , de ce que l'organe nourricier de la plume se résout définitivement en go- det , il supposait que ces godets donnaient une idée de sa structure. De ce petit nombre de faits, Poupart concluait que son organe réservoir, de la lymphe nutritive était contenu , même à l'origine des plumes , dans le tube qui les ter- mine inférieuremenl quand leur développement est en- tier , ne faisant aucune diflércnce entre ce tube et le tuyau cartilagineux dont nous avons parlé plus haut -, que cet organe , par son extrémité supérieure , s'intro- duisait dans la partie spongieuse ou la moelle de la plume , y versait sa lymphe qui , par imbibition , pé- nétrait dans les barbes , lesquelles finissaient ainsi de se nourrir et de se former 5 de la sorte la plume acquérait successivement toute sa grandeur et toutes ses formes. De ces premières observations , bien insuffisantes sans doute pour expliquer convenablement la formation des plumes , nous passons sans intermédiaires aux Leçons d'Anatomie de mon frère (tom. 11, p. 6o3). Malheu- reusement la structure des plumes ne pouvait occuper qu'une place très-secondaire dans un traité général d'a- natomie comparée, et dans le premier traité de ce genre ( "7 ) qui parut. Quoi qu'il en soit , tous les faits rapportés par Poupart y sont confirmés ; mais sa veine remplie de lymphe , que mon frère nomme cylindre gélatineux , ne verse plus sa matière dans la partie spongieuse de la plume pour la nourrir ainsi que les barbes ; elle croît en longueur par sa base et sort du tuyau cartilagineux dé- signé ici par le nom de gaîne , en même temps que ces barbes et que la tige qui les porte ; et c'est en effet ce que Texpéricnce confirme ; mais rien n'indique les rap- ports de cet organe avec la plume proprement dite et ses différentes parties ; on les voit seulement se développer simultanément ; et la formation des barbes , par le des- sèchement de la matière qui les constitue , semble plutôt le résultat d'une attraction purement physique , d'une sorte de cristallisation, produite par une force inhérente à cette matière, qu'un résultat de la vie, c'est-à-dire d'une force dont le siège serait dans un organe. Les nombreux détails que demandait une connais^ sance complète des plumes et de leur organe producteur ne pouvaient résulter que d'un travail spécial, et c'est ce travail qui a occupé M. Dutrochet. Ou trouve le Mé- moire qui le renferme et qui est intitulé : De la struc^ ture et de la régénération des plumes, dans le tom. 88 , page 333 du Journal de Physique (mai 1819). Les faits qu'il contient sont à-peu-près les mêmes que ceux que nous venons de rapporter j mais le travail de M. Dutrochet se distingue par les explications à l'aide desquelles il rend compte de la manière dont se formçnt les diverses parties de la plume. Après une description fort exacte de la plume lors- qu'elle est entièrement fprmée. , c'est-à-dire telle qu'elle (ii8) nous est représentée par celles dont nous faisons usage pour écrire , il passe à son développement , et cherche la raison de toutes les particularités de forme et de struc- ture qu'il vient d'exposer , dans les différen s phénomènes que ce développement lui présente , en faisant toutefois exception des barbes et des barbules j ces parties étant pour lui tout- à-fait semblables à la lige , et trop petites pour que leur formation puisse être observée, j Lorsqu'une plume commence à croître , elle ne se montre d'abord extérieurement que par un tube ( tuyau cartilagineux de Poupart , gaine de mon frère) formé de plusieurs couches de l'épiderme du bulbe ( veine rem- plie de lymphe de Poupart , cylindre gélatineux de mon frère) qu'il renferme , et qui est une papille de la peau plus ou moins grossie. Ce bulbe pénètre dans le tube par l'ouverture inférieure ou V ombilic de celui-ci. Si Ton ouvre ce tube longitudinalement , on trouve entre sa face interne et le bulbe les rudimens des barbes ter- minales de la plume dans un grand état de mollesse. Il n'y a alors encore aucune apparence de la lige centrale : ces barbes rudimentaires enveloppent le bulbe , ployées obliquement autour de lui (en cornet suivant Poupart ) ; elles naissent de la circonférence de l'ombilic et n'ont aucune adhérence organique avec le corps du bulbe. Bientôt le tube épidermique se décoiffe , et la plume commence à en sortir 5 mais ce n'est que lorsque les pre- mières barbes ont acquis toute leur longueur que la tige nait : elle se forme de la réunion de leurs fibres cornées , et à mesure que la plume grandit , la face postérieure de cette tige augmente en largeur dans la même proportion que le nombre des barbes. Quant aux fibres cornées de ("9) la face antérieure , elles naissent exclusivement d*une- partie de la surface du bulbe , d'autant plus voisine du. sommet de cet organe que la plume approche plus de sa perfection. Les fibres cornées des faces antérieures et postérieures existent avant la substance spongieuse qui les sépare , qui'^est déposée par couches entre elles , et n'est peut-être qu'une manière d'être de la substance cor- née. C'est aussi le bulbe qui produit la substance colo- rante des plumes , laquelle ne se trouve jamais que dans les fibres cornées. Ce bulbe , essentiellement composé de vaisseaux et de nerfs , est revêtu d'un épiderme qui se dessèche et se dé- tache par le contact de l'air 5 ce qui produit les calottes (entonnoirs et godets de Poupart) qui le surmontent et qui viennent de son sommet , exposé seul à l'air quand ce tube épidermique se décoiffe. Nous voici arrivés , avec M. Dutrochet, à l'extrémité inférieure de la tige de la plume. Les fibres de sa face pos- térieure sont allées en augmentant , et cette face s'est élargie à mesure que le nombre des barbes s'est accru , et qu'elles ont occupé une plus grande partie de la cir- conférence de l'ombilic ; enfin cette circonférence en est entièrement remplie , c'est-à-dire qu'elle se trouve toute occupée par des fibres cornées , fibres dont l'as- semblage représente la continuation de la partie posté- rieure de toutes les barbes. De cet assemblage naît le cylindre ou le tuyau de la plume. Pendant ce temps le tube épidermique s'est aminci et a fini par disparaître. Dès que le tuyau de la plume commence à se former de la réunion en un cercle des fibres cornées de la face postérieure de la tige ou des barbes , les fibres cornées ( 120 ) de la face antérieure cessent de se produire ainsi que la substance spongieuse : ce qui arrive , parce que le tuyau, en se formant, déplace le bulbe qui produit ces der- nières fibres j il le force à se renfermer en lui en l'en- veloppant de toutes parts j alors ce bulbe ne dépose plus que la substance qui doit fermer ce tuyau à son sommet 5 dès que cette tâche est remplie , il diminue graduelle- ment de hauteur , et finit par être absorbé en laissant les calottes d'épiderme qui constituent ce qu'on appelle vul- gairement l'âme de la plume. Enfin l'extrémité infé- rieure du tuyau se ferme à son tour , et le moment de la chute de la plume est arrivé. Il aurait été difficile de ne pas être au moins frappé de cette ingénieuse théorie de la formation des plumes; toutes les phases de leur développement y sont marquées avec soin, et les causes de la production de leurs diffé- rentes parties , exposées ayec beaucoup d'art et de vrai- semblance, aussi n'aurais -je peut-être pas élevé le moindre doute sur cette théorie, si les faits que j'avais moi-même recueillis ne se fussent pas trouvés en oppo- sition avec ceux qui lui servent de fondement; bien moins , à la vérité , parce qu'ils sont différons que parce qu'ils sont plus nombreux et plus développés. Enfin M. de Blainviile termine la série des auteurs qui, chez nous , se sont occupés de la structure et du déve- loppement des plumes. Il expose ses idées sur cette ma- tière dans le premier volume , page io5 et suivantes , de ses Principes d'anatomie comparée , et son but principal paraît être moins d'augmenter le nombre des faits que de ramener, par l'emploi d'une partie de ceux qui sont connus , de l'explication du développement des plumes ( "» ) à Texplication du développement des poîls. Ainsi, poui* M. de Blainville , les plumes sont composées, comme les poils , d*un bulbe producteur et d'une partie pro- duite. Le bulbe ( réunion de la gaine et du bulbe de M. Du- trochet ) se compose extérieurement d'une capsule (gaine) fibreuse , blanche , épaisse , qui est remplie de matière sub-gélatineuse (bulbe), ayant une forme déterminée et dans laquelle pénètrent les vaisseaux et les nerfs. Celte matière vivante « offre à sa surface des stries ou » cannelures dont la disposition indique la forme de la » plume. Le principal de ces sillons occupe le dos du » bulbe Les autres , beaucoup plus fins , tombent » obliquement et régulièrement par paires de chaque » côté du sillon principal et commencent dans la ligne » médiane et ventrale du bulbe. » Et , à en juger par analogie , des stries d'un troisième ordre tombent sur ceux du second , mais leur petitesse empêche de les voir. Tel est l'organe producteur de la plume, a Quand il » vient à en exhaler la matière qui se dépose en grains » non adhérens... , il se forme une succession de cônes » non distincts 5 mais ces cônes ne s'emboîtent pas d'a- » bord les uns dans les autres , ils se fendent le long de » la ligne médiane inférieure , où les filets cornés , pro- » duits des sillons , se réunissent et dans la longueur » môme de ces filets cornés , très -probablement à l'en- » droit des stries tertiaires. » C'est ainsi que se forme la lame de la plume , c'est- » à-dire la partie dont l'axe est plein et solide , et qui est » pourvue de barbes et de barbules. » Quand le bulbe a produit cette lame qui est sortie ( 122 ) » au fur et à mesure de la capsule rompue à son exti^'-*- » mité , il a considérablement diminué de vie 5 et , soit< )» que les sillons s'effacent ou que sa base n'en offre plus, » il exhale de toute sa circonférence de la matière cor-- » née qui forme alors le tube complet , celui qui tcr- )» mine la plume. » Ce tube renferme la pulpe , et comme l'extrémité » de celle - ci à mesure qu'elle diminue se retire , elle » produit des espèces de cloisons en forme de verres de » montre ^ c'est ce qu'on nomme l'âme de la plume , et » ce n'est autre chose que la succession de l'extrémité » des cônes qui composent le tube. » Ces idées sur la formation des plumes , dont j'ai copié textuellement l'exposition à cause de leur précision, sont fort différentes de celles de M. Dutrochet ; et comme les unes ne reposent pas , à proprement parler, sur d'autres fondemens que les autres , mes observations ne se trou- vent pas mieux concorder avec les explications de M. de Blainville qu'avec celles de l'observateur dont nous avons précédemment exposé le système. Je vais actuellement décrire les faits que j'ai re- cueillis j j'essayerai d'en montrer ensuite les conséquen- ces : malheureusement nos moyens d'observation sont bornés , et la nature est aussi infinie dans la moindre de ses productions que dans l'ensemble des êtres dont Tu- nivers est formé / ( 123 ) De la Plume en général et des dwerses parties qui la composent. (Fig. i.) La production organique qui fait l'objet de ce Mé- moire est celle qui constitue le vêtement des oiseaux, et que Ton désigue communément par le nom général de plume , quelles que soient les formes ou les apparences sous lesquelles elles se présentent ; qu'elles soient lâches ou soyeuses comme celles de certaines variétés de nos poules domestiques , fermes ou résistantes comme les pennes des oiseaux qui volent , molles ou veloutées comme le duvet , recourbées en panaches , relevées en aigrettes ou allongées en soie , etc. , etc. Toutes ces sortes de plumes en effet ont la même structure fondamentale -, leurs différences , quelques grandes qu'elles paraissent , ne tiennent qu'à des modi- fications assez légères et les unes comme les autres se composent des mêmes parties essentielles. Il n'entre pas dans mon plan de montrer la cause de ces variations 5 non - seulement elles feraient la matière de plusieurs volumes , mais de plus elles exigeraient un grand nombre d'oiseaux fort rares dont il faudrait ce- pendant disposer comme on fait d'oiseaux domestiques , ce qui n'est possible pour personne. Un ensemble com- plet de recherches sur les différentes sortes de plumes ne peut être que l'ouvrage successif du temps 5 les mien- nes se sont principalement portées sur les plumes qui reçoivent le nom de pennes , et c'est celles-là dont je dois faire connaître les parties avant de m'occuper de ^'prgane qui les produit. (124) Toutes les pennes nous présentent un tube corné ( fig. I , û) à leur extrémité inférieure , une tige (b) qui le surmonte , et de chaque côté de laquelle se dévelop- pent des BARBES (c) qui sont elles-mêmes garnies de bar- BULEs (d). Le tube , toujours plus gros et plus court que la tige , est à-peu-près cylindrique et généralement transparent ; il se termine en une pointe plus ou moins mousse et est percé à son extrémité inférieure d'un ori- fice que nous nommerons ombilic inférieur (e) , par opposition à un autre orifice auquel nous donnerons le nom d' ombilic supérieur (/*) , et qui est situé au point où le tube se réunit à la face interne de la lige et où les barbes des côtés de celle - ci , qui ont commencé un peu plus haut à se rapprocher , finissent par se réunir tout-à-fait. L'intérieur de ce tube renferme des capsules emboîtées les unes dans les autres , et souvent unies entre elles par un pédicule central qui en forme une sorte de chaîne , c'est ce qu'on nomme vulgairement l'âme de la plume. C'est par le tube que les plumes tiennent à la peau. La tige considérée isolément a une forme plus ou moins carrée ^ elle va en diminuant graduellement de grosseur de l'ombilic supérieur jusqu'à son extrémité et elle suit une ligne courbe. Nous désignons par le nom de FACE INTERNE dc la tige la partie intérieure de celte ligne, et par celui de face externe sa partie extérieure. Ces deux faces sont revêtues d'une matière d'apparence cornée assez semblable à celle qui constitue le tube ; et cette matière couvre immédiatement une substance blan- che , molle , élastique . que nous nommons matière spongieuse et qui constitue la partie centrale dc la lige , ( 135 ) du moins dans la plupart des plumes. La face externe est toujours lisse et légèrement arrondie*, dans quelques pennes elle est unie , dans d'autres elle présente au tra- vers de sa matière cornée des lignes parallèles longitu- dinales plus ou moins nombreuses qui semblent des stries. L'interne est toujours partagée en deux parties égales dans toute sa longueur par une dépression ou petit canal , ou par une saillie , et ces dernières différences résultent ordinairement de la structure interne de la tige. En effet , nous avons trouvé dans les pennes , nous pouvons môme dire dans les plumes , deux sortes de tiges 5 les unes pleines et solides , les autres creusées et pourvues d'un canal dans toute leur longueur. Dans les premières, l'âme de la plume se termine à l'ombilic supérieur auquel elle est attachée ^ dans les secondes , elle est également attachée à cet ombilic , mais elle se prolonge d'un bout de la tige à l'autre. Quant aux lignes parallèles , aux apparences de stries longitudinales de la face externe de quelques liges , elles sont dues à ce que la lame cornée est formée de semblables stries du côté où elle s'applique sur la matière spongieuse , et sa trans- parence les rend sensibles à l'œil ; car elles ne le sont pas au toucher extérieurement . Les barbes consistent dans des lames dont l'épaisseur, la largeur et la longueur, varient suivant les espèces de plumes , et qui naissent sur les côtés de la tige vers le bord de sa face externe. De chaque côté de ces barbes sont des barbules ou des lames plus petites qui sont lâches ou serrées , longues ou courtes 5 ces barbules sont quel- quefois barbelées elles-mêmes, comme on peut s'en as- ( "6) surer sur les barbules des grandes plumes du paon ; et c'est surtout de la contexture des unes et des autres que résultent en grande partie les différences qui caracté- risent extérieuremeut les plumes , abstraction faite des couleurs. Ces barbes et barbules sont pourvues de deux bokds qui correspondent Tun à la face interne de la tige , qui est le BORD iuteune , et l'autre à la face externe , qui est le BORD EXTERNE , ct de dcux faces : celle qui regarde le haut de la tige est la face supérieure , celle qui regarde du côté du tube est la face inférieure. Les bords des unes et des autres m'ont toujours paru lisses et légèrement arrondis *, et ce n'est pas toujours aux points correspon- dans des faces des barbes que naissent les barbules. Enfin il paraît que la grande variété de couleur que présentent les plumes réside dans la matière cornée de Ja tige , dans les barbes et les barbules 5 mais l'éclat de ces couleurs parait tenir autant à la contexture des parties qui les présentent qu'aux substances colorantes elles- mêmes. De la capsule productrice des plumes. Quoique composé de parties qui se distinguent aisé- ment l'une de l'autre par leurs formes et leurs rapports , cet organe fait cependant un tout indivisible ; on ne peut détacher une de ses parties sans l'altérer, et néan- moins son analyse est nécessaire *, sans elle on ne pour^ rait le faire connaître -, mais si je décris séparément les parties qui le constituent, on ne doit pas oublier que leur union est intime , et que les fonctions de l'une sont inséparables des fonctions de l'autre. / ( 127 ) Ce qui rend son étude fort difficile , ce qui a empêche que jusqu'à ce jour il fût bien compris , c'est qu'il ne se présente jamais complètement à l'observateur, et qu'il se détruit par une de ses extrémités à mesure qu'il se déve- loppe par l'autre. Tant qu'une dent est sécrétée , l'or- gane qui la produit conserve son intégrité. Cela paraît être plus vrai encore p©ur les poils : ils se composent , dit-on , d'une succession de cônes produits successive- ment par un organe qui en exhale la matière , et qui en est le moule. L'organe producteur de la plume , au con- traire , n'est jamais un moment le même : la partie qui a excrété la première portion d'une plume s'est obli- térée en même temps que cette portion a été formée et que la partie qui doit suivre se montre 5 celle-ci , qui produira la seconde portion , s'oblitérera à son tour, dès qu'elle aura rempli sa destination-, et il en sera ainsi jusqu'à l'entière production de la plume. Il en résulte que cet organe , ne pouvant être vu tout entier en môme temps , et le développement de ses parties suivi sur un même oiseau , puisqu'il faut détruire cet organe pour l'observer, sa description générale ne saurait se former que de la réunion d'observations particulières , isolées , qui n'ont de liens que dans l'esprit , ou du moins que ceux que l'esprit croit apercevoir en eux. Toutes ces circonstances m'obligeront à entrer dans de^détails que j'aurais pu supprimer, si l'examen d'une seule capsule productrice des plumes eût pu suffire pour la faire connaître 5 mais dans les faits où l'observation n'est pas simple , on ne doit pas moins rendre compte de la route qu on a suivie , des moyens qu'on a employés , que des résultats qu'on a obtenus. ( 138 ) Toute capsule naît d'une papille du derme ^ mais ell3o) liées qu elles se rapprochent davantage de leur origine commune ; là les barbes se divisent sous le moindre effort comme de la bouillie , et leurs molécules ont la forme d'une aiguille. Les barbules sont intimement cou- chées le long des barbes. Si Ton écarte ou si Ton enlève même les barbes qui ont acquis toute leur consistance , on trouve entre chacune d'elles une membrane mince qui les égale en longueur et en largeur, et que nous nom- merons cloisons trAnsverses (fîg. 12), ou plus simple- ment cloisons 5 et en cherchant l'origine de ces mem- branes nouvelles , on voit qu'elles sont une dépendance , qu'elles font parties intégrantes d'une seconde membrane striée qui se trouve placée entre la face interne du tube que forment les barbes reployées et la partie centrale de la capsule. Nous désignerons cette dernière membrane par le nom de membrane striée interne (fîg. 3 , et les premières bèrfbëss'épanouîsseht,aVéé leurs membranes et les cônes tédùits a de simples pelli- cules transparentes , qui tomberont bientôt , * ainsi qufi ces membranes, par l'effet du contî^àt de^ Tair él des frottemens des; corps extérieurs. Dans les plumes à tige pleine, la face interne de la tige ne se forme que successivement ; elle coninftenec par ses bords et finit par sa partie centrale y et It'tiiciùlxî que la matière spongieuse se dépose , le bulbe s'oblitère à sa ( i48 ) face antérieure , les bords de la tige se rapprochent , et V celle-ci ne se trouve plus recouverte que par les ailes productrices de la matière cornée. C'est le rapproche- ment de ces bords qui forme la rainure des tiges dont nous parlons. Dans les plumes à lige tubuleuse , la por- tion antérieure du bulbe déposant tout autour d'elle la matière spongieuse , il ne se forme point de semblables rainures , dans le plus grand nombre de cas du moins 5 la forme de la face interne de ces liges dépend unique- ment de celle de la partie du bulbe qui en produit la couche cornée. Ce sont ces phénomènes qui^se inahifestent aussi long- temps qu'a lieu le développement de la tige et de sea barbes 5 mais une fois que ces parties ont cessé de se pro- duire , il s'opère tout-à-coup un changement considc-^ rable : le bulbe se simplifie , sa portion postérieure se ré- trécit graduellement, les barbe» deviennent de plus courtes en plus courtes ) les deux lignes sur lesquelles elles nais- sent se rapprochent en même temps que la face externe de la lige s'étend et s'arrondit en tube j et un moment arrive où le bulbe , comprimé par ce rapprochement , ne lient plus à la partie qui jusqUe-là a produit les barbes et la couche cornée de la face interne , à sa por^ tion postérieure , en un mot j que par un léger pédicule qui reste entre la matière spongieuse et la cornée , c'est- à-dire dans l'ombilic supérieur. Ainsi , dans les plumes à tige solide , la partie antérieure du bulbe ne produit pas de matière spongieuse , d'une manière sensible du moins/ au-dessous de l'ombilic supérieur, étant détruite, ou pour mieux dire, oblitérée en même temps que la por- tion postérieure , tandis que , dans les plumes à lige tu- ( i49 ) buleusO) cette portion antérieure se continuant immédia- tement avec le bulbe du tube, reste plus long -temps vivante , et la matière spongieuse se dépose encore long- temps après que les barbes ne naissent plus et que Tom* bilic supérieur est fermé. Dès que les barbes cessent d'être produites , la partie cornée de la face externe de la tige se dépose en abondance dans toute la circonférence du bulbe , et le tube se forme. Dans cette formation , la gaine ou ses parois internes s'unissent au tube , et c'est de la réunion de cette gaine et de la matière cornée que ce tube se. constitue, comme nous l'avons vu^ dans nos observations sur la gaînc. î> Enfin le moment arrive oi^ la capsule a produit tout ce que la somme de vie dont elle était pourvue lui per- mettait de produire ; elle se rétrécit par degré ; le tube suit ce rétrécissement et se termine en une pointe plus ou moins obtuse au milieu de laquelle est l'ombilic in? férieuc CONCLUSIONS. i tes détails imparfaits dans lesquels on était entré su» h. structure de l'organe producteur des plumes suffi- saient déjà pour montrer le peu de ressemblance qui existe entre lui et l'organe producteur des poils , en ad- mettant la structure de ce dernier telle qu'ell;e a été don- née dans les ouvrages qui s'en sont occupé d^une ma- nière spéciale. Ceux que je viens d'exposer achèvent de montrer les nombreuses différences, qui existent entre ces deux organes et éloignent bien davantage les plumes des poils que ne devraient le faire penser les premières analogies qu'on a,vait cru reconnaître entre eux. Ainsi les plumes et les poils ont reçu la même desti- nation ^ ils résultent Fun et Vautre d'une excrétion de mêmes matières ; enfin leur organe producteur a une origîiie commune; mais il n'y a aucune ressemblance entre leur structure , entre la manière particulière dont ils sont produits , entre l'organe qui en fournit la ma- tière et qui la dépose. Rien , en un mot , dans l'organe producteur dés plumes ne pourrait donner une idée de la formation , par cônes successifs , des poils , comme rien dans l'organe producteur des poils ne pourrait ex- pliquer la formation de la tige , des barbes et du tuyau des plumes. ^ Tant que la capsule des plumes ne consistait qu'en un cône plus ou moins allongé et renfermé dans un étui , ainsi qu'on l'admettait , on pouvait à la rigueur regar- der la plume sécrétée par ce cône comme une succession de cônes elle - même 3 seulement les molécules déposées par cet organe s'arrangeaient en tige , en barbes , en bar- bules , etc. Aujourd'hui une telle supposition ne pour- rait se soutenir ; il n'y a rien dans la sécrétion d'une plume qui ressemble le moins du monde à un cône , et si jamais les téguraens des animaux étaient soumis à une classification et à une nomenclature régulières , on ne pourrait donner aux plumes le nom générique de poils , ou réciproquement , que par le plus étrange abus de lan- gage, du moins dans l'état actuel de nos connaissances sur la structure de l'organe producteur des poils ; car il ne se- rai tpoint absolument impossible qu'une étude plus exacte de cet organe ne fit découvrir entre lui et l'organe pro- ducteur des plumes des ressemblances que rien n'auto- rise à y reconnaître aujourd'hui. Mais , dans cet état de (i5i) nos connaissances , y a-t-il une parité quelconque entre les deux organes que nous comparons ? On ne manque- rait pas de raisons pour en douter. Le poil , tel qu on le conçoit , ne semble demander pour son développement que l'activité de la papille du derme qui lui donne nais- sance , qui le sécrète. Cette papille conique produit des cônes successifs dont la réunion forme le cylindre du poil , et celui-ci sera d'autant plus long et plus épais que la papille conservera plus long -temps son activité et sera plus grosse. Pour cela elle n'a besoin ni d'une organisation plus compliquée , ni même d'un dévelop- pement plus grand ; il lui sn^t d'un peu plus de vie que dans le cas où elle serait improductive. Or ce n'est pas la papille du derme qui, chez l'oiseau, produit la plume -, il faut à celle-ci un organe spécial , et la papille ne sert que de base à la capsule productrice des plumes. C'est sur elle que cette capsule prend naissance , croît , grau- dit , et sans doute à l'aide de ses vaisseaux , qui alors prennent un développement nouveau ; mais il n'y a entre la papille et la capsule aucun. autre rapport 5 et, dans le corps animal , parce que les vaisseaux d'une partie en nourrissent une autre par leur extension , ce n'est pas uue raison pour que ces deux parties soient identiques. En effet , la capsule et la papille dermique me sem- blent deux organes très - distincts. La seconde subsiste toujours , fait partie constituante du derme -, l'autre n'est que fortuite et temporaire 5 l'une nait avec l'animal et dure autant que lui , l'autre est une création passagère qui se renouvelle périodiquement et dont une foule d'ac- cidens peuvent empêcher la formation ou modifier la. structure. ( l53 ) Ainsi la capsule productrice des plumes vient s^ajou-r ter à ces autres organes , si propres à exciter réionne- pient , qui naissent comme elle de toute pièce par le fait d'une sorte de création nouvelle , dont le principe est dans les parties dont ils dépendent essentiellement , mais quç rien, absolument rien , ne manifeste avant ses effets, et on ne saurait nier la formation spontanée de cette capsule sans se livrer aux hypothèses les plus arbitraires et les plus contraires au véritable esprit des sciences d'observation. Il en est pour moi de cet organe comme des bois du cerf , dont aucun indice , avant leur appari- tion , n'annonçait ni les formes ni même l'existence fu- ture , et ce phénomène est le même que celui du déve- loppement successif de toutes les-parties des corps or§ar nisés. On serait cependant loin encore de concevoir tout ce que l'organe producteur des plumes peut avoir d'in- fluence sur Texislence des oiseaux , si Ton se bornait à l'envisager dans sa complication. Combien n'est - il pas plus étonnant par son développement , quand on songe qu'il acquiert constaminent la longueur des plumes ; qu'il ne cesse point de se développer pendant qu'elles se développent elles-mêmes j qu'il est des oiseaux chez les- quels toutes les plumes se renouvellent chaque année et pour ainsi dire en quelques jours ; que parmi: celles-ci on çn trouve de plusieurs pieds de longueur, çt; que des éppques fixes sont marquées pour ces renouvellenpLens , c'est-à-dire que les papilles du derme sont alternative- patent douées d'une activité prodigieuse et condamnées à un repos absolu. Des faits aussi considérables suffisent sans ^oute pour C «53 ) rendre raison des nombreux accidens qui accompagnent la chute et le développement des plumes , la mue en un mot j toutes les précautions que ce phénomène nécessite y les dangers pour les oiseaux, du froid et de Thumidité à celte époque ; l'obligation d^employer alors pour eux une nourriture excitante et qui surtout ranime raclivité de leur peau. Ils nous expliquent mêriie , jusqu'à un cer- tain point , une des causes qui rendent si difficile dans nos climats froids la reproduction des oiseaux des pays chauds , car les forces de là génération sont d'autant plus faibles que celles de la vie sont plus partagées 5 et chez ces oiseaux la mue ne se fait qu'avec lenteur et est pres- que continuelle , ce qui n'a point lieu pour les oiseaux de nos contrées , chez lesquels l'époque de la mue diffère toujours de celle des amours. Il est douteux que l'organisation animale nous pré- sente beaucoup de phénomènes plus dignes de nos re- pherchcs et de nos méditations que le développement de la capsule productrice des plumes. Les observations renfermées dans mon Mémoire ne sont point encore suf- fisantes pour expliquer la structure et les fonctions de ce singulier organe , et cependant elles sont bien propres déjà à exciter notre curiosité par les faits inconnus qu'elles nous montrent et les rapports nouveaux qu'elles nous font apercevoir. Ainsi , plus nos connaissances sur les productions de la nature se multiplient , soit que nous pénétrions dans leurs détails, soit que nous nous élevions à leurs généralités, plus le sentiment d'admi- ration qu'elles font naître en nous s'approfondit j car c'est toujours à l'infini qu'elles nous conduisent , c'est toujours un pouvoir sans bornes qu'elles nous révèlent. ( «54 ) EXPLICATION DE LA PLAKCHE XLIV. Fig. I . Plume entièrement formée présentant ses diverses parties ; a , le tube corné; b, la lige à sa face interne; c , les barbes; c?, barbes avec barbules ; e , ombilic inférieur ;/", omibilic supérieur. Fig. 3. Capsule productrice d^une plume de bocco de grandeur naturelle; a, ombilic inférieur ; b, ligne moyenne. F^g. 3. Capsule de plume de hoccp ouverte , qui montre en a les paroi^, de la gaine renversés; en b une 'portion de la membrane striée ex- terne ; en c les barbes reployées ; en <2 la membrane striée interne , et en e la partie inférieure du bulbe. Fig. 4- Capsule de plume de hocco ouverte, et montrant en a le bulbe revêtu de la membrane striée interne , excepté en è , où cette mem- brane a été enlevée. Fig. 5. Capsule de plume de hpcco ouverte; a, bulbe dépouillé de sa^ membrane striée ; b , filets noirs naissant du bulbe et se prolongeant, sur les barbes , comme si elles en étaient formées, Fig. 6, Le bulbe de la capsule précédente , détaché de la plume et ren- versé de manière à montrer sa partie inférieure ; b , portion moyenne correspondant à la face interne de la tige et produisant la matière spongieuse ; a , les ailes produisant la matière cornée de la face interne de la tige. Fig. 7. Coupe d'une capsule de la plume de hocco , des figures 8 et 9. Fig. 8. Bulbe d'une plume de hocco composé de membranes coniques . qui s'emboîtent les unes dans les autres. Fig. 9. Le bulbe précédent dont les membranes ont été débarrassées, des matières qui les remplissaient et qui font voir leurs rapports et U formation d'un canal continu dans le centre. Fig. 10. Plume de marabou dont le tube et une partie de la tige sont ouverts , et qui montrent en a le bulbe terminé par un cône by lequel «st surmonté par np, cône membraneux c , que suivent deux autres cônes e. Sur la face interne de la tige se trouvent cinq autres cônes membraneux {f) qui ne tiennent au premier que par l'ombilic supé- rieur. Fig. lï. Autre plume de marabou dont le tube et la tige sont ouveris dans toute leur longueur, et qui a pour objet de montrer de quelle mar ( >55) nière les cônes membraneux du tube et de la tige ^eelgt commuui* quent avec les cônes membraneux extérieurs J". Cette communication se fait par le cône c , qui sUntcoduit entre la matière spongieuse et la matière cornée eudd, et vient sortir par Tombilic supérieur en d... Fîg. 13. Deux cônes membraneux vus en dessus et en dessous &, aux- quels sont encore attachés des restes de merùbranes transverses. Mémoire sur le Foie et sur le Système de la veine porte des Poissons (i) ; Par le docteur Rathke. Malgré la grande variété que l'on observe dans la slruciure du système de la veine porte chez les pois- sons , et qu'on aurait déjà pu soupçonner en se fondant sur le principe expérimental connu , que Toscillalion dans la forme d'un seul et même appareil ne commence à se fixer que dans les animaux des classes supérieures ; l'on a cependant négligé jusqu'ici , autant qu'il m'est connu , d'examiner et d'apprécier comparativement cette structure sous quelque point de vue que ce soit. Il n'y a que le docteur Miehrenhof , de Stralsund, qui ait pu- blié il y a liuit ou neuf ans une Dissertation sur la forme du foie de quelques poissons du nord de l'Allemagne 5 mais il n'y a que peu d'exemplaires de cette Dissertation qui aient été répandus dans le public ; et malheureu** sèment je ne puis en faire usage moi-même actuellement', l'ayant perdue par un accident. J'ose donc espérer que le Mémoire suivant ne sera point désagréable aux ana- (i) Archiv.fûr Anat. und Physiot. , i8a6. ( 156 ) tomistes , el qu'il pourra être de quelque utilité pour la Biologie. D'après le type d'un grand nombre de Mollusques dont les poissons peuvent être regardés en quelque sorte confine un degré de développement plus relevé , nous remarquons dans quelques-uns de ces derniers un foie d'un volume très - considérable dans lequel le canal intestinal se trouve tout- à -fait prolongé et comme enseveli. Nous trouvons ce degré le pj,us inférieur de développement du foie dans quelques Cyprins , et no- tamment dans le Cjprinus carassius. Dans cette es- pèce , il s'étend par toute la longueur de la cavité abdo- minale , entoure tout le canal intestinal , s'insinue, dans tous les espaces que ses circonvolutions laissent entre elles et les remplit tous de sa masse. Le foie est moins étendu dans les autres espèces indigènes de Cyprins , au lieu que dans le Carassin on ijie pouvait encore nullement distinguer des lobes \ la masse du foie s'est concentrée davantage dans ces dernières , et elle forme déjà trois grands lobes assis tout-à-fait antérieurement par une pièce transversale , plus ou moins épaisse , située sous le commencement de l'intestin entre sa seconde circonvolution et le péricarde , et occupant le fond anté- rieur de la cavité abdominale. Cette pièce transversale est d'une épaisseur considérable dans le Cjprinus as^ pius et le C. tinca j elle est au contraire fort mince dans le Cyprinusjeses, C. vimba^ C. lotus ^C, Ballenis, C. brama, (Dans les deux dernières espèces, le lobe droit ne communique avec le lobe moyen que par queW ques troncs veineux et par une petite bande du paren- chyme. La bande parencliymaleuse qui unit le Ic^e (.57) gauche avec le moyen est un peu plus épaisse. Ou re- trouve la même chose dans le Cyprinus vimba.) ' 'i Quant au nombre des lobes dans lesquels se partage le foie de la plupart des Cyprins, j'ai déjà remarque que j'en ai toujours trouvé trois , savoir^ un droit , un gauche , et un moyen ou inférieur. Dans les espèces ce- pendant dont les côtés sont très - aplatis et où l'abdo- men forme presqu'un tranchant en bas" , le lobe moyen ne se trouve pas tout-à-fait en bas et dans le milieu \ mais il remonte un tant soit peu vers le côté droit. Sous le rapport de l'étendue , c'eft tantôt le lobé moyen et tantôt le lobe droit qui est le plus long • le lobe gauche est toujours le plus court , mais aussi le plus épais de tous^ en sorte que dans quelques espèces sa masse égale à- peu-près Celle de chacun des deux autres. L'unou Taùtt^ des deux premiers s'étend ordinairement jusqu'à la coùr^J bure postérieure du canal intestinal , tandià que le lobé gauche se prolonge rarement au-delà de l'intersection de la vessie natatoire. Le lobe moyen est toujours très-étroit et mince , de manière qu'il représente presque une bande épaisse avec des échancrures nombreuses et diverses sue ses bords 5 c'est tantôt antérieurement , tantôt au milieu y et tantôt postérieurement, qu'il est le plus mince et le plus étroit. Les autres lobes ont pour l'ordinaire une forme prismatique avec des surfaces d'une largeur inë^ gale , mais dont la plus grande correspond toujours aux côtes , et dont la plus étroite est tournée en haut. ' Dans le Cjprinus ballerus , le lobe gauche est étroit et mince en avant , et ne prend une largeur et une épais* seur considérable que derrière la seconde circonvolution intestinale qui fait une forte saillie eu avant. La face 'des ( i58 ) lobes externes du foie qui correspond aux c6tes est donc plus ou moins large , suivant que l'espèce respective ds Cyprins est plus ou moins aplatie et plus ou moins haute. Au devant de Torifice du conduit qui de la vessie na- tatoire s'étend à l'intestin, les deux lobes externes du foie dans les Cyprins sont toujours réunis par une pièce transversale d'une longueur et d'une largeur plus ou moins considérables. Cette pièce est côntiguë à une partie de la fac« inférieure de la portion antérieure de la vessie natatoire et recouvre au^si en partie la face supérieur:ç de l'intestin. On voit d'après cela que , dans les Carpes qui ont le foie composé de trois lobes , cet organe forjftç encore un anneau complet autour du canal intestinal.,. Les Clupées qui se rapprochent des Carpes 50us plu- sieurs rapports , surtout dans le Cjprinus cukratus qui, fait le passage de l'un de ces genres à l'autre , pnt éga- lement le foie composé de trois lobes dont la position est identique ou analogue à celle qu'on observcrdans, les Carpes. Mais ces lobes diffèrent en génétal dec^ux vdes Carpes par leur forme en ce que leurs bords ne sont point échancrés ou crénelés, mais égaux et lisses. Lç lobe gauche est le plus épais comme dans ks Cyprins , et d'une largeur considérable, en sorte qu'il occupe presque toute la hauteur de la cavité abdominale , et que sa face interne recouvre la plus grande partie de l'es- tomac j le lobe droit, au contraire, qui est situé fort haut, est mince ; il présente trois bords , et s 'étend, en arrière jusqu'auprès du milieu de la çavitp abdomidale. Le lobe moyen est le plus petit, court , aplati , trian- gulaire -, il n'est pas situé exàçtQmcttt au milieu vxnai& un peu vers le cùlé gauche. j ir,') 'jiiir \U'\ \'Ji l-ùw,: ■ ( i59 ) La pièce transversale située au - dessus du canal in- testinal, qui , dans les Carpes, unit le lobe droit au lobe gauche , manque dans les Harengs. Dans le Gaduscallarias^ le foie se compose également de trois lobes , mais qui se réunissent antérieurement , en sorte qu'ils forment une pièce de communication très- épaisse et très-large. Le lobe moyçn est large, très- court , d^ne épaisseur considérable , et fortement voûté à sa face inférieure. Le lobe droit n'est guère plus long que le moyen j mais son extrémité , au lieu d'être ar- rondie est pointue ejt présente trois bords snr ses côtés. Le lobe gauche est encore ici le plus longj il s'étend d'avant en ar;*ière par toute la cavité abdominale j. il offre trois bords et une épaisseur rpédicKcre 5 dfe..ses trois faces , l'une correspond à la vessie natatoire 5 Vatitre aux côtes , et la troisième au canal intestinal, : -û j-i » Le foie se présente encore avec iroifi lQbç3 dans de Qa»* terosteus aculeatus et le G. pungitius. Le lobe droit, étroit et mince, s'étend jusqu'à l'extrémité d^ la, cavité de l'abdomen j le lobe moyen , plus court , oiïre la plus grande épaisseur, et se trouve un peu aplati sur ses côtés *, le lobe gauche est le plus petit , surtout dans le Gasterosteus aculeatus: il est aussi fort étroit. Du reste, tous les lobes ne sont unis en avan^ que très-faiblement entre eux. Là où le foie s^est concentré encore davantage il f^ trouve partagé en deux lobes , dont l'un appartient à la moitié gauche et l'autre à la moitié droite du corps. Alors ils ne sont toujours que d'unp l,(;)i;gyeur médiocf^ , de manière qu'ils n'atteignent guère le ïnilieu de la cavité abdominale , quand même elle n'a que peu de longueur. i (i6o) Mais 1 épaisseur des lobes du foie et de la pièce de com- munication antérieure est plus ou moins considérable , suivant que les diamètres transversaux de la partie anté- rieure de la cavité abdominale sont plus ou moins grands 5 c'est ainsi que, notamment dans le Cobitis fossilis ^ ces lobes sont fort minces et situés de manière que l'un de leurs bords se dirige en haut et l'autre en bas ; ils sont unis entre eux autérieuremeni ^ai uue pièce uausver-* sale mmce et étroite* Le foie du Gaitefostèus spinachia ressemble à celui du Cobitis fossilis', lés deux lobes enveloppent la pres- que totalité de la face inférieure de l'estomac et s'éten- dent en bas jusqu'à son extrémité ; du reste , le lobe gauche est le plus large et le plus épais 5 celui du côté droit , situé entre l'estomac et la paroi latérale du tronc , est le plus long. Tous les deux ne sont uniâ que faible- ment entre eux à leur partie antérieure (i). Dans le Blennius , au contraire , le foie ne paraît côdl- isîster en quelque sorte qu en niiè seule pièce partagée dans le sens de sa longueur par une scissure en deux lobes épais fortement voûtés à leur face inférieure et an- térieure. Le foie est conformé de la même manière dans VAm- modytes tobianus; il est seulement plus long, mais aussi plus mince en proportion de sa largeur que dans la Blennie. (i) D'après M. Cuvier, le foie du Gasterosteus spinachia serait com- posé de quatre lobes. N^ayant eu à ma disposition qu'un seul exemplaire, je ne saurais dire si ce n'est là qu'une diilérence individuelle. ( «6i ) Le foie du Silure se compose également de deux lobes, dont le gauche est aussi le plus long et le plus épais. Il en est de même du foie des Pleuronectes qui a l'un de ses lobes bien plus grand que l'autre. Si on se repré- sente un de ces poissons placé de manière que son anus soit dirigé en bas , le petit lobe du foie se trouve sur le côté droit et le grand sur le côté gauche 5 en devant ils sont unis par une petite pièce transversale -, tous les deux sont fortement aplatis ; le grand lobe a une figure obovéej sa grosse extrémité est tournée en arrière, et recouvre une grande partie de la surface externe de Testomac et de Tintestin. Des deux surfaces de chaque lobe , Tune regarde en dedans et l'autre en dehors. Mais ici le Turbot fait exception , en ce que son lobe gauche n'est pas seulement beaucoup plus grand que dans les autres Pleuronectes , mais aussi parce qu'il pé- nètre par Fanse simple formée par le canal intestinal dans le côté droit , et forme ici le lobe droit. Les deux lobes ainsi réunis laissent entre eux une rainure profonde dans laquelle vient se loger le canal intestinal. Le lobe droit est considérablement plus petit que dans les autres espèces de Pleuronectes. Ordinai- rement le foie , quel que soit le nombre de ses lobes , est situé au-dess^ous du canal digestif 5 sa situation doit donc être d'autant plus frappante dans le Turbot , où il se trouve entouré par ce canal , comme nous venons de la faire remarquer. La situation du foie bilobé de l'Estur- geon n'est pas moins remarquable , car dans ce poisson il est également placé entre les circonvolutions de l'in- testin. En l'examinant avec plus de soin , on le voit for- mer derrière le cœur et dans une étendue assez considé- IX. Il ( i62) rable une pièce simple occupant toute la largeur de la cavité abdominale et n'offrant qu'une épaisseur mé- diocre j il n'y a que sa moitié postérieure qui se partage en deux lobes latéraux. Au-dessus de lui , l'œsophage se contourne sur la moitié antérieure de Festomac. Mais là où les lobes commencent à la portion antérieure du foie , l'estomac se recourbe , se prolonge en bas entre ces deux lobes , s'applique contre la face inférieure de la moitié antérieure du foie en remontant vers le de- vant , et se termine au - dessous de cette portion du foie dans l'intestin grêle , de manière , par conséquent , que la moitié postérieure de l'estomac , une partie de l'intes- tin grêle et le pancréas se rencontrent au - dessous du foie. Des deux lobes , au reste, le gauche est encore" ici, le plus épais et le plus gros. Le passage au foie simple s'observe dans la Lotte franche dans laquelle cet organe a presque la forme d'un coin avec une scissure à sa face postérieure. Le foie est toul-à-fait simple dans le Lièvre de mer , ou Lump , les Cottes , le Saumon , la Lamproie , l'An- guille , le Brochet et le Goujon. Mais , à la vérité , la forme et la position de ce foie simple diffèrent beaucoup suivant les diverses espèces de poissons , et ces différences me paraissent dépendre en général de la conformation du corps entier 5 si nous les passons en revue l'une après l'autre , nous voyons dans le. Brochet et dans l'Anguille le foie ayant presque partout à-peu-près la largeur que présente antérieure- ment la cavité abdominale ; sa longueur est médiocre , son épaisseur diminue graduellement d'avant en arrière en forme de cône 5 sa face supérieure conliguë à l'o- ( «63 ) rigine du canal intestinal , e»l concave dans le sens de sa longueur 5 sa face inférieure est convexe. Dans l'An- guille , du reste , son extrémité est large et présente une petite scissure longitudinale 5 dans le Brochet , il est large et arrondi en arrière. Dans les Saumons , le foie qui est court , étroit et en général mince, est situé dans la moitié latérale gauche de la cavité abdominale ; il recouvre en partie l'estomac à sa face inférieure et gauche j il entoure ensuite avec une portion plus ou moins épaisse et large la courbure que l'intestin grêle forme avec le pylore , se place ici «ntre cette courbure et le péricarde , et se prolonge enfin un tant soit peu dans la moitié latérale droite, sans ce- pendant y former un lobe particulier. Dans les Chabots et dans le Lièvre de mer , le foie est à-peu-près de la même figure , et il n'est formé dans ces poissons que d'une seule pièce , renfermée en entier dans la moitié latérale gauche , recouvraijt l'estomac dans sa plus grande partie, et contiguë par son bord droit aux appendices du pylore. Tout-à-fait antérieu- rement , le foie se prolonge par une pointe mince et étroite dans la moitié latérale droite du corps ; posté- rieurement, il ne s'étend pas tout -à-fait jusqu'à l'extré- mité de l'estomac •, il est arrondi sous forme d'arc en cet endroit. Il résulte de là que dans les poissons en question le foie forme un triangle irrégulier d'une hauteur peu considérable. Leur cavité abdominale étant assez vaste, le foie a pu prendre une largeur et une épaisseur notable qui sont cependant bien plus marquées dans le Lièvre de mer que dans les Cottes (i). (i) D'après M. Cuvier , le Cotlus scorpius aurait deux foies j je n*ai 'amais rien o|3serTé de pareil dans aucun indiyidu. ( i64 ) Dans les espèces de Perches , le foie est aussi simple et se trouve situé presque en totalité dans la moitié latérale gauche , où il descend en arrière jusque vers le deuxième tiers de la cavité abdominale j cependant une portion de cet organe qui se prolonge le long du fond antérieur de la même cavité s'étend ensuite à quelque distance dans la moitié latérale droite du corps. Dans le Goujon , le foie est large , arrondi en arrière, médiocrement épais , et se trouve situé pour la majeure partie dans la moitié latérale droite. En résumant ce qui a été dit jusqu'ici sur la si- tuation du foie , nous voyons que dans la classe des poissons, à l'inverse de ce qui a lieu dans celle des mam- mifères , cet organe tend absolument à se placer du côté gauche. Déjà dans les Chipées et les Gades , nous avons trouvé le plus grand lobe du foie , par eonséquent sa par- tie prépondérante dans la moitié latérale gauche ; dans le Lièvre de mer , dans les Pleuronectes , les Perches , les Saumons et les Cottes , cette moitié en renferme la masse presque entière. Dans ce cas , celte masse couvre aussi en particulier la moitié gauche de l'estomac. Cette observation réfute donc suffisamment l'opinion de ceux qui ont cru que le foie tendait toujours à se placer du côté droit. Tandis que le foie se place davantage dans la moitié gauche du corps chez les poissons , la rate tend à se rapprocher du côté droit jusqu'à ce qu'enfin elle parvienne à s'y placer réellement , comme dans l'Am- modyte (i). Mais là où la moitié plus considérable du (i) F'oy. Ratiikb , BcUrcege zur Geschichte der Thierwelt , vol. a , tal). ii,fig, i,/. ( i65 ) foie se trouve dans le côté droit, comme c'est le cas. dans les Carpes , la rate entre dans la moitié latérale gduçlie ou descend tout-à-fait à Textrémité de 1a cavité abdominale, comme dans le Goujon. Je réserve des dé- tails plus exacts sur ce sujet pour un Mémoire dans le- quel il sera question de la rate des poissons. Avant d'aller plus loin je crois pouvoir faire re- marquer encore une circonstance : nous voyons déjà dans, d'autres animaux , mais principalement dans les pois- sons, que le foie se montre d'autant plus lâche et plus mou dans son tissu , qu'il est plus gros , et que ce tissu est d'autant plus ferme et plus dense que la masse de l'organe est plus petite. Nous observons la même chose dans les reins et dans d'autres glandes. Mais nous ne remarquons pas que la fonction de ces organes ait pris un développement proportionné à l'augmentation du volume. Il n'y a pas même dans ce cas augmentation proportionnée dans la quantité de la matière sécrétée. Mais toujours , comme j'ai pu l'observer bien des fois , 1q produit de la sécrétion est d'autant moins travaillé que le volume de l'organe sécréteur est plus considérable relativement à la masse totale du corps. Nous ne pouvons donc nullement conclure de l'extension d'un pareil or- gane à une plus grande activité de sa part j car plus il occupe d'espace relativement au corps entier , moins il est parfait dans son intérieur , moins son tissu offre la consistance nécessaire pour que la vie s'y prononce bien énergiquement. Ce que je viens de dire du foie de» poissons peut di^à servir à conOrmer la loi naturelle démontrée pax: ( i66) J. F. Meckel (i) : « qu'en remontant dans réchelle animale , les systèmes et les organes paraissent de plus en plus concentrés en eux-mêmes, w C'est-à-dire, que si dans la série des animaux un organe doit se perfec- tionner , il n'y a d'abord que des pièces homologues qui se réunissent, qu'ensuite ces pièces se fondent entre elles et forment un tout , un ensemble , qui , au lieu de la composition qu'on observait d'abord dans son exté- rieur, la laisse apercevoir maintenant principalement dans son intérieur. Mais cette loi se montre d'une manière bien plus distincte encore dans la veine porte elle-mêtne. Son examen anatomique nous présente déjà presque tous les modes de conformation connus dans les poissons qui occupent le rang le plus inférieur parmi les animaux vertébrés, et à partir desquels tous les autres se sonç élevés. Passons donc en revue les différentes vaiiations qui se rencontrent dans la structure du système de la veine porte des poissons. Nous ne pourrons indiquer que très - généralement les formes particulières; une des- cription exacte de chaque branche et de chaque rameau vasculaire , n'étant pas seulement ennuyeuse pour le lec- teur, mais aussi inutile pour la science. Commençons notre examen par les Cyprins dans lesquels , parmi les poissons indigènes , la veine porte se trouve au degré le plus inférieur de son développement. On serait presqu'en droit de soutenir que dans la plu- part des Cyprins il ne se rencontre non pas trois lobes hépatiques différens , mais , à proprement parler, trois (0 Beitrcege , vol. ii , i" cahier, p. 6i. ( i67 ) diflerens foies qui ne sont que faiblement unis entre eux. Car , quoique les conduits biliaires viennent se réunir en un seul tronc , en naissant sous forme d'arbre des trois lobes , chacun de ces lobes a pourtant son système veineux propre qui , dans le Cyprinus ballerus sur- tout , paraît n'avoir presque aucune communication par les terminaisons des veines avec celui des autres lobes , et qui prend toujours son origine d'une région détermi- née de l'abdomen. Je remarque en outre que dans les Cyprins tout le sang qui se rend aux parties de la géné- ration est aussi apporté au foie par le système de la veine porte \ ce cas ne se retrouve probablement , à un degré égal , que dans un petit nombre d'autres poissons. Cette extension, si frappante du système de la veine porte dont je ne connais pas d'analogue , si ce n'est dans les Tortues (i) , doit nécessairement entraîner aussi une grande différence dans l'économie intérieure de ces pois- sons, comparée à celle des autres espèces; etellemérite- rait bien un examen approfondi du côté de la physiolo- gie. Je crois cependant que le temps n'en est pas encore venu , et que pour prononcer en cette matière il faudra avoir d'abord examiné soigneusement un bien plus grand nombre de poissons. Considérons donc maintenant de plus près chacune des parties du système de la veine porte dans les Cyprins. Dans les animaux des classes supérieures , et comme nous verrons plus tard aussi dans le plus grand nombre des poissons , les petites veines , qui environnent le canal intestinal et qui en sortent , se réunissent en plusieurs (i) yoY, BojARus daas VJsis , année 1&18, p. i4'»8. ( i68 ) branches, et celles-ci en un seul ou en un petit nombre de troncs principaux qui se rendent alors dans le foie. Au lieu de cela nous trouvons dans les Cyprins , que chaque branche qui s'était formée par la réunion des petites \ei- nules intestinales , après que celles-ci avaient formé sur les différentes portions de l'intestin de petits réseaux qui se rapprochent en procédant les uns d'avant en arrière, et les autres d'arrière en avant , nous trouvons , dis-je , que CCS branches pénètrent après un court trajet , et en se dirigeant, soit en avant, soit en arrière, soit aussi tontes droites et transversalement , dans le lobe du foie qui en est le plus rapproché , ou bien aussi dans la pièce de conjugaison de tous les lobes. Dans le Cjprinus bal- lerus cependant , il y a quelques troncs qui , formés entre les circonvolutions intestinales , se rendent à la pièce de communication. Ce n'est que dans l'intérieur des dîfférens lobes que ces réseaux veineux se réunissent en un tronc commun qui s'étend tout le long de la face supérieure et interne du lobe , et qui augmente en capa- cité en procédant d'arrière en avant , suivant que les Ter seaux veineux libres pénètrent dans le lobe à une plus ou moins grande distance entre eux. Mais tout-à-fait anté- i-ieurement le tronc recommence à diminuer en se rar mifiant diversement , comme dans les autres vertébrés , pour se réunir de nouveau pour la formation des veines hépatiques. Dans le plus grand nombre des poissons , les veines ramifiées sur les organes de la génération se réunissent en un tronc commun en formant avec ce dernier des angles droits. Ce tronc augmente en grosseur d'arrière en avant et se termine enfin dans le sac veineux du cœur ( '69 ) . ( à proprement parler dans les appendices veineux (i) ) ; sans avoir aucune compiunicalion organique avec le foie. Au lieu de cela on trouve dans les Cyprins sur la surface inférieure de Tovaire ou du testicule (surface qui devient interne plus tard par suite de l'accroissement des par- lies ) , un tronc veineux commun dans lequel se rendent les rameaux de la surface externe et interne de ces parties génitales j mais ce tronc veineux , au lieu d'augmenter toujours en capacité à mesure qu'il procède d'arrière en avant , devient au contraire plus gros de ses deux extrc-^ mités vers le milieu de son étendue. La raison de cette disposition est la suivante : ce tronc ne s'éloigne pas des parties génitales pour se rendre directement au cœur, mais il envoie tantôt une branche , comme dans le Cj- prinus ballerus , ou plus ordinairement à l'instar des veines du canal intestinal, un grand nombre de ra- meaux courts qui en sortent à des distances plus ou moins grandes , se dirigent transversalement en bas et en dedans et pénètrent également dans le lobe hépatique le plus rapproché ( par conséquent les rameaux de la partie génitale droite pénètrent dans le lobe droit , et ceux de la gauche se rendent dans le lobe gauche) , pour contribuer à augmenter le tronc commun de ce même lobe. Le sang des parties génitales se rend aussi dans la veine porte dans la Lotte et dans quelques autres pois- sons. Dans le Turbot , qui a le foie entouré par le canal in- (i) Ployez sur ces appendices le travail de M. Tiedemaan sur la struo tare du cœur des poissons. ( 170 ) tînal , le sang se réunit en partie dans quelques rameaux veineux plus considérables , à peu près comme dans les Carpes. Cependant la plus grande quantité du sang venant du canal intestinal s'amasse sur quelques points de l'intestin dans un grand nombre de rameaux plus pe- tits qui pénètrent dans le foie aux endroits les plus dif- férens. La veine splénique , qui est simple , s'est déjà réunie à l'un des rameaux hépatiques plus considérables , et les veines des parties génitales se rendent immé- diatement dans la veine cave. Au défaut d'ensemble que nous remarquons dans le système de la veine porte et dans ses ramifications chez les Cyprins et le Turbot se joint aussi l'absence du mé- sentère , qui probablement en est plutôt la suite que la cause. De l'absence du mésentère dans lequel les veines auraient pu trouver leur point de réunion , il résulte que les rameaux veineux différens de la veine porte se trou- vent à découvert sous la forme de filets minces et libres entre le» différens organes de la cavité abdominale , et qu'elles servent eomme les filets du péritoine à unir entre eux et à fixer dans leur position ces mêmes organes. C'est comme une conformation de transition, une sorte de tendance à la perfection du système de la veine porte , perfection qui se prononce par un en- semble bien circonscrit , que nous devons regarder le mode de structure de ce système tel qu'il se présente dans la plupart de nos poissons indigènes. Mais ici s'offrent quelques variations que nous pourrons peut-être réduire à la division suivante : I**. Toutes les veines qui ramènent le sang des viscères abdominaux vers le foie se sont réunies en trois troncs ( 17» ) qui pënèirent dans le foie, séparés les uns des autres. Ce cas existe dans le Cottus scorpius, ( Je ne saurais indi- quer avec certitude si cela existe aussi dans le Cottus gohio. ) 2*. La plupart de ces veines se sont réunies en deux troncs qui se rendent séparément dans le foie. Quel- ques rameaux isolés cependant ne s'y sont pas encore réunis , et pénètrent eux - mêmes dans le foie après un court trajet dans le Cobitis fossilis , le Narvaga , la Be- lone , le Hareng , les Epinoches , les petites espèces de Pleuronectes. 3°. Toutes ces veines se réunissent en deux troncs qui entrent séparément dans le foie. (Dans la Blemiie, le Brochet , l'Eperlan. ) 4*^. La plus grande partie de ces veines forme enfin un seul tronc. Mais, outre ce tronc, il y a encore des ra- meaux plus petits qui pénètrent isolément dans la sub- stance du foie. ( Dans le Lump , l'Alose , TAmmodyte , la Perche , la Lotte , le Silure. ) 5®. Toutes ces veines se réunissent en un seul tronc simple avant de verser leur sang dans le foie. (Dans l'Anguille , la petite Perche de rivière , la Barbotte , le Goujon , la Lamproie. ) Cependant je dois observer ici que celle division n'est prise que du terme moyen du nombre des individus des différentes espèces de poissons examinés. J*ai vu, quoi- que rarement , de légères variations individuelles. Il a été prouvé suffisamment par des expériences des temps anciens et modernes que les veines du canal intestinal ne reçoivent pas seulement les résidus usés , provenant du procédé végétatif de la nutrition , mais ( I70 qu^elles président aussi à la réception du chyle. S4I est donc probable que la même chose a lieu aussi dans les Poissons , peut-être même à un plus haut degré que dans les Mammifères et les Oiseaux , on sait aussi que, rien de certain n'est encore connu à cet égard. Cepen- dant plusieurs phénomènes parlent clairement en fa- veur de cette opinion ; car plus le canal intestinal est court dans les poissons ( par rapport sans doute aux di- mensions de la cavité abdominale et de tout le corps ) , plus nous le voyons richement pourvu de réseaux vei- neux. Cela se rencontre surtout dans les Loches qui ont; Finlestin d'une couleur rouge très - intense 5 je me suis même convaincu souvent que , dans la Loche d'étang ,. le sang s'accumule tellement dans les veines intestinales, au moment de la mort qu'elles en sont déchirées et que le liquide qu'elles contiennent s'échappe dans la cavité, abdominale. Après les Cobites > c'est la Bellone dont l'intestin me paraît fourni des réseaux veineux les plus abondans ; viennent ensuite l'Anguille , la Lamproie et, les Pleuronectes : dans quelques-uns de ces derniers ce- pendant l'intestin a déjà une longueur assez considé- rable. Dans les poissons dont l'estomac s'est développé con-, sidérablement quant à sa circonférence , mais dont l'in- testin n*a que peu de longueur , comme dans le Coitus scorpius et dans le Brochet , les veines qui se distribuent sur l'estomac sont si nombreuses qu'elles semblent l'emporter de beaucoup sur celles de l'intestin. Dans d'autres poissons , au contraire , qui ont le rectum con- sidérablement développé , soit sous le rapport de la forme , soit sous celui de sa structure intérieure , ce der- ( Ï73 ) nier est plus rouge que la partie moyenne de Tintestiù ; Ton peut s'en convaincre entre autres dans quelques es- pèces de Saumons ainsi que dans les Harengs et dans la Blennie. Au reste , la teinte rouge de la portion mi- toyenne de l'intestin m'a toujours semblé diminuer d'a- vant en arrière. Les appendices du pylore sont également d'un rouge fort intense produit par le sang veineux -, mais ici l'aug- mentation de la rougeur ne répond pas à une exaltation vitale déterminée par l'introduction des alimens 5 il est probable qu'un plus grand nombre de veines n'y est né- cessaire que parce qu'il faut un afflux plus considérable de sang artériel pour fournir à la sécrétion muqueuse qui s'y opère. A l'exception des Cyprins , toutes les veines qui dans les autres poissons proviennent de l'extrémité anale et de la portion mitoyenne de l'intestin , se réunissent en général en un seul tronc que nous nommerons désor- mais exclusivement la veine mésentérique. Si l'intestin est droit , ou s'il ne se compose que de quelques por- tions juxta-posées , les rameaux veineux particuliers se terminent dans la veine principale sous des angles plus ou moins droits ; mais si l'intestin forme des circonvo- lutions nombreuses , les rameaux secondaires se réu- nissent sous des angles aigus pour former le tronc prin- cipal , comme dans les animaux des classes supérieures , et ce cas se rencontre particulièrement dans le Lièvi'e de mer et dans la Blennie. En général , les réseaux veineux qui apportent leur sang dans une veine mésentérique simple se réunissent en rameaux à la face supérieure de l'intestin ; mais dans ( 474) la Blennie il y a aussi un gros rameau veineux qui suit la face inférieure de l'intestin et qui est formé par la réunion de deux autres rameaux , dont l'un appartient à l'intestin grêle et l'autre au.gros intestin. La réunion s'opère là où l'intestin grêle se termine dans le gros in- testin ; enfin , le rameau dont il est question s'abouche dans la veine mésentérique. Nous voyons quelque chose d'analogue dans les Epinoches , la Perche et le Cottus scorpiuSj dans lesquels on trouve aussi une grande veine correspondant à la face inférieure du gros intestin , et se rendant enfin dans la veine mésentérique très -près de cet intestin et au-devant de lui. Dans l'Ombre on trouve un rameau particulier qui se dirige le long de la face inférieure de la portion mi- toyenne de l'intestin , et qui se réunit enfin également avec la veine mésentérique. Dans le Hareng enfin , où l'on observe un rameau veineux qui parcourt à peu près toute la longueur du canal intestinal , ce rameau se réu- nit avec les veines des appendices du pylore. Deux veines intestinales qui pénètrent séparément dans le foi€ s'observent dans le Cobitis fossilis ^ l'une d'elles parcourt la longueur de l'intestin à sa face in- férieure et l'autre à sa face supérieure. Deux troncs veineux pareils se retrouvent aussi dans la Bellone ; mais dans ce poisson l'un de ces rameaux est placé au côté droit , et l'autre , qui est plus gros , au côté gauche de l'intestin contre lequel ils sont à peine appliqués , le mésentère s'attachant au milieu entre l'un et l'autre. Dans les petites espèces de Pleuronectes il y a même trois troncs principaux pour les veines intestinales, qui se rendent séparément dans le foie , et qui sont situées (•75) sur les côtés gauche et droit de rintcstin , comme dans la Bellone 5 cependant chaque tronc se trouve ici dans un mésentère particulier, et tous les trois communi- quent assez fréquemment entre eux par de petites anas- tomoses avant de pénétrer dans le foie. Les veines de Teslomac se réunissent avec la veine mésentérique dans l'Ombre ( avec son rameau infé- rieur ) , le Lièvre de mer , le Hareng , VAmmodyte , la Perche, la petite Perche de rivière, le Goujon. Elles s^y réunissent en partie et entrent en partie séparément dans le foie dans l'Alose , le Brochet , les petits Pleuro- iiectes , le Cottus scorpius , le Narvaga et la Barbotte. Dans ce dernier cas , du reste , les veines de Testomac qui vont au foie se réunissent en un seul tronc , comme dans le Brochet et le Cottus scorpius , dans lequel ce tronc reçoit encore la veine splénique qui est simple , ou elles se rendent au foie sous forme de petits troncs : la Blennie appartient aussi à cette section . Dans ce pois^* son , la plus grande partie des veines de Festomac se réunit aux veines des appendices pyloriques et avec quel- ques ramuscules de la partie la plus antérieure de l'in- testin , pour entrer ensuite dans le lobe gauche du foie : toutes ces veines forment très-près du foie un rameau transversal qui communique aussi par une anastomose avec la veine mésentérique : outre cela^ un nombre bien plus petit de veines de l'estomac se termine encore dans la veine mésentérique. Dans les Eperlans, les veines de l'estomac se rendent dans le foie , unies seulement aux veines des appendices pyloriques. Les veines qui prennent naissance sur ces mêmes ( t76 ) appendices , et entre eux , n'entrent pas dans le mésén* 1ère proprement dit , mais elles se réunissent en géné- ral aux veines mésentériques très- près et au-dessus du foie. Ce cas existe dans l'Ombre (elles sont unies dans ce poisson avec la veine qui parcourt la longueur de la face inférieure de l'intestin ) , le Lièvre de mer, la Perche , la Barbolte j elles se joignent aux veines de l'es*- tomac dans la Blennie ; elles entrent séparément dans le foie dans l'Ammodyte en ne formant qu'un rameau unique 5 elles se rendent en partie au foie et en partie dans la veine mésentérique dans l'Alose , le Narvaga , les Eperlahs. Quant aux veines de la rate , celles des Carpes , dont la rate est très-volumineuse^ se réunissent en un seul gros tronc , ou en plusieurs autres plus petits , et se rendent directement et après un trajet très -court, dans le lobe gauche du foie , en sorte qu'ici la rate se trouve très - rapprochée du foie. La veine splénique se rend également dans le foie dans la Lotte ; mais elle est unie à la veine des parties génitales. Au contraire, les veines spléniques , réunies en un seul tronc , se termi- nent dans le tronc principal de la veine mésentérique dans les Eperlans et les Harengs *, dans un tronc des veines de l'esiomac dans le Chabot; réunies en cinq branches , elles se rendent dans l'une des veines mésen* lériques dans la Bellone 5 en quatre branches dans les petits Pleuronectes , en deux dans le Lièvre de mer. Dans le Brochet , la veine splénique , qui est simple , se ter- mine dans une branche secondaire de la veine mésenté- rique , à une assez grande distance du foie. Dans les Epi- noches , l'Ammodyte , la Perche , la Blennie , la Barbotte _ ( 177 ) et le Goujon , elle va s'unir avec le iiouc des veines tné- semériqucs. Dans rOmbre, il y a cinq ou six veines spléniques qui se réunissent à Tune des veines de Tes- tomac. Dans les poissons où il se rencontre un estomac dont la portion pylorique et cardiaque forme une fourchette, la veine mésentërique passe en général de haut en bas par cette même fourchette pouf entrer dans le foîe^ mais là où l'estomac passe tout simplement à l'intestin grôle , ou lorsqu'il n'existe point du tout , la veine mé- seniérique , qui est simple , se dirige de haut en bas le long de l'intestin. 1\ est remarquable que dans quelques Poissons toutes les veines de l'intestin et de l'estomac se réunissent fion' pas à quelque distance du foie , mais seulement à sa sur- face supérieure et concave. Ce cas se rencontre surtout dans la petite Perche de rivière et darts la Blennie : nous voyons aussi quelque chose d'analogue dans le Brochet, où la réunion de la plus grande partie des veines intes-» linales s'opère tout près du foie , ou plutôt sur le foie même , tandis qu'une autre partie plus petite pénétré' isolément dans cet organe. -'l» Un objet plus remarquable encore c'est la réunion' des veines intestinales dans la Perche, dans laquelle 9eà' veines de l'intestin, des appendices pyloriques, et la' plupart des veines de l'estomac se réunissent enfin ^dn- un large demi-cercle contigu à la face inférieure de'îa portion pylorique de l'estomac , au devant des appen-r dices du même nom 5 ce demi - tercle envoie ensuite au foie trois branches séparées. Nous voyons les veines se réunir d'une manière ânk^* IX. 12 ( '78) logue dans la Barboite et le Narvaga. Dans la première il y a également trois branches séparées qui vont au foie après avoir pris leur origine dans un tronc veineux , gros et court , qui reçoit tout le sang du canal alimentaire et de la rate ; dans le second, la plus grande partie du sang se porte dans une portion veineuse située au-dessous des lobes moyen et gauche du foie : deux veines courtes se rendent de cette portion à ces deux lobes. Dans la règle , le tronc unique des veines venant des voies alimentaires , ou les troncs , s'il y en a plusieurs , s'étendent chacun d'arrière en avant à la surface supé- rieure du foie , dans la substance duquel ils envoient un grand nombre de rameaux qui s'en séparent. Lors- qu'il y a plusieurs troncs , il n'est pas rare de voir un rameau aller de l'un à l'autre et former ainsi une anas- tomose entre eux. Mais dans d'autres poissons , le tronc unique, ou, s'il y en a plusieurs, chacun d'eux se divise déjà avant de péné- trer dans le foie. Le premier cas a lieu dans les Perches, le second dans la Barbotte , les Pleuronectes , chez les- quels il y a derechef quelques branches qui communi- quent entre elles par des anastomoses. Dans les Harengs, la veine mésenlérique envoie parfois quelques réseaux dans le foie avant d'y pénétrer ^ mais ce qu'il y a de plus remarquable c'est la marche du tronc de la veine mésen- lérique dans le Lump ou Lièvre de mer. Dans ce pois- son , il se divise en trois branches dont chacune reçoit quelques veines de l'estomac et des appendices pylori- ques , après quoi elles se terminent dans un gros sac veineux d'une longueur médiocre , qui s'étend oblique- ment de droite à gauche et de devant en arrière , le long ( «79 ) de la surface supérieure du foîe , où elle enVoic ses ra- liieaux dans la substance de cet organe. Dans rOmbre , il se forme sur le rectum trois an- ileaux veineux qui se réunissent ensuite dans un seul tronc , lequel se contourne autour du côté droit de la vessie natatoire dt se termine enfin directement dans la veine cave. Dans les Eperlans , les veines du rectum se rassemblent également en un seul , quelquefois aussi en deux branches qui se rendent dans la veine cave, et dont l'une reçoit en oiitre les veines de la partie génitale droite. Dans le Brochet et les Epinoches , une partie seu- lement du sang qui a traversé le rectum passe dans un petit rameau veineux qui se rend dans la veine cave» •■<» Mais en revanche il y a plusieurs poissons dans les- quels , comme dans les Carpes , du sang veineux se rend au foie , quoiqu'il ne vienne pas du canal alimentaire et de la rate, mais d'autres organes. A cette section appar- tient en particulier la Blennie dans laquelle il y a trois , quelquefois même quatre ou cinq gros rameaux veineux qui amènent le sang de la face inférieure de la partie génitale , qui est unique ^ dans la veine mésentérique. Nous citerons encore ici la Perche , dans laquelle une veine très-considérable reçoit également le sang de la face inférieure de l'ovaire pour le conduire dans la veine cavej dans la Perche mâle , ce sont plusieurs veines qui pro- viennent de la partie génitale , et l'une d'elles se joint avec une veine de l'eslomac , tandis que les autres se ter- minent dans les veines mésentériques. Mais ce qu'il y a de plus singulier , c'est la manière dont le sang de la partie génitale gauche parvient au cœur dans les Eper- lans. Une forte veine , qui se dirige d'arrière en avant , ( i8q ) sort de celle partie , bienlôt elle se divise en deux branches peu longues , dont l'une passe dans la veine mësontérique , et Tautrc dans la veine rénale gauche (i). Dans quelques poissons, le sang de la vessie natatoire passe également dans le foie \ dans les Carpes , notam- ment , le tronc des veines de cette vessie se rend dans la pièce de communication supérieure du foie ^ dans les Epinoches , le Goujon et le Narvaga , il se termine dans la veine mésentérique. Si nous résumons ce que j'ai dit brièvement jusqu'ici sur la disposition des veines qui amènent leur sang au foie , dans les Poissons , et si nous avons égard à l'éten- due et à la position respective des différens viscères , il en résultera , je pense , que les rameaux les plus nom- breux ne "se rendent pas tout droit à la branche veineuse , ou à l'endroit du foie qui en est le plus rapproché, comme si la réunion totale ne s'était opérée qu'au hasard. Il parait plutôt qu'il existe ici une cause plus profonde , déterminée par la vie de chacun des organes , et diri- geant dans chaque poisson le sang veineux de chaque partie des viscères abdominaux par tel ou tel chemin. A la vérité , les chemins sont si compliqués ici , et la con- naissance plus exacte du mode de formation (vie plas- tique ) des différentes parties qui devrait nous servir de guide nous est si peu familière , que nous serons peut- être encore long-temps à sortir de ce labyrinthe. Cepen- dant , en jetant un regard sur le point de vue physio- (i) D'après Kuhl {Beitrage zur vergleichenden Zoologie undvergl, Anaiomie ) , le sang des parties génitales se rendrait au foie dans le Ha- reng ; mais ceci n^a jamais lieu. ( i8i ) logique , il me paraît vraisemblable qu'uue coiinais*- saiice analomique plus exacte des liaisoiis vasculaires du foie avec chacun des viscères dans les dirterens ani- maux pourra fournir un jour des données plus salisfai- santés sur la fouclion que le foie exerce dans chacun de ces animaux; nous pourrions au moins savoir par là si cet organe, ce qui est très-présumable , joue un ix>le différent dans Téconomie d'un animal et dans celle d'un autre. Un vaste champ s'offre ici à l'observation des physiologistes -, je me permettrai seulement d'indiquer quelques points compris dans ce champ. Si , d'après des recherches récentes , les veines partagent avec les vais- seaux lymphatiques la fonction attribuée à l'ordinaire exclusivement à ces derniers, il serait pourtant possible que les veines provenant des testicules et de la vessie nar latoire fussent remplies d'un sang tout différent de celui des intestins. Or, si , dans quelques poissons, les veines de la vessie natatoire ou des testicules (i) amènent leur sang au foie , l'on ne saurait presque penser que ce sang y reste sans action. On peut , au contraire , présumer qu'il sera également employé pour la sécrétion biliaiire^ et qu'il la modifiera sous quelques rapports 5 mais une autre bile agira aussi différemment sur la digestion et sur l'assimilation des alimens^ De plus , si d'un autre côté le sang veineux venant du gros intestin ne se rend pas au foie , mais passe directement dans la veine cave , on peut en conclure qu'il en résultera une autre modifi- cation dans l'économie de l'animal, car ([uelque peu im- (i) C'est Bojanus qui nous a appris tout rcccromeot que dans les Tor. lues tout le sang venant des parties génitales se rend au foie. ( i82) porlanle qu'elle puisse paraître , c'est toujours une mo-» dification. L'on a pu voir par ce que j'ai exposé dans quelques- uns des paragraphes précédens , combien les veines qui , dans les Poissons , amènent le sang vers le foie , sont en gênerai peu concentrées , à l'opposition de ce qu'on observe dans les Mammifères. La même observation, la même preuve d'un degré inférieur de développement se retrouve dans les veines hépatiques qui ramènent le sang du foie dans le cœur. Dans les Carpes , on observe toujours deux et même trois de ces vaisseaux. J'ai trouvé trois troncs dans le Cjprinus vimba , ballerus , brama , dans les espèces des harengs , et dans le Cot- tus scorpius : dans ce dernier cependant, on ne ren- contre quelquefois que deux veines ; dans quelques cas , lorsqu'il y en a trois , il s'en trouve deux qui se réu- nissent bientôt après leur sortie. Au reste , ces trois troncs sont fort courts dans les Carpes , et lorsque l'es- pèce a le corps aplati et étroit , ces veines laissent tou- jours entre elles une certaine distance. Celle qui sort du milieu du foie se rend toujours dans l'oreillette du cœur, à l'endroit où se rencontrent les deux appendices de cette oreillette , ou , pour parler plus exactement , elle se joint à ces appendices même , là où ils passent l'un dans l'autre derrière l'oreillette , sous un angle tourné en devant : les deux autres veines prennent naissance chacune dans l'un des lobes latéraux du foie , et se ren- dent tout-à-fait en devant , dans le côté interne de l'un des appendices du sac veineux. Dans les Harengs , les deux troncs veineux des lobes hépatiques gauche et moyen vont s'insérer très-près l'un de l'autre , dans l'ap- I ( ( i83 ) pendicc gauche , tandis que le tronc du lobe droit s'en éloigne beaucoup pour se rendre dans Tappendice droit. Malgré ces variations , d'ailleurs peu importantes , on peut pourtant admettre que , dans les Carpes et les Ha- rengs, chaque lobe du foie a son système propre de veines hépatiques. Trois veines se rencontrent encore dans le Perça Jlui^îatilis , et très-fréquemment , comme nous Tavons d^jà fait remarquer , dans le Cottus scor^ plus , quoique le foie de ce dernier soit constitué par une seule pièce. Mais dans ces poissons , les trois troncs veineux sont très-rapprochés entre eux , et ils se termi- nent aussi ensemble dans le milieu , entre les appen- dices de l'oreillette , en s'insérant dans ces appendices mêmes. Au reste , ces troncs veineux sont d'une lonr gueur assez notable dans le Cottus scorpius. Il est plus commun d'observer deux veines qui unis- sent le cœur au foie, alors Tune d'elles se rend toujours au côté interne de l'appendice gauche , et l'autre au côté interne de l'appendice droit : c'est ce qui a lieu dans les Cjprinus gobio, C. latus et C. tinca. Dans ce dernier cependant on observe plus communément trois veines hépatiques. On en trouve encore deux dans les Pleuro- nectes , l'Aigrefin , la petite Perche des rivières et le Gasterosleus spinachia. Deux veines se montrent encore dans le Brochet , mais elles font déjà le passage à la con- formation suivante : ces veines sont étroitement appli- quées l'une contre l'autre , de sorte qu'on pourrait facile- ment les prendre pour une seule si on les examinait légè- rement ^ leur capacité n'est point égale , car la droite est à -peu -près trois fois plus étroite que la gauche. Au reste , leurs orifices se trouvent très - rapprochés entra eux , entre les deux appendices du sac veineux. ( i84 ) Enfiu la veine hépatique est unique et s'ouvre dans le cœur à l'endroit où les deux appendices se réunissent dans la Bellone , le Lièvre de mer , la Blennie , TAn- guille et TAmmodyte , ainsi que dans toutes les espèces de Saumons , par conséquent dans des poissons dont le foie n'a qu'un seul lobe; mais aussi dans le Gasteros- teus aculeatus et le G. piingitius , et dans le Gobius niger, le Silure et l'Esturgeon. Dans un autre temps je ferai part de quelques notions plus détaillées sur le rapport du volume du foie avec le volume de la rate et celui de tout le corps dans les Pois- sous. J'aurai en même temps égard aux organes de la respiration et aux reins. Description d'un nous^el Oiseau du Bengale^ que M, C.J, Temminck a nomme Dr orna s ardeola. Par M. Dupont aîné. Il m'a été envoyé du Bengale , par un de mes voya- geurs , deux oiseaux de même espèce , que je n'ai trouvés décrits nulle part , mais dont un pareil semble figurer dans le Recueil de Planches coloriées de M. Temminck, 6i® livraison , pi. 362 , sous le nom de Dromas ar- deola» Ce savant ornithologiste ne nous a point encore donné la description de ce nouveau genre -, seulement , dans une livraison postérieure , il a dit , à l'article ^dic- wÈME , que l'espèce unique du genre Dromas tient de très-près aux yEdicnèmes , au nombre de quatre es- pèces. ( 185 ) Dans cet étal , je doule encore que Tcspècc nommée par M. Temminck soit bien la mùme que relie de mes deux individus. Mon incertitude naît des différences no- tables que je remarque entre l'une et l'autre. Dans la première , la couleur des reclrices et des tectrices est hortensia -, elle est noire dans la seconde. Le manteau 4ans toutes les deux a la même coloration ; mais chez l'individu dessiné dans le Recueil de Planches colo^ riées , il prend naissance beaucoup plus bas. La régula- rité des plaques de ses pieds n'existe point chez les miens -, toutefois ces variations peuvent n'être que l'effet d'un changement de sexe : elles proviennent peut-être aussi uniquement de l'inexactitude du dessin ou du coloris. Au surplus , voici la description de l'oiseau que je possède 5 c'est , dans tous les cas , une découverte ré- cente que la science doit ranger parmi ses conquêtes. Bec fort , plus haut que large , ouvert jusqu'à l'œil , pointu , droit , seulement un peu courbé à son extré- mité^ où sa couleur noire en général devient d'un gris transparent. A son origine il présente une plaque dépri- mée , débordée par la saillie que forment de chaque côté les plumes en se portant vers les fosses nasales. Au mi- lieu de cette plaque on aperçoit un léger sillon, à la suite duquel naît une arête qui se continue dans toute la longueur du bec , en s'effaçant insensiblement à son ex- trémité. La mandibule supérieure , saillante de chaque côté à sa naissance , couvre exactement l'inférieure , qui offre un talon au tiers postérieur de son étendue. Les narines , creusées dans une dépression à la base du bec , sont elliptiques et percées à jour. Les paupières sont lar- gement ouvertes. y ( ^§G ) Jambe et larse de couleur ardoisée , longs , grêles ^ aplatis latéralement , pourvus de grandes plaques trans- versales en avant et en arrièiVc Trois doigts en avant , munis de palmures aussi étendues à-peu-près que celles de Favocette ; le médian le plus long , puis l'externe -, le pouce égal à la moitié de Finterne et posant à terre du bout seulement. Ongles courts , droits , soutenus par la pulpe du doigt dans presque toute leur longueur , quel- quefois légèrement dentelés. La jambe dénuée de plumes à sa base , dans une étendue d'un pouce et demi , est , comme le tarse , recouverte de plaques transversales. Longueur totale de l'oiseau , quatorze pouces 5 hau- teur, quinze pouces. Plumage blanc-, manteau noir à reflet verdàtre, qui commence à la base du cou , se prolonge sur les scapu- laires , et va se terminer en pointe à un pouce avant le croupion. Les ailes aiguës, comme dans les Chevaliers , dépassent un peu la queue. Rectrices au nombre de neuf, les deux externes les plus longues. Tige blanche ^ barbules noires en dehors , blanches en dedans , et brunes à l'extrémité ; tectrices noires 5 scapulaires blan- ches. Queue courte , carrée , portant douze pennes d'un gris très-clair 5 mais je ferai remarquer qu'elle est pres- que blanche chez le plus adulte des deux individus que j'ai reçus , ce qui me fait présumer qu'elle blanchit tout- à-fait avec l'âge. Tels sont les principaux caractères de cet oiseau , que j'avais cru d'abord entièrement inconnu , puisque aucun traité d'histoire naturelle ne m'en offrait la description. J'avais déjà songé à le dédier à M. Isidore Geoffroy Saint - Hilaire , jeune naturaliste qui , dès son début ( ï87 ) dans une carrière illustrée par son père, promet de por^ ter dignement un nom cher à la science. Je Taurais classé parmi les Échassîers , et j'aurais proposé de le nommer Adelopes, c'est - à - dire à pieds incertains , parce qu'efleclivement ses pieds , sans réunir rensemble des caractères d'aucun genre des Echassiers , offrent des ressemblances avec plusieurs. Bien qu'au premier as- pect on soit tenté de le rapprocher des ^dicnèmes , comme l'a dit M. Temminck , et des Hérons , ainsi que semble l'indiquer le nom qu'il lui a imposé , on est bientôt convaincu qu'il s'en éloigne par de nombreuses différences. La forme de son bec , la disposition de ses narines est bien plutôt celle des Sternes que celle des Hérons et des ^dicnèmes. Il en est de même pour le système décoloration et pour le lustre des plumes. Quant aux jambes , leur longueur, leur forme , leur gracilité , l'arrangement de leurs écailles , le rapprochent davan- tage des Chevaliers. Les pieds sont palmés comme chez l'Ayocette , avec cette différence que le pouce n'est pas développé de la même manière , que les écailles en sont simplement transversales et disposées à des distances iné- gales , au lieu d'être hexagones et régulières. Il a encore de commun avec les Chevaliers le port svelte , l'aile aiguë ^ la queue carrée \ aussi me semble- t-il que sa place est entre ce dernier genre et celui des Avocettes. EXPLICATION DE LA PLANCHE XLV. DrQmas anleola Temm. réduit. Les détails de la tête et d^une des pattes sout de grandeur naturelle. ( «88 ) Extrait d'une Lettre de M. Jouannet, de TAca- démie de Bordeaux , à M. Alexandre Bron- GNiART, Professeur de Minéralogie au Jardin du Roi. Bordeaux , juillet i8a5. Vous n'ignorez pas , Monsieui*, qne toute la rive gauche de la Garonne , depuis son entrée dans notre dé- partement jusqu'au bec d'Ambès , est bordée d'une suite peu interrompue de dépôts de fossiles sur une ligne à-peu- près parallèle au cours du fleuve. J'ai donné une liste de ces différens dépôts , et , dans toutes mes courses , je trouve toujours quelque localité de plus à y ajouter, mais je n'avais encore rencontré aucun de ces dépôts aussi voisin du fleuve que celui dont j'ai à vous entrete- nir. Depuis long-temps j'avais remarqué dans les graviers voisins de Bordeaux quelques exemplaires très-rares , mais très-bien conservés , du Turbo Parkinsoni (Bas- terot) , et je suivais , autant qu'il m'était possible , toutes les fouilles un peu profondes que l'on faisait dans cette nature de terrain : un heureux hasard vient de me dé- dommager de l'inutilité de mes premières recherches. A la porte de Bordeaux , et à l'ouest de la ville , dans un sol attenant aux sabliers de terre-nègre , un proprié- taire voulant aplanir un terrain presque inculte , avait à faire disparaître une butte de gravier d'environ cent mètres de long sur trois à quatre mètres de hauteur moyenne. J'ai suivi les travaux 5 voici le résultat de mes observations.  C 189 ) COUPE DU TERRAIN. • - A. Sable ou gravier recouvert de deux ou trois centimètres de terre vé- gétale dYpaisseur variable. Les graviers varient de grosseur, depuis les plus petites dimensions jusqu^à la grosseur du poing; presque tous le^ graviers sont des quarz divers , mêlés de quelques grès verdâtres : eu certains endroits il y a des coulées de sable qui descendent à une pro- fondeur qui n'a pas été reconnue. h. Argile brunâtre, passant au brun noirâtre dans la partie inférieure : quelquefois le gravier, le sable et Targile sont confondus ensemble. On ne trouve, du reste, aucun corps étranger dans l'argile, hors quelques morceaux de fer limoneux géodique. CDE. Banc de falun gris , quelquefois bleuâtre , ailleurs couleur de brique; rien de fixe, rien de régulier à cet égard. C'est une marne argileuse, mêlée de coquilles, de madrépores astroïtes et de débris très-atténués ; j'y ai trouvé des pinces de gros crabes. Les Delphinu- les et les Turbo gisent principalement dans la partie supérieure en C, partie plus blanche, plus dure, presque toute composée d'astroïtes. Les Trochus , les Arca , les JYucules , proviennent de la partie infé- rieure, ainsi que la Térébratule et VEmarginule. Quant aux Cra^ nies , elles se trouvent toujours assez voisines des astroïtes. J'ai donné connaissance de ce nouveau gisement à MM. Grateîoup et Desmoulins 5 ils en ont étudié le fa- lun, et c'est à eux que je suis redevable d'y avoir ren- contré la Cranie , VEmarginule et la Térébratule: presque toutes ces espèces sont nouvelles dans nos fa- luns. La coupe jointe à celte lettre , et que nous pu- blions , planche 4^, n'est point ce que l'on appelle une coupe théorique , c'est-à-dire dans laquelle on a repré- senté , en les réunissant sur un même point de vue , des faits qui se seraient présentés dans des lieux et quelque- fois dans des circonstances différentes. M. Jouaimet nous ( tgo •) apptend, dans une lellre postérieure à celle-ci, qiié ce6i une représentation exacte du terrain tel qu il se montrait dans le lieu où il en a pris le dessin ; que ce terrain se montre ainsi sur les bords d'un plateau graveleux et ondulé de plus de cent mètres d'étendue , et^qui a été excavé à environ dix- sept mètres de profondeur. Il est assez difficile de dire exactement à quelles couclies du terrain de sédiment supérieur du bassin de Paris répon- dent ces diverses couches , mais on peut présumer que le gravier ^ représente le calcaire grossier, le sable de ses assises inférieures et celui qui recouvre la partie su- périeure du dépôt d'argile plastique qu'on nomme les fausçes glaises. B paraîtrait représenter l'argile plasti- que. L'absence de corps organisés et la présence du fer limoneux concourent, avec la position, à établir cette analogie « CD JE pourraient être le terrain de craie 5 les coquilles ne sont pas précisément de l'espèce , ni même du genre de celles qu'on trouve le plus ordinairement dans la craie , mais elles ne présentent non plus aucun fait en contradiction complète avec ce qu'on a observé jusqu'ici* (. 19» ) Note sur la Présence de deux genres de Pachj^ dermes, Chœropotame et Palaeotherium^ datis les brèches de Sète (^Hérault) et de Fîllefranche- Lauragais (^Haute- Garonne):, Par M. Marcel de Serres. Les deux genres inconnus de Pachydermes que M. Cu- vîera décrits sous les noms de Chœropotame et de Pala;o- iherium, ont été observés jusqu'ici dans les terrains d'eau douce inférieurs et les terrains marins supérieurs , mais principalement au milieu des gypses calcarifères qui ap- partiennent à la première de ces formations. Ces genres, qui n'ont plus aujourd'hui de représenlans sur la terre, ne sont point uniquement bornés à des terrains aussi peu répandus et aussi circonscrits. Du moins dans le cours des recherches que nous avons entreprises pour nous as- surer si dans le midi de la France des brèches osseuses n'ont pas été produites dans tous les lieux où des fentes verticales se sont opérées dans les rochers rapprochés des terrains tertiaires , nous avons découvert les Chœropo- tames et les Palœothérium au milieu de ces brèches (i). I Le premier genre y a été reconnu par une molaire et un germe d'une pareille dent. Cette molaire serait la . (i) Depuis que nous nous occupons de ces recherches , nous avons dé- couvert dix. localités k ajouter à celles où Ton avait mentionné des brèches osseuses. L'une de ces localités , celle de Villefranche (A veyron) , est très-remarquable , en ce qu'elle présente des brcchés osseuses à plus de trois cents toises d'élévation et à une distance d'environ vingt- cinq lieues de la Méditerranée. ( «93 ) troisième ou la quatrième tuberculeuse presque sem- blable à celles figurées dans le troisième volume des Re- cherches sur les Ossemens fossiles de M. Cuvier (pi. li, fig. 3, B. C). Cette molaire annonce un pachyderme de la famille des cochons , et en particulier le genre perdu des Chœropotanies , La forme de sa couronne, à-peu-près rectangulaire , offre quatre tubercules principaux , au milieu desquels on en voit deux plus petits avec quel- ques inégalités autour de leurs bases. Cette molaire se dislingue encore de celle des autres pachydermes de la famille des cochons , en ce que moins allongée , elle est plus arrondie vers ses bords antérieurs et postérieurs , et enfin, parce que ses tubercules, surtout les quatre principaux , offrent à leurs sommets une cavité arrondie, mais peu profonde. Nous ignorons si c'est un éaractère distinctif , mais notre molaire est recouverte d'un émail plus sombre et plus brunâtre que celui que l'on observe dans les dents fossiles des autres genres de pachydermes. Cependant notre molaire était empâtée dans une brèche calcaire non colorée , en sorte qu'elle n'a pas pu com- muniquer à Témail la couleur brune qui la distingue. Nous serions plus certain de la détermination du genre auquel nous rapportons notre dent, si nous avions trouvé avec elle les incisives, la canine, et surtout la première molaire qui offre le caractère remarquable pour cette fa- mille, d'être conique et pointue 5 cependant, malgré Tab- sence de ces dents , notre molaire suffit pour constater la présence des Chœropotanies au milieu des brèches cal- caires osseuses de Villefranche-Lauraguais (haute Ga- ronne). Les mêmes brèches renferment de nombreuses co- ( '93 ) quilles fluvialiles et terrestres , parmi lesquels nous ci- terons deux espèces de Bulimes qui conservent encore leur tèt , et qui ont appartenu à de grandes espèces ; des maillots (Pupa), des Hélix et des Néritines, L*intérieur de ces coquilles est assez généralement rempli de spath calcaire cristallisé. Quant au Palœotherium^ nous en avons constaté Texis^ tence au milieu des brèches osseuses de Sète par deux molaires , une canine , et plusieurs portions d'os longs qui sont tous étroits dans leur milieu en s'élargissant considérablement vers leurs extrémités j soit antérieure, soit postérieure ; caractères des os longs de Palœotherium. Ces portions , avec une foule d'autres , se trouvent dans le même bloc qui renferme nos dents ; mais comme elles n'offrent aucune de leurs extrémités articulaires , on ne peut guère les déterminer. Leur grosseur jointe aux di- mensions des dents annonçait un Palœotherium de là ^ taille du Palœotherium médium» Nos molaires sont assez bien conservées , quoique brisées en partie, pour être certain qu'elles appartenaient à la mâchoire inférieure. En eifet, elles ont leur cou- ronne disposée en deux ou trois croissans simples, placés il la suite les uns des autres , en sorte que les croissans de nos dents n*ont que deux lignes d email , ce qui les distingue à-la-fois des dents des ruminans et même de celles de la mâchoire supérieure qui ont une forme pres- que carrée chez les Palœotherium. Mais comme l'une de nos mâchelières a trois portions de cylindres au lieu de deux comme la seconde , et que la septième inférieure offre seule ce caractère , il s'ensuit que notre fragment était la septième molaire inférieure et du côté droit , à IX. i3 / t '94 ) raison de la posiiioti du cylindre moyen le plus élevé et le plus disposé en dehors. Quant à noire seconde molaire, il n'est pas aussi fa- cile de fixer la place qu'elle occupait dans la bouche. Cependant comme elle n'a que deux portions de cylindre, et que sa largeur est considérable , il est probable qu'elle était la icinquième ou la sixième postérieure, c'est-à-dire une dés plus rapprochées du fond de la bouche. L'émail qui recouvre ces molaires est extrêmement épais, comme chez la plupart des pachydermes 5 cette épaisseur est au delà de deux millimètres dans des dents qui ont au plus trente millimètres de largeur. Enfin notre canine paraît avoir appartenu au côté gauche du maxillaire supérieur, ce qu'annoncent ses dimensions, et la position de sa face arrondie , qui ré- pondant au côté externe de la bouché, fait juger à quel icôté elle a appartenu. La longueur de la portion de cette dent qui reste encore , annonce combien la racine en était grosse , et pénétrait avant dans l'os maxillaire. Cette portion offre Une longueur de soiiante-cînq millimètres, et cependant la pointe manque totalement. Notre canine formée par une substance compacte dure et comme émâillée , est conique et légèrement recourbée. ''^Slnos déterminations sont exactes, ce que les dessins que nous devons autant à l'obligeance qu'à l'habileté de M. Piron fils feront facilement juger , il s'ensuit qu'à l'époque du dépôt des brèches osseuses , des genres in- connus dans la nature vivante existaient encore, puisqu'ils y ont laissé leurs débris. La présence de deux genres perdus des Chœropotames et des Palœothevium semble- rait rapprocher la formation des brèches à ossemcns des ( '95 ) lerrains d'eau douce inférieurs, ou dés teminV martiîs supérieurs, si ces broches pouvaient être considérées comme de formation marine. Du reste , il devient tous les jours déplus en plus probable, que les fomiationè supérieures au calcaire grossier ne se sont point déposées à de grands intervalles les unes des autres , et que la suc- cession que Ton observe dans les terrains tertiaires entre les formations niariue9 et les foïwiations d'eau douce , n'a point dépendu du déplacement successif du lit des mers , comme on l'avait d'abord supposé , faute peut-être d'avoir fait attention à ce qui ste passe actuellement sur la surface de la terre. Quoique celte question soit en quelque sorte étrangère à notre sujet , nous ferons ce- pendant remarquer que si Ib tiîveau de la Méditerranée venait à baisser au dessous du point où le Rbôrté va se perdre , On y trouverait ( à Ô^ juger du moins par les nofeibreni' débris des ec(tps bi*^anîsés des terres sèches que ce' fliènve^y entraîné) dès bancs alternatifs des pro- duits déé'càùS^ douces et des eaux salées, phénomènes qui dnt lîétr par le cours ordinaire dés choses , et non point jiîirfetii te' dû déplacement du lit des mers, dépla- cement qui Tiè'pouti'àit s' efîectuèr que par des catkslro- phes plus bù'ittôtns violentes j ''en supposant même que la profondeur des mers n'est qu'utié petite fraction de la différence qui existe entre les deux diiimètrés terrestres. ./I.U ^ - ' '"^ipLICÀTIOM DE LA PLANCHE XLVI. ^-•■1^ jnl (.!'•> . ;•.' « M : :'^'-- ■' ' '■ •' • ■ -i Tig. r. Cinquième ou sixième iQolaire inférieure de Pdlœotlienum. Fig^ 2. Septième molaire inférieure de Palosoiheriunu a ludique la brèche où cette dent se trouyè empalée. \ ( '96 ) Fig. 3. La même molaire y vue latéralement en dessus pour faire aperce- voir les trois cylindres. Fig. 4* Canine supérieure de Palœotherium ; le trait la rétablit comme si elle avait sa pointe. Fig. 5. Coupe de la même canine. Fig. 6, Troisième ou quatrième molaire tuberculeuse de Chœropotame. Note sur la Caserne à Ossemens de Banwell ( Sommérsetshiré) ; Par M. Bertrand-Geslin, De la Société d^Histoire naturelle de Pari». Dans là eourse géologique que je viens de faire en Angleterre , pendant les mois de juin et juillet derniers, avec mes amis MM. de Basterot et Desnoyers , j'ai eu oc- casion de visiter une caverne à ossemens qui m'a pré- senté beaucoup plus en grand le fait que j'avais remar- qué en 1824 dans la caverne d'Adelsberg en Carniole. C'est d'après ce fait , exposé dans les Annales des Sciences naturelles, avril 1826, que j'avais été con- duit à penser qu'une partie des ossemens des cavernes y avait été transportée par une catastrophe contempo- raine de celle des brèches osseuses. Cette caverne à ossemens d'Angleterre est dans le comté de Sommersel, à une petite lieue à l'O. N. - O. du bourg de Banwell. Découverte en septembre i825 par le fermier de l'endroit , M. Beard , elle fut visitée quelque temps après par M. Buckland. D'après ce qu'on m'a dit à Londres , ce savant s'est seulement borné à en donner connaissance à la société géologique. ( «97 ) Cette caverne est située vers le sommet d*un chaînon de calcaire de montagne ( mountain Limestone ) faisant partie du groupe de montagnes appelées les Mendipes. Le calcaire de cette cliaine , compacte , noir ou gris , fé- tide , contient des Encrines , des Productus , et est divisé en couches puissantes inclinées au N.-N.-E. de 75°. De la surface du sol on descend à dix pieds de profon- deur, par un escalier {A^ PI. 4^) taillé dans le roc , pour entrer dans une petite salle {B) de dix pieds environ de largeur, laquelle sert de vestibule à la caverne. De ce vestibule on entre dans une seconde salle (C) qui peut avoir trente pieds de large sur quarante-cinq de long et dix de haut , laquelle est la caverne proprement dite* A quelques pas , à gauche de Tentrée de cette grande salle, on remarque une fente verticale {D) de sept à huit pieds de large , laquelle part du sol de la caverne , traverse la paroi , et se prolonge dans le plafond. A l'extrémité de la caverne , par conséquent en face de l'entrée , on descend dans un couloir (E) incliné de trente degrés , qui a quarante-cinq à cinquante pieds de long et dix de haut à son entrée. Ce couloir finit par se rétrécir tellement à son entrée , qu'il faut se mettre à ge- noux pour passer dans une petite chambre (^F) , au-delà de laquelle il n'est plus possible de pénétrer, quoique la fente se prolonge encore. Cette caverne de Banwell , qur s'étend dans la direction de l'O. à l'E. , est une minia- ture auprès d'une des salles de la caverne d'Adelsberg. ^ D'après ce que nous a dit M. Beard , qui a découvert et le premier fouillé cette caverne de Banwell , il parait que le vestibule était encombré par un amas (G) de li- mon argileux rouge , avec beaucoup d'ossemens , tandis i ( «98) que > dans la grande salle , le limon argileux n'était pas également répandu sur le sol 5 il y formait un amas al- longé (//) dans la partie N.-O. , lequel , partant de la fente de la paroi , se dirigeait vers le couloir, en coupant obliquement cette grande salle : les ossemens n'étaient pas, dans cet amas^ aussi abondans que dans celui du vestibule, Malbeureusemenl , le zèle trop ardent de M. Beard pour la découverte des ossemens a fait disparaître cet amas de limon argileux j on voit actuellement tous les ossemens rangés symétriquement le long des parois de la caverne. Le limon argileux rouge n'existe plus en place que dans deux endroits ^ d'abord dans cette fente verti- cale (D) de la paroi de la grande salle , qu'il rçmplit en- tièrement , puis dans le couloir incliné qui est en pro- Ipngemer^t de la grande salle. Ici le limon argileux rouge (/) est pétri d' ossemens , avec fragmens anguleux de cal- caire compacte noir , semblable au calcaire de la mon- tagne, tandis que dans la fente les os sont moins abondans. Cet amas de limon argileux (1) n'a pas rempli entiè- rement le couloir , à l'entrée duquel il peut avoir sept à huit pieds d'épaisseur , autant en largeur , et quinze en longueur. La masse limoneuse qui se précipitait a été arrêtée dans sa marche par l'abaissement du plafond , de sorte qu'elle n'est pas arrivée dans la petite chambre qui ter- mine Ip couloir. Parmi le grand nombre d'ossemens que nous avons vus entassés dans la grande salle et dans la maison de M. Beard , nous avons remarqué que beaucoup d'osse- metis étaient brisés , et que les ossemens d'herbivores do- ( 199 )) minaient , tels que ceux d'une grande espèce de bœuf et de cerf : nous n'avons vu qu'une grande tête d'ours et des mâchoires de petits carnassiers. M. de Blainville, au- quel j'ai remis plusieurs de ces os , y a reconnu les es- pèces suivantes : deux espèces de ruminans à cornes 5 une espèce de ruminant à bois j deux carnassiers , l'un de la taille d'un loup , l'autre de celle d'un renard. Nul doute qu'il n'y ait eu continuité entre le limon argileux de la fente du plafond et celui du couloir avant qu'on eût enlevé le limon du sol de la grande salle. ^^ ,. Cet amas de limon argileux rouge avec ossemens bri- sés et fragmens calcaires non roulés sera arrivé dans cette caverne , tant par la fente du plafond de la grande salle que par le trou de l'escalier qui conduit au vesti- bule , comme il est fi^cilq de Ijb vérifier -, en outre j il y sera arrivé instantanément , car le tout est tellement mêlé et de même nature , qu'on ne peut supposer qu'il y ait été introduit à différentes reprises , ou qu'il soi^ dû à l'effet d'un courant d'eau, puisqu'il, n'offre aucui[\ç trace de lavage ni de décantation. Il faut donc que cet amas de limon argileux soit un éboulement venu de l'ex- térieur , lequel est dû à un pliénopiène de remplissage produit par une catastrophe assez violente, ainsi que l 'attestent les fragmens aigus du calcaire compacte. Ces faits me conduisent aux suppositions suivantes. 1^. Si des infiltrations calcaires eussent pénétré cet amas de limon argileux dans l'état où il se trouve , n'eût- on pas eu une véritable brèche osseuse ? 2®. Si , d'un autre côté , lui volume d'eau plus ou moins considérable eût traversé celte cavernei.plu^ :ou laoius rapidement , no peut-on pas supposer qu'il amajl» ( 200 ) d'abord attaqué cet amas , puis déposé plus ou moins également sur le sol des chambres de la caverne les os- semens et le limon argileux. Admettant celte dernière supposition , le gisement des ossemens fossiles dans la caverne de Banwell se fut alors présenté de la même manière qu'il s'offre en grand dans la caverne d'Adelsberg , où les ossemens sont en- veloppés dans une couche horizontale de limon argileux déposé sur le sol des chambres. Mais au contraire , dans la caverne de Banwell , le gisement général des ossemens est un amas , lequel a la plus grande analogie avec le petit amas que j'ai rencontré dans la caverne d'Adels- berg 5 où celui-ci n'est qu'une exception de gisement. Ainsi donc , d'après ces deux faits observés diins deux localités très - éloignées l'une de l'autre ( Adelsberg et Banwell) , je suis encore plus porté à attribuer la pré- sence des ossemens , dans un grand nombre de cavernes, à des éboulemens qui auront pu être détruits en tout ou en partie et étendus sur le sol des cavernes , et à regar- der la catastrophe qui a produit ces éboulemens comme due à une cause de même nature que celle des brèches osseuses , mais qui a pu agir à une époque différente. Note sur les Cavernes à Ossemens et les Brèches osseuses du midi de la France ; Par M. Marcel de Serres. Dans la Note que vous avez insérée dans le cahier de décembje i8:%5 de vps Annajes, sur les cî^vernes à ( 201 ) ossemens des environs de Montpellier, j'ai avancé que l'étrange rassemblement des animaux fossiles qui s'y trouvent comme accumulés était probablement dû à un. cours d'eau , ce qui s'induit des terres meubles et d'al- luvion où ils sont dispersés et confondus. Comme cette c^use n'a rien d'analogue à celle que l'on a supposé avoir agi dans d'autres lieux , il était naturel de cher- cher à reconnaître si , dans nos contrées , ce cours d'eau aurait eu une direction déterminée , et s'il n'existerait pas d'autres cavités, soit longitudinales (les cavernes), soit verticales (les brèches), dans cette même direction , qui offriraient également un certain nombre d'ossemens d'animaux fossiles. Conduit par cette idée , et de concert avec M. de Christol qui m'a constamment secondé dans ces recher- ches , j'ai déjà découvert de nouvelles cavernes à osse- mens à Saint-Antoine et à Saint-Julien , toujours près de Montpellier, et de nouvelles fentes verticales rem- plies de brèches osseuses semblables à celles de Sète, les unes à ciment rougeâtre , comme celles de Billargues et de Vendargues (Hérault), les autres sans ciment coloré, comme celles d'Anduze et de Saint-Hippolyte (Gard) , d' Aix ( Bouches-du-Rhône ) , de Pézenas ( Hérault ) , de Villefranche-Lauraguais ( Haute-Garonne ) , et de Per- pignan (Pyrénées orientales). Toutes ces cavités, soit celles qui sont longitudinales et que l'on désigne ordi- nairement sous les noms de grottes et de cavernes (i) , (i) Ces cayeroes sont désignées en patois languedocien sous le nom de las Caves. Nous écrivons Sète et non Cette , comme plus conforme à Tétymologie , la montagne de Sète n'étant autre que le Sigius morts de tous les géographes. . > ( 203 ) soit colles qui , verticales , ont été presque entièrement remplies de broches à ossemens , ont cela de commun jd'avoir leur direction à-peu-près parallèle au méridien ^ en sorte que le courant qui les a remplies en tout ou en partie de limon , de terres meubles , de sables , de gra- viers , de galets et d'ossemens , semble avoir agi du nord au sud ou du nord -est au sud -ouest. Quant au nombre d'ossemens réunis dans les fentes longitudinales ou ver- ticales , il paraît assez proportionnel à la grandeur des cavités qui les ont reçus et eji raison inverse de la dis- tance du point de départ du courant qui les a cbarriés j aussi le nombre des animaux ou de leurs débris que l'on découvre dans ces fentes , soit longitudinales , soit verti- cales , est-il constamment plus grand dans les premières que dans les secondes. Il semble donc résulter de ces faits qu'au moins dans le midi de la France la même cause qui a amoncelé tant d'ossemens dans nos cavernes , en a porté également dans les fentes verticales des formations préexistantes , où les ossemens se sont solidifiés avec les terres avec les- quelles ils avaient été transportés. Aussi , les brèches os- seuses ne sont point restreintes, comme op. l'a pensé jusqu'à présent , aux rochers isolés et avancés des bords de la Méditerranée , puisqu'il en existe un assez grand nombre loin de cette mer et tout-à-fait dans l'intérieur des terres. Comme nous^u a V.Qns obsçrvé. partout où il s'est opéré des fentes , soit dans le calcaire grossier, soit dans le calcaire jurassique , soit dans la dolomie grise ou dolomite coùipacte, nous ne craignons pas d'avan- cer que , dans no? contrées méridionales , l'on trouvera des brèches osseuses dans presque toutes les feiitqs qui (203) se dont opérées dans Ces formation^ , et cela indépen- damment de leur éloignement de la Méditerranée, pour- vu toutefois que le calcaire du Jura et la dolomie ne soient pas à une trop grande distance des terrains ter- tiaires : le nombre de ces ossemens y sera probablement proportionnel à la grandeur des cavités qui les auront reçus , comme il en est dans toutes les localités obser-^ vées jusqu'à présent ,'et enfin Ton sera d'autant plus cer- tain d'y en découvrir, que l'on se trouvera plus rappro- ché de la direction générale que nous avons déjà indi« quée. Ce qui prouve encore que les terrains à ossemens des cavernes , comme les brèches osseuses , ont été pro- duits par les mêmes causes et sont les uns et les autres des formations indépendantes , et à-peu-près contempo-» raines , c'est que l'on y découvre presque généralement des animaux analogues ; tels sont, par exemple, les ru- minans , qui ont des représentans partout ,• parmi les- quels il y a deux genres, les chameaux et les moutons , qui , jusqu'à présent , n'avaienf pas été rencontrés à l'é- tat fossile, et qui se trouvent, du moins les derniers , non-seulement dans nos cavernes à ossemens , mais en- core dans les brèches osseuses de Villefranche - Laura- guais , de Perpignan et de Sète , à ce qu'il paraît (i). Les (i) Cette constance des ruminans dans nos terrains d'eau douce , quelle que soit la distance qui les sépare , annonce que les causes qui les ont déposés n^ont pas agi de la même manière que par rapport aux ter- rains parisiens, où les ruminans ne se montrent pas, tandis qi^e les pa- cliydermes y sont en très grand nombre j aussi nos Icrroios d^eau. douce ( car cVst à dus formations de ce genre que nous rapportons les terrains à osscTOcns de nos cavernes et nos brtVhes) fouruiiUt'Ut-ils de boeufs, de (M) oiseaux et les reptiles , quoique plus rares parmi ces for- mations , s'y montrent également ; ce sont des espèces de rivage et des Gallinacés parmi les premiers , des lé- zards , des couleuvres et des tortues parmi les seconds. Les rongeurs , les pachydermes et les solipèdes offrent également leurs débris dans ces diverses formations 5 et , parmi les fossiles qui appartiennent à ces diverses fa- milles , il en est des tailles les plus opposées , comme des éléphans , des rhinocéros , des hippopotames , de grands chevaux , des rats, des souris , et enfin des lapins d'un tiers plus petits que nos lapins domestiques. Les carnassiers ont aussi des représentans dans nos cavernes comme dans nos brèches , et s'il en est dont la taille n'est guère au-dessus de celle de nos chats et de nos re- nards , il en est d'autres qui surpassent de beaucoup en grandeur et en force nos lions et nos tigres actuellement vivans , étant , relativement à no5 espèces existantes , ce que les cerfs à bois gigantesques sont par rapport aux cerfs actuels. D'un autre côté , les ours de nos brèches ne sont pas au - dessus des ours actuellement vivans ni pour la taille , ni pour la force. Mais jusqu'à présent, les carnassiers ne paraissent pas avoir des représentans partout j du moins ne les' avons-nous pas observés dans les brèches de Billargues , de Vendargues et de Sète , quoiqu'ils soient en grande abondance dans les cavernes de Lunel-Viel , de Saint-Julien et de Saint- Antoine , peu cerfis et même de moutons, que M. Cuvier, dans son beau discours sur les révolutions de la surface du globe, dit ne pas exister à lYtat fossile , parce qu'il n'a pas été comme nous à portée d'observer des terrains que les ruminaussembleut caractériser d'une manière spéciale. ( 2o5 ) éloignées des brèches de ces diverses localités. Les ron- geurs sont , après les rumînans , les quadrupèdes ter- restres les plus répandus , soit dans les terrains à osse- mens de nos cavernes , soit dans nos brèches , surtout dans celles dont le ciment est coloré en rouge, et après eux on peut signaler d'abord les solipèdes , et en second lieu les pachydermes. Cette antique population qui a vécu sur le dépôt du calcaire grossier, et dont nos cavernes et nos brèches con- servent de nombreux témoins , offre cela de particulier , c'est que tandis qu'elle se compose de carnassiers de la taille du lion, du tigre, et quelquefois supérieurs en taille et en force à ces animaux, de diverses espèces d'hyène, de pachydermes gigantesques, des éléphans, des rhinocéros, des hippopotames , accompagnés d'une grande quantité de chevaux et de plusieurs grands ruminans^ comme des chameaux et des bœufs d'une taille énorme , elle réunit en même temps des espèces bien rapprochées de celles qui vivent encore sur le sol d'où les premières ont dis- paru pour toujours. Ainsi tandis que les unes ressem- blent aux espèces que la zone torride nous offre mainte- nant, quoique toutefois aucune de nos espèces fossiles ne soit absolument la même, les autres n'indiquent pas un climat différent, ni des conditions d'existence autres que celles dont ces animaux pourraient jouir encore, si la vie leur était rendue. En effet, certaines espèces de bœuf, de moutons , de lapins , de rats , de sangliers , de castors enfoncés dans nos cavernes ou disséminés au milieu de nos brèches , n' ©firent pas des différences bien grandes avec nos espèces actuelles , et cependant elles sont en- sevelies dans le même limon et dans les mêmes terres ( 306 ) d'alluvion que nos énormes lions ou tigres ou nos hyènes, dont Texistence dans nos climats même méridionaux n'est guère plus admissible que celle des rhinocéros , des hip- popotames , des éléphans et des chameaux qui les ac- compagnent. Chose non tilOins singulière, avec ces quadrupèdes terrestres, on observe des débris de tortue? , de lézards, de couleuvres, et avec eux des restes d'oiseaux, soit des palmipèdes, soit des gallinacés _, et parmi ces derniers dé- bris , il en est de fort rapprochés des fespèces qui vivent fencore dans hos climats. Tels sont, par exemple^ certains ossemens que Ton ne peut guère distinguer des mêmes par- ties qui ont appartenu , soit au cygne , soit au canard. Et pour comble de singularité,' tous ces fossiles sont accom- piignés d'une grande quantité, de cdquiMes tcrrestl^s de divers genres , parnii lesquels abondéut le Biilîrrius dè^ collatus et le ^Cyclostoma elegans àe Drapariîa'ud. -Ces coquilles conservent encore leur tôt, et comme il eti e^t uttxertain nombre d'entières jori' peut s^à^éurei* Qu'elles nWdifïerentpas spécifiquemèiit de nos espèces actuelles, câr'tiri pe\i plus de renflement et de brièveté dans les tours de la spire , lié sauraient Constituer des espèces di- verses. Cependant ces tfdqùillès se^rmîvéiiVdkns^le même timon que les ossemens de nos^ lions 'et de nos rhiriocéros^ cotnme k Sè^e; dans les riiêmes bi^cHès qiïi -recèlent des ruminàns, des i^ongeurs et des pachydermes. Il est dif- ficile de leur supposer une origine et une date difféi'ente, puisqu'elles se trouvent dans les mêmes couches, ëou- vent dans îe même fragment , e*t pbr 'conséquetït à la même profondeur que les débris deis quadtujpèdes , des reptiles et des oiseaux , que nous venons de signaler. ( 307 ) Cd3 fails, avec lanl d*^finlres que nous avons déjà la*. dJqués , annoncent , ce semble , qu'une pareille réunion a été fortuite , et que la cause qui a amené dans nos ca- vernes le sable , le gravier et le limon qui les remplit , comme les fragmens de calcaite roulé que nos brèches ont saisi, y a aussi entraîné les ossemens des animaux qui s'y trouvent dispersés et confondus. Ce qui semble l'annoncer d'une manière plus positive, ce sont les dé- bris de mammifères et de mollusques marins , que l'on observe dans le même limon ou dans les mêmes brèches qui recèlent tant de débris d'animaux terrestres. Ces es- pèces marines , les mêmes que celles qui appartiennent à la formation du calcaire grossier, ne paraissent s'y rencontrer que parce qu'elles en ont été détachées. Dès lors' on n'est pas étonné de les voir mêlées avec les espèces terrestres , surtout dans les lieux comme Pézenas et Per- pignan où les brèches osseuses ont été le plus tumul- tueusement formées, si l'on peut s'exprimer ainsi. Mais ce mélange n'en indique pas moins qu'il a été produit ipar des courans 5 car il serait aussi difficile d'admettre que des tortues des eaux douces ont ' vécu dans des ca*- Vernes où des lions , des tigres, des hyènes entraînaient des herbivores pour les dévorer , que de supposer que les mammifères marins des brèches osseuses de Pézenas et de Perpignan ont vééu avec les oUtsy les chevaux, les castors. et les' cerfs à 'bôîà gig-antesques qui leur sont ï^ùnîi.' • ' ' *'*' '• :'^ " '•; I' • r :ir-' ■ . , . ..? On sent dès lors combien rexcrémôtit impose de de*- 1}ris d'insectes et dé petits poissons d'eau douce, que lioùs avons d^à décrit , confirme l'idée que tous ces fos- siles ont été entraînés dans nos cavernes, puisque cet ï / ( 208 ) excrément ne peut guère se rapporter qu'à des tortues des eaux douces et courantes , et qu'il est difficile d'admettre que de pareils animaux aient vécu dans les lieux où on les observe aujourd'hui. Enfin les ossemens de nos cavernes sont quelquefois fixés au rocher , par les sucs lapidifi- ques et les eaux qui les y ont transportés, et comme d'après leur volume l'on doit les rapporter à de très-grands her- bivores , il n'est pas présumable que ^i les animaux dont ils proviennent y étaient morts après y avoir été dévorés, on les trouvât ainsi fixés sur les parois latérales des cavi- tés , absolument comme on observe lefe' ossemens em- pâtés par les brèches 5 car ils devraient être au contraire enfouis dans le limon , et au-dessous des carnassiers , qui nécessairement y seraient morts plus tard , sans que leurs ossemens fussent jamais mêlés avec les animaux dont ils auraient fait leur pâture. On ne devrait pas non plus les trouver dispersés dans les cavités latérales de ces ca- vernes , cavités remplies de limon , et dont l'étroitesse est telle qu'il est impossible que les ossemens que l'on y ren- contre n'y aient pas été entraînés avec le limon et le gravier, déjà séparés des squelettes auxquels ils avaient appartenu, et réduits à l'état d'ossemens isolés. On doit d'autant plus le supposer , que ces cavités latérales , dont le niveau est bien supérieur à celui des cavernes , offrent des ossemens isolés de carnassiers etd'herbivores jusques dans les couloirs les plus étroits , où il est possible de faire parvenir un instrument propre à en retirer le gra- vier qui les récèle. / En supposant que les ossemens enfouis dans nos ca- vernes ou dispersés dans nos brèches, y ont été entraînés par des courans d'eau , il s'agit de déterminer, si l'on • ( 209 ) doit attribuer ces courans à des eaux douces ou à des eauîQ salées ou marines. Si les osseraens des quadrupèdes , par des raisons qu il est hors de notre sujet de développer, conduisent à des résultats plus rigoureux qu'aucune autre dépouille de corps organisés , il semble que leur nombre est trop considérable dans nos formations , pour ne pas Jes considérer comme des formations d'eau douce, qui ont cela de particulier , d'être tout-à-fait indépendantes des terrains où on les rencontre. En effet , nos brèches osseuses se montrent indifféremment dans le calcaire grossier , le calcaire du Jura , et la dolomite compacte , ainsi qu'au-dessus et au-dessous de la Méditerranée, parce que ces brèches étant des formations de transport et d'alluvion , elles se sont accumulées dans tous les lieux où des fentes ont pu les recevoir. Il en est à-peu- prèsde même des terrains à ossemens des cavernes , avec cette différence cependant, que jusqu'à présent, nous ne les avons pas observés dans 1a dplomite compacte, ni au-dessous de la Méditerranée4?.rrM . Quant aux ossemens de mammifères marins ou aux débris de mollusques et de poissons de mer , que l'on rencontre soit dans nos cavernes , soit dans certaines de nos brèches , comme celles de Pézenas et de Perpignan , nous avons déjà fait observer qu'ils ne s'y trouvent que parce qu'ils ont été détachés des formations préexis-i tantes , et qu'aussi leurs espèces sont les mèimes que celles du calcaire grossier. Ces débris d'èlres marins, y sont aussi beaucoup plus brisés que les fossiles icrr^tres, et leur nombre y est moins considérable. Ils ne sq trou- vent même pas généralement partout , tandis qu'il en est tout autrement des restes des corps organisés lerresjrea IX. 14 ( 210 ) OU tluviatiles. Ces débris d'êtres marins sont aussi acci- dentels dans nos formations , que les laves , les scories et les obsidiennes des brecbes osseuses de Pézenas. En efiet, les êtres marins, comme les produits volcaniques, ne paraissent se trouver dans nos brèches , que parce que leurs débris , à portée du ciment qui empâtait des osse- mens d'animaux terrestres , y ont été réunis fortuite- ment 5 aussi ne peuvent-ils les caractériser , car s'il en étaitainsi, nous aurions des brèches osseuses d'eau douce, marines et volcaniques, ce qui n'est guère admissible d'après les circonstances de leur gissement. Le rapprochement que nous venons de faire entre les terrains à ossemens et les brèches osseuses du midi de la France , outre qu'il donne un grand intérêt à la décou- verte de nos cavernes à ossemens , puisqu'il indique que les sables et les terres meubles qui en recouvrent le sol y ont été transportés par une cause générale , pourra s'é- tendre à d'autres localités , où l'on n'a pas supposé qu'il y eût des brèches osseuses , parce que celles indiquées jusqu'à présent avaient toutes offert un ciment rougeâtre qui les avait fait remarquer , caractère que l'on avait cru particulier aux brèches à ossemens. Ce ciment coloré dépend pourtant de circonstances accidentelles et de pure localité; il est môme sujet à éprouver des variations dans une même localité ; car à Sèle , il existe des brèches os- seuses sans ciment rougeâtre , comme avec cette sorte de ciment. Ainsi , en y faisant bien attention , Ton reconnaîtra , nous croyons du moins pouvoir l'avancer, que la plu- part des ossemens de mammifères terrestres décrits comme provenant de rocs si durs qu'on ne pouvait les en dé- ( 21. ) tacher . que par fragmens , étaient des ossemens enve- loppés par des brèches solides et compactes* Tel nous parait avoir été le fameux cerf fossile dont parle Spada ( Catal. lapidum veronensium , p. 45 ) , et qui était in- crusté dans un roc si dur ( comme les débris du cerf à bois gigantesques que nous avons découvert dans les broches de Pézenas et de Perpignan ) , que Ton ne pou- vait Ten arracher que par morceaux. C'est aussi eu voyant les nombreux échantillons de brèches osseuses que nous avons recueillies, que M. Soulier nous a dit qu'il en exis- tait de pareilles dans les environs de Vîllefranche, dans le département de l'Aveyron. Ces brèches osseuses lui ont présenté divers débris de pachydermes et entr'autres des dents. Plusieurs de ces dents ont été remises à M. Da- fresnoy, ingénieur des mines fort distingué, qui sans doute les fera connaître, ainsi que les brèches osseuses où elles ont été découvertes , et d'autant plus que ces brèches seraient les: premières qui auraient été observées, à. un niveau aussi élevé. »*»' fiKvS* Du reste , quel que soit le degré de dureté et de com- pacité des brèches osseuses , ces brèches sont loin d'être d'une époque aussi ancienne que les derniers de nos bancs pierreux et calcaires , disposés en couches régu- lières et continues ; par conséquent elles peuvent re- celer des quadrupèdes terrestres d'une grande taille , ce qui suppose nécessairement l'existence de terres sèches et de coniinens hors du sein des eaux. Elles le peuvent , parce qu'elles sont d'une date postérieure au calcaire grossier, ayant souvent coulé entre les couches de ce ♦ alcaire ou rempli les fentes qui se sont opérées entre leurs masses. Dès lors , il n'est pas plus étrange de rear ( 213 ) contrer dans nos brèches diverses espèces de cerfs, des ours , des moutons , des chevaux , des lapins , des cas- tors ou des rongeurs analogues et même des oiseaux de la famille des Gallinacés, qui, comme ces quadrupèdes, annoncent des terres sèches , que de voir des mammifères terrestres dans les bancs réguliers des gypses à ossemens. D'ailleurs il n'est nullement contraire aux théories reçues , d'admettre que les brèches osseuses , quoique souvent elles aient une grande compacité , peuvent ren- fermer , comme elles renferment en effet , des débris de quadrupèdes vivipares et ovipares avec des oiseaux , puis- que ces brèches , comme les terrains à ossemens de nos cavernes, sont des formations de transport qui surmontent les terrains marins supérieurs , et par conséquent le cal- caire grossier. Aussi les brèches osseuses, quoique sou- vent solides et compactes , ne sont jamais disposées en couches régulières et continues j dès-lors, elles n'ont rien de commun avec les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tranquille de la mer sur nos continens, tels que le sont ceux du calcaire grossier , où l'on ne peut espérer de découvrir des restes de quadrupèdes vi- vipares et où il n'existe en effet que des débris de mam- mifères marins mêlés et confondus avec des poissons et des mollusques également marins. Ces faits qui indiquent que nos terrains à ossemens , comme nos brèches osseuses , sont les dernières forma- tions des terrains d'eau douce inférieurs , qui font partie de la série tertiaire, appelleront sans doute l'attention des géologues sur un sujet d'un si haut intérêt. Nous appel- lerons d'autant plus l'attention des géologues sur cet olyet , que nous nous croyons fondés à penser , que les (2i3) brèches osseuses et les cavernes à ossemens sont beau- coup plus répandues qu'on ne Ta pensd jusqu'à présent. Si elles sont liées à des causes générales , elles doivent Têlre nécessairement, et l'observation de ces formations, suivie d'après l'idée que nos contrées fait naître , prou- vera ou non , s'il existe un rapport constant entre des formations que l'on a été si loin d'assimiler jusqu'à pré- sent , faute probablement d'avoir eu comme nous des termes de comparaison si rapprochés. Observations sur les Resedacées ; Par M. Robert Broww (i). Je considère les Resedacées , qui comprennent le genre Reseda, susceptible d'être subdivisé eu plusieurs sections ou sous-genres , et le genre Ochradenus , qu'on ne doit peut-être considérer que comme une de ces sub- divisions , comme très-voisines des Capparidées et ap- partenant à la même classe naturelle. Elles diffèrent par le nombre variable des divisions des enveloppes florales des autres familles de cette classe , dans lesquelles ce nombre est constamment quaternaire ou binaire , et elles sont particulièrement très- remarquables par leur ovaire ouvert , même dans son état le moins avancé. Les Re- sedacées difïerent aussi des Crucifères et des Cappari- dées , les deux familles de celte classe dont elles se rap- prochent le plus , par la relation apparente des stigmates (i) Article extrait de TAppeadice botanique du Voyage dans PAfriquo centrale du docteur Oudncj, du major Denham et du capitaine Clapper- ton. .. ■i\\:^.i\V ' . ( 2i4 ) tt des placenta. Les stigmates , dans cette famille , ter- minent les lobes du pistil , et , comme ces lobes sont les portions stériles et ouvertes des feuilles modifiées dont la réunion dans la partie indivise donne naissance , à ce que je suppose , à l'ovaire composé , ils alternent néces^ sairement avec les placenta : j 'ai trouvé cependant , en général , la partie supérieure de chaque placenta recou> verte par un appendice charnu ou fongueux qui est uni aux bords des lobes , et par conséquent aux stigmates , et qui probablement est essentiel à la fécondation des ovules. La singulière transposition apparente du pla- centa dans le Sesamoides de Tournefort , si bien dé- crite par M. Tristan dans son ingénieux Mémoire sur les affinités du Reseda (i) , me parait une conséquence nécessaire de l'extrême brièveté de la partie indivise de Tovaire ; car en supposant que cette base s'allongeât , les placenta deviendraient pariétaux , et les ovules qui, dans ce cas , sont résupinés , reprendraient leur direction ordinaire dans cette famille . ' " - • M. de Jussieu , dans ses Gênera Plantarum, a com- pris le Reseda parmi les Capparidées , et je crois qu'il persiste encore dans cette opinion. M. Tristan , dans le Mémoire cité , est porté à en former une famille parti- culière , intermédiaire entre les Passiflorées et les Cisti- nees , mais plus voisine de ces dernières. M. Decan- doUe qui , le premier, forma du Reseda une famille distincte , la plaçait, en 1819 (2) , entre les Polygalées et les Droseracées , et par conséquent plus près des Cap- {i) Annales du Mus» d'Uist. nat. , i8 , p. 39a. (a) Théor. élément. , éd. 2 , p. a44* (2.5) paridées 5 mais il parait depuis avoir changé complète-*' tement d^opinion à cet égard , car la famille des Rese- dacées n'est renfermée ni dans la première ni dans la seconde partie de son Prodrome , et je ne puis trouver aucune observation à ce sujet dans ces deux volumes : il est probable , par conséquent , qu'il a l'intention de les placer auprès des Passiflores, comme M. Tristan l'avait suggéré , ou , ce qui est plus probable , qu'il a adopté l'hypothèse ingénieuse que M. Lindley a présenterez cemment sur sa structure et ses affinités. ii*''\ '♦»'»» Suivant cette supposition , dans le Reseda la partie nommée calice par tous les auteurs est un involucre ; les pétales sont des fleurs neutres , et le disque ou nectaire devient le calice d'une fleur fertile centrale : par suite de cette manière de considérer sa structure , ce genre a été rapproché des Euphorbiacées. Ce qui parait avoir conduit M. Lindley à cette hypo- thèse , c'est la présence et l'apparence , dans le Reseda , du disque hypogyne , la structure anomale des pétales , et la singulière estivalion de la fleur. Mais une forte con- firmation de l'exactitude de l'opinion de M. de Jussieu , c'est l'existence à un plus ou moins grand degré de toutes ces anomalies dans les Capparidées , tandis qu'on ne les trouve réunies dans aucune autre famille de plantes. L'es- tivation remarquable du Reseda existe également dans le Crateva et dans plusieurs des sections du genre Cleome, Le disque hypogyne est très-développé dans plusieurs Capparidées , et une irrégularité du même genre dans les pétales s'offre à un moindre degré dans deux sections des Cleome. L'analogie seule suffirait peut-être pour conclure ( 216) contre cette hypothèse j mais la question en ce qui re- garde les pétales , et par conséquent la supposition de rexislence d'une fleur composée , peut être décidée d'une manière encore plus satisfaisante par d'autres faits. MM. Tristan et Lindley regardent tous deux la partie supérieure et divisée des pétales comme un appendice de la partie inférieure qui est généralement charnue. D'un autre côté , je pense que l'anomalie consiste dans Fé- paississement , la dilatation et l'appendice interne do cette partie inférieure des pétales , et que toutes ces dé-r yiations de la structure ordinaire sont des changemens qui n'ont lieu qu'après la formation primitive du pétale. Pour établir cette opinion , et par conséquent pour prou- ver que ces organes sont des pétales simples et ne résul- tent pas , comme M. Tristan le suppose , de deux enve- loppes adhérentes , ou , suivant l'hypothèse de M. Lind- ley, de la réunion d'un calice ,et d'une étamine avortés , je vais décrire leur développement successif, comme je l'ai observé dans le Keseda commun _, plante dans la- quelle toutes les anomalies qui ont conduit à ces hypo- thèses existent à un très-haut degré. Dans le bouton du Reseda odorata , lorsqu'il com- mence à paraître , les divisions du calice sont légèrement imbriquées et renferment entièrement les autres parties j à cette époque , l'onglet de chacun des deux pétales su- périeurs est extrêmement court \ il n'est pas plus large que la basé du limbe et est parfaitement simple , sans aucun rudiment de cet appendice inférieur si remarqua- ble dans la fleur complètement développée. Le limbe , à la même époque , peut être dit palmalo-pinnatifide 5 ses divisions sont toutes dans le même plan j le segment ter- ( 217 ) minai ou moyeu est blauchâtre ou opaque, et beaucoup plus long que les segmens latéraux, qui sont demi- transparens. Des quatre autres pétales , les deux moyens sont di- midiato-pinnatifides , leurs segmens latéraux n^existant que sur le bord supérieur, et les deux inférieurs sont en- tiers ou réduits au seul segment moyen. Tous les pétales sont dressés et ne couvrent nullement les étamines ni à cette époque , ni à aucune autre j le disque est à peine visible,- les anthères sont plus longues que leurs filets , d'une couleur verte pâle 5 celles du côté supérieur ou pos- térieur de la fleur sont évidemment plus grandes et d'une teinte légèrement brunâtre. Le pistil est très-petit et ouvert au sommet. Dans un âge plus avancé , le calice n'est plus imbriqué , mais étalé j les pétales ont leurs segmens dans une proportion relative presque semblable j le bord intérieur de l'onglet commence à paraître , mais le passage de l'onglet au limbe est encore insensible , le sommet du premier n'é- tant pas plus large que la base du second. Il est inutile de suivre le développement de la fleur dans un âge plus avancé, les faits déjà établis me paraissant concluans pour fixer la nature réelle de ces organes , et je puis ob- server que de semblables recherches sur quelques genres de Caryophyllées , particulièrement sur les Dianthus , Ljrchnis et Silène , établissent clairement l'analogie entre leurs pétales et ceux du Reseda, Je puis ajouter à ces preuves , tirées du développement successif des pétales des Reseda ordinaires , qu'une es- pèce nouvelle de ce genre {Reseda propinqud)^ trouvée près de Tripoli par M. Ritchie , et entre Tripoli et Moiir- ( 2.8 ) suk par le docteur Oudney , est remarquable en ce que les onglets des pétales sont simples , c'est-à-dii*ï^ qu'ils ne sont ni dilatés , ni épaissis , et sans aucun apperidice au point où ils s'unissent au limbe trifîde , avec lequel ils se confondent insensiblement ; nous avons par con- séquent ici une espèce de Reseda dont les pétales ne dif- férent en aucune manière de ceux de plusieurs autres familles de plantes , et quoique ce soit une exception à leur structure ordinaire dans ce genre , cependant on voit que celte déviation de leur forme habituelle est en rapport avec Vétat plus simple de ces organes avant leur développement complet. Je sais qu'on a proposé dernièrement de ranger parmi les Resedacées le Datisca , dont Tovaire offre une struc- ture presque semblable , ainsi que M. de Jussieu Ta re- marqué depuis long-temps ; mais c'est la seule analogie qui existe entre ces plantes , car le calice du Datisca est certainement adhérent , et il diffère par plusieurs autres caractères , non-seulement du Reseda , mais de tous les autres genres publiés jusqu'à présent. Parmi les nombreuses découvertes faites à Java , par M. Horsfield, il existe cependant un genre nouveau ( Tetrameles Nob. ) dont l'analogie avec le Datisca est évidente , et qui est remai^uable par la division réguliè- rement quaternaire de toutes les parties de ses fleurs dioïques. Ces deux genres forment une famille très -dif- férente de toutes celles établies jusqu'à présent , à la- quelle ou peut donner le nom de Datiscées. ( 219 ) Notes sur V Astérie commune; ,Pa^ M. Eudes -Deslonchamps, Je ne rapporterai ici que quelques observations faites sur la plage de Colleville le 6 mars dernier *, elles sont relatives à TAstérie commune ( A. rubens L. ) , Fifote des pêcheurs. La plage en était pour ainsi dire couverte , et je n'en parle que parce que je Tai observée au moment où elle dévore les mollusques. A mesure que les vagues abandonnaient la plage , et lorsqu'il restait encore un à deux pouces d'eau sur le sable , on voyait rouler des Astéries réunies au nombre de cinq ou six , leurs rayons entrelacés et formant une sorte de boule. J'examinai un grand nombre de ces boules : il y avait constamment au milieu des Astéries ainsi réunies une Mactre Lisor (Mactra stultorum Linn.), non petite, mais adulte (d'un pouce à un pouce et demi de longueur ). Les Astéries étaient rangées autour du bord des valves , qui toujours étaient baillantes de deux à trois lignes : elles y étaient appliquées par le milieu de leur face inférieure. En les détachant de dessus la coquille qu'elles emprisonnaient ainsi , je remarquai qu'elles avaient introduit entre ses valves de grosses vésicules arrondies , à parois très- minces, et remplies d'un liquide transparent. Chaque Astérie présentait cinq vésicules pendantes , rangées symétriquement autour de sa bouche; elles étaient de grosseur inégale ; il y en avait ordinairement deux plus volumineuses , et égalant environ une très-grosse ave- line. Les trois autres , plus ou moins contractées , n'a- vaient que le volume d'un pois. Elles paraissent tenir A ( 220 ) l'Astérie par un pédicule étroit et très-court 5 à l'extré- mité opposée , il y avait un trou rond béant , par lequel le liquide contenu dans la vésicule s'écoulait lentement et goutte à goutte. Les parois de ces vésicules étaient Irès-minces j cependant la moitié supérieure, c'est à-dire celle tournée du côté du pédicule, était plus épaisse que l'autre et ridée longitudinalement j l'inférieure était tout- à-fait transparente. Au bout de quelques instans, les vésicules contractées et vidées du liquide qu'elles con- tenaient , étaient à peine grosses comme un petit plomb de chasse. Il est à remarquer que, lorsque la mer avait laissé quelques instans les Astéries à sec , elles abandonnaient l'animal qu'elles étaient en train de sucer. Je voulus en conserver, occupées à cette opération 5 mais à peine furent- elles dans le panier, qu'elles se détachèrent de la co- quille , et bientôt après on ne pouvait plus distinguer la place des vésicules. Je trouvai les coquilles saisies par ces zoophytes à di- vers états de destruction : quelques-unes étaient à peine entamées, et d'autres n'avaient plus que leurs muscles adducteurs; mais quelque peu entamées qu'elles fus- sent , toutes avaient perdu la faculté de reserrer leurs valves', et paraissaient mortes. Si les Testacés sont la nourriture habituelle des As- téries , elles doivent en faire une énorme destruction , à en juger par le nombre prodigieux de ces zoophytes. Mais comment peuvent-elles introduire des vésicules si molles entre les valves des coquilles , sans que celles- ci , en se fermant subitement , ne coupent avec leur bord tranchant l'arme singulière de l'ennemi qui veut les dé- ( aai ) vorcr ? Peut-être les Astéries n'altaquenl-elles les- Tes- tacés qu'après leur mort. J'examinai et flairai avec atten- tion vingt ou trente des Mactres saisies , aucune n'avait la moindre odeur. Il est possible et même présumable que les Astéries , après avoir saisi leur proie , fassent couler entre ses valves une humeur engourdissante qui leur permet ensuite de les dévorer sans danger. J'ignore si elles attaquent les autres bivalves et les univalves comme elles attaquent les Mactres 5 cela est présuma- Lie. Je n'ai trouvé que l'espèce indiquée plus haut as- saillie ainsi 5 il est vrai que c'était à - peu - près la seule que l'on vît sur le sable avec son animal , à l'exception pourtant du Cardium eckinatum ; mais il n'y en avait que peu de cette dernière espèce , et celles que je trou- vai étaient depuis plusieurs instans à sec. ( Mem. Soc, linn. du Ccdvados , t. m.) Notice sur le Pilobolus Crystallinus ; Par M. DuKiEu de Maisonkeuve. J'ai observé par milliers cette frêle et singulière cryp- togame sur les fientes de porc , dans les champs. Elle commençait à se montrer dans les derniers jours de no- vembre ; d'innombrables individus s'y sont succédé sans interruption jusque vers le i5 décembre , époque où elle avait entièrement disparu. J'ai suivi avec soin son déve- loppement . et voici ce que j'ai observé. Cette plante sort immédiatement du fumier sur lequel elle croît , et l'on n'aperçoit aucune membrane ni nla- mens bissoïdes à sa base. Un petit point jaune se montre d'abord ; ce point s'allonge , et dès le premier jour il offre l'aspect d'un filament très-délicat , haut de 2-3 mil- limètres , blanchâtre à la base • d'un jaune clair au som- ( 222 ) met. Le lendemain , le sommet de ce filament se renfle en tète un peu dtîprfmée , d'un millimètre de diamètre au plus , en conservant toujours sa couleur jaune. Eu cet état , la plante peut facilement induire en erreur : ou pourrait fort bien la classer dans les champignons , et la rapporter au genre Stilbum. Miïis environ trente -six lieures après le développement de la petite tète globu- leuse , on voit se renfler le frêle pédicule qui la sup- porte ,* il reste aminci à la base , s'évase au sommet en une petite vessie qui prend la forme d'une poire ren- versée. Celte bulle est pleine d'eau , transparente , de 2 millimètres de diamètre dans sa plus grande largeur. Cependant le petit globule terminal a changé de couleur ; il est devenu brun-noir, luisant^ un peu plus déprimé , et il est placé exactement comme un opercule au som- met de la bulle d'eau. On reconnaît alors dans cet or- gane le veridium renfermant les corpuscules reproduc*- teurs. Il semble n'être point adhérent ^ cependant , si on veut l'enlever, on s'aperçoit qu'il est continu avec la membrane de la bulle , laquelle se déchire si on l'ar- rache. Une petite portion de la base du pédicule ne se renfle point , de sorte que la plante à l'état parfait est courtement slipitée. Elle atteint dans son plus grand dé- veloppement 3 à 5 millimètres de hauteur. Elle se main- tient en cet état un jour ou tout au plus un jour et demi. Au bout de ce temps , la vésicule se crève latéralement , l'eau qu'elle contient s'écoule , la membrane disparait ; il ne reste plus que le peridium qui ç'afi'aisse , se cpUe contre le fumier^ où il persiste long-temps après la dis- parition de son support. On le prendrait alors pour un Sclerolium ou pour un tubercule à' Erysiphe dégagé de sa base byssoïde. 11 est charnu , ne s'ouvre point pour don- ner passage aux gongyles , et oOre enfin tous les carac- tères des Tuberculaires. Peut-être même le Sclerotium, décrit par les auteurs sous le nom de Sclerotium sterco- rarium, n'est* il que le peridium du Pilobolus observé après la disparulion de son réceptacle fugace. Souvent le peridium operculaire n'existe pas , il est alors remplacé par une deuxième bulle pleine d'eau , exactement sphérique , plus transparente encore que ( "3 ) rinférieure , et d'un volume un peu moindre. A l'aide d'une forte loupe , on voit de très-petîts animalcules, do forme îillongée, nager en tournoyant dans le liquide qu'elle contient , et se mouvoir avec une rapidité ex- trême. 11 est vraisemblable que la bulle inférieure con- tient aussi des infusoires semblables , mais je n'y en ai point aperçu , sans doute parce que son enveloppe est plus opaque. Note sur la Présence de VAnatase dans les mines de diamant du Brésil. On a remis dernièrement à M. Vanquelin un certain! nombre de petits cristaux jaune - pâle , d'une grosseur qui allait depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'un pois , et qui venaient , disait-on , des mines de dia- mant du Brésil. Ces cristaux, examinés par M. Brongniart, ont été rapportés uniquement, d'après leur forme, au titane anatase. Ce sont des octaèdres symétriques , qui parais- sent résulter du groupement par empilemens de l'oc- taèdre aigu , forme primitive de l'anatase , et de l'octaè- dre , regardé par Haûy comme une modification sur l'angle A de Toctaèdre primitif de ce minéral , et dans lequel l'incidence de deux faces r opposées des pyra- mides serait de 54® a'. Cependant ces cristaux n'offrent pas cette forme dans toute sa pureté. Les octaèdres qu'ils présentent ne font que l'indiquer, leurs faces étant traversées de sillons profonds , parallèles aux côtés de la base des pyrami- des , et montrant une suite alternante de facettes bril- lantes , parallèles à l'octaèdie secondaire , et d'autres en- core plus brillantes, parallèles aux faces de l'octaèdre primitif de l'anatase. Ces cristaux sont donc comme le résultat de la succession de lajmçs .décroissantes appar- tenant à ces deux octaèdres. , ii//i - Les cristaux confiés à M. Brongniart lui ont été lais- sés trop peu de temps pour qu'il ait pii chercher à me- ( "4 ) siircr Tincidence des faces des pyramides ; celte me- sure eût été d'ailleurs difficile à obtenir et incertaine à cause des sillons et des stries qui courbent les faces et qui émoussent les arêtes des deux pyramides. On doit remarquer que cette sorte d'altération est, comme un état habituel des cristaux d'anatase , portée au plus haut degré dans ceux-ci. Parmi les échantillons que M. Brongniart a eu sous les yeux , deux ou trois présen- taient à un de leurs sommets , et d'une manière assez nette , les petites facettes qui appartiennent aux variétés dioctaèdre et proéminente , et peut-être même à d'autres variétés non décrites par Haùy. Ces cristaux d'anatase sont d'un jaune de paille très- pâle ; ils sont transparens et ont la couleur, l'aspect et l'éclat particulier des diamans bruts. Le seul essai ac- cessoire à l'examen de la forme que M. Brongniart ait pu faire , est celui de la dureté ; ils se laissent entamer par la lime. Néanmoins ces caractères ont suffi pour lui faire présumer que ces cristaux étaient de l'anatase 5 et l'examen que M. Vauquelin en a fait a confirmé complè- tement cette présomption , et a fait connaître en même temps que c'était de l'oxide de titane parfaitement pur. .Le brun ou le bleu ne sont donc pas , comme on l'a cru , la couleur propre de l'anatase , et ce minéral qui jusqu'à présent ne s'était montré qu'implanté sur des roches primordiales , vient de se trouver en cristaux iso- lés , disséminés dans le terrain meuble qui renferme les diamans du district de Minas Geraes , au Brésil . Ce fait était ou inconnu ou peu connu . M . de Montlevade avait indiqué depeiits cristaux de titane oxidé cristallisé de Sahara et de Villa-rica , mais on ne dit pas que ce soit de l'anatase. Léonhard cite dans sa Minéralogie l'anatase dans le-sable d'un ruisseau à Minas-Geraes , sans autre renseignement , et comme nous ne nous rappelons au- cune indication plus précise de la présence d'une variété d'anatase si pure , en cristaux aussi volumineux , dissé- minés dans le terrain diamantifère du Brésil , il nous a paru intéressant de constater et de recueillir ce fait. ( 325 ) ♦ Recherches sur V Organisation de quelques espèces (T Oxyures et de Vibrions ; Par M. Ant. IDugès , Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. Parmi les êtres animés qui font Tobjet de rhisloird naturelle , il en est Un nombre immense que leur peti- tesse soustrait à notre étude. Ce n'est pas seulement en échappant à la vue, c'est plutôt en se refusant à nos moyens mécaniques d'investigation , à nos dissec- tions , etc. , que les animalcules dits infusoires nous ont laissés sur leur compte dans beaucoup d'incertitudes. Le microscope a suffi pour nous faire connaître leurs formes extérieures et soupçonner leur organisation \ mais leur transparence , tantôt imparfaite ^ et tantôt trop uni- forme , n'a pas permis d'aller plus loin, si ce n'est pour quelques espèces de Crustacés. Certains Vibrions ont été , d'après ces données incertaines , rapprochés dubi- tativement des Vers (Lamarck, Anim. sans Vert,, t. i, p. 4 '9 5 Bory de Saint- Vincent , Microscopiques y ou des Entomozoaires apodes ( de Blainville , Dict, Se, nat. ). C'est ce doute que je me propose de changer en certitude en faisant mieux connaître et les organes diges- tifs et les organes génitaux , à peine entrevus par Mul- 1er et Bruguière. C'est avec raison que les auteurs que j'ai cités plus haut ont regardé comme de nulle importance la diffé- rence de taille entre les Vibrions et les Vers intestinaux. Le Vibrio tritici , observé récemment par M. Bauer IX. — Novembre 1826. l5 à (226) ( Ami, des Se. nat, , t. 2 , p. i54) > a quelquefois trois lignes de long , et selon Bremser , TOxyure vermicu- culaire mâle n'a que la moitié de cette longueur. J'ai trouvé d'ailleurs , dans l'estomac de la chenille encore jeune du grand paon de nuit, une multitude de vers longs d'une ligne environ , menus , grisâtres et transpa- rcns , munis d'une bouche à bords renfles , terminés par une pointe effilée ; en un mot , semblables en tout pour la forme aux Vibrions du vinaigre : c'était sans doute une espèce du genre Filaria , quoiqu'on n'en ait point encore décrit d'aussi petite. Bien plus , en mettant dans l'eau une portion du vais- seau dorsal d'un Monocéros femelle réceoiment mort , je vis, au fond du liquide , sept à huit vers demi-trajis- parens , remplis de globules en chapelets , longs d'envi- ron un quart de ligne , assez gros , et terminés d'une part en pointe aiguë , de l'autre par une bouche un peu renflée , enfin fort ressemblans aux Vibrions de la colle de farine et aux Oxyures ou petits Ascarides (fîg. 5). Un ver fort analogue a été décrit et figuré par Goëze sous le nom à' Ascaride mia^oscopique ^ tiré des humeurs d'un Lombric terrestre : ces vers , ainsi que les pre- miers , étaient immobiles et diversement contournés j les premiers même étaient comme pelotonnés ensemble. Mais établissons nos points de comparaison entre des espèces plus connues. Un coup-d'œil jeté sur les quatre premières figures fera voir aisément combien se ressem- blent i^. l'Oxyure vermiculaire (Ascaride vermiculaire de l'homme) et le Vibrio aceti; 2°. VOxjuris brevi- caudata ( Ascaris breyicaud. , Rud. ) et le Vibrio glu- tinis* Ces quatre individus, du sexe féminin (je n'ai ( 227 ) point eu à ma disposition d^individus mâles de ces deux espèces d'Oxyures ) , offrent une tête un peu effilée , un corps cylindroïde terminé par une extrémité conique et fort aiguë (subulée). Le Vibrion du vinaigre est plus long ( I ligne) , plus mince j plus grisâtre que celui de la colle (trois quarts de ligne (i)) , comme TOxyure hu- main (Ox. vermic, ) est plus effilé que celui du crapaud (Ox. brei^ic), quoiqu'il soit à-peu-près de la même taille (trois à quatre lignes) : ces animalcules ont aussi, comme nous Talions voir, une organisation analogue. Tous quatre ont la peau unie et lisse. Pendant la vie ils jouisient d'une certaine rigidité et d'une agilité qu'iU doivent à des fibres charnues adhérentes à la peau , et formant un plan longitudinal à l'extérieur, transversal à l'intérieur. Ces fibres ne sont bien visibles que chez les Oxyures , et seulement à l'aide du microscope ; mais on doit en supposer l'existence chez les Vibrions , d'après le raccourcissement et le resserrement circulaire des tronçons qu'on sépare de l'animal. C'est cette contractilité qui m'a donné moyen d'exa- miner à nu les organes des uns et des autres 5 c'est en les blessant , en les coupant pendant leur vie , que je les ai forcés d'expulser leurs viscères. Voilà quelle a été ma méthode de dissection , méthode irrégulière sans doute , difficile même , et dont les tentatives ont besoin d'être répétées à l'infini pour être fructueuses , mais qui donne des résultats bien plus certains que la simple (i) Je donne ici IVxtrême de leur grandeur: ils sont alors très- visi- bles k Vœi\ nu. ( 228 ) inspection au travers des tégumens , quelle qu'en soit la prllucidité. Organes digestifs. Si Ton fait abstraction des ailes ou vésicules mem- braneuses et contractiles (vojez-en les différentes formes fig. 12 , i3 , i4) qui entourent la tête de l'Oxyure ver- miculaire , on trouve peu de différence entre cette tête et celle de nos Vibrions. Si parfois les lèvres et le con- tour de la bouche semblent former ces petits tubercules que Goëze n'a pas toujours aperçus , que Rudolphi ad- met , et que nie Bremser, on voit aussi celle des Vibrions se former en tubercules , en bouton , en entonnoir (fig. i5 , i6 , etc. ) , et simuler parfois ce caractère at- tribué exclusivement aux Ascarides. L'œsophage est de longueur variable , mais toujours à parois épaisses et a cavité étroite , du moins chez les Oxyures (fig. 17, iB, 19, 20, 21); de là ce renflement qu'il forme à sa réunion à l'estomac -, celui - ci , globu- leux dans nos quatre animalcules , est suivi d'une nou- velle dilatation en forme de pilon , pour me servir des expressions de Goëze. C'est l'origine du canal intestinal qui parcourt, soit en ligne droite, soit avec quelques flexuosités {Ox. bre^f.)^ la longueur de l'animal en con- servant un diamètre uniforme et partout rempli d'une matière globuleuse , brune , jaune ou grisâtre , dont les petits globules égalent à - peu - près ceux dn sang de l'homme. De semblables globules se retrouvent dans l'humeur qui remplit la cavité où flottent les viscères. Les globules sont plus nombreux , plus foncés chez le ( 229 ) V^ihrio aceti , dont le canal inlesiiHaî est aussi le plus large. Arrivé à la partie postérieure du corps , le canal intes- tinal s'élargit (rectum), occupe presque toute la lar- geur de la cavité du ver, puis se rétrécit graduellement comme la queue dont il remplit le cône •, là il est plus fréquemment vide , et souvent si transparent qu'on a peine à l'apercevoir. Une petite ouverture arrondie ou transversale , peut - être senii - circulaire (Ox» veiin, ) , donne parfois issue aux globules susdits. C'est l'anus qui est placé vers le milieu de la portion conique que nous nommons la queue (fig. 22 , 23 , 24) *, ses boids sont souvent relevés en lèvres saillantes : on sait que cette disposition est commune à un grand nombre de Néma^ iodes. Organes génitaux femelles. La rareté des individus mâles , leur petite taille , qui les fait souvent rejeter par les observateurs où regar- der comme appartenant à une autre espèce , ont pu faire croire facilement que les vers (Redi et Vallisnjeri ) et les Vibrions ( Bauer ) étaient hermaphrodites , et ce n'est que par une observation long - temps soutenue que j'ai évité cette erreur. Chez l'Oxyure de l'homme , on voit , après le quart antérieur du corps , une ouverture ou fente transversale à lèvres saillantes , et qui donne parfois issue à dcs ovules dans les mouvemens spontanés de l'animal ( (îg. i ) 5 c'est la vulve qui , chez l'Oxyure du crapaud comme chez nos Vibrions et celui du Blé carié ( Bauer ) , se trouve au contraire vers le commencement du tiers ou (a3o) du quart postérieur ( fig. 2 , 3 , 4 > 4^ ) • elle est ordi- nairement fermée , mais une fois ouverte par raccouche- meiH , elle reste béante chez nos Vibrions (fig, 25 , a6 , L'oviducte est une sorte de longue bourse contractile, quoique très-mince , sans doute plissée et resserrée dans l'animal , car elle sort en s'allongeant et s' élargissant beaucoup à travers ses blessures. Elle occupe toute la longueur de l'animal , à part la tele et la queue , mais çUe ne paraît ouverte que vis-à-vis de la vulve • vers la tête elle s'amincit beaucoup, et semble s'y terminer chez les Vibrions ; chez les Oxyures elle semble seulement devenir plus étroite, plus flexueuse, et redescendre dans l'intérieur du corps. Vers la queue , elle se termine en cul- de-sac ou en pointe chez les Vibrions et l'Oxyure vermJculaire , mais elle semble encore se reployer (i) chez VOxjuris brevicaudata (fig. 6 , 7, 8 , 9 , 10, 22, 3o, 3ij 32). Ce qu'il y a de certain c'est que , chez ce dernier ver, une blessure du milieu du corps donne issue à deux oviductes dont l'un est large , l'autre étroit , dis- positions que la transparence des tégumens permet môme quelquefois d'apercevoir. J'ai aussi observé , quoique rarement , la même chose chez les Vibrions , et l'on peut penser qu'il existe parfois , chez l'Oxyure vermiculaire, un semblable repli à la partie postérieure de l'oviducte, (1) On peut comparer cette longue bourse , amincie à ses extrémités , Ouverte vers son milieu , à Toviclucte bifurqué et terminé en filamens fort étroits des Ascarides. Ici , les deux branches de la bifurcation sont opposées bout à bout et plus grosses que le tronc, qui n'est autre que le canal vaginal qui conduit à la vulve, et n'a qji'une longueur équivalent^. k répaisseur des enveloppes dermo-inusculaires du ver. ( :^i ) à en juger par le mouvement des ovules , qui semblent monter d'un côté et descendre de l'autre (Gg» 28 , 29). Quant aux ovules renfermés dans cet oviducjLe ,: V^- nalogie n'est plus aussi cpi^riplèle dans les qualptf es- pèces que nous comparons , mais il est facile de passer )de Tune à Tautre , comme nous râlions voir. i'^. L'Oxyure humain ne contient autre choge qWtin j^ombre prodigieux de petits ovules elliptiques , aplalis:, lisses et réguliers, formés de plusieurs enveloppés et remplis d'une substance gélatineuse et transparente (fig. 34). Leur diamètre est de cinq à six fois plus con- sidérable que celui des globules du sang humain. .., [ , , .i^.ta partie Ja plus rélrécie de roviducte de l'Oxyure du crapaud contient des ovules fort petits , translucides, et que l'on peut mettre en parallèle avec ceux que, je viens de décrire j mais , à mesure qu'on arrive à une por- tion plus élargie , ou vo^ les -ovulçs acquérir ]>lus do vo- lume et d'opacité , et enfin ,prendre un diamètre tel qi^ cinq à six mesurent la largeur du ver : ces derniers sopt aussi en nombre immense j il y en ^plusieurs rnilliers, mais bien moins .sans doute que, chez l'Oxyur^ ve^P5ii,- culaire dont Jes ovules sont tous si petits. Libres et flot- lims , ils sortent de l'oviducte à la moindre blessure , et alors, examinés isolément, ils font voir. que leur inté- rieur, est rempli par un petit ver. roulé en double spi- rale (fig. 3-5.)â 45 ) , et lorsque j'ai fait la section de l'animal , avec son intestin j'ai vu sor- tir un cordon transparent , gaufré ou granuleux ( fig. 4^ , 49 ) , plus étroit et plus fragile que lui. La compression de ces individus a plusieurs fois fait sortir de l'anus ou de sou voisinage un corps allongé (fig. 4^) transparent et très-fragile : était-ce un pénis ? était-ce un des canaux spermatiques renversé ? était-ce enfin une matière sortie (i) Il décrit un autre canal descendant dans la queue • au-delà de Ta- pus; c'était évidemmeoL U continuation du rectum. ( 236 ) du rectum ? Celle dernière question seule peut ôire ré- solue négativement, car le rectum ne contient guère qu'une matière globuleuse et colorée. Les deux pénis vus par Zeder et par Goëze répondent sans doute à deux ca- naux spermaliques ; la structure de nos Vibrions semble l'indiquer par analogie , et l'inspection pourra aisément confirmer cette présomption. Il n'en sera pas de même des inductions que nous allons tirer de laccouplement de nos Vibrions : nous ne pouvons en effet observer comme eux dans l'état libre et dans leur séjour naturel les vers intestinaux \ aussi est-il si rare de les trouver accouplés , que Ton a révoqué en doute l'observation de Goëze (Ox. bre^.y tab. 35), malgré la véracité et la pers-» picacité reconnue de ce célèbre helminthologiste (Rud. , t. i,p. 307). Copulation (fig. 5i ). Plusieurs fois j'avais observé, comme Muller, que les Vibrions de la colle mis dans l'eau, semblaient adhérer par leur queue subulée aux corps floltans dans ce li- quide 5 je les avais vu adhérer de la même manière les uns aux autres , quoique cette queue parût peu suscepti- ble de flexion : c'est en observant les Vibrions du vi- naigre au milieu du liquide qu'il habite d'ordinaire, que j'ai pu voir un accouplement bien réel. Le mâle nage vers la femelle, la suit, l'environne de replis, et bientôt entoure la région de la vulve avec la partie postérieure de son corps tournée en spirale. La femelle continue de nager avec des mouvcmens un peu plus vifs , tandis que le mâle reste immobile , contourné en anneaux ou livré à des mouvcmens convulsifs. Celle copulation dure ( 237 ) quelquefois plusieurs minutes j puis , le mâle , toujours roidi et contourné , tombe au fond du liquide , où il reste quelque temps presque immobile. Le coït est réi- téré plusieurs fois et souvent à peu de distance pour la même femelle et par des mâles différens j ceux-ci sont quelquefois infiniment plus petits qu'elle , et même seulement de la taille des fœtus iiaissans , tandis que la femelle contient parfois des œufs près d'éclore. Les mouvemens qu'exécutent ces animalcules sous le mi- croscope, et la liberté dont ils ont besoin , ne m'ont pas permis d'examiner assez attentivement les objets pour reconnaître si la queue du mâle pénètre dans la vulve , comme chez l'Oxyure observé par Goëze , ou s'il y a in- tromission d'un pénis , ou enfin seulement rapproche- ment de deux orifices. J'observe néanmoins que la vulve n'est pas , après ce coït , sensiblement plus dilatée qu'a- vant. L'analogie nous porte à penser que la queue du Vibrion du vinaigre , plus flexible et plus longue que celle de ceux de la colle et de l'Oxyure du crapaud, em- brasse simplement le corps de la femelle , comme on le voit chez la plupart des grands Nématodes. ( J. Cloquet.) Cette copulation parait indispensable à la fécondation . En effet , j'ai mis dans un tube de verre effilé et fermé aux deux bouts , un petit Vibrion femelle avec de l'eau mêlée de colle : ce Vibrion n'offrait encore quelles cha- pelets que l'on voit dans les fœtus naissans. Il a vécu ainsi en prenant un certain accroissement pendant près d'un mois (juin) sans faire ni œufs ni petits. A cette épo- que , il était dans un état de mort apparente qui se dis- sipa dès qu'il eut été mis dans de l'eau nouvelle : une section pratiquée au milieu du corps en a fait sortir un ( ^--^s ) canal alîmenlaire contenant peu de matières opaques, el un oviducte transparent et ne renfermant que des glo- bules diaphanes el fort ténus (fig. ii). Dans l'état libre , au contraire , les premiers Vibrions qui paraissent dans la colle sont déjà pleins de fœtus au bout de cinq à six jours. Fie et Mort, Nous savons peu de chose sur la durée de la vie et les habitudes des vers intestinaux \ il serait possible d'ac- quérir des renseignemens plus exacts sur les Vibrions , et surtout sur ceux du vinaigre 5 mais pourrait-on en appli- quer les conséquences aux premiers ? L'analogie serait plus grande entre ceux de la colle et les Oxyures qui ram- pent à la surface des intestins dans les mucosités qui en favorisent le développement ou dont ils produisent eux- mêmes la surabondance. Ces Vibrions rampent en ser- pentant dans les parties les plus liquides de la colle de farine , en glissant tantôt de la tête à la queue , et tantôt en sens inverse 5 mais , dans l'eau, ils nagent en serpen- tant toujours la tête la première , sans prendre presque aucun repos , et de la même manière que ceux du vi- naigre qui occupent ordinairement la surface du liquide et les bords du vase. Le vinaigre tue en quelques mi- nutes ceux de la colle -, l' eau-de-vie les fait périr plus lentement : il en est de même des huiles essentielles ; mêlées à l'eau , ces huiles ne les font point p^rir. ( Ces derniers effets sont les mêmes pour ceux du vinaigre. ) Le froid les empêche de se développer ; il les engourdit , mais on prétend qu'ils peuvent être congelés sans perdre la vie (Linné). Une chaleur de soixante à quatre-vingts degrés centigrades les tue irrévocablement eux et leurs ( 239 ) embryons j leurs cadavres sont alors étendus en ligne droite ; ils ne tardent pas à se déformer et à se détruire. Quelle est la durée de leur vie naturelle ? Je n'ai guère trouvé de cadavres dans la colle que trois semaines après leur première apparition. La colle qu'ils habitent est né- cessaire à leur nutrition , car dans Teau pure ils cessent de croître et ne vivent que sept à huit jours ; si Peau ne «uffit pas à leur nutrition , du moins elle est nécessaire à leur existence. Mis à sec , les Vibrions se contour- nent, puis restent immobiles. Tant que l'intérieur du corps n'est pas desséché , l'humidité leur rend la vie , mais cet effet une fois produit, ils sont morts sans re- tour. Le plus long espace de temps qu'un Vibrion du vinaigre ait passé sans périr à l'air libre , dans une sai- son sèche et chaude , c'est un quart d'heure ; il a pu vivre après une heure de dessiccation et de mort appa- rente , dans une saison plus fraîche et plus humide. Il ii'en est donc pas d'eux comme du Rotifère de Spallan- zani ou du Fibrio fmici ( Bauer, /. c. ,«-Haller, Phfs» , t. 8 , p. III ) , qui revivent plusieurs années après avoir été desséchés. Quoique privés de nerfs apparens , ainsi que la ma- jeure partie des Entozoaîres (Rudolphi) , nos Vibrions ne sont pourtant pas insensibles , et le nom d'apathiques donné par M. Lamarck à cette classe d'êtres vivans, me paraît au moins trop significatif. La vivacité de leurs mouvemens s'accroît quand on les tourmente ; ils recu- lent ou se détournent quand ils rencontrent des ob- stacles , et il m'a semblé même qu'ils fuyaient la lumière et la chaleur trop forte. Enfin si on les blesse , on voit l'extrémité du corps la plus voisine du mal se tordre, ( 240 ) se tourner vers la blessure , la palper et chercher à re- pousser cette cause de douleur. Tout tronçon, quelle que soît la région a laquelle il appartienne, continue ainsi de vivre pendant plusieurs heures s'il a une lon- gueur convenable : seulement j'ai remarqué qu'à longueur égale , le tronçon de la tête vivait plus long-temps que celui de la queue, et celui-ci plus qu'un tronçon du milieu du corps. Le "Vibrion de la colle semble aussi mieux résister aux blessures que celui du vinaigre. Origine, Avoir trouvé des analogues aux vers intestinaux hors du corps des animaux , ce n'est pas avoir infirmé la doc- trine de leur génération spontanée si bien établie par Bauer, Rudolphi et Bremser; surtout si nous démon- trons que ces analogues mêmes semblent susceptibles du même mode de production. Mais avant d aller plus loin , avant d'énoncer des argumens propres à soutenir cette doctrine , je dois prévoir une objection grave ^ et je ne veux point passer outre , avant de l'avoir radicalement détruite. Cette doctrine , jadis universellement ap- prouvée, est de nos jours regardée comme attentatoire à la majesté divine et k l'autorité des livres saints. On ne peut qu'approuver sans doute le zèle et les bonnes intentions de ceux qui craignent qu'une pareille théorie n'attaque les dogmes de notre religion ; mais ils ne font , par ces vaines terreurs , que donner aux incrédules des armes qu'il serait facile de leur arracher en rétorquant ou réfutant les argumens dont ils se servent : c'est ce dont on va juger. Je prouverai, je l'espère, sans difficulté , 1°. que la génération spontanée n'est nullement contra- I (2it ) dicloire aux expressions du texte sacré, cl a**, que de la génération spontanée des infusoires et des vers intesti- naux , on ne peut rien arguer pour celle des animaux plus parfaits. Rapportons d'abord les propres termes delà Genèse, et nous verrons qu'ils favorisent plutôt qu'ils ne con-» damnent la génération spontanée j que les eaux produi- sent des animaux vivans qui nagent dans l'eau , et des oiseaux qui volent sur la terre , sous le firmament du ciel \ que la terre produise des animaux vivans , cha- cun selon son espèce, les animaux domestiques, les rep- tiles et les bêles sauvages de la terre selon leurs diffé-^ rentes espèces. « Producantaquœ omne reptile animce vivends et omne volatile super terrant , subjirmamento cœli Producat terra jinimam viventem in génère sua , jumenta et reptilia et bestias terrœ secundiim spe- des suas. » Dieu donne aux eaux et à la terre la faculté de produire des animaux vivans , et nulle part il ne li- mite la durée de cette force productrice , nulle part il n'est dit qu'elle ait été bornéeà une première formation. Pour les herbes vertes et les arbres fruitiers seulement , il est dit dans un des versets qui précèdent , que leur se- mence sera désormais contenue dans eux-mêmes, et qu'ils renferment la semence en eux-mêmes pour se re- produire sur la terre (trad. de Sacy). « Cujus semen in semetipso sit. » C'est ainsi qu'en avaient jugé toutes les écoles de philosophie qui , sur la foi d' Aristote , ad- mirent , jusqu'au siècle de Louis XIV , la génération spontanée qu'ils étendaient même bien au-delà des li- mites que nous lui donnons. Avouez que les serpeus , les sauterelles , les vers , les mouches , les rats , les IX. 16 ( =•4= ) chauve-souris , les taupes et autres animaux semblables naissent spontanément et sans germe, de la matière en putréfaction. « Serpentes, locustas , vernies, muscas ^ mures , vespertiliones , talpas et id genus alla quœ~ cumque fateberis sponte sud nullo semine , de pulri materid , de cœnosa collu^ie exoriri , » a dit noire cé- lèbre Fernel {de abd. rec. caus.^ lib. i, cap. 8). D'où leur vient cetle vie, cette âme dont ils jouissent ? Undenàm hanc animam accepere ? C'est, dit-il, Tin- fluence céleste qui la leur fourni^ (cap. 6)*, c'est la di- vinité partout présente et sans cesse agissante qui gou- verne le monde et préside à tous ses phénomènes, pour qui rien n'est vil ni méprisable , et qui , comme dit Lafontaine , s'occupe autant du partage d'un brin d'herbe entre quelques fourmis que des combats de l'é- léphant et du rhinocéros. Est -ce là de l'impiété, de l'irréligion ? Occupons-nous maintenant du deuxième point que j'ai promis d'éclaircir. Parce que du seigle gâté peut four- nir de petits vermisseaux , en concluera-t-on , dit Vol- taire , que des hommes puissent éclore dans du pur fro- ment ? Qui ne sent au premier abord le ridicule de ces sortes d'induction. Les animalcules infusoires dont il s'agit, de même que les vers intestinaux, sont privés d'un système nerveux centralisé j ce sont les agens uni- versels ( calorique (i) , lumière, électricité, magnétisme) (i) C'est , à peu de chose près , l'idée d'Aristote quand il concevait que Tair, la chaleur et l'humidité atmosphériques produisaient , dans la géné- ration spontanée , les mêmes efïets que les humeurs et la chaleur ani- male dans la génération par sexes. ( J^oy. Fernel , /. c.) ( =«43 ) qui leur tiennent lieu d'agent nerveux , qui entretiennent en eux le mouvement et la vie ( Lamarck ). Ils sont privés de cœur et de vaisseaux , etc. • et leur corps géla- tineux semble se nourrir par une sorte d'imbibition que la digestion des matériaux nutritifs ne précède pas toujours (Tœnias, Monades, etc. ). Il n'est donc pas étonnant qu'ils puissent naître au milieu de ces conditions , sub quarum injluxu vwere possunt (Prochaska , disq. hum. corp. prg. , p. 160 ). En est-il de même de ceux qui ne peuvent vivre que sous TinQuence d'un agent nerveux coercé dans des organes toutparticuliers, organes qui, d'après les expé- riences de MM. Prévost et Dumas, sont exclusivement et seuls fournis par le mâle (animalcule^ spermatiques), et dont la production ne peut par conséquent avoir lieu que par l'union des deux sexes. Donc, je le répète , on ne peut appliquer aux animaux des ordres supérieurs ce qui est propre et exclusif à cette dernière classe du règne ani- mal. La même différence d'organisation s'observe entre les végétaux dont on peut rapporter l'origine à la géné- ration spontanée ( moisissures , champignons , al- gues , etc. ) et les autres qui^ soit dit en passant, sont seuls désignés dans le verset de la Genèse que j'ai rap- porté plus haut. {Herbam virentem et lignum pomi" ferum,) Craindrait-on encore d'autres inductions hypothéti- ques et qui ne sont fondées sur aucune analogie réelle, telles que celles qui supposent qu'une fermentation plus puissante et plus étendue a pu donner naissance à des animaux parfaits , comme une fermentation ordinaire fait naître sous nos yeux des animalcules infusoires ? mais toute fermentation de ce genre s'opère dans des ( ^44 ) mBlières organisées , et Texistence de la matière orgîi- nisée suppose une création antécédente. Après avoir ainsi démontré que notre théorie n'est nul- lement réprouvée par les principes religieux les plus purs , voyons si elle a quelque chose qui répugne à la raison. Au premier abord , l'esprit s'effarouche aisément de la comparaison qu'établissent les fauteurs de la géné- ration spontanée entre des êtres organisés et des corps inorganiques. Je suis persuadé que les moisissures , les champignons les moins parfaits, les lichens et même les animalcules infusoires et les zoophytcs , peuvent naître par génération équivoque , c'est-à-dire par l'effi- cacité de l'organisme universel , comme les sels et les cristaux. « Mucores et gastronvy celas , ipsos que im- -perfecliores fungos et lichenes , dein animalcula infu- soria et zoophyta pariter posse œquwocâ generatione , id est per unwersalis organismi efficientiam oriri , ac sales et crjstallos , persuasissimum haheo , » dit Sprengel (Inst. phys. , § 4^7 )• C'est en effet aller un peu trop loin 5 mais rappelons toujours qu'il ne s'agit ici que des animaux dont l'organisation est la plus simple (i) , comme le dit expressément Rudolphi (t. i , p. 4^3) ^ et ajoutons que les faits que l'on invoque tous les jours pour nous les opposer sont relatifs à des ani- maux plus composés , à des animaux doués d'un sys- tème nerveux-, les mouches et leurs larves , par exemple, qui ne ressemblent pas plus aux vers intestinaux ou aux (i) Les Crustacés microscopiques ( Monocles , Cypris , etc.) ne doi- vent point être rangés parmi les infusoires ; aussi ne les trouve- t-on que Uaua Us grandes masses d'eaux et non dans nos iufusions artificielles. (045) Vibrions qHc les lombrics terrestres qu'on leur a quel- quefois comparés. C'est sur ces animaux qu'a expérimenté Redi : Redi dont on répète chaque jour le nom comme d'un antagoniste de la génération spontanée , sans sa- voir qu'il admet cette génération pour les vers intesti- naux , sans savoir qu'il en a été de même de Malpighi et de Vallisnieri qui ont confirmé les autres observa- lions de Redi et ont été plus loin que lui encore , en prouvant que les vers des fruits et des galles végétales n'étaient point dus à la génération spontanée , comme il l'avait cru. Enfin , si l'on veut tenir compte des raisonr nemens et des faits apportés en preuve par MuUer (Praef., p. 24) > par Buflbn , par Frey , Treviranus ( dont je ne puis malheureusement parler que d'après autrui), par Prieslley , Gelilen, Gruithuisen fap. Sprengel physiol., § 4^9) > pai' Bory-Saint-Vincent (Dict. se. nat. , t. 29 , p. 324) ; si l'on veut même s'en tenir à ce qu'ont de vrai- semblable les explications de M. Lamarck ( Anim. sans Vert. , t. I , p. 175 ) , on concevra, sans grande peine , que des molécules organiques dissociées par la fermenta- tion et tendant à se réunir pour former de nouveaux produits (comme la chimie le démontre), peuvent donner lieu , par celte réunion , à des aggrégats nouveaux et susceptibles de se mouvoir sous l'influence des agens universels qui président à tout mouvement intestinal et moléculaire des corps de la nature. Exposons maintenant les données que l'observation nous a particulièrement fournies relativement à nos Vi- brions et surtout à ceux qui habitent la colle de farine. Les Vibrions paraissent dans celle-ci lorsqu'elle com- mence à fermenter et à s'aigrir ; d'abord rares , et de 1^^ ( 246 ) taille des foetus naissans , ils deviennent bientôt plus grands et plus nombreux. Un peu avant leur apparition , la colle , qui jusque-là n'avait offert au microscope que des flocons irréguliers , fait voir un grand nombre de disques paraissant arrondis sur leurs bords , amincis vers leur centre , et souvent sillonnés en spirale , de manière à simuler parfaitement un jeune Vibrion roulé dans sa membrane ovulaire (fig. 89 ). Le volume de ces disques est le même que celui des œufs du Vibrio glutinis près d'éclore \ ils sont toujours mêlés à des flocons ou à des globules beaucoup plus petits et moins réguliers qu'eux, et ne s'en séparent bien que par une sorte de lavage. Si on les laisse séjourner dans l'eau , on les voit se résoudre en ces mêmes globules dont je parlais tout-à-l'heure, et qui existent seuls lorsque la fermentation est très-avan- cée. J'ai cru d'abord , je l'avoue , trouver là le point de transformation ; peut-être quelques observateurs ont-ils pris aussi ces disques pour des œufs , et , d'après cette seule donnée, déclaré les Vibrions ovipares. Restés en masse , ces disques se comportent-ils autrement que dans l'eau ? L'électricité en faciliterait-elle la transformation en véritables œufs (i)? Je l'ignore -, je sais seulement que l'eau arrête la fermentation , et qu'elle ne peut ser- vir seule à l'accroissement , à la nutrition de ces animal- cules. Si c'était là la véritable origine des Vibrions , on pourrait donc encore concilier avec la génération spon- (i) Je dois avertir que jusqu'ici je u^aipu rencontrer aucun Vibrion dans la colle fermentée depuis que j'habite le Languedoc; cependant cette colle renferme des disques semblables à ceux que j'ai décrits ci- dessus , mais en nombre moins considérable. (347) tanëe cet axiome de Harvey, omne animale ex o\h>. Si ces preuves positives paraissent peu concluantes , il n'en, sera pas de même, je pense , des preuves négatives. Si ces petits êtres ne se forment pas , pour ainsi dire , de toutes pièces dans la colle , d'où vienneut-ils ? quel a été le véhicule des germes^ des œufs qui les ont produits? avaient -ils été déposés par d'autres Vibrions dans Teau , ou la farine? Mais , i®. je ne sache pas qu'on ait jamais trouvé le Vibrio glutinis dans l'une ou l'autre de ces substances *, la taille, la forme , les habitudes , etc. , dis- tinguent trop complètement les Vibrions du blé carrié , ceux de l'eau putride, d'avec les nôtres, pour qu'on puisse recourir à celte origine. Il s'en faut de beaucoup que la ressemblance soit portée au même point que celle qui existe entre le Vibrion de la colle et celui du vinaigre^, et pourtant nous avons vu que le premier ne pouvait \ivre dans le même liquide que le deuxième ; 2**. l'eau et la farine ont subi une ébullition qui , à raison de la vis- cosité que prend la matière , a produit une chaleur bien supérieure à -f* 100^ ; or, nous avons vu qu'une chaleur beaucoup moindre faisait périr les parens et leurs em- bryons. La colle , pleine de cadavres de Vibrions ainsi tués , n'en produit plus un seul , quelque temps qu'on la conserve-, je m'en suis assuré plus d'une fois. Et en eflet^ comment des êtres si mous , si petits et si délicats, comment surtout leurs embryons , plus mous et plus frêles encore , résisteraient-ils à la coction la plus com- plète ? Les expériences par lesquelles Spallanzani a cru , prouver que les germes des infusoires résistaient à l'é- buUitiou , prouvent en faveur de la génération sponta- née plus qu'en faveur de l'opinion de ce célèbre obscr- ( MS ) valeur (t. i*'^, p. 4^). Des décoctions végétales ou ani- males , faites et conservées en vase clos , ont donné des animalcules quand la fermentation a pu s'y établir. Cela prouve , à mon sens , que les germes ne sont point ap- portés par Tair, et Needliam en avait judicieusement tiré cette conséquence (jRecA. microsc, p. 193). Et quant aux germes de nos Vibrions , pouvaient-ils ftvoir été apportés ainsi ? 1°. Les Vibrions ne sont point des larves d'insectes , comme on l'a dit bien faussement de celui du vinaigre (Haller, Phjs. , tom. 8 , p. 1 13 ); le foetus ressemble à ses parens , et ceux-ci ne peuvent , sans être sur-le-champ arrêtés par la dessiccation , sortir du milieu humide qu'ils habitent (1). Dira-t-on que les çeufs se volaûlisent et sont transportés sous forme de va- peur ? Mais ces œufs , quelque petits qu'on les suppose, se dessèchent comme ceux de l'Oxyure vermiculaire ; leurs restes ne reprennent point la vie quand on les hu- mecte , et ils ne tardent pas à se décomposer, à se dis- perser par lambeaux ou par molécules toutes visibles au microscope , mais qui n'ont aucune régularité et ne peu- vent être , en aucune façon , prises pour des ovules plus petits. Ces restes ne peuvent donc point être enlevés fructueusement ,• sous forme de poussière , par le vent pu par tout autre moyen de transport j je ne parle pas de l'obstacle que leur aurait offert la gaze dont je couvrais la colle pendant mes recherches. Voudrait-on supposer que cette volatilisation n'est (1) « Ils sont trop pesans pour être transportés par l'air, et trop aqua- tiques pour subsister hors de Teau ou pour parcourir la terre sèche. », (Needham ^Rech. microsc. , p. i8o.) ( ^49 ) réelle que pour des ovules si petits que noire micros- cope même ne pouvait nous les faire soupçonner ? Mais je me suis assuré vingt fois que des ovules Irès-percep- libles , que des foetus même qui avaient moitié du vo- lume qu'ils ont en naissant ne pouvaient vivre hors du corps de leur mère , et ne tardaient pas à se décomposer si on les en tirait, du moins lorsqu'on faisait l'expéience dans de la colle délayée qui , seule , permet de sembla- bles recherches , et qui suffit très-bien à la vie et à l'ac- croissement des fœtus extraits du corps de la mère avec la taille convenable. Tout ce que je viens de dire des Vibrions pourrait s'appliquer à bien d'autres animalcules (i) , mais je dois me borner à ce qui les concerne , en faisant valoir les probabilités que je viens d'énoncer comme un nouveau point de rapprochement qui les unit aux Ëntozoaires , et notamment aux Oxyures. Ce rapprochement m'a paru assez intéressant comme objet d'histoire naturelle , mais peut-être même la médecine en pourrait-elle tirer quel- .ques conséquences utiles : i®. faire proscrire plus soi- gneusement , par exemple , l'usage des bouillies et autres alimens farineux si souvent nuisibles aux enfans 5 2*^. faire remédier à la formation des mucosités intestinales qui servent de nourriture et peut-être de berceau aux Oxyu- res , si pourtant ceux-ci n'en sont pas la cause plutôt que l'eflet j 3**. faire prescrire des injections propres A (i) Un argument de plas serait fourni par ceux qui ne se reproduisent |>oint par germes , par accouplement , etc. , par scission , comme nous Vavons vu souvent s^opérer dans le cliamp du microscope j soit en long ( Vorticelles ) , soit en travers ( Paramères,>. ( a5o ) dissoudre ces muscosilés (alcalis) qui servent d'abri à ces vers et les empêchent d'être entraînés par les matières fécales , etc. EXPLICATION DES PLANCHES XLVII ET XLVIII. Fig. I. Oxyure ou Ascaride vermiculaîre femelle grossi (longueur natu- relle , 4 lignes). Sa demi-transparence laisse voir le canal alimentaire, l'oviducte ; la vulve laisse sortir des ovules, Fig. a. Vibrion du vinaigre femelle (grandeur naturelle, i ligne) ; il laisse voir aussi ses œufs et son canal alimentaire. Fig. 3. Oxyure du crapaud (brei^icaudata) femelle (4 lignes de longueur naturelle ). Son canal alimentaire et son oviducte se dessinent fort bien à travers la peau. Fig. 4- Vibrion de la colle femelle ( grandeur naturelle , f de ligne) . Fig. 5. Oxyure microscopique trouvé dans un Scarabée nasicorne. Fig. 6. L'Oxyure vermiculaire dont la tète est séparée ; le canal alimen- taire et l'oviducte sortent du corps. Fig. 7, 8 et 9. Parties supérieure moyenne et inférieure de VOxyuris brei^icaudata ; le canal alimentaire et l'oviducte sortent par des bles- sures. Fig. 10. Vibrion de la colle, blessé vers la tête et le milieu du corps pour faire sortir le canal alimentaire et l'oviducte ; le premier s^est rompu , le deuxième est entier. Fig. 1 1 . Vibrion femelle vierge , blessé vers le milieu du corps ; les mêmes parties sor tent par la plaie. Fig. la, i3, 14. Difiérentes formes de la tête de l'Oxyure vermicu- laire^ Fig. i5 , 16. Id» de la bouche des Vibrions. Fig> i7« Œsophage, estomac et intestin de l'Oxyure du crapaud (O. bre- vicaud, ). Fig. 18. Mêmes parties de l'Oxyure de l'homme ( O. vermie.y Fig. f9, ao, 21. Mêmes parties du Vibrion du vinaigre (19) et de la colle (ao, ai). Fig. aa. Fin du canal alimentaire et de l'oviducte du Vibrion de la colle; les tégumens en ont été séparés par un coup de scalpel. Fig. a3 , a^. L'anus du même. ( 35l ) Fig. sS* Portion d^inteslin avec les globules quMl renferme. Fig. a5 bis. La vulve du même Vibrion très-grossi. Fig. a6 et 27. Même partie après Taccouchement. Fig. 38. Fin de Toviducle , avec ses ovules , chez l'Oxyure vermîcu- laire. Fig. ag. Repli inférieur del'oviducte chez l'Oxyure du crapaud. Fig. 3o, 3i. Fin de l'oviducte chez le Vibrion de la colle; un fœtus le repousse jusque dans la queue (3i}. Fig. 3^. Portion d^oviducte du Vibrion du vinaigre, irrégulièrement contractée. Fig. 33. Tête et chapelets d'ovules du Vibrion de la colle. Fig. 34. Ovule d^Oxyure humain, très- grossi. Fig. 35. Œufs de l'Oxyure du crapaud j en y voit le foetus roulé en spi- rale : quelques-uns sont doubles ou triples sous une seule enveloppe. Fig. 36. Fœtus naissans du même ver (grandeur naturelle, i ligne). Fig. 37. Ovule tiré du chapelet d'un Vibrio glutinis , très-grossi. Fig. 38. Œuf plus avancé du même. Fig. 39. Disques de colle fermentée , ressemblant aux œufs des Vi- brions. Fig. 4o. Flbrio glutinis plein de fœtus à terme ; l'un d'eux sort par la vulve. ^ Fig. 4i* Mêmes fœtus trèp grossis ; on y voit deux chapelets d'ovulef non fécondés. Fig. 4a ) 4^' Can^ spermatique du Vibrio glutinis mâle. Fig. 41 » 4^' ^^' ^^ yibrio aceti. Fig. 46. Pénis du même. Fig. 47» Rectum du même. Fig. 48. Tronçon du même; il en sort le canal spermatique et l'intes- tin. Fig. 49 , 5o. Le même coupe en deux ; mêmes objets. Fig. 5i . Deux Vibrions du vinaigre accouplés. ( 252 ) ^ Matériaux pour servir à une Monographie de la Molasse, ou Recherches geognostiques sur les Roches et les Corps Jossiles qu'on trou{*e entra les Alpes et le Jura ; Par M. Studer. {Extrait:) L'auteur de cet ouvrage est parti, pour ses travaux geo- gnostiques , du principe très-juste que , dans l'étal actuel de la science, les progrès de la géognosie dépendent prinr cipalement de l'examen détaillé des différentes régions considérées isolément ou autrement , des progrès de la géographie minéralogique, et, qu'en particulier, Tobscu- rité qui règne encore à l'égard de la chaîne des Alpes , ne pourra être dissipée que par cette voie. D'après cela, il a commencé par examiner le sol qu^l habite lui-même , et il publie, dans l'ouvrage dont il s'agit, une Monographie, ou bien , suivant sa propre et modeste expression , des matériaux pour servir à une monographie de la forma- lion du grès qui se trouve entre les Alpes et le Jura , et qui en outre a pénétré , dans quelques endroits , au mi- lieu de ces deux chaînes de montagnes. Pour désigner cette formation , l'auteur a choisi le nom français de Mo- lasse , usité dans une partie de la Suisse , mais qui pourrait être remplacé avec avantage par la dénomina- tion de grès à lignites , établie par les géognosles fran- çais. Cette dénomination désigne un caractère distinclif de la formation ; savoir, la présence fréquente de dépôts de lignites au milieu de ses couches , et ce nom est ap- ( a53 ) plicable san& contradiction à toutes les modifications de celte formation , tandis qu'on n'entend proprement par molasse que le grès à grain fin et facilement friable , et qu'on ne peut guère comprendre sous ce nom sans faire violence à la langue un poudingue {Nageljlue) solide et susceptible de poli , comme par exemple celui de la montagne du Rigi ou du Speer, Cependant nous devons savoir gré à l'auteur de ce qu'il n'a pas augmenté d'un nouveau nom la foule de ceux qui existent déjà pour les roches d'aggrégation. L'exposition des formes extérieures des montagnes , des collines et des vallées qu'embrasse cette formation de grès est présentée avec beaucoup de détail. L'auteur fait voir comment ce grès forme , avec quelque exception cependant , le long de la lisière des Alpes , des chaînes élevées et régulières 5 comment il se montre ensuite , en s'abaissant peu à peu du côté du Nord , sur des plateaux montagneux étendus et diversement échancrés, et com- ment il se perd enfin dans les bas-fonds , au pied du Ju- ra. Ce n'est que sur les points où ses couches sont for- tement inclinées , comme dans le voisinage des Alpes , -que ce grès pouvait se former en crêtes montagneuses continues , tandis que la situation plus ou moins hori- zontale habituelle de ses couches devait exclure toute régularité dans les inégalités du sol. Les directions sui- vies que l'auteur croit encore trouver dans les inégalités du grès horizontal ne sont sans doute que des apparences accidentelles ; il en est de même de la distinction des vallées en longitudinales et en transversales , si impor- tante ailleurs , mais inapplicable au grès horizontal. La description géognos tique de cette formation corn- ( 254) incncc par la délerminalion de ses limiies , limites dont celle du sud pouvait seule être douteuse. Il s'agissait ici principalement de savoir si les grands gisemens de Na^ gel/lue, qui alternent avec le grès et qui accompagnent les chaînes septentrionales des Alpes dans la plus grande partie de la Suisse , et qui atteignent sur le Speer et le Rigi la hauteur de 5,5oo pieds, font partie d'une for- mation plus ancienne , comme le pensent des géognostes distingués , ou bien s'il faut les mettre au même rang que la Molasse. Les recherches profondes que l'auteur a faites Font conduit au dernier de ces deux résultats , sur lequel nous devons aussi être d'accord , puisqu'on ne peut pas trouver une limite entre les deux formations, ni indiquer aucune différence essentielle dans leur com- position. Au contraire , l'auteur regarde comme une for- mation plus ancienne , et étrangère à la Molasse , le grès dont se compose la chaîne la plus voisine des Alpes , étendue de la Bera et des montagnes dites Schwoins-" berg y dans le canton de Fribourg, jusqu'au Garni gel ^ dans le canton de Berne , et il donne pour cette raison , âiee grès , le nom de grès du Gurnigel {Gurnigel-Sands- tein ) ; il en fait de même à l'égard d'un gisement qui se trouve au pied des montagnes dites Ralligstoecke, et dans lequel le grès , la marne et le calcaire schisteux al- ternent entre eux. Parfaitement d'accord avec rauleur sïir le principe qu'ici ce ne sont que les rapports de la stratification qui doivent décider la queslion , nous ne pouvons trouver aucune raison suffisante dans ce qu'il nous fait connaître sur ces rapports , pour distinguer le grès du Gurnigel de la Molasse , et la différence entre les deux espèces de roches n'est pas plus grande qu'on ( 255 ) ne la trouve , surtout dans la partie occidentale de la formation. Il en est autrement du gisement du grès , au pied du Ralligstoecke ,• si l'immersion de ce gisement sous la roche calcaire des Alpes n'a pas été tirée simple- ment par induction des rapports de stratification , mais si Tauteur l'a réellement observée , comme nous croyons devoir l'entendre , il ne reste guère de doute que ce gise- ment ne soit subordonné à la roche calcaire des Alpes , quelque isolée que puisse être cette observation. Après avoir ainsi fixé ce qu'il entend par la Molasse de Suisse , l'auteur passe à la description de cette roche, en y distinguant comme membres différens de la forma- tion , la Molasse proprement dite , le Nagelflue et le grès coquillier \ il cherche à combiner ici l'exposition topo- graphique avec l'exposition systématique , en suivant chacune des trois divisions dans les régions qu'il a exa- minées , en énumérant soigneusement les diverses modi- fications sous lesquelles elles paraissent^ ainsi que les roches subordonnées et entremêlées avec elles (i) , et en développant leurs rapports de gisement et de stratifica- tion. C'est particulièrement par l'examen soigné du Na- gelflue en fragmens , de plusieurs localités , que l'auteur s'est acquis un grand mérite , car en cherchant à suivre l'origine de ce Nagelflue , il est arrivé au résultat , qu'il y en a une partie assez considérable qui est étrangère aux (<) L^auteur regarde les roches dures qui se rencontrent fréquem- ment dans le grès désagrégé comme Panalogue des Septaria de Targile de Londres. Nous croyons plutôt que les gcognostes anglais désignent par cette expression les rocbes traversées par du spath calcaire sous forme de cellules et appelées autrefois Ludus Uelmontii, ( 256 ) Alpes et qui pourrait bien provenir des montagnes pr5- mitives de la Foret noire. &i le grès coquillier dont on fait usage dans la Suisse allemande sous le nom de Mœ- gemveiler-Stein , et dans la Suisse française sous celui àe pierre (le la Molière^ comme d'une excellente pierre de taille , paraît ici au rang des membres de la formation de la Molasse (ce qu'il mérite sans doute , puisqu'on le rencontre si fréquemment ) , nous pensons que la chaux fétide qui y forme des gisemens intermédiaires encore plus puissans n'aurait pas dû être omise dans cette série. Des formations plus récentes se rencontrent sur la Mo- lasse ; on peut les désigner en adoptant les noms des géognostes anglais , par les expressions de formations di- luviales et de formations alluviales , sans cependant joindre à la première l'idée hypothétique qui lui sert de base. Par formations diluviales _, M. Studer entend prin- cipalement les gisemens de sable , de gravier et de frag- mens de roches qui , alternant assez souvent avec du grès compacte et du Nagelflue , forment en partie le sol des vallons , et en partie la couverture des collines. Ces gi- semens , qu'on trouve en Angleterre et probablement partout où la formation de la Molasse se présente sous des circonstances analogues à celle de la Suisse, ont reçu une importance particulière , parce qu'ils doivent servir comme une preuve irréfragable d'une inondation subite et générale appartenant encore aux temps historiques. Dans les endroits où ils sont à la portée des eaux ac- tuelles , il n'est pas difficile de démontrer qu'ils pro- viennent de couches de grès et de Nagelflue qui ont été détruites , et là où ils se montrent à une hauteur que les (=«57) eaux n ont pu atteindre ^ ils doivent probablement leur origine à la deslruclion, par^ffloresoence, de ces couches, ou bien , ce qui est tout aussi possible, ils ont toujours existé sous forme de débris détachés et non cimentés 5 mais dans-tous les cas ils ont été déposés simultanément avec les gisemens compactes. L^auteur avoue aussi qu'on est souvent en doute pour savoir si on a devant soi du terrain diluvial ou de la Molasse , et dans la description de cette dernière , où il est plus d'une fois question de sable et de fragmens détachés qu'on trouve au milieu des couches compactes de grès et de Nagelllue , on peut éga- lement trouver une confirmation de cette manière de ;Voir. . L'auteur fait aussi mention des blocs de roches alpi- nes , qu'il considère comme faisant partie des formations diluviales , et il fournit des matériaux instructifs pour l'histoire de ces masses dans les bassins de l'Aar et du Rhône , principalement en déterminant les élévations {luxquelles ces blocs se rencontrent j il indique , parmi les difficultés qu'on trouve à donner une explication de leur origine , qu'en général , à l'exception du seul bas- sin de la Liulh , les blocs de granit sont l'espèce de roche qui prédomine, tandis que le gneiss, le schiste micacé et le calcaire se rencontrent bien plus fréquemment dans les Alpes. Nous devons faire remarquer à cet égard qu'il existe encore plusieurs autres exceptions à cette règle, puisque, entre autres, un des vallons qui font partie da bassin de la Reuss , le Wynethal , est presque exclusive* ment encombré de blocs de calcaire alpin. L'auteur énu- mère, comme formations alluviales , les bancs de galet, ( 258 ) de sable et d'argile , les dépôts de luf calcaire et de tourbe. La description des restes organiques contenus dans la formation de la Molasse , complète l'histoire de ce ter- rain. L'auteur commence par la remarque très-fondée , qu'on ne doit pas toujours conclure l'identité des forma- tions de l'identité des corps fossiles. Cependant nous ne saurions éire d'accord avec l'explication que l'auteur donne du contraire. Suivant lui , il serait possible que dans une formation d^jà achevée , un mélange de corps organiques ait encore pu s'opérer plus tard avec le ter- rain peu compacte du fond de la mer ou d'un lac , ce qui nous parait impossible pour les corps organiques qu'on trouve ensevelis dans l'intérieur d'une formation. Mais comme les mêmes espèces animales se rencontrent quelquefois dans les différens membres d'une même formation dont le dépôt a pourtant exigé un temps assez long , de même certaines espèces de corps fossiles peu- vent s'être maintenues à travers une série de formations , et plus d'un fait démontre que c'est là ce qui a réellement eu lieu. La seule proposition générale qui paraisse cer- taine , c'est que les restes organiques de l'un et de l'autre règne s'éloignent d'autant plus ou d'autant moins des êtres vivans actuels , que la formation qui renferme ces restes est plus ancienne ou plus récente , et cela nous fait jeter un regard profond dans l'histoire de la terre et de ses habilans , sans nous permettre de tirer des obser- vations , à peine commencées , d'autres conclusions qui seraient encore prématurées. Si Tauleur aperçoit aussi cette loi dans les corps organiques fossiles de la Molasse et s'il fait observer entr'autres ,' dans son appréciation (259) critique des assertions contradictoires émises à leur égard, que les Térébratules qui furent trouvés près de Saint-Gall par Razoumovsky , et qui ne se montrent ailleurs que dans les formations plus anciennes, n'é- taient sans doute que des cardium ; on peut encore expliquer cette anomalie d'une autre manière , car nous avons aussi trouvé des Térébratules dans ces localités ^ mais c'était dans des galets de calcaire alpin , entremêlés avec la Molasse. Les corps fossiles de cette formation sont rangés par Tauteur en trois sections , savoir : les restes de végé- taux , ceux d'animaux d'eau douce et ceux d'animaux marins \ mais dans la première de ces sections il n'est question que de matières charbonneuses , d'empreinleà végétales , de bois fossiles et bitumineux, ainsi que des dépôts de lignites , taudis que la description du gisement de lignite n'est donnée que dans la seconde section avec celle des gisemens du calcaire fétide , parce que les lignites et le calcaire conlienneni tous les deux , pour la majeure partie, des testacés d'eau douce. Il aurait été facile d'augmenter encore le catalogue des gisemens dé lignites, qui, malgré leur peu de puissance, doivent uiv jour acquérir une grande importance pour la Suisse , et la dénomination de grès à lignites aurait de nouveau pu être justifiée à cette occasion. Nous nous contentons de rappeler ici les gisemens qui existent près de Burgdorf^ à Haglingen où l'on exécute des travaux pour essayer une exploitation , à Rued , à Urnach où le gisement consiste en bois bitumineux , et nous ferons remarquer que la collection de roches formée par Escher offre des échantillons de lignites , recueillis dans presque toutes C 260 ) les parties de la Suisse orientale. Le mauvais état dans Ic- elle famille des Gilliésiees ; Par M. John Lindley. Deux genres nouveaux découverts au Chili, composent seuls jusqu'à présent celte famille, que ses caractères unissent d'une part aux Asphodélées et de l'autre aux Cyperacées et aux Restiacées par l'intermédiaire des genres Schœnus et Xjris, Le genre Gilliesia fut décou- vert dans les environs de Valparaiso par M. James Mac- Rae 5 sa structure est si singulière qu'on pourra peut- être regarder comme plus paradoxale que juste la défini- tion et la description que nous donnerons des diverses parties de la fructification 5 et cependant si on compare avec soin ses divers organes avec ceux des autres plantes, on pourra difficilement expliquer autrement sa structure. Quant aux cinq feuilles pétaloïdes que nous décri- vous comme des bractées cl qui ont beaucoup d'analogie (367) avec un périanlhe , on verra que cette ressemblance est plus apparente que réelle. Elles ne répondent ni par leur insertion ni par leur nombre aux segmens du pé- riantlie desMonocotylédones, et n'ont pas les mêmes rap- ports de position avec les parties qu'elles enveloppent; les trois extérieures ne sont pas "insérées sur la même ligne , mais sont évidemment imbriquées à la base , et les deux internes ne complètent pas la seconde série , comme cela devrait avoir lieu dans le périantlie régulier d'une plante monocotylédone. Si nous admettons pour un instant que ces bractées sont les segmens d'un périantlie , comment expliquerons- nous les appendices sélacés qui partent de leur base ou du corps central charnu en forme de lèvres , qui donne naissance aux étamines. Les premiers n'ont, par leur in- sertion , aucun rapport déterminé avec les autres parties de la fleur. Ils sont sujets à beaucoup de variations, tant pour la forme que pour le nombre. Quelquefois on en trouve huit qui consistent en deux corps inégaux, subu- lés , naissant de chacun des bords de chaque segment latéral , le plus externe des deux étant plus large que rinlerne, et étant assez souvent un appendice évident du bord du segment lui-même. D'autres fois leur nombre est réduit à quatre par la suppression des appendices exté- rieurs de chaque segment latéral , et dans certains cas ces appendices manquent h un des segmens et ne man- quent pas à l'autre. Dans les diverses fleurs que j'ai eu occasion d'examiner , ces appendices étaient toujours formés uniquement de tissu cellulaire sans trachées ou vaisseaux tubuleux. En considérant ces diverses circon- stances , on ne sera pas porté, à ce que nous présumons, ( 268 ) à les regarder comme des étamînes avortées. Si , rejetant noire première hypothèse , nous les regardons comme le périantlie lui-même , que deviendront les scgmens ex- térieurs que nous avions d'abord considérés comme le pé- rjanthe , car on ne trouve aucune analogie entre le Gil' liesia et ces genres de Monocolylédones dans lesquels on observe une troisième série de division 5 mais rien ne s'oppose à ce qu'on regarde ces segraens comme des bractées réduites ou avortées. Quant au corps central d'où naissent les étamines qu'on peut rapporter à ce que les botanistes linnéens nomment nectaire, il consiste en une masse charnue et labiiforme , portant quelque- fois deux oreillettes à la base, et de l'intérieur duquel sort la cupule des étamines. Son insertion, par rapport aux parties que nous venons de décrire, est très-obscure ; il est toujours opposé à la bractée solitaire externe , mais on n'a pas pu encore déterminer quelle est sa position par rapport à l'axe de l'inflorescence. Les raisons que nous avons données en faveur de la manière dont nous considérons les parties qui enviroiment ce corps , prou- vent d'une manière claire , qu'il doit être considéré lui- même comme le périantlie. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet -, mais pour le moment il suffira d'observer , qu'il existe évidemment une relation imime entre lui et les étamines , son oblitération ayant lieu dans le même sens et au même degré. D'après cette manière de consi- dérer les diverses parties qui composent celle fleur, nous regardons les segmens pétaloïdes comme des bractées parfaites , les appendices subulés intérieurs comme des bractées avortées, et le corps central charnu et labiiforme comme le périantlie. ( 269 ) Quelqu'exlraordiiiaire que celte description du Gil- Uesia puisse sembler , elle paraîtra plus probable par sa comparaison avec la structure du Miersia. Dans le Miersia les bractées sont au nombre de six , dont deux sont intérieures et quatre extérieures, une raison qui nous semble concluante pour ne pas regarder ces parties comme un périanihe. Les appendices subulés prennent une forme plus régulière et un mode d'inser- tion plus constant *, mais ils n'ont cependant aucun rap- port apparent avec les bractées, et le corps central charnu et labiiforme est représenté par une coupe urcéolée à six dents , dans l'orifice duquel sont renfermées six éta- mines fertiles. Dans le Miersia par conséquent , le pé- rianthe, qui dans le Gilliesia était sujet à un certain degré d'imperfection auquel les étamines participaient , a repris une forme régulière commune dans plusieurs monocotylédones et sans aucune irrégularité dans les étamines. Gamine il ne peui y avoir aucun doute sur l'analogie étroite qui existe entre \e Gilliesia et le Miersia pour la fructification^ et comme on ne peut conserver pres- qu'aucun doute qu« le corps central de ce dernier genre ne soit le périanihe, il en résulte , comme conséquence nécessaire , que les appendices surnuméraires de ce genre étant externes par rapport à ce périanihe, et ne pouvant par conséquent être ni un périanihe, ni des étamines , les appendices analogues du Gilliesia ne peuvent pas non plus être le périanihe , et le corps central ayant été reconnu pour le périanihe , toutes les parties qui l'en- tourent sont nécessairement des bractées ou des modifi- cations des bractées. Les rapports qui existent entre ces ( 270 ) deux genres deviendront plus évidens en comparant leurs caractères essentiels que nous exposerons plus has. L'affinité naturelle de ces plantes est très-obscure , et jusqu'à ce que nous possédions des renseignemens plus exacts sur la structure de leurs graines , elle est néces-r sairenient sujette à beaucoup d'incçrtitude , et même lorsque ces points importans seront éclaircis , il n'est pas probable qu'on leur trouve des rapports très-intimes avec les autres familles monocotylédones déjà établies. Leurs bulbes tuniques , leur inflorescence spathacée et leur aspect général, les rapproche des Aspliodelées, dont quelques genres , tels que les Muscari et Puschhinia , ont beaucoup d'analogie avec le Miersia , du moins par la structure du périanthe. Mais nous ne connaissons au- cun genre d'Aspbodelées auquel la fructification des Gilliésiées puisse être comparée sous les autres rapports. On peut regarder comme analogue , àous le point de vue de l'inflorescence, les espèces de Schœnus uniflores, dans lesquelles une seule fleur nue est entourée par plusieurs écailles imbriquées 5 et en poursuivant la comparaison , on trouvera une identité d'origine et de fonctions entre les bractées avortées du Gilliesia et les soies hypogynes des Scirpus , et de plusieurs autres Cypéracées 5 mair. les Gilliésiées se rapprochent peut-être davantage par la présence du périanthe , et par leur capsule triloculaire polysperme, des Resliacées , dont leur inflorescence im- briquée ne sauiait les éloigner beaucoup. ( ^71 ) GILLIESIA. Bracteœ patentes , basi imbricatae : quinque cxlerio- ribus pctaloideis , interioribus indefinilis depauperatis. Perianthium irregulare , carnosnm , indivisum , anticè labellfforme carnosum , poslîcè depauperatum. Stamina sex , in cyatho perigyno ovarium cingeiile connata , tri- bus anticis fertilibus , posticis sterilibus dentiformibus. Ovarium superum , triloculare. Stylus filiforrais. Stig- ma capitatum , triangulare. Capsula oblonga , trilocu'» laris , trivalvis, polysperma : valvis medio septiferis. Semina parva , subrotuiida , testa nigra corrugata , fu- niculo concolore vesîcato seminum magnitudine. Nu- cleus.,» Herbae (Chilenses) hulbosœ,foliis linearibus Jlaccidis radicalibus , Jloribus viridibus inconspicuis vasculosis. Obs. Speciem forte alleram înter icônes Domini Miers examinavi , prope Conoon invcutam , omnibus partibus majorera. Descriptio fructûs ex icône Miersiano. G, CMMIHEA. GlUiesia graminea. Lindl. in Miers trav.Chil. a. Bag. Bidbus ovatus , elongalus , tunicatus , nucis avellana; magnitudine , pal- lidè fusco-purpureus. Folia radicalia, humifusa, lînearia, canalicu- lata , Isete viridia. Stapus debilis , teres , dccumbens , foliorum longitudine.'^ {7m6e//a pauciflora, divaricata. Spatha bivalvis, viridis, erecta , persistens. Flores virides , incouspicui , cernui ( post anthesin secundùm Dom. Miers erecti). Pedicelli filiformes. Bracteœ diffor- mes; exteriores 5 , petaloideae, ovatae , acuta:^ carnosse , basi imbri- cat», duabus interioribus oppositis, minoribift; interiores depaupe- ratœ , insequales , obtusae , subulatœ , omnind cellulosae , vasis spi- ralibus tubulosisve nuUis , purpurascentes , sub lente papiUoss , numéro variis, saepiùs 4 v« 6 , rariùs 8 , nunc basi bractearum latera- lium utrinque solitariè insertâe , nunc gemiuatim *, nunc in altéra ( 272 ) bractcâ solitariè in alterû geminatim ; posticis rariùs cum cyatlio s(a' minura connatis; harum exteriores, quando adsunt, seinper cœteris sunt minores , et ferè semper ex ipso raargine bractearum proveniunt. Peiianthium forma nonniliil varium, poslicè obliteratum , anticè car- iiosum , ovatum, obtusum, posticè auriculatum , cum cyatho sta- minum connatum , quandoque ycnis duabus à basi iu auriculas transeuutibus j ^an igitur rêvera è partibus tribus couferruminatis conflatum , quarum anterior perfectissima , posteriores paulutum depauperata; ? Stamina sex , fîlamentis in cyatho carnoso perigyno conuatis , quorum anteriora fertilia , posteriora sterilia dentiformia. Antherœ introrsae , ovato - oblongse, inuatae, ioculis parallelis bival- vibus in facie conncctivi carnosi, longitudinaliter dehlscentibus ; m- termeiJid perfcctâ biloculari; lateralibus saepiùs dimidiatis. Pollen..., nunquam inveni. Oi'ariuni superum, oblongum , triloculare , poly- spermum, ovulis placentae centrali affixis, horizontalibus. Stylus filiformis. Stigma coucavum , capitatum , triangulare , papiiiosam (nunc 3-partitum laciniis bilobis , monstrosum, ut in icône). Cap- sula ex icône D. Miers, oblouga, pallidè brunnea, torulosa, trilo- cularis , 3-valvis , polysperma: ralvis medio septiferîs. Semina parva nigra corrugata , funiculo nigro vesicato seminis ipsius maguitudine. MIERSIA. Bracteœ patentes , basi imbricalœ : sex exterioribus petaloideis j interioribus tôt bifidis coloraiis depaupera- tis. Pena/zt/iiMm regulare , monophyllum , urceolatum, carnosum , ore constricto sexdentalo. Stamina 6 , mi- nima , fauce perianthii inserta. Ot^anum superum , tri- loculare. Stylus filiformis. Stigma capitatum. Capsula iriquetra , truncala , trilocularis , ad verticem tantum 3 val vis , polysperma . Semina Herba ( Chileisis ) bulbo sphœrico tunicato , nucis castaneœ magnuudine. Folia linearia, erecta, obtusa, glabra. Scapi nudi , spithamœi ^ foliis longiores. \Jm- bella ^'Jlora , abbreviata, S^slÙia diphjlla ^ erecta y (^73) subs^enlricosa , persistons. Flores virîdes inconspicui, Bracteaî exteriores in duabus phalangibiis dispositœ , quarum altéra superior , altéra inferior ; in ulrdque adsunt bracteœ très Qvatœ acuminatœ , intermediâ in- teriore. Bracleœ depauperalae coccineœ , bipartitœ : su^ pcrioribus? perfectioribus , sub perianthio insertœ , sec* schedas Domini Miers bracteis exterioribus alternée. Perianthium leuiter obliquum, striis sex purpurascenti- bus. Species unica est M. Chilensîs Lindl. in Miers trav, , vol. 2 , p, 529. Descriptio ex icône et mss. Do- mini Miers. Rapport verbal sur un Ouvrage intitulé : Re- cherches sur les Ossemens fossiles du départe- ment du Puy-de-Dôme (i); (Fait à FAcad. royale des Sciences, le 23 octobre 1825. ) Par M. le baron Cuvier. Depuis fong-temps l'Auvergne est une terre classique pour la géologie j les cratères nombreux dont elle est hérissée , les immenses coulées de laves et de basalte qui la couvrent de toute part , les dégradations diverses que ces matières ont subies , et qui annoncent dans leurs ori- (i) Recherches sur les Ossemens fossiles du département du Puy de-D6me; par MM. Bravard , l'abbé Croiset et Jobert aîué j in-4°, avec figures lithographiées. — A Paris, chez Dufour etd'Ocague , quai Vol- taire, no i3. Nota. Cinq livraisons ont paru ; Pouvragc en aura quinze. Le prix de chacune est fixe à 5 francs pour les souscripteurs. IX. 18 (=74) >gîiies dos époques distinctes et éloignées j le soulève- ment que la masse générale sur laquelle reposent les produits des feux souterrains parait avoir éprouvée , sont aujourd'hui au nombre des faits les plus instructifs qu'ait acquis la science de la terre , et les observations qui les ont constatées se font remarquer parmi les plus beaux titres que les Desmarets, les Dolomieu , les de Buch , les Ramond , se soient acquis à la reconnaissance des naturalistes. Mais depuis quelque temps ce n'est plus assez pour la géologie de connaître les diversités des substan- ces déposées lors de ces grandes révolutions , ni même Tordre de leurs dépositions et de leurs alternatives ; elle demande à l'observateur de lui rendre compte de l'état de la vie à chaque époque j de lui représenter et de lui nommer les animaux ou les plantes qui furent les victimes de ces bouleversemens , et même d'entrer dans le détail de ceux qui furent atteints par chaque catas- trophe. Sous ce rapport encore l'Auvergne paraissait déjà depuis long - temps devoir offrir à l'historien du globe les matériaux les plus intéressans. M. Brongniart y avait observé d'immenses couches remplies de co- quilles d'eau douce sous des terrains évidemment volca- niques ; on y avait recueilli quelques ossemens de qua- drupèdes appartenans à des genres perdus; l'on savait que les os fossiles d'oiseaux , si rares ailleurs , s'y dé- couvrent en plusieurs endroits , et dans les bancs pier- reux les plus solides. Mais ce n'était pas là un genre'de recherches qui pût être porté bien loin par des natura- listes qui ne faisaient que passer dans le pays , ni par ceux qui recevaient des fragmens isolés de ces reliques (3,5) 1^ anciens temps. Des hommes éclairés , assidus , éta-^ blis sur les lieux , pouvaient seuls , par une longue per- sévérance , recueillir assez de matériaux pour arriver à des résultats certains 5 car un tel travail exige que l'on stimule soi-même le zèle et l'attention des ouvriers ] que Ton aille souvent dans les carrières pour ne laisser perdre aucune parcelle j que l'on ait le loisir de rappro- cher ces parcelles , de les combiner de toutes les façons jusqu'à ce que Ton en ait retrouvé les vrais rapports» - ' Il y a quelques années , Ton aurait espéré en vain de trouver dans nos provinces la réunion d'instruction et d'intérêt pour ces matières, propres à remplir avec succèà toutes ces conditions } mais l'ouvrage dont nous avons à rendre compte , et un autre qui a commencé à paraître sur le même sujet, nous paraissent des preuves d'un heu- reux changement dans la manière de penser des habitans de nos départemens , et des progrès que le goût des sciences fait chaque jour parmi eux. Ils ont été occa* sionés par la découverte faite auprès d'Issoire , dans une montagne dite de Périer , d'un banc sablonneux rempli d'une quantité innombrable d'ossemens de diverses sortes. A peine la nouvelle de cet événement fut-elle répandue que deux sociétés différentes s'empressèrent d'en com- muniquer les résultats au public par le moyen , main- tenant si commode et si prompt, de^la lithographie. Un de ces recueils , imprimé in-folio par MM. Devèzè , de Chabriol et Bouillet , est à sa quatrième livraison ; celui dont l'Académie nous a demandé un rapport , et qui est le fruit des travaux communs de MM. Bravard , élève des mines , Tabbé Croiset , et Jobert aîné , receveur du dé- partement , tous les trois membres de la Société acadé- (a.76) miqiie de Clcrmont - Ferrand , est du format în-^ 4* ? 6' compte d^jà cinq livraisons. Comme nous avons eu lès ossemens sous les yeux , nous pouvons déjà annoncer à TAcadémie que Ton a retiré de ces carrières des os et des .dents d'Éléphans , d'Hippopotame , de Rhinocéros , de Tapir, de Cheval , d'une petite espèce de Mastodonte , d'un Ours , de trois espèces au moins du genre du Tigre, d'une Hyène , d'un Chien , d'une Loutre , de deux ou trois espèces du genre Viverra , de Bœufs qui appartien- nent peut-être à deux espèces , et d'au moins dix espè- ces de Cerfs , tous différens entre eux , tous différens de ceux qui vivent aujourd'hui dans notre climat. Cette infinité d'êtres divers dont les débris sont ense- velis presque sur un seul point , est une forte preuve de ce qu'avançait , en terminant son ouvrage , l'auteur des Recherches sur les Ossemens fossiles , que tout ce qu'il avait découvert ne formait probablement encore que de faibles échantillons de ce qui reste à découvrir quand la surface de la terre aura été un peu mieux explorée. Mais ce qui n'est pas moins remarquable , cette énu- mération est aussi une preuve de la loi établie par l'au-r leur que nous venons de citer touchant l'âge des diffé- rentes espèces. Toutes celles que nous venons de nommer sont du même âge, et il ne s'y mêle aucune des espèces plus anciennes , ni Palœotherium , ni Lophiodons , en- core moins d^Jchtyosau/'us , ou d'autres de ces mons- trueux reptiles qui paraissent avoir été les premières races des animaux à poumons 5 mais les auteurs ont re-^ trouvé de ces animaux plus anciens dans d'autres endroits et ils en parleront dans la suite de leur ouvrage. Les livraisons actuelles ne contiennent encore que des ( 377 ) pîanchcs au nombre de vingt-rcînq , sans aucun texteV. en sorte que nous ne pouvons dire comment les auteurs entendent nommer et caractériser les animaux dont les Qssemens proviennent. Mais comme nous avons eu occa- sion de comparer leurs figures avec les objets originaux, nous pouvons en attester la fidélité. Elles représentent des fragment d'Élépbans , de Mastodonte , de Rhinocé- ros , d'Hippopotames , de Tapirs , de Chevaux , et sur- tout des nombreuses espèces de Cerfs , qui forment la partie essentielle et la plus nouvelle de ce curieux dé* pôt. Leur exécution a toute Vélégance et la précision que la lithographie comporte , et elles suffisent parfaitement pour qu'un anatomiste instruit saisisse les caractères des morceaux qu'elles représentent -, d'ailleurs les explicar- lions des auteurs suppléeront sans doute à ce que les figures pourraient encore laisser, à désirer. Tous les os gravés jusqu'à présent ont été tirés, comme nous l'avons dit , de la montagne de Périer ou de Bou- lade. Ils s'y trouvent dans des couches arénacées prove- nant de la dégradation des montagnes primitives et qui contiennent des. fragmens de laves et une portion. consi- dérable de sable ferrugineux. Ces couches reposent suf un banc puissant de galets d'un gros volume , la plu- part volcaniques , et les autres primitifs , sous lequel on trouve un calcaire d'eau douce immédiatement appuyé sur les terrains primitifs. Sur les couches à ossemens est un tuf volcanique dont, la masse est une ponce blanchâtre et légère et qui ren- ferme des fragmens et des portions considérables et non 9r,rondies de laves de différentes natures , dont les analo^- ( ^78 ) gucs ne se retrouvent que dans le Mont-Dore, éloigne de cinq ou six lieues. Ce tuf est interrompu par un lit do galets arrondis et d'un assez gros volume. On verra en détail dans l'ouvrage comment ce terrain particulier se lie aux terrains généraux qui forment la masse du dépar- tement et même de l'Auvergne. Les auteurs pensent et espèrent pouvoir établir par 4es preuves solides que le cataclysme dont ces dépôts sont les résultats , a eu lieu après les éruptions des volcans de cette province que Ton désigne par le nom d'anciens , çt que ceux qu'on appelle modernes , ceux dont les cra-r lères se distinguent encore lui sont postérieurs. Nous ne pouvons qu'exprimer un vif désir de voir se ter- miner promptement et avec succès une entreprise qui in- ,téresse l'histoire naturelle d'une de nos provinces et celle du globe tout entier. Puisse le zèle dont les naturalistes du Puy-de-Dôme ont donné l'çxemple , animer bientôt ceux de tant de départemens non moins riches en produc- tions rares et importantes , qui demeurent encore igno- rées 5 lorsque l'on va avec tant de peines et de dépenses en chercher dans les climats lointains , qui ne sont ni plus curieuses ni plus fécondes en conséquences graves* ( ^79 ) Essai sur la Domesticité des Mammifères ^ précédé de Considérations sur les divers états des Ani^ maux , dans lesquels il nous est possible d'étu- dier leurs actions ; Par M. Frédéric Cuvier. On s'est laissé aller à des préventions si étranges sur Télat des animaux retenus en captivité , et on a porté un jugement si singulier des travaux auxquels leurs actions ont donné lieu , que je dois craindre qu'on ne se fasse pas des idées plus justes de cet Essai sur la Domesticité des Mammifères. Aussi je crois devoir commencer pat des considérations propres à rectifier ces idées et à don- ner de plus justes notions que celles qu'on paraît avoir sur les animaux et sur les divers états dans lesquels il nous est possible de les étudier. J'y suis d'autant plus porté, qu'à cet égard les animaux domestiques n'ont guère été jugés plus sainement que les animaux captifs , et qu'avec les erreurs où l'on est tombé , il serait impos- sible qu'on accueillit sans préventions un travail sur les actions des animaux, considérées sous un point de vue général et philosophique. On s'est persuadé qu'on ne peut étudier avec fruit les animaux que lorsqu'ils jouissent d'une entière indépen- dance. A la vérité , ou accorde que ceux qui sont domes- tiques peuvent nous procurer quelques connaissances utiles ; que leur étude est propre à nous diriger dans les moyens de les subjuguer, de les conduire et de les per- ■feclionner, relativement à nos besoins 5 qu'elle nous ap- \^rcnd les services que nous en avons reçus et ceux qu'ils ( aSo ) sont capables de nous rendre encore ; que par son se- cours , nous parvenons même à découvrir les vues de la Providence lorsqu'elle les plaça sur la terre. Mais , ajoute-t-on , que pourraient nous enseigner des animaux réduits en esclavage ? Sous le poids de la contrainte où nous sommes forcés de les tenir, nous n'obtenons d'eux que des actions artificielles, peu propres conséquem- ment à nous dévoiler leur nature. H en serait tout au- trement s'ils étaient en liberté. Alors leur naturel se manifesterait, et d'autant mieux qu'ils éprouveraient moins de contrainte de la part des circonstances au mi- lieu desquelles ils vivraieut : car, comme l'esclavage le plus complet est la situation la moins favorable à l'exer- cice des facultés , l'indépendance la plus entière , l'état 4e nature en un mot, est le plus propre à leur emploi et à leur développement. « L'animal sauvage , dit BoiTon )) (tom. IV, p. 169), n'obéissant qu'à la nature, ne )) connaît d'autres lois que celles du besoin et de la li- » berté. » C'est en effet ce qu'on pense sur les secours qu'on peut tirer des animaux , pour leur étude , dans les trois états où ils se présentent à nos observations, à en juger du moins par le peu qui a été publié sur ce sujet. Les ani- maux domestiques et les animaux captifs ne nous font connaître qu'un état contre nature , dont les conséquen- ces , pour les premiers , ne se rapportent qu'à l'homme, et , pour les seconds , qu'aux moyens qu'on a mis en oeuvre pour les faire agir et les observer. Les animaux libres seuls se montrent à nous tels qu'ils sont, tels qu'ils ont été faits , avec le complément de leurs facul- tés jçux seuls enfin nous meltert à même de lemonier ( a8i ) sans erreur à la véritable origine de toutes leurs déter-' minations. La source de ces idées est facile à reconnaître ; elle est la même que celle de la plupart des erreurs qui se sont répandues sur la nature des animaux : on a appli- qué à ces êtres les idées que Tétude de l'homme avait fait naître. Mais si Tesclavage , si une soumission absolue à 1^ volpnté d'autrui est la situation la plus contraire au développement moral et intellectuel de l'espèce humaine, dppt un des caractères essentiels consiste dans la liberté, quelle raison y aurait-il pour que des animaux qui sont privés de toute liberté proprement dite , éprouvassent de Tesclavage les mêmes effets que nous ? Il y a plus , }es erreurs où l'on est tombé sur cet état de nature ima- ginaire , le seul où riiomme pût , disait-on , se montrer dans toute sa grandeur et toute sa beauté , ont dû rejaillir sur les idées qu'on s'est faites des animaux , dont l'état le plus sauvage a toujours été considéré comme l'état de nature par excellence j et nous persuader encore plus que nous chercherions vainement à les connaître hors de leur état d'entière indépendance. On se serait épargné la plupart de ces erreurs si l'on eût réfléchi qu'en établissant en principe que ces ani- maux ne nous dévoilent leur nature que dans une indé- pendance absolue , et en reconnaissant cependant qu'ils peuvent agir en domesticité , et même en esclavage , c'é- tait dire en d'autres termes qu'ils ont la faculté de ne pas ag.ir suivant leur nature , qu'ils sont susceptibles d'o- béir à des penchans qui ne leur ont point été départis , qu'ils peuvent manifester d'autres dispositions que celles ^ qu'ils ont reçues \ en un mot , qu'ils peuvent être autre ( a82 ) chose que ce qu'ils doivent être en vertu des lois de Tu- nivers , et que l'homme aurait le pouvoir de changer leur essence et de détruire les lois de la création. Il suffisait donc d'examiner celte idée et d'en presser les conséquences pour en montrer au moins la faiblesse : quelques développemens achèveront de renverser tout ce qui pourrait encore la soutenii*. Si la liberté était nécessaire aux animaux pour qu'ils se manifestassent à nous tels qu'ils sont sortis primiti- vement des mains de la nature , aucun d'eux ne le ferait, pas plus les animaux sauvages que les animaux domes- tiques et les animaux captifs : les uns , pas plus que les autres , ne jouissent de cet état imaginaire d'indépen- dance absolue qu'on appelle état de nature. Tous se trouvent sous l'inévitable poids des circonstances au mi- lieu desquelles ils sont placés. Ces conditions peuvent changer, la nature des animaux ne change point y si les unes agissent différemment des autres , elles produisent des effets différens 5 mais ces effets sont toujours relatifs aux facultés de l'être qui les manifeste. Un animal sau- vage , au milieu des forêts des pays déserts , ne ressem- blera point à ce qu'il serait au milieu d'un pays très- peuplé ; il se montrera différemment encore s'il est réduit en captivité , et il ne sera plus reconnaissable si l'on parvient à en faire un animal domestique : mais quelques différences que ces divers états puissent offrir , cet animal sera toujours lui - même ; ce n'est qu'en lui ■que se seront rencontrés les moyens propres à le mettre en harmonie avec celte diversité de situations , et les faits qu'il nous présentera dans les unes pourront, s'ils sont nombreux et variés, nous donner les moyens de dé- ( a83 ) cluirc ses facultés tout aussi exactement que bous le fo- rions des faits présentés par les autres. Tout consiste à savoir observer et à faire la part des conditions dans les- quelles les faits se manifestent. Mais voyons ce que nous apprendraient les animaux dans le plus grand état d'indépendance que nous puis- sions supposer, c'est - à - dire dans cette situation qu'on regarde comme l'état de nature le plus parfait ; et pour ■que l'indépendance soit plus complète, prenons un des animaux dont les besoins peuvent être le plus aisément satisfaits , un ruminant , et plaçons-le au milieu de ces riches savannes de l'Amérique méridionale , d'où nous -écarterons même les animaux qui pourraient le moins du monde troubler sa tranquillité. Tant que ses besoins seront assoupis , il restera en repos dans le gite qu'il s'est choisi , plongé dans un sommeil d'autant plus pro- fond , que sa sécurité sera plus grande 5 si la faim l'é- veille , il trouvera à quelques pas de lui de quoi se re- paître : si c'est la soif, le ruisseau voisin le désaltérera, et rien ne changera dans cette existence jusqu'au moment où les tourmens de l'amour viendront le troubler. Alors poussé par une fureur aveugle , il cherche une femelle, l'appelle à grands cris , suit ses traces , l'atteint , la tue si elle lui résiste et né peut le fuir, satisfait ses besoins si elle les partage, et s'il reste vainqueur des rivaux qu'il a dû rencontrer et combattre. Bientôt ses forces sont af- faiblies , son ardeur s'apaise , et il retourne dans sa re- traite chercher un repos qui lui est devenu nécessaire , et que la passion de l'amour, la seule que sa situation le mette dans le cas d'éprouver , viendra périodiquement ' trdàbler une fois chaque année. ( 2^4 ) Si , à la place d'un herbivore , nous prenons un carw nassier , qu'aurons-nous à ajouter au tableau uniforme que nous venons de tracer ? Au lieu de paître , ce nouvel animal guettera sa proie ou la poursuivra ; ce qui l'o- bligera à des soins et à des efforts dont il aurait été dis- pensé s'il se fût nourri de substances végétales. Plus de repos alors lui sera peut-être nécessaire ; mais les qua- lités nutritives de la chair en lui rendant le besoin de la faim plus rare le lui permettront. Ainsi toute la diffé- rence que cet animal nous présente , comparé au pre- mier 5 c'est que la recherche de sa nourriture pourra exiger de lui plus ou moins de ruse , de prudence ou de force , soit qu'il n'ait qu'à veiller à sa conservation in», dividuelle, soit qu'il ait à veiller de plus à celle de ses petits. Que conclure de la vie de tels animaux ? Rien de plus que de la vie d'animaux qu'on retiendrait dans la plus étroite captivité. Mais arrachons les uns et les autres à l'état d'inactivité presque complet où nous les suppo- sons -, plaçons-les , comme ils le sont naturellement sur la terre , dans des conditions plus compliquées -, varions leur situation , comme elle varie au milieu des circon- stances fortuites qui se succèdent sans cesse ici-bas ^ mul- tiplions leurs besoins , augmentons même les dangers auxquels ils sont exposés ; que de nouveaux rapports fas- sent en quelque sorte rejaillir d'eux-mêmes de nouveaux penchans , de nouvelles ressources , alors nous verrons un tout autre tableau se dérouler devant nous. Ce serait toutefois commettre une nouvelle erreur que de sup- poser que l'état où se trouvent naturellement les ani- maux sur la terre , quelque compliqué qu'il soit , est le ( 285 ) plus propre à avancer leurs développemens et à les faire bien connaître. Ce ne sont jamais les conditions com- munes , celles qui se présentent les premières dans toutes les circonstances où l'industrie de l'homme n'intervient pas , qui sont les plus propres à faire agir les animaux d'une manière favorable au déploiement de leurs fa- cultés. L'équilibre qui lend sans cesse à s'établir entre toutes les forces qui agissent ici-bas simultanément , donne aux plus puissantes sur les plus faibles une pré- pondérance qui ne laisse jamais à celles-ci la liberté d'a- gir ; et ce n'est qu'en maîtrisant ces forces dominantes , qu'en les atténuant , qu'on est parvenu à découvrir les autres^ à rendre sensibles et à varier leurs effets. Dans leur indépendance naturelle , c'est-à-dire , telle qu'elle peut être dans toutes les circonstances où ils se trouvent naturellement , les animaux sont sous le joug de ces forces prépondérantes 5 et ils peuvent bien alors nous apprendre quelle est la place qu'ils occupent parmi les autres êtres soumis aux mêmes forces , quels sont les rapports qu'ils ont avec eux, quelle est l'influence qu'ils exercent dans l'économie générale : mais dans cet état ils ne peuvent ordinairement nous donner que des notions Irès-restreintes et toujours douteuses sur leurs facultés générales 5 car , dans ce cas , il ne dépend pas de nous de les soumettre à des expériences pour confirmer nos con- jectures. Demandons en effet quelles sont les connais- sances qu'on avait obtenues de la seule observation des animaux en liberté.^ La réponse sera facile et imposante : c'est au plus grand des naturalistes que nous la devons , à Buffon qui nous dit ce que chacun a répété après lui , « qu'à la fierté , au courage , à la force , le lion joint la ( 286 ) » noblesse, la clémence , la magnanimitë que sou- )) vent il oublie cfii'il est roi , c'est-à-dire le plus fort )» de tous les animaux que marchant d'un pas iran- » quille , il n'attaque jamais l'homme , à moins qu'il ne » soit provoqué qu'il ne précipite ses pas, ne court j » ne chasse que quand la faim le presse. Tandis que le » tigre est bassement féroce , cruel sans justice , c'est- » à-dire , sans nécessité qu'il semble toujours altéré )) de sang quoique rassassié de chair , que sa fureur n'a » d'autres intervalles que ceux du tem^s qu'il faut pour » dresser des embûches , qu'il saisit et déchire une nou- » velle proie avec la même rage qu'il vient d'exercer et » non pas d'assouvir en dévorant la première , etc. etc. » Or ces différences entre le lion et le tigre ne peuvent être que relatives aux circonstances où avaient vécu les individus qui les ont présentées , car ces animaux ontà- peu-près le même naturel. Placés dans les mêmes con- ditions , ils nous ont constamment présenté les mêmes phénomènes ; ils nous ont montré qu'ils s'apprivoisent aussi facilement l'un que l'autre , qu'ils s'attachent de même à ceux qui les soignent, éprouvent les mêmes senlimens pour les bienfaits qu'ils reçoivent , et que leur baine ou leur colère sont provoquées par les mêmes causes 5 que leurs jeux se ressemblent ainsi que les té- moignages de leurs craintes ou de leurs désirs 5 qu'ils saisissent avec la même avidité leur proie et qu'ils la dé- fendent avec la même fureur -, en un mot , que leurs dis- positions naturelles sont absolument les mêmes. Que n'a-t-on point dit de l'hyène ? Son nom seul est de- venu l'emblème de la cruaulé^la plus sanguinaire; et, à i^tmitalion de Buffon , les naturalistes les plus sages ( 387 ) ont adopté le préjugé qui place cet anîmal au premier rang de la férocité. La vérité est que l'hymne, traitée avec douceur , vient au pied de son maître , comme le chien, lui demander des caresses et du pain. L'expé- rience nous l'a plusieurs fois fait voir. Je pourrais mul-« liplier à l'infini les exemples de ce genre , et prouver par là , d'une part , que , dans l'indépendance , les ani- maux se trouvent dans des conditions tellement cachées , que nous ne pouvons que très-rarement apprécier l'in- fluence qu'elles exercent sur eux 5 et de l'autre, que la captivité , en nous donnant les moyens de soustraire les animaux aux forces qui , dans l'état contraire , les do- minent ou les contraignent, pour les soumettre à d'au- tres forces , nous permet d'en faire une étude plus exacte et plus complète : et à cet égard nous voyons que toutes les productions de la nature sont soumises aux mêmes règles. Que connaitrait-on en physique si l'ou s'en était tenu aux phénomènes qui se présentent d'eux- mêmes dans l'état actuel du monde , si l'on n'eût agi sur eux avec des appareils,, des inslrumens propres à les mo- difier? Et vint-il jamais à l'esprit de personne que les résultats que le chimiste obtient par artifice ne sont pas naturels , et ne peuvent pas lui révéler les lois qui font, /l'objet de ses recherches ? Mais pour montrer l'avantage que l'étude des animaux peut retirer de leur esclavage , des exemples plus importans que ceux que nous venons de rappeler sont nécessaires. C'est sans contredit parce qu'on avait constamment suivi la seule voie de l'observation des animaux sau- vages en liberté , parce qu'on s'était borné à décrire les actions qui se présentaient alors accidentellement , que ( 388 ) CîeUe branche importante de l'histoire naturelle restait condahint'e à ne s'enrichir que de faits isolés , qui sou- vent semblaient être sans concordance l'un avec l'autre , |>arce qu'aucun lien ne les unissait^ et qu'aucun prin- cipe ne dirigeait l'observateur; car aucun principe ne pouvait naître de ces hypothèses auxquelles avait donné lieu le désir d'expliquer la cause des actions des brutes, pour la coordonner à l'idée qu'on s'était faite de la cause des actions de l'homme. Ces hypothèses , n'ayant point leur fondement dans la nature , ne pouvaient qu'égarer ceux qui s'appuyaient sur elles ; mieux valait encore le pur empyrisme. Malheureusement le cercle étroit dans lequel l'empyrisme était renfermé devenait un obstacle presque invincible à ce que la science en naquît. Au contraire , depuis que les animaux captifs ont été soumis à une observation raisonnée , la branche de l'histoire naturelle , qui considère les actions des animaux et leurs causes , a pu s'élever au rang d'une science , par les vé- rités générales dont elle s'est enrichie. Pendant long-temps on avait admis en principe que la perfection morale de l'homme dépendait de la perfec- tion de ses organes ; et si cette erreur avait enfin cédé à l'évidence, elle s'était reportée toute entière sur les ani- maux. Ceux qui avaient les sens les plus fins , les mem- bres les plus souples et les plus favorables aux mouve- mens devaient être les plus intelligens 5 et les singes , les carnassiers , semblaient confirmer cette règle. Mais la possession de plusieurs phoques , c'est-à-dire de Mammi- fères dont les membres sont changés en nageoires , qui sont privés d'oreilles externes , dont les yeux , formés pour un liquide , ne peuvent voir qu'imparfaitement (389) dans l'air , dont les narines ne s'ouvrent que quand l'a* juimal inspire , et dont le corps , revôtu d'une épaisse couche de graisse, n'a pour ainsi dire de toucher qu'aux points où sont fixées les moustaches , vint démontrer , au moyen d'actions provoquées artificiellement , que chez les animaux, pas plus que chez l'homme, l'étendue de l'intelligence n'est proportionnelle à la perfection des or^ ganes ( i ). Et cette vérité nous fait concevoir que la connais- sance la plus exacte des parties organiques des animaux ne peut rien nous apprendre de satisfaisant sur leur nature et leurs rapports avec les autres êtres , si nous ignorons la cause qui les anime, qui les conduit , la puissance qui agit sur leurs organes , et qui dirige et détermine leurs mou- vemens. Toutes les analogies , fondées sur l'ohservation des animaux en liberté , faisaient généralement regarder comme un fait certain que l'intelligence de chaque ani- mal , dans son développement, suivait la progression que nous observons dans le développement de l'intelli- gence humaine : ainsi l'animal, comme l'homme, nais- sait avec des facultés intellectuelles dont on ne pouvait d'abord apercevoir que le simple germe*, dans sa jeu- nesse ces facultés montraient plus de vivacité que de force , et elles n'arrivaient à leur perfection que lors- qu'elles avaient été mûries par Tàge. L'étude seule des animaux captifs a pu détruire ce préjugé 5 car il fallait les comparer à eux-mêmes aux différentes époques de (1) Obserualions zoologiques sur Us Facultés physiques etintellec-^ tueiles du Phoque commun; Ann, du Mus. d'Hist. nat. , toin. 17, p. 337. IX. 19 ( 290 ) leur vie , et par conséquent suivre leur développement pour reconnaître que les jeunes sont sans comparaison plus inlelligens que ceux qui ont atteint l'âge de là force. Et tous les animaux n'étaient pas propres à ce genre de recherches : nous ne pouvions compter sur les espèces modifiées par la domesticité 5 ceux dont l'intelli- gence est bornée ne donnaient aucun résultat sensible ; et les carnassiers , sans cesse obligés d'exercer toutes leurs facultés , se trouvaient dans le même cas. Il fallait s'atta- cher aux espèces qui , sous le rapport de l'intelligence , ont été le plus favorisées , et dont cependant l'existeïice ne dépend pas absolument de l'emploi qu'ils en font ; en «n mot, aux singes <}ui vivent de fruits, nourriture toujours abondante dans les climats qu'ils habitent, dont les analogies organiques avec l'homme sont nombreuses , et qui ne peuvent jamais être pour nOus que des animaux captifs. Mîiis cette observation ne s'est pas bornée à éta- blir un fait important et nouveau ; elle a de plus porté la lumière dans une question d'un haut intérêt. En obser* vaut que dans leur première jeunesse les facultés intel- lectuelles dont les animaux ont été pourvus ont acquis toute l'étendue et toute l'activité qu'elles peuvent avoir , et que l'aftaiblissement commence dès que l'âge de la force arrive , nous avons acquis une démonstration nou- velle de la différence fondamentale qui les distingue de l'homme. Jusque-là nous n'avions pu , comme plusieurs observateurs , trouver cette différence que par l'analyse de leurs actions fortuites , dans lesquelles la faculté ré- flexive ne se manifeste jamais -, aujourd'hui elle sort du phénomène même que nous venons de signaler. En effet, ce phénomène aurait été impossible à observer si les ani- ( 29Ï ) maux qui nous Font présenté avaient pu nourrir et ac- croître , dans Tâge où elles s'affaiblissent naturellement, les facultés qu'ils ont reçues et qui nous sont commîmes avec eux , par celle qui nous appartient exclusivement, et nous permet de prolonger en quelque sorte indéfini- ment rexercice des premières ; si , en un mot , pour leur conservation ; la nature , au lieu de la force , leur eût accordé la réflexion. Ce ne sont pas seulement des vérités qui peuvent sô déduire des actions contingentes et fortuites que nous obtenons des animaux retenus en captivité: ces animaux nous éclairent encore sur celles qui résultent de leurs actions nécessaires , des actions qui semblent être le plus invariablement déterminées par leur nature intime , par la destination qu'ils ont reçue sur le point de la terre où ils ont été jetés ^ de celle , en un mot , que produit leur instinct ; et l'instinct n'existe guère sans altération que chez les animaux de race sauvage. Tant que les castors n'avaient été observés que dans leur liberté native , on avait vu que ceux qui vivent réunis en troupes , dans les contrées sauvages , se con- struisent des habitations 5 et que les individus solitaire^ ,' tels qu'on en rencontre quelquefois , surtout dans les pays très peuplés, faisaient leur retraite dans les excavations naturelles des rivages , sur les bords des lacs et des ri- vières ; et on avait conclu de ces faits « que ces animaux » ne travaillent et ne bâtissent point par une force ou' » par une nécessité physique comme les fourmis, les » abeilles *, qu'ils le font par choix , et que leur indus- » trie cesse dès que la présence des hommes est venue » répandre la terreur parmi eux. » C'est Buffon qui ( 292 ) nous le dit (t. vi , p. 6i 0162) , et c'est lui que je cîie de préférence *, car , de tous les auteurs qui ont écrit sur la nature des animaux , c'est incontestablement celui qui s'en était fait les idées les plus élevées et les plus justes. Cependant si ce grand naturaliste eût été disposé à observer quelques - uns de ces castors solitaires 5 s'il eût eu l'idée de les placer dans des circonstances conve- nables et de leur donner les matériaux qu'ils emploient ordinairement dans leurs constructions , de la terre , du bois , des pierres , il aurait vu que leur solitude et la présence de l'homme n'ont point fait cesser leur indus- trie, qu'ils songent encore à bâtir ^ et, au lieu de voir dans les huttes et les digues des castors réunis en troupe, <( le résultat de projets communs fondés sur des conve- » nances raisonnables , de talens naturels perfeclioimés » par le repos, » il n'aurait vu que les fruits d'une indus- trie toute mécanique , que les résultats d'un besoin pure- ment instinctif. En effet , plusieurs castors solitaires des bords de riser, du Rhône, du Danube, nous ont montré, dans les nombreuses expériences auxquelles nous les attyiis soumis , qu'ils sont constamment portés à cons- truire , sans cependant qu'il puisse en résulter pour eux aucun autre avantage que celui de satisfaire un besoin aveugle auquel ils sont en quelque sorte forcés d'obéir. Une des erreurs que l'observation exclusive des ani- maux sauvages avait fait naître et avait entretenue, et dont Tinfluence s'est exercée si manifestement sur tous les systèmes qui ont eu pour objet l'état naturel de l'homme, et l'effet des alimens sur son développement moral , consistait dans la croyance que les herbivores ont un caractère plus doux , plus iraitable , plus affec- ( 293 ) tueux que les carnassiers. La gazelle était devenue rem- blême de la douceur comme de la beauté , et il en éuil à-peu-près de même de la biche et de plusieui's autres animaux aux grands yeux et à la démarche timide et lé- gère , tandis que le tigre , la panthère , Thyène , le loup, ii^avaient qu'une férocité brutale , ne montraient que des sentimens haineux et cruels. L'observation plus in.- time , plus circonstanciée , plus propre à nous faire voir ces animaux tels qu'ils sont en réalité , nous oblige de renverser complètement l'application de ces idées, et de transporter aux uns ce que nous appliquions aux autres, I ^, En effet , tous les ruminans adultes , les mâles surtout, sont des animaux brûles , grossiers , qu'aucun bon trai- tement n'adoucit , qu'aucun bienfait ne captive : s'ils reconnaissent celui qui les nourrit , ils ne lui sont point attachés , et en leur donnant ses soins il doit continuel- lement être en déGance *, car dès qu'il cesse de les inti- mider, ils sont prêts à le frapper*, il semble qu'un sen- timent secret les porte à fuir on à traiter en ennemi toute espèce d'animal étrangère à la leur. Nous avons vu qu'il en est tout autrement , môme pour les animaux, qui se nourrissent le plus exclusivement de chair. C'est que les uns ont une intelligence grossière et bornée , \ tandis que les autres ne sont pas moins remarquables par l'étendue que par la finesse et l'activité de la leur. Tant il est vrai que , même chez les animaux., le déve- loppement de cette faculté est plus favorable que nuisi- ble aux bons sentimens. ' • '"^ -^^ Je crois avoir fait connaître que si les animaux en li- berté sont propres à nous instruire du rôle qu'ils jouent vav la terre , ils le sont peu à nous dévoiler les causes ( 294 ) générales de leurs actions , les facultés de leur intelli- gence , et que ce n'est qu'à l'aide des animaux captifs que nous pénétrons jusqu'à celle-ci. En conclura-t-on qu'il faut renoncer à la connaissance des animaux tels qu'ils sont dans la nature , qu'il faut cesser toute re- cherche sur l'économie de ce monde , à laquelle ils pren- nent une part si étendue , et que cette importante bran- che de l'histoire naturelle doit être tout-à-fait abandon- jiée j car il est trop évident que la difficulté d'étudier les animaux en liberté est si grande , qu'elle équivaut pres- que à une impossibilité absolue. Dès qu'ils peuvent obéir à leurs sentimens , ils se défient de tout ce qu'ils ne connaissent pas , et fuient ou attaquent tout ce qui les importune. D'ailleurs comment atteindre , pour les observer, ceux qui habitent ces contrées sauvages ou re- culées que nous connaissons à peine ? Il y a plus , la seule poursuite d'un animal change entièrement ses con- ditions naturelles , et on ne peut plus l'envisager alors que comme un animal contraint par la violence et placé dans des conditions tout aussi forcées que celles où se trouvent les animaux captifs. Ces difficultés seraient invincibles sans doute : des pro- blèmes dont la solution est aussi éloignée sont plus pro- pres à ralentir les efforts qu'à soutenir le zèle 5 heureu- sement il n'est point nécessaire de les surmonter pour atteindre le but au - devant duquel elles semblent pla- cées ; et la connaissance de ce monde , en ce qui concerne les animaux , n'est point fondée sur des vues purement rationnelles ou sur des espérances chimériques. S'il n'est pas possible d'y parvenir directement , sans des obstacle? presque insurmomables , on peut du moins y ^irc cou- c 395 > duit d'une manière indirecte , et la voie que nous ouvrons: est certainement pour cela la plus .courte et la plus cer- taine. En effet , si l'existence , si la manière d'être d'un ani- ipal , sur un point quelconque de la terre , est la consé- quence des facultés et des penchans dont il est doué, et des circonstances fixes ou passagères qui sont propres à. ce point du globe , c'est-à-dire la conséquence des forces à l'aide desquelles cet animal lutte et se soutient contre celles qui lui sont opposées, dès que nous comiaîtrons les facultés généi:ales de son espèce , et ses dispositions,; nous pourrons déterminer, même d'avance , ses actions individuelles dans toutes, les situations où il se trouvera; et dès - lors il ue s'agira plus , pour déterminer la ma- nière d'être de telle ou telle espèce dans une conlrée quel- conque , d'en découvrir les individus , de les suivre dans, tous les détails de leur existence , de les chasser pour- les atteindre , il suffira d'apprécier exactement les condi- tions au milieu desquelles ils vivent y ce qui est beau- coup plus facile et beaucoup moins sujet à erreur. C'est de la sorte que toutes les sciences procèdent , et la zoo-» logie proprement dite ne se fondera véritablement que lorsqu'elle procédera comme elles. Ainsi , de quelque côté que nous envisagions la ques- tion , nous arrivons constamment à cette vérité , que l'ob- servation raisonnée des animaux en esclavage est une des voies les plus sûres qui nous aient été données pour par- venir à les étudier et à les connaître comme ils doivent Fètre par le naturaliste. IVJaintenant qu'il est bien établi que les auimaux ue sç ( =«96 ) conduisent jamais que conformément à leur situation et à leurs facultés , c'est-à-dire aux puissances qui agissent en eux et à celles qui agissent hors d'eux , je puis entrer dans mon sujet et considérer la source et les effets de la domesticité , sans craindre que les faits que je pourrai rapporter ou les conséquences que j'en tirerai soient re- poussées , sous prétexte qu'ils ne sont point naturels. La soumission absolue que nous exigeons des animaux, l'espèce de tyrannie avec laquelle nous les gouvernons , nous ont fait croire qu'ils nous obéissent en véritables esclaves 5 qu'il nous suffit de la supériorité que nous avons sur eux pour les contraindre à renoncer à leur penchant naturel d'indépendance (i) , à se ployer à notre volonté, à satisfaire ceux de nos besoins auxquels leur organisa- lion , leur intelligence ou leur instinct nous permettent do les employer. Nous concevons cependant que si le chien est devenu si bon chasseur par nos soins , c'e^t qu'il l'était naturellement , et que nous n'avons fait que développer une de ses qualités originelles 5 et nous re- connaissons qu'il en est à-peu-près de même pour toutes les qualités diverses que nous recherchons dans nos ani- maux domestiques. Mais pour la domesticité elle-même, pour la soumission que nous obtenons de ces animaux, «'est à nous seuls que nous l'attribuons 5 nous en sommes la cause exclusive , nous leur avons commandé l'obéis- sance , comme nous les avons contraints à la captivité. (i) Le penchant des animaux à l^iodépendaoce consiste dans le bçsoia qu^ils ont de s'éloigner de tout ce qui leur inspire de la défiance , de tout ce qui est nouveau , de tous les objets avec lesquels Thabitude ne les a point familiarisés et qui leur donnent de la crainte. ( =97 ) La cause de noire erreur est que Jugeant sur de simples apparences , nous avons confondu deux idées essentiel- lement distinctes , la domesticité et l'esclavage -, nous n'avons vu aucune difTéren ce entre la snumission de l'a- nimal et celle de l'homme 5 et du sacrifice que l'homme esclave se trouvait forcé de nous faire , nous avons pensé que l'animal domestique nous faisait un sacrifice équi-- valent. Cependant ces deux situations n'ont rien de sem- blable 5 la dislance entre l'animal domestique et l'homme escUv^ est infinie -, elle est la môme que celle qui sépare la 'volonté simple de la liberté. L'animal en domesticité , ainsi que celui qui vit au milieu des bois, fait usage de ses facultés dans les li- miies marquées par sa situation : comme il n'est jamais sollicité à agir que par des causes extérieures et par ses instincts, dès que sa volonté se conforme aux nécessités qui l'environnent , il n'en sacrifie rien 5 car la volonté (i) consiste dans la faculté d'agir spontanément suivant tous les besoins qu'on sent et par lesquels on est naturelle- ment sollicité , mais qu'on ne connaît pas. Cet animal n'est donc point au fond dans une situation différente de celle où il serait , livré à lui-même; il vit en société sans contrainte de la part de l'homme , parce que sans doute il était un animal sociable , et il a un chef à la volonté duquel il se conforme dans certaines limites , parce que probablement sa troupe aurait eu un chef, et que cette (i) L'activité simplement déterminée par des penchans ou des be^t soins, quelle que soit leur origine , c'est la volonté; déterminée par la ççnnaissance que l'esprit a acquise de ces penchans et de leur cause , ou de ces besoins , en les soumettant à son examen par la réflexion , cVst la \iberlc , le libre arbitre. ( 298) volonté est une des. conditions les plus fortes de celle» qui agissent sur lui. 11 n'y a rien là qui ne soit con- forme à ses penchans : ce sont ses besoins qu'il satis- fait 5 nous ne voyons point qu'il en éprouve d'autres ; et c'est l'état où il serait dans la plus parfaite liberté : seu- lement son chef est un maître qui a sur lui un pouvoir immense, et qui en abuse souvent ; mais souvent aussi, ce maître emploie sa puissance à développer les qualités naturelles de l'animal, et sous ce rapport celui-ci s'est véritablement amélioré; lia acquis une perfection qu'il n'aurait jamais pu atteindre dans un autre état , sous d'au- tres influences. Quelle différence entre cet animal et l'homme esclave , qui n'est pas seulement sociable, qui n'a pas seulement la faculté du vouloir, mais qui déplus est un être libre ; qui ne se borne pas à se conformer spon-. lanément à sa situation , par l'influence aveugle qu'elle exercerait sur lui , mais qui peut la connaître , la juger ,. en apprécier les conséquences et en sentir le poids ! Et cependant celte liberté qui peut lui faire envisager sa si-f tualion , lui montrer tout ce qu'elle a de pénible , il voit qu'elle est enchaînée , qu'il ne peut en faire usage ^ qu'il faut qu'il agisse sans elle, qu'il descende consé-? quemmenl au-dessous de lui , qu'il se dégrade au niveau de la brute , qu'il s'abaisse même au-dessous d'elle 5 car l'animal satisfaisant tous les besoins qu'il éprouve est né- cessairement en harmonie avec la nature , avec les cir-t constances au milieu desquelles il est placé , tandis que l'homme qui ne satisfait point les siens , qui est forcé de renoncer au plus important de tous, est loin d'être dans ce cas; il est dans l'ordre moral ce qu'est un être mutil^ ou un monstre dans l'ordre physique. ( 299 ) Sans doute la liberté de T homme , qui au fond réside dans sa pensée , ne peut être contrainte , et en ce sens l'homme , réduit aux fonctions de bête de somme , pour- rait n'être point esclave. Mais la pensée qui ne s'exerce pas cesse bientôt d'être active : or pourquoi s'exercerait la pensée d'un homme qui ne peut y conformer ses ac- tions? Et si, malgré son état d'abjection, elle conser- vait quelque activité, sur quoi s'exercerait-elle? Le ca- ractère et les mœurs des esclaves de tous les siècles sont là pour répondre. » Nous serions dans l'impossibilité de remonter à la source des différences fondamentales qui existent entre l'animal domestique et l'homme esclave , que la diffé- rence des ressources auxquelles nous sommes obligés d'avoir recours pour soumettre les animaux et pour sou- mettre les hommes, serait suflûsante pour nous faire présumer que des êtres qu'on ne parvient à maîtriser que par des moyens tout-à-fait opposés , ne se ressem- blent pas plus après qu'avant leur soumission , et qu'une distance considérable doit séparer l'esclavage de la do- mesticité. En effet , l'homme ne peut être réduit et maintenu en esclavage que par la force , car il est du caractère de la liberté de n'obéir qu'à elle-même : la volonté au con- traire n'existant que dans les besoins et ne se manifes- tant que par eux , l'animal ne peut être amené à la do- mesticité que par la séduction, c'est-à-dire qu'autant qu'on agit sur ses besoins , soit pour les satisfaire , soit pour les affaiblir. Ainsi une première vérité , c'est que la violence serait 6aus efficacité pour disposer un animal non domestique I ( 3oo ) à robéissaiice. Wélant point naturellement porté à se rapprocher de nous qui ne sommes pas de son espèce , il nous fuirait, s'il était libre, au premier sentiment de crainte que nous lui ferions éprouver , ou nous prendrait «in aversion s'il était captif. Nous ne parvenons à l'at- tirer et à le rendre familier que par la confiance , et les bienfaits seuls sont propres à la faire naître. Cest donc par eux que doivent commencer toutes tentatives en- treprises dans la vue d'amener un animal à la domes- cité. / Les bons traitemfcns contribuent surtout à développer Tinstinct de la sociabilité , et à affaiblir proportionnel- ment tous les penchans qui seraient en opposition avec lui. C'est pourquoi il ne fut jamais d'asservissement plus sûr, pour les animaux , que celui qu'on obtient par le bien-être qu'on leur fait éprouver. Nos moyens de bons traitemens sont variés , et l'effet de chacun d'eux diffère , suivant les animaux sur lesquels on les fait agir , de sorte que le choix n'est point indiffé- rent, et qu'ils doivent être appropriés au but qu'on se propose. Satisfaire les besoins naturels des animaux serait un moyen qui , avec le temps , pourrait amener leur sou- mission^ surtout en l'appliquant à des animaux très- jeunes 5 l'habitude de recevoir constamment leur nourri- ture de notre main , en les familiarisant avec nous , nous les attacherait -, mais , à moins d'un^ très-^long emploi de ce moyen , les liens qu'ils formeraient seraient légers : le bien que , de cette manière , un animal aurat reçu de nous , il se le serait procuré lui-même , s'il eût pu agir conformément à sa disposition naturelle. Aussi retour- (3oi ) nerait-il peiil-èire à son indépendance primîtivc dès que MOUS voudrions le ployer à un service quelconque ^ car il y trouverait plus qu'il ne recevrait de nous , la faculté de s'abandonner à toutes ses impressions. Il ne suffirait donc pas vraisemblablement de satisfaire les besoins des animaux pour les captiver ; il faut davantage : et c'est en efiet en exaltant leurs besoins ou en en faisant naître de nouveaux que nous sommes parvenus à nous les atta- cher et à leur rendre , pour ainsi dire , la société de Fhomme nécessaire. La faim est un des moyens les plus puissans de ceux qui sont à notre disposition pour captiver les animaux ; et comme l'étendue d'un bienfait est toujours en propor- tion du besoin qu'on en éprouve , la reconnaissance de l'animal est d'autant plus vive et plus profonde que la nourriture que vous lui avez donnée lui devenait plus nécessaire. Il est applicable à tous les Mammifères sans exception ; et si d'un côté il peut faire naître un senti- ment alTectucux , de l'autre il produit un affaiblissement physique qui réagit sur la volonté pour l'alTaiblir elle- même. C'est par lui que commence ordinairement l'é- ducation des chevaux qui ont passé leurs premières an- nées dans une entière indépendance. Après s'en être rendu maître , on ne leur donne qu'une petite quantité d'alimens , et à de rares intervalles ; et c'est assez pour qu'ils se familiarisent à ceux qui les soignent , et pren- nent pour eux uue certaine atiection que ceux-ci peuvent faire tourner au profit de leur autorité. Si l'on ajoute à l'influence de la faim celle d'une nour- riture choisie , l'empire du bienfait p<^ut s'accroître con- sidérablement 5 et il arrive à un point étonnant si , par ( 302 ) une nourriture arlificîelle , on parvient à flatter beaucoup plus le goùl des animaux qu'on ne le ferait avec la nour- riture la meilleure , mais que la nature leur aurait des- tinée. En effet , c'est principalement au moyen de vérita- bles friandises , et surtout de sucre , qu'on parvient h. maîtriser ces animaux herbivores que nous voyons sou- mettre à ces exercices extraordinaires , dont nos cirques nous rendent quelquefois les témoins. Cette nourriture recherchée , ces friandises , agissent immédiatement sur la volonté de l'animal : pour obtenir l'effet qu'on en désire , la faim et Taffaiblissement phy- sique ne leur sont point nécessaires , et l'affection qu'ob- tient par elles celui qui les accorde , est due tout entière au plaisir que l'animal éprouve 5 mais ce plaisir dépend d'un besoin naturel , et tous les, plaisirs- que les animaux peuvent ressentir n'ont pas , s'il m'est permis de le dire, une origine aussi sensuelle. Il en est un que nous avons transformé en besoin pour quelques-uns de nos animaux domestiques , qui semble être tout-à-fait artificiel , et ne paraît s'adresser spécia- lement à aucun sens : c'est celui des caresses. Je crois qu'aucun animal sauvage n'en demande aux autres indi- vidus de son espèce : même chez nos animaux domesti- ques , nous voyons les petits joyeux à l'approche de leur mère j le mâle et la femelle contens de se revoir 3 les in- dividus habitués de vivre ensemble se bien accueillir lorsqu'ils se retrouvent 5 mais ces sentiraens ne s'expri- ment jamais de part et d'autre qu'avec beaucoup de mo- dération , et on ne voit que dans peu de cas qu'ils soient accompagnés de caresses réciproques. Ce genre de té- moignage , où les jouissances qu'on reçoit se doublent ( 3o3 ) par celles qu*on accorde, appartient peut-être exclusive^ ment à l'homme : c'est de lui seul que les animaux en ont acquis le besoin ; aussi c'est pour lui seul qu'ils ré- prouvent, c'est avec lui seul qu'ils le satisfont; et comme le besoin de la faim peut acquérir de la force lorsque la nourriture augmente la sensualité , de même l'influence des caresses peut s'étendre lorsqu'elles flattent plus par- ticulièrement les sens. C'est ainsi que les sons adoucis de la voix ajoutent aux émotions causées par le toucher, et que celles-ci s'accroissent par l'atlouchement des ma- melles. Tous les animaux domestiques ne sont pas , à beau- coup près , également accessibles à l'influence des ca- ressas , comme ils le sont à l'influence de la nourriture, chaque fois que la faim les presse. Les ruminans parais- sent y être peu sensibles ; le cheval , au contraire , semble les goûter pour elles seules , et il en est de même de beaucoup de pachydermes , et surtout des éléphans. Le chat n'y est point indiflerent ; on dirait même quelque- fois qu'il met de la passion à les rechercher. Mais c'est sans contredit sur le chien qu'elles produisent les eflets les plus marqués ; et , ce qui mérite attention , c'est que toutes les espèces du genre que j'ai pu observer parta- geaient avec lui cette disposition. La Ménagerie du Roi a possédé une louve sur laquelle les caresses de la main et de la voix produisaient un eflet si puissant , qu'elle semblait éprouver un véritable délire , et sa joie ne s'ex- primait pas avec moins de vivacité par ses cris que par ses mouvcmens. Un chacal du Sénégal était exactement dans le même cas ; et un renard commun en était si for- tement ému qu'on fut obligé de s'abstenir à son égard (3o4) (le tout témoignage de ce genre , par la craînie qu'ils n'a- menassent pour lui un résultat fâcheux ^ ce que je ne dois pas passer sous silence , c'est que ces trois animaux étaient des individus femelles. Je ne sais si je dois raellre les dianls , les airs cadencés, au nombre des besoins artificiels à l'aide desquels la vo- lonté des animaux se captive. On sait que les chameliers en font usage pour ralentir ou accélérer la marche des animaux qu'ils conduisent *, mais n'est-ce pas un simple signe auquel l'allure de ces animaux est associé , comme le son de la trompette en est un pour les chevaux qui, par lui , sont avertis que la carrière est ouverte et qu'ils vont y être lancés? Je serais tenté de le croire , ne con- naissant aucun fait qui puisse donner une idée con- traire ; car ce qu'on a dit de la musique sur les éléphans a été vu avec quelques préventions , du moins ce que j'ai observé me le persuade tout-à-fait. Cependant il se- rait curieux de rechercher sur quel fondement cette asso- ciation repose, quels sont les rapports des sons avec l'ouïe des Mammifères , eux dont la voix est si peu variée et si peu harmonieuse. Il ne suffit cependant pas que les moyens de captation précèdent toujours les actes de docilité qu'on demande aux animauK , il faut encore qu'ils leur succèdent : la contrainte employée à propos ne reste pas étrangère à ces actes , et elle pourrait nuire si elle était trop pro- longée. Des caresses ou des friandises font à l'instant cesser cet effet : le calme et la confiance renaissent et viennent affaiblir, sinon effacer, les traces de la crainte. Une fois que la confiance est obtenue, que la fami- liarité est établie 5 une fois que , par les bons trailcmeus , (3o5 ) rhabiludc a rendu la société de Thomme indispensable à Tanimal , noire autorité peut se faire sentir , nous pou- vons employer la contrainte et appliquer des châiimens. Mais nos moyens de corrections sont bornés : ils se ré- duisent à des coups , accompagnés des précautions né- cessaires pour que les animaux ne puissent fuir ; et ils Tjc produisent qu'un seul effet, qui consiste à transfor- mer le sentiment dont il est nécessaire de réprimer la manifestation en celui de la crainte. Par l'association qui en résulte , le premier de ces sentimens s'affaiblit , et quelquefois même finit par se détruire jusque dans son germe. Mais l'emploi de la force ne doit jamais être sans limites : son excès produit deux effets contraires , il in- timide ou révolte. La crainte en effet peut être portée au point de troubler toutes les autres facultés. Un cheval naturellement timide , corrigé imprudemment , et tout entier à son effroi , n'aperçoit plus même le goufre où il se précipite avec son cavalier ; et Tépagneul , si propre à la chasse par son intelligence , si docile à la voix de son maître , n'est plus qu'un animal indécis , emporté ou tremblant , lorsqu'une sévérité outre mesure a présidé à son éducation. Quant à la résistance , elle commence toujours , de la part de l'animal , au point où notre au- torité sort des bornes que le temps et l'habitude avaient fixées à son obéissance. Ces bornes varient pour chaque espèce et pour chaque individu ; et dès qu'elles sont dé- passées , l'instinct de la conservation se réveille , et en même temps la volonté se manifeste avec toute sa force et toute son indépendance. Aussi voyons -nous souvent nos animaux domestiques , et le chien lui-même , se ré- volter contre les mauvais traitemens et exercer, sur ceux IX. 20 ( 3o6 ) qui les leur infligent , les plus cruelles vengeances. Les individus même que nous regardons comme vicieux , et que nous nommons rétifs , ne se distinguent au fond de ceux qui ont de la douceur et de la docilité , que par des penchans plus impérieux , que souvent , il est vrai , au- cun moyeu ne peut captiver -, mais que souvent aussi un meilleur emploi de ceux dont on fait communément usage parviendrait à affaiblir. Je ne rapporterai pas les exemples nombreux de ven- geances exercées par les animaux domestiques , et parti- culièrement par les cbevaux , sur ceux qui les avaient maltraités ; la baine que ces animaux ressentaient pour ces maîtres cruels , et le temps durant lequel ce senti- ment s'est conservé en eux avec toute sa violence primi- tive. Ces exemples sont nombreux et connus -, et quoi- qu'ils aient dû faire concevoir que la brutalité était un moyen peu propre à obtenir l'obéissance , ils ont été sans fruits , et les animaux sont encore traités par nous comme si nous avions autre cbose à soumettre en eux que leur volonté. Je citerai cependant l'exemple qui m'a été offert par un éléphant , et cela moins à cause de sa rareté chez nous , qu'à cause des caractères particuliers qui l'ont accompagné. Cet animal avait été confié , à l'âge de trois ou quatre ans , à un jeune homme qui le soignait , et l'avait dressé à différens exercices qu'il lui faisait répéter pour l'amu- sement du public. Il avait pour son maitre une entière obéissance et une vive affection : non - seulement il se conformait , sans la moindre hésitation , à tous ses com- mandemens , mais encore il avait besoin de sa prësence ; il repoussait les soins de toute autre personne , et sem- ( 3o7 ) blait même ne manger qu'à regret lorsque sa nourriture lui était présentée par une main élrangère. Tant que ce jeune homme avait été sous les yeux de son père , propriétaire de Téléphant , soit que la sur- veillance de sa famille le contraignit , soit que l'âge n'eût point encore développé ses mauvais penchans , il n*avait jamais eu que de bons procédés pour l'animal qui lui était confié *, mais une fois que la Ménagerie du Roi eut acquis cet animal , et que ce jeune homme , qu'elle prit à son service , fut livré à lui-même , les choses changè- rent : celui-ci s'abandonna au désordre , et négligea les soins dont il était chargé *, il en vint même , dans ses mo- inens d'ivresse , jusqu'à frapper son éléphant. Celui-ci , de gai qu'il était habituellement , devint morne et taci- turne , au point qu'on le crut malade : il obéissait ce- pendant encore , mais non plus avec cet empressement qui annonçait que tous ses exercices n'étaient pour lui que des jeux et des amusemens ; des signes d'impatience se manifestaient même quelquefois , mais aussitôt ils étaient réprimés : on voyait que des seniimens très -di- vers se combattaient en lui ; mais la situation peu favo- rable à l'obéissance où le mettait cet état violent , hé contribuait pas peu à exciter le mécontentement de son conducteur. C'est en vain qu'on avait donné les ordres les plus positifs à ce jeune homme de ne jamais frapper son éléphant, qu'on lui avait fait sentir que les bons traitemens seuls pouvaient rendre la première docilité à cet animal : humilié d'avoir perdu son autorité , et sur- tout de ne plus faire ses exercices avec le même succès qu'autrefois , son irritation allait croissant ; et un jour qu'il se trouvait moins susceptible de raison que de cou- ( 3o6 ) turac , il frappa son animal avec tant de brutalité , que celui-ci , poussé à bout , jeta un cri de fureur tel , que son maître effrayé à ce cri , qu'il entendait pour la pre- inière fois , s'empressa de fuir, et bien lui en prit ; car dès lors rélépbant n'a plus même souffert qu'il l'appro- chât \ à sa seule vue il entrait en colère , et tous les moyens qui depuis furent tentés pour ramener en lui de meilleurs sentimens furent sans succès : la haine avait remplacé l'amour , l'indocilité avait succédé à l'obéis- sance , et tant que cet animal a vécu ces deux sentimens l'ont dominé. Les bienfaits , de notre part , sont donc indispensa- bles pour amener les animaux à l'obéissance : comme nous ne sommes pas de leur espèce,, ils n'éprouvent pas naturellement d'affection pour nous , et nous ne pouvons pas d'abord agir sur eux par la contrainte \ mais il n'en doit pas être de même de la part des individus vers les- quels ces animaux sont attirés par leur instinct , qui sont de la même espèce , auquel un lien puissant tend à les unir, et pour qui la contrainte exercée par leurs sem- blables est un état naturel , une condition possible de leur existence. Dès leurs premiers rapprochemens , ces animaux sont vis-à-vis l'un l'autre dans la situation des animaux do- mestiques vis-à-vis des hommes , après que ceux-ci sont devenus nécessaires pour eux , les ont séduits et capti- vés : c'est-à-dire que les uns peuvent immédiatement employer la force pour soumettre les autres. Ce sont en- t ore les éléphans , qui , par la manière dont on les rend domestiques , nous fournissent un exemple de cette vé- rité. Mais pour le bien faire concevoir je dois préalable- ( îog > ment rappeler des faits que j'ai développés dans mon Mémoire sur la Sociabilité. Tous les animaux sociables, abandonnés à eux-mêmes, forment des troupes plus ou moins nombreuses , et tous les individus de la même troupe se connaissent , sont attachés l'un à l'autre suivant les rapports que les circon- stances et leurs qualités individuelles ont établis entre eux : aussi l'harmonie règne au milieu de ces troupes tant qu'aucun incident ne vient la troubler. Mais cette sorte de bienveillance n'existe que pour les individus de la même troupe ; un individu étranger n'est point d'a-^* bord admis par €ux , presque toujours ils l'accueillent eu ennemi , et les mauvais traitemens le réduisent sou- vent à fuir. D'un autre côté, tout individu isolé a besoin de' là' société de ses semblables ; il les recherche , s'approche d'eux , les suit d'abord de loin , et pour être admis fait abnégation de sa volonté jusqu'au point où le sentiment de sa propre conservation le détermine à se défendre ou à s'éloigner. Les éléphans domestiques , obéissant à l'homme qui les conduit, sont vis-à-vis d'un éléphant sauvage, isolé, dans ce cas d'éloignement et d'hostilité de tout individu d'une troupe vis-à-vis des individus d'une autre troupe ; tandis que l'éléphant solitaire est invinciblement porté- par sou instinct à se rapprocher des autres individus de son espèce et à se soumettre à eux dans certaines limites. Des éléphans , comme tous les autres animaux socia- bles , pourront donc employer immédiatement la force pour en soumettre d'autres 5 et en eflet c'est ce qui arriva (3.0) daqs la manière dont les ëlëphans sauvages sont amenés 9 la domesticité. Des individus domestiques , ordinairement femelles , sont conduits dans le voisinage des lieux où se sont éta- blis des individus sauvages. Si dans lenr troupe il s'en trouve un qui soit forcé de se tenir à Técart , et même de vivre solitaire , ou parce qu'étant mâle il en est dans la troupe de plus forts que lui , ou par toute autre cause, poussé par son penchant naturel , il ne tarde pas à dé- couvrir les individus domestiques et à s'en rapprocher. Les maîtres de ceux - ci , qui ne sont point éloignés , accourent , chargent de cordes l'éléphant étranger, pro- tégés par ceux qui leur appartiennent , lesquels , à la moindre résistance du nouveau venu , le frappent à coups de trompe ou de défenses et le contraignent à se laisser entraîner. Les châtimens infligés par les individus domestiques à l'individu sauvage , joints aux bons traitemens qu'il reçoit d'ailleurs , amènent bientôt la fin de sa captivité, c'est-à-dire le moment où sa volonté se conforme à sa nouvelle situation , où ses besoins sont d'accord avec les commandçmens de son maître , et où il se soumet aux difierens travaux auxquels on l'applique , travaux que rhabitude ne tarde pas à rendre faciles ^ car on assure qu'il ne faut que quelques mois pour transformer un éléphant sauvage en éléphant domestique. Tant que les animaux sont à un certain degré suscep- tibles d'affection et de crainte , tant qu'ils peuvent s'at- tacher à ceux qui leur font du bien et redouter ceux qui les punissent ,il suffit de développer, d'accroilre en eux ççs^ sentimens pour affaiblir ceux qui leur seraient conr (3,. ) ficaires , et donner un autre objet , une autre direction k leur volonté. C'est ce que nous avons obtenu par Tappli- cation des moyens qui viennent de faire le sujet de nos recherches et de nos considérations. Mais il arrive , ou par la nature des individus , ou par la nature des espè- ces , que l'énergie de certains penchans acquiert une telle force qu'aucun autre sentiment ne peut la surmonter, et sous l'empire de laquelle aucun autre sentiment même ne peut^aître. Pour ces animaux il ne suffirait plus de bons traitemens ou de corrections 5 ni les uns ni les au- tres n'agiraient efficacement 5 ils ne seraient mênie que* des causes nouvelles d'exercices pour la volonté , et au lieu deTaflaiblir ils l'exalteraient. Il est donc indispen- sable , pour les animaux qui éprouvent un besoin si im-- périeux d'indépendance , de commencer par agir immé- diatement sur leur volonté , d'amortir leur emportement pour les rendre capables de crainte ou de reconnais- sance ; et pour cela on a eu l'heureuse idée de les sou- mettre à une veille forcée ou à la castration. D'après tout ce qu'on rapporte , il paraît que le pre- mier de ces moyens , la veille forcée , est de toutes les modifications qu'un animal peut éprouver, sans qu'on le mutile , celle qui est la plus propre à affaiblir sa vp-^ lonté et à le disposer à l'obéissance , surtout lorsqu'on lui associe avec prudence les bienfaits et les chàtimens ; car alors les sentimens affectueux éprouvent moins de^ résistance , s'enracinent plus vite et plus profondément, et la crainte , par la même raison , agit avee plus de promptitude et plus de force. Les moyens qu'on peut employer pour suspendre le aiommeil consistent dans des coups de fouet appliqués (3iO plus OU moins vivement , ou dans un bruit retentissant, comme celui du tambour ou de la trompette , qu'on va- rie pour éviter Teflet de l'uniformité , mais surtout dans la nourriture rendue pressante par la faim : et , parmi les observations auxquelles ces différens procédés don- nent lieu , il en est une sur laquelle il ne sera pas sans intérêt de s'arrêter ici un moment , quoiqu'elle ne résulte pas exclusivement du cas particulier que nous exami- nons , et qu'elle se présente dans un grand noml^e d'au- tres circonstances. Elle nous fait voir que tous les ani- maux ne savent pas rapporter à leur cause les modifica- tion? qu'ils éprouvent par l'intermède des sons , toutes les fois que certaines relations particulières n'existent pas entre eux et ces causes. Qu'un étalon ou un taureau indociles se sentent frap- pés , ils ne se méprennent point sur la cause de leur douleur 5 c'est à la personne qui a dirigé les coups qu'ils s'en prennent immédiatement , même quand ils au- raient été frappés par un projectile ; comme le sanglier qui se jette sur le chasseur dont la balle l'a blessé. Je n'examine pas si l'expérience entre pour quelque chose dans leur action : ce qui est certain , c'est que quel- que expérience qu'aient ces animaux du bruit qui les fait souffrir , ils ne savent jamais en rapporter la cause à l'instrument qui le produit , ni à la personne qui em- ploie cet instrument j ils souffrent passivement , comme s'ils éprouvaient un mal intérieur j la cause comme le siège de leur malaise est en eux : et cependant ils dis- cernent très-exactement la direction du bruit. Dès qu'ils sont frappés d'un son , leur tête et leurs oreilles se diri- gent , sa^s la moindre hésitation , vers le point d'où il (3i3) part 5 il est même des animaux chez lesquels celte action est instinctive et précède toute expérience : et relative- ment aux sensations , je pourrais ajouter que le taureau agit à la vue d'une étoffe rouge , comme à l'impression des coups 5 la cause de la modification qu'il éprouve est, dans un cas comme dans l'autre , entièrement hors de lui : ce qui nous montre , de plus , que si le cheval et le taureau ne rapportent pas le son à l'instrument qui le produit, c'est moins encore à cause de l'intermédiaire qui les sépare de cet instrument , qu'à cause de la na- ture particulière des sensations de l'ouïe. Les moyens précédons sont applicables à tous les ani- maux et à tous les sexes , quoiqu'ils ne produisent pas chez tous le même résultat. Celui de la castration ne s'applique qu'aux individus mâles , et il n'est absolu- ment nécessaire que pour certains ruminans , et prin- cipalement pour le taureau. Presque tous les besoins non satisfaits , surtout quand ils ont pour objet de réparer les forces , la faim , le sommeil , sont accompagnés d'un affaiblissement physique. Il en est un au contraire qui semble les accroître dans la proportion des obstacles qui s'opposent à ce qu'il se satisfasse : c'est l'amour. Aussi ne pouvant exercer sur lui aucun empire immédiat, nous mutilons les animaux qui en éprouvent trop fortement les effets , en retranchant les organes où il a sa princi- pale source. En effet , le taureau , le bélier , etc. , ne se soumettent véritablement à l'homme qu'après leur mutilation 5 car l'influence des liqueurs spermaliques s'étend chez eux , comme , au reste , chez tous les autres animaux , bien au-delà des saisons où les besoins de l'amour se font (3i4) sentir. A aucune époque de leur vie , ces animaux n'ont la docilité que la domesticité demande ^ tandis que le bœuf, le mouton , ont toujours été donnés comme des modèles de patience et de soumission. Il résulte de là que les taureaux et les béliers ne sont utiles qu'à la pro- pagation , et que , dans la race , ce n'est que la femelle qui est domestique. Cette opération n'est point nécessaire pour les che- vaux, quoique ceux qui l'ont éprouvée soient générale- ment plus traitables que les autres. Par elle le cliien perd toute vigueur et toute activé j et cet eiïet paraît être com- mun à tous les carnassiers , car les chats domestiques sont, à cet égard, tout-à-fait dans le cas des chiens. C'est comme on voit par des besoins sur lesquels nous pouvons exercer quelque influence , qu'il dépend de nous d€ diriger , de développer ou de détruire , que nous par- venons à apprivoiser les animaux , et même à les cap- tiver entièrement ; et , vu le petit nombre de ceux dont nous avons su profiter , il est perm'is de penser que , dans la pratique , nous n'avons point encore épuisé cette source de moyens de séduction, et que d'autres pour- raient venir à notre aide , si jamais de nouvelles espèces à rendre domestiques, ou de nouveaux secours à deman- der à celles qui le sont , en faisaient sentir la nécessité et nous portaient à les rechercher. Néanmoins, malgré ce petit nombre , on concevra aisément qu'en les appli-- quant à des animaux de nature très-différente, on doit en obtenir des résultats très- variés. En effet , il n'y a presque aucune comparaison à établir à cet égard entre le chien et le buffle. Autant l'un est attaché, soumis, reconnaissant , fidèle , dévoué , autant l'autre est dé- , (3.5) pourvu de sentimens bienveillaiis et afîeclueux , et de toute docilité ; et entre ces deux extrêmes viennent se placer l'éléphant, le cochon, le cheval, l'âne, le dro- madaire, lelcharaeau, le lamas, le renne, le bouc, le bélier et le taureau , qui tous pourraient se caractériser par les qualités qu'ont développées en eux les influences auxquelles nous les avons soumis : mais ce sujet m^en- trainerait fort au-delà des limites que je dois me pres^ crire dans un simple mémoire. ?n'>''i Jusqu'à présent je me suis borné à faire connaître les eflets généraux que produisent sur les animaux domes- tiques les difTérens moyens que nous venons d'envisa- ger. Il ne sera pas inutile de jeter un coup-d'œil rapide sur ceux qu'ils font éprouver aux animaux sauvages 5 car la comparaison qui en résuhera nous aidera peut- être à remonter jusqu'au premier fondement de la do- mesticité. Les singes , c'est-à-dire les quadnmianes de l'ancien Monde , qui réunissent au degré d'intelligence le plus étendu chez les animaux, l'organisation la plus favo- rable au déploiement de toutes les qualités 5 qui sont portés à se réunir les uns avec les auti'es, à former des troupes nombreuses , paraissent avoir les conditions les plus favorables pour recevoir l'influence de nos moyens dH apprivoisement ; et cependant jamais singe adulle tnâle ne s'est soumis à l'homme, quelque bon traitement qu'il en ait reçu. J'entends parler des guenons, des maca- ques et des cynocéphales ^ car pour les orangs , les gib- bons et les semnopithèques , ce sont des animaux trop l)€u connus pour qu'il ait été possible , jusqu'à présent, (Je les soumettre à aucune expérience. Quant aux pre-» miers , leurs sensations sont si vives , leurs induction» si promptes, leur défiance naturelle si grande, et tous leurs sentimens si violens , qu'on ne peut , par aucun moyen , les circonscrire dans un ordre de condition quel- conque , et les habituer à une situation déterminée. Rien ne saurait calmer leurs besoins , lesquels changent avec toutes les modifications qu'ils éprouvent , et pour ainsi dire avec tous les mouvemens qui se font autour d'eux, d'où résulte que jamais on n'a pu compter sur un bon sentiment de leur part : au moment où ils vous don- nent les témoignages les plus affectueux, ils peuvent être prêts à vous déchirer 5 et il n'y a point là de trahi- son : tous leurs défauts tiennent à leur excessive mobilité. Il paraît cependant que par la violence , et en les te- nant continuellement à la gêne , on parvient à les ployer • à certains exercices. C'est ainsi que les insulaires de Su-^ matra réussissent à dresser les maimons (Macucus ne- mestrinus. Lin.) à monter sur les arbres au commande- ment et à en cueillir les fruits : mais nous ne trouvons là que des éducations individuelles 5 et où est nécessaire- ment la force , n'est point encore la domesticité. C'est encore ainsi que nous voyons quelques-uns de» ces animaux , et principalement le magot (Macacus inuus ) , apprendre à obéir à leur maître, et à faire ces sauts adroits et précis , à exécuter ces danses hardies que leur organisation et leur dextérité naturelle leur rendent faciles , et qui nous étonnent souvent. Cependant ils sont si exclusivement soumis à la force , que dès qu'ils peuvent s'échapper ils fuient pour ne plus reparaître , s'ils sont dans des contrées dont ils puissent s'accommoder et qui soient propres à les faire vivre. (3^7) , Odl parviendraît mieut à captiver les quadrumanes d'Amérique à queue pendante, tels que les atèles, les sapajous , qui , à une grande intelligence et à Tinstinct social, peuvent joindre une extrême douceur et un vif Lcsoin de caresses et d'afieclion. Quant aux lémuriens , on rencontrerait tant de difficultés , et on trouverait si peu d'avantages à les séduire, à cause de leur caractère indocile et craintif, qu'on aurait reconnu l'inutilité d'en faire l'essai si on l'eût tenté. Et l'on peut en dire autant des insectivores qui auraient encore le désavantage d'une intelligence très-bornée et d'une organisation de mem- bres peu favorables. Les carnassiers , tels que les lions , les panthères , les martes, les civettes, les loups, les ours, etc., etc., toutes espèces qui vivent solitaires , sont très-accessi- bles aux bienfaits et peu susceptibles de crainte. En li- berté ils s'éloignent des dangers 5 captifs , la violence les révolte , et semble surtout porter le trouble dans leur in- telligence : c'est la colère , la fureur qui alors s'empa- rent d'eux. Mais satisfaites leurs besoins lorsqu'ils les ressentent vivement ; qu'ils n'éprouvent de votre part que de la bonté; qu'aucun son de votre voix, aucun de vos mouvemens ne soient menaçans , et bientôt vous verrez ces terribles animaux s'approcher de vous avec confiance , vous montrer le contentement qu'ils éprou- vent à vous voir , et vous donner les témoignages les moins équivoques de leur affection. Cent fois l'appa- rente douceur d'un singe a été suivie d'une trahison; presque jamais les signes extérieurs d'un carnassier n'ont été trompeurs : s'il est disposé à nuire , tout dans son (3i8) geste et son regard l'annoncera , et il en sera de même si c^est un bon sentiment qui Tanime. Aussi a-t-on vu souvent des lions , des panthères, des ligi^s apprivoisés, qu'on attelait môme, et qui obéis- saient avec beaucoup de docilité à leurs conducteurs. On a vu des loups, dressés pour la chasse, suivre fidèle-* ment la meute à laquelle ils appartenaient-, on sait à quels exercices se ploient les ours : mais si l'on a pu ha- bituer ces animaux à l'obéissance , si nous avons pu les façonner à un travail quelconque, nous ne sommes point parvenus à nous les associer véritablement; et cepen- dant quels services les hommes n'auraient-ils pas tirés des lions ou des ours , s'ils eussent pu les employer comme ils sont parvenus à employer le chien ? Les phoques , tous animaux sociables et doués d'une rare intelligence , sont peut-être de tous les carnassiers ceux qui éprouveraient les plus profondes modification* de nos bons traitemens et qui se ploieraient avec le plus de facilité à ce que nous leur demanderions. Lesix)ngeur8, c'est-à-dire les castors^ les marmottes^ les écureuils , les loirs , les lièvres , etc. , semblent n'être doués que de la faculté de sentir , si peu leur intelli-^ gence est active. Ils s'éloignent de ce qui leur cause de la douleur et non de ce qui leur est agréable ; ce qui fait qu'on parvient à les habituer à certains états , même à certains exercices : mais ils ne distinguent que bien im^ parfaitement ces causes j elles paraissent n'exister pour eux que quand elles agissent , et ne former que peu d'as- sociation dans leur mémoire. Aussi le rongeur auquel vous avez fait le plus de bien ne vous distingue point individuellement, et ne témoigne rien de plus en votre (3i9) présence que ce qu'il témoignerait à la vue deîbule autre personne : et cela est également vrai pour ceux qui vivent en société et pour ceux qui vivent solitaires. Si nous passons aux tapirs, aux pécaris, au daman, aux zèbres , etc. , en un mot , aux pachydermes et aux solipèdes , nous trouvons des animaux vivant en troupes que la douleur peut rendre craintifs et les bienfaits re- connaissans , qui distinguent ceux qui les soignent y et s'y attachent quelquefois ti'ès-vivement. Il paraît qu'il en est jusqu'à un certain point de même des ruminans , mais principalement des femelles 5 car pour les mâles , sans aucune exception , je crois , ils ont une brutalité que les mauvais traitemens exaltent , et que les bons n'adoucissent point. Nous apprenons donc par les faits qui viennent de faire l'objet de nos considérations quelle est l'influence qu'exercent sur les animaux les divers moyens que nous avons imaginas pour les ployer et les attacher à notre service ; mais ils ne nous enseignent rien sur les dispositions qui sont nécessaires pour que la domesti- cité naisse de cette influence : car nous avons vu que plu- sieurs animaux reçoivent celte influence comme les ani- maux domestiques , sans pour cela devenir domestiques. Si noire action sur les animaux s'était bornée aux in- dividus , s'il eût fallu sur chaque génération recom- mencer le même travail pour nous les associer , nous n'aurions point eu , à proprement parler , d'animaux domestiques : du moins la domesticité n'aurait point été ce qu'elle est réellement \ et son influence sur notre ci- vilisation n'aurait pas eu les résultats que les observa- teurs les plus sages ont dû lui reconnaitre. Heureuse- ( 330 ) uient celte action se trouve liée à un des phénomènes les plus importans et les plus généraux de la nature ani- male ; et les modifications que nous avons fait éprouver aux premiers animaux que nous avons réduits en do- mesticité n'ont point été perdues pour ceux qui leur ont dû l'existence et qui leur ont succédé. C'est un fait universellement reconnu que les petits des animaux ont une très-grande ressemblance avec les individus qui leur ont donné la vie. Ce fait est aussi ma*- nifeste pour l'espèce humaine que pour toute autre ; et il n'est pas moins vrai pour les qualités morales et intel- lectuelles que pour les qualités physiques : or les qua- lités dislinclives des animaux d'une même espèce , celles qui influent le plus sur leur existence particulière, qui constituent leur individualité , sont celles qui ont été dé- veloppées par l'exercice , et dont l'exercice a été provo- qué par les circonstances au milieu desquelles ces ani- maux ont vécu. Il en résulte que les qualités transmis- sibles par les animaux à leurs petits , celles qui font que les uns ont une ressemblance particulière avec les autres, sont de nature à naître de circonstances fortuites , et conséquemment qu'il nous est donné de modifier les animaux et leur descendance, ou leur race , dans les li- mites entre lesquelles nous pouvons maîtriser les cir- constances qui sont propres à agir sur eux. Ce que ce raisonnement établit, Tobscrvati on des ani- maux domestiques le confirme pleinement. C'est nous qui les avons formés , et il n'est aucune de leur race qui n'ait ses qualités distinctes , qualités qui font recher- cher telle race de préférence à telle autre, suivant l'u- sage auquel on la destine , et qui sont constamment (3a. ) tratisinises par la génération , tant que des circonstances j opposées cl celles qui les ont occasionées , ne viennent pas détruire les effets de celles-ci. C'est par là qu'on a appris à conserver les races dans leur pureté , ou à ob- tenir , par leur mélange , des races de qualités nouvelles et intermédiaires à celles qui se sont unies. Mais tous ces faits sont tellement connus que je regarde comme superflu d'en rappeler particulièrement quelques-uns. Il ne sera cependant pas inutile de faire remarquer que les races les plus domestiques j les plus attachées à l'homme , sont celles qui ont éprouvé , de sa part , l'ac- tion du plus grand nombre des moyens dont nous l'a- vons vu faire usage pour se les attacher. Ainsi l'espèce du chien , sur laquelle les caresses ont tant d'influence , sans distinction de sexes , est sans, contre dit la plus do- mestique de toutes , tandis que celle du bœuf, dont les femelles seules éprouvent notre influence, et sur laquelle nous n'avons guère pu agir pour nous l'attacher que par la nourriture , est certainement celle qui nous ap- partient le moins. Et cette différence entre le chien et le bœuf doit être encore accrue par la différence de fécon- dité de ces deux espèces : en effet, le chien dans un temps égal soumet à notre influence un beaucoup plus grand nombre de générations que le bœuf. Nous igno- rons quelles dispositions avait le chien à son origine, pour s'attacher à l'homme et le servir, et par consé- quent pour que l'homme pût Famener au point de sou- mission où il est parvenu^ mais tout porte à croire qu'elles étaient nombreuses : et à la promptitude avec laquelle l'éléphant devient domestique , on a droit de penser que si notre action pouvait s'exercer sur un ccr- IX. 21 ( 3aa X laui nombre de ses généi.a lions il deviendrait, comme le chien , un de nos animaux les pliis soumis et les plus idleclueux, d'autant que tous les moyens propres à^ rendre les animaux domestiques sont propres à le mon difier. Malheureusement on. n'a mis aucun soin aie faire reproduire , on se contente des individus appri- voisés dans les contrées où ses services sont devenus né- ces^ires. Cette transmission des modifications indivi- duelles par la généi-ation ne donne point encore cepen- dant de base à la domesticité , quoiqu'elle lui soit indis- pensable. C'est un phénomène général qui a été observé sut les animaux les plus sauvages comme sur les ani- maux les plus soumis. Cherchons donc, maintenant que nous connaissons les animaux qui se sont associés à nous et ceux qui n'y sont point associés , quelle est la disposition commune aux uns y étrangère aux autres , (|iL'on pourrait regarder comme essentielle à la jdomesti- cité : car, sans une disposition particulière qui vienne se- conder n»ô efforts et empêcher que notre empire sur les animaux ne soit qu'accidentel et passager, il est impos- sible de concevoir comment nous serions parvenus à rendre domestiques des animaux , si tous eussent res- semblé au loup , au renard , à l'hyène , qui cherchent constamment la solitude , et fuient jusqu'à la présence de leurs semblables. Peut-être qu'à force de persévé- rance et d'efforts on parviendrait à former, parmi ces animaux , des races familiarisées jusqu'à un certain point avec l'homme , qui prendraient l'habitude de son voisi- nage , qui s'en feraient même un besoin par les avantages <}w.'elles.y. trouveraient , comme on l'a fait pour le chat qui vit au milieu de nous^ mais de là à la domesticité ( 3a3 ) rintervalle est immense. D'ailleurs pour tendre à un but il faut le connaître -, et comment les premiers hommes , qui se sont associé les animaux , Tauraient-ils connu ? Et Teussent-ils conçu hypolhétiquement , leur patience n'aurait-elle pas dû s'épuiser en vains efforts , à cause des innombrables essais qu'ils auraient dû faire , et du grand nombre de générations sur lesquelles ils auraient dû agir, pour n'arriver qu'à des résultats imparfaits? Ainsi, plus on examine la question , plus il reste démontré qu'une grande intelligence, qu'une grande douceur ûe caractère , la crainte des châtimens ou la recormaissance des bienfaits , sont insuffisantes pour que des animaux devienneut domestiques 5 qu'une disposition particulière est indispensable pour que des animaux se soumettent et ^'attachent à l'espèce humaine , et se fassent un besoin, de sa protection. - Celte disposition ne peut être que l'instinct de la sot oiabilité porté à un très -haut degré , et accompagné de qualités propres à en favoriser l'influence et le dévelop- pement \ car tous les animaux sociables ne sont pas sus- ceptibles de devenir domestiques. Mâis.tous n^s animaux domestiques , qui sont connus dans leur état de nature , que leur espèce y soit en partie restée , ou que^uelqnes-^ unes de leurs races y soient rentrées accidentellement , forment des troupes plus ou moins nombreuses j tf9^di& qu'aucune espèce solitaire , quelque facile qu'elle soit à apprivoiser, n'a donné de^races domestiques. En eifç^^ il suffit d'étudier cette disposition pour voirsu preudiNS^à i'aidede leur supériorité d'intelligence. :v>TrrA\*',r n i . Ainsi tout animal sociable, qui reconnaît l'homme pour membre et pour chef de sa troupe , eèt un animal domestique. On pourrait même dire que dès qu'un tel animal reconnaît T homme pour membre de son associa- tion , il est domestiqua, l'homme ne pouvant pas en- trer dans une semblable société sans en devenir^le che/^ ( 3^6 ) Si acluellemeni nous voulions appliquer les principes que nous venons d'établir, aux animaux sauvages , qui sont de naiurc à y être soumis , nous verrions qu'il en est encore- plusieurs qui pourraient devenir domestiques, si nous éprouvions la nécessité d'augmenter le nombre de ceux que nous possédons déjà; . XJuoique les singes aient les qualités les plus précieu- ses ^our des animaux domestiques , l'instinct sociable et -rinlelligence , la violence «t la mobilité de leur csu»©- tère les rendent absolument incapables de toute soumis- sion , et les exclut conséquemment du nombre des ani- maux qi][e nous nous potirrions associer ': 'la mâme ex- clusion doit iôtre donnée aùî: quadrumanes américaiîis , ^ùx makis et aux insectivores ', car, fussent-ils sociables et susceptibles de doknesticité i.leur faiblesse les.rendcait -iriutiles. .; .jeu 2yf> -^iiT-'»!) Les |)li,oqués seràS«rtt;^pcut-êfe#e de .totales carnassiers r, avec les chiens , les plus propres ;ài s!attacfeer h nofus et à nous servir ^ et l'on peut s'étonner que les peuples pê- cheurs ne les aient pas dressés à la pêche , ,€dnirae Jes peuples chasseurs ont dressé lie 'chien à lâchasse. iL-^Te pà^e sans m'arréter sUr les didelphes , les rongeurs et les édeaiés : la faiblesse de leur corps et leur intelli- gence e bornée, les mettraient dans rimpossibilité .tie *'aê^ soci(?t" utilement à nos besoins. Màiâ'pi^squ^')|9n& lèfc» pachydermes -qrui nd sont point enloure. domestiques ,se- aaient propres à le deveniifVeli l'on doit:S»rtomrpegyet- ter que le tapir soit eaçote. à l'état sauvage. Bieaufipup plus grand et beaucoup plqsjdiçcile? que le sanglier Vil donnerait des races d;ome&ti^ut*s,'nou,«M?ûi$ priéciouses que celles dû bochon, et dontlos.qùdliiés sellaient sure- ( 3^.7 ) ment différentiesiv ca» Uhaiùredu' tapir, inalgrépliisièurs 'points de rcs^eoAik^ti/Cc^ s'éloigne beaucou/p de celle du «anglier. Cependant le tapir, qui n'a que^faijjjes moyens d-edéfensêf^Be détruit en A»nérit{UBj,a[iiti4l est ^ràs - i>ei- cherche à caiisc delà bonté de sa chaipi'Gt ypour peu t|ue rAmériîqtte méridionale continue àâe:peû(pler, l'esr- çlèce propiVî à cfewo contrée diisparaitra de dessus k' terre. > ■ -sÇoûtes lés e$pèc!ee»dôlsolipèd€s ne deviendcatefitr^iaE inoms idomcstôguies <]Uoif2cclievaLou l'aDe^ et KédùcajLicm ■du zébro, du'Cauttgga-vdtiidauW', àc V hémiàuntts , sc^ rai tuiie^indus trie nijle àfla société tèL'luecaÛYO^purîCcÛK ocpii s'en occuperaient. rrq euon è oiiooin -jà 'li^màûpxétcms les r uminanâi'yd'teivtieaLl troupes: iiriu^i fia plupart des;cspèces de;ctei|^e>ïiorabï!eu$e££tmiMeiseraient ideAttUirjî. à devenir d.Qiriesti<]lne;si. Jl eacst;(Ù5iCi0Mt^QUt^, lét '^«l^élriè tciéme è&oix: , icpri «le îsOii t à xD;nïi> y iei rqu'on -cbiiV^rëgbéSt^'^lecnÇ' •'point vdiK^aonaombre des natore&s car elles auraient kfeuk «qualité* Lien précjetises^ elles ^btl*^«èr^irà»iettt'de bèté&'dc somme et ndns 'fonrakàient ;dês' toison» d'uAc grande iinesse : é'est ^a^paca,«i.la,4^i- -gogne. Ces 'animaux ^feont du double plus grands q.i^e nos -plus ^ndcfr races dé 'moulons : les quaUtéside- leur pç- ^àge's<>nl''trè^^'dîfiré^ô«l^ de celte de; la: laiiif piopro- ttÀit 'dilëV'et Ton pourrait en faire des étoffes qui par- nagcrafetit<;iES q^litéâ ^îfiViibftnçraiërttiitléCtoldslablcment ^tiatSiSttftèJ^ '^^t^ «bU¥el4c branfche^ id'induilyîâ^ i^l • » ^ ■'à, ut ^r»T \ii:yi ■ — :; ;.,. — i — : ; , , { . , — . ..j; h ;>i m .. ; ; tjr .; rv; ■ .. , , (t ) On a o b j e cté, contre la ^aturalisatioa ties-afHttMWJi- -des pays «jh^u^g, daiis.4ios rtS};ions scplenlriowalcs j jla tJiffKrçW|Ç,e. 4«^,^;ljiy^ats., ,^ui a paiii ime'UifncuMc n r- -i ♦iblc. Qn a4f:a,!ly^v.|té C('»r' -r^-f ai Ton «(^tJîiitux conué Vîs 1 iiolaii4tm'^5t J'étejutli moyens J'inUueuce sur les tins vivaus, C^est, au r«4^,,par JUf^^,.4)u^^|^rQur ( 3a8 ) Je bornerai ici mes considérations sur. la domesticité. Mon but était de montreu son véritable caractère , ainsi que les rapports des animaux domestiques aveô l'homme. Elle repose sur le penchant' qu ont les animaux à vîyjfe réunis en troupes et à s'attacher les uns aux autres : aussi ne robienons-nôus que paria séduction , et prin- cipalement en exaltant les besoin^s et en les satisfaisant^ mais nous ne produirions que des individus domestiques, et point de races, sans le conicours d'une des lois les plus générales de la vie , la transmission des modifica- tions organiques ou intellectuelles par la génération. Ici 36 montre à nous un des phénomènes les plus étonnajtis de la nature : la transformation d'une modification for- tuite en une forme durable , d'un besoin passager en Uîi penchant fondamental , d'une habitude accidentelle en un instinct. Ce sujet mériterait assurément dç» iixiççrl'atr tention des observateurs les plus rigoureux ç^ le^ médi- tations des penseurs les plus profonds. ., . ', j, > Cet essai est loin , sans doute, de contenir lou^.les développemens dont la domesticité était ^seeptibU \ car, pour traiter complètement cette matière^, il. ne ^s'a- girait pas moins que de créer la science d'une idies blan- ches les plus importantes de notre industrie, , la çon4uite des animaux , c'est-à-dire de soumettre, à des Jois fon- dées sur la nature les pratique^ aveugjesi et les règles empiriques , d'après lesquelles on ,^e dirige généralemeut aujourd'hui 5 mais mes recherches ne seront pas sans ■ " I l ■ I I ij i I ' ) l' u i ■ ■ ' ' ii 'i ' i if'i'i . ' ) ! I li n' ii n I II qu'on a opposé cette difficulté à l'introduction en Europe dé la vigogne pu de l'alpaca , animaux qui ne vivent que dans dbs régions très-tempé- rées ; mais elle ne serait pas même applicable au tapii-, quoiqu'origfnaire ^e« pa^s les plus chauds, (339) Utilité si elles montrent les principes d'après lesquels on peut sq conduire pour agir efficacement sur le naturel des animaux , les voies qu'il faudrait suivre pour leur amélioration , et tout ce qu on pourrait espérer en ce genre d!une direction éclairée et persévérante, -y jisîw; (^MxtraU des Mémoires du Muséum d'IùstoÎM.àtttur^lè.) Pe r Influence que les Ganglions cervicaux , moyens et inférieurs du grand sympathique , exercent sur le^ moui^emens du cœur y Par MM. H. Milne Edwards et P. Vavasseur , MM.-DD. ( Communication faite à la Société d^Hist. nat. de Paris.) "' • tièà^tia^sés dès mouvemens alternatifs de dilatation et de contraction du cœui^ otit été depuis long-tëirijjs le sujet dei^ hypothèses et des expériences "desphysiologistësJ 11 serait inutile d'exposer ici toutes les opinions" dîvei'èés énhîses suricette question ; et nous lioùsl bornerons 'i rap- peler quelqlitîs expériences léceîïtës'^ 'aui^quéUës' Ort p^- "i-àît avîôîr attaché' une' ittiporlance qti'èlles sbnt -loin 'de mériter. " '-'^ cq.TJOl aiî Uxr.h Dans un Mémoire sur les fonctic^tt^i^' èy^têttlé #èY;- veu X ganglionnaire , ^I .' feracUét^^ ' médédiii q li jtori'j -^«i- noricd Vpte léà motivemen^ tdtt co4u4«'dépé«3èft:| dti ttliif gf and sj^mpathiqiàe ,*'è¥ tfîé la sebï}dn''des' "iierfe eardiâ»- qucs les afrète siir -lé^'^hàhrip,' ef pô^'i*'%uJ6iii>s» Voici les expériencc&-&ur lesquelles il établit cette conclusion. m Apjrès plusieurs essais , dit-il, je suis paryen^ , non \, s^ns de grandes difficultés , à isoler sur deuji chicûs ( 33o ) » les deux ganglions cervicaux , moyen et inférieur. Au h momeiit oùj'ai fait la section des nerfs cardiaques qui y> en partent, let^œur a de suite cessé son action s le plus » souvent la mort a été le résultat de l'hémorrhagie , » avant que je n'aie pu arriver aux liei€s , à cause de » leur situation profonde {i)v'»» Chacun sentira combien de pareilles expériences sont peu concluantes. En effet , puisque dans tous les cas , à l'exception, de dqux , k tnort â^t sui:venue ^aV^n^ la se^C- liou. deç, nerfs en question., qfie peul-f ou conclure des àeux seules lexpwencesd^^ns^le^gueUes^^^ yi^ s'est pro- longée quelques instans de plus , pour ne cesser qu'a- près la isëétion de ces'côrdotïB nervfettX^^'" -^^ -'-l'' ' ' Un résultat si mal établi ne pouvant être admis sans examen , nous avons cru devoir repeter les expériences d^ont ji^^v^ vïenoi^s de, parler ,.|e^ ;ay^.nt soin, tX]^u|L^ibïSi «J'en féi^s pouvions par c6Aséqne^t,p^v^ir.}argeDaefit le ihog-axïans x^j^sQf oi^îfei?n0i)t; ios^an^n^gî ; ï l nous,- 4 4\é , a^açft.jf as -fa- mlfi d0^m,e«re, à nu les gimglions du trjsplai^çJmi^qAia, ^'k^ù na^Sssent î^s npri's caïdiaquçs ,, de:cq]aper.t93J^fgs Imrfè ,.Qu d'ejqtiri»^ ǧs,&ai)giipus,eu%?ïie>9^e§,de,f;teapc -'Mjflraclwtjlp. 47. : ' \'jIujiHib edbttfitg » ( 33i ) Cj6té du cou , et d'observer directement les effets de celle opération sur les mouvemens du cœur. Dans une première expérience faite sur un chat , âgé seulement de quelques heures , nous ouvrîmes largement la poitrine sur la ligne médiane , afin de diminuer au- tant que possible T^effusion du sang , et nous renversâmes les côtes en dehors 5 la respiration cessa aussitôt , et ce- pendant le cœur continua à battre. avec régularité , maïs en se ràlbtilissant prôgtôèfe'iVéttiëii'l , pén'datiïèrivîi-ôh Une demi-heure. ' >> .,.\wor Stfr liii'atitt"ë étfàti; ét'de tâ^^^^^ poirlfe j ÏÏn u i| i ^ u^es.ce3 f;»périciice».> la So^Mpliitor pjatique, M. Ducrotay de BlaiaviJle préteudit que c'était fu nUfij (330 Extrait d'une Lettre de M. Langsdorf^, Conseiller d'ëtat et Consul russe au Brésil, à M. le colonel BoRY DE Saint- Vincent. ( Communiqué à FlnsUtut. ) Mendioca, i5 mars i8a6. • (• "•'.■,:'■■■ J'ai la satisfaction de vous annoncer que l'appareil que vous avez décrit sous le nom de Coquette (i) , m'a réussi au-delà de toute espérance. Je compte en faire un grand usage dans le voyage que je vais entreprendre dans les parties centrales de la région méridionale du Nouveau- Monde... Je quitte la capitale pour faire la plus vaste course continentale qu'on ait jamais entreprise. Je des- cendrai la rivière Tiété , province de Saint - Paul , jus- qu'au grand fleuve de Parana , dont je descendrai un certain espace pour gagner l'embouchure du Rio pardo, qui sV jette en, formant les limites des provinces de -V'" ,• e"f>'i:1:f -i; p<''»f«''*V!iif?fTÎ k[ ^}> , r.4i'-!J pant les ganglions cardiaques , et non les ganglions cervicaux , que M. Brachet avait obtenu le résultat dont il vient d'être, question, et qu'en opérant sur les ganglions cervicaux , il avait constaté que* leur destruc- tion n'influait éù rien sur les mouvemens du cœur. Nbiis ignorons si cette opinioa est énoncée dans quelqu'ouTragc in^t^rt de M. ikachet ; xaajl^ «lie est ^n opposition directe avec ce qu'il a imprimé àaio^ ^on JVIé- moire sur les fonctioiv' du système nerveux ganglionnaire , et -où il dît expressément , ainsi qu'on le voit d'après la citation rapportée ci- 'dëssus, que c'est sur les ganglions cervicaux du grand sympatliiq^e qxi'il fit ses recherches , et que la section desi nerfs qni en;|)arteiït d^etminé •ur-le-champ la cessation des mouvemens du cœur. ( H'J^* E») (\) Appareil pour dessécher promptement Ls plantes , décrit par le colonel Bory de Saint-Vincent, avec "figures , torti. ni , p. if» et 5o4 d» pissent recueil. i. ( 333 ) Malto Grosso et de Guyaes •, je remonlerai le Rio pardo jusqu'à ses sources , où se trouvent d'assez hautes mon- tagnes : je me suis pourvu des moyens nécessaires pour le transport de mes grands canots par terre, durant quatre ou cinq lieues , après quoi je trouverai , en sui- vant d'autres sources occidentales , le Rio Tacuari , très- navigable , qui me conduira , après quelques mois, dans le plus beau fleuve de l'univers , le Paraguay. Alors m'attachant à son cours , je compte ne plus m'arrèter que je ne sois rendu dans la Silla du Cuyaba , capitale de la province de Matto-Grosso. Je compte sqjoumer un an vers le centre du Nouveau- JMonde ; je ne me remettrai en route que pour aller cher- cher la source de quelque affluent navigable de la rivière des Amazones , soit le Rio Topajo , soit le Xingu , par lequel je redescendrai vers la mer, pour venir terminer mon voyage à Para. Je désirerais beaucoup que vous fissiez paraître dans quelque recueil scientifique la note ci-jointe , relative aux racines du Caïnca ( Chiococca ) dont les voyageurs qui m'avaient précédé en Amérique n'avaient pas connu les propriétés précieuses- , à moins que le savant M. de Saint-Hilaire n'en ait parlé dans ses derniers voyages , ce qui doit être , car je serais sur- pris que ce laborieux et scrupuleux botaniste eût laissé échapper une chose si importante. Parmi les observations scientifiques, que j'ai eu occa* sion de faire pendant un long séjour au Brésil , je place au premier rang , pour leur utilité , celles qui sont rela- tives à la racine appelée dans le pays Caïnca, laquelle est maintenant employée en plusieurs endroits du Bré- sil , comme un remède spécifique contre l'hydropisie. ^; ( 334 ) La plante qui produit celte racine appartient au genre Chiococca, de la famille RuLiacécs (i). M. L. Riedel , qui in*accompagne comme botaniste pendant mes voya- ges dans rinlérieup du Brésil , a découvert deux espèces difréï"entes de ce genre , lesquelles ont des propriétés médicales communes. Ces espèces sont : Chiococca (raceniosa) scandons. Foliis ovatis acuminalis nitidis ; flori- bus racemosisj racewis axillaribus secundis '^. Flores albi vel flaves- centes ; odori ; bacca compressa subcarnosa. Habitat in coUibus syl- vestribus, locisque glareosis provîucia Minas- Geraes. Flor. maio, junio. Chiococca angui fuga {Martius). Cakinca , Caïnca atquo Raïz prêta des Portugais. Foliis ovatis acumiiiatis glabris; racemis panniculatis axillaribMS fpUosis. Arbuscula suberecta. Flpres vivide-lutei vel.ru- bescentes : bacca compressa. In campis siccis glareosis , Brasilia f , prov. Minas-Geraes 'if. Les aborigènes de l'Amérique méridionale ont em- ployé ce médicament depuis plusieurs siècles comme un antidote contre la morsure des serpens venimeuy. En différens endroits , son nom varie 5 dans la province de Minas-Geraes , il est nommé Raïz prêta ^ c'est-à-dire ra- cine noire : en quelques lieux il relient son nom indien le Cahinca ou Caïnca ; près de Sabara , Cnizadinha est le nom qui lui est donné , qui signifie une herbe avec des feuilles opposées en croix -, et dans la provineç de Saint-Paul il est nommé Cipo-Cruz , c'est-à-dire plante rampant avec les feuilles croisées : cependant le Caïnca n'est pas positivement un végétal rampant , comme le (1) M. Kunlh place le genre Chiococca dans la tribu des CofiSàcées. (B.) (335) Chiococca scandens, que Brown fit connaître ancienne- ment.. Le baron V. Eschwegens est le premier qui ait parlé publiquement , mais en même temps très - imparfaite* ment , de l'efficacité do cette plante contre la morsure des serpens ▼enimeux, dans son Journal von Brasilien, vol. I , p. 2^5. Le baron n'est pas botaniste, et la re- présentation qu'il en a donnée , tab. 3 , est si dissembla- ble et si incorrecte qu'il est impossible de reconnaître à quel genre appartient ce dont il veut parler. On trouve cucore quelque cbose sur les propriétés de la racine , dont il est question dans les voyages au Brésil des doc- teurs V. Spixet V. Martius , vol. i, p. 3o6. Cependant on n'avait pas encore parlé en Europe des propriétés du Chiococca racemosa contre l'hydropisie , qui est une maladie très-fréquente au Brésil , ce que j'attribue à l'usage immodéré du rhum nouveau et à Fi- vrognerie qui en résulte trop communément. Ces pro- priétés m'avaient d'abord été indiquées par les Curers ou Curiosos du pays j aussi n'y ajoutai-je d'abord pas beau- coup de foi , car les médecins habiles formés par l'étude étant fort rares ici , on a ordinairement recours , dans les maladies , à des recettes prescrites par de vieilles femmes , des Indiens ou des charlatans , qui prennent le titre de guérisseurs ou de curieux. Mais ayant enfin porté mon attention sur le fait^ je l'ai fait vérifier moi-même «à diverses reprises par d'iiabiles gens , ei je pourrais ci- ter ici les cures qui ont été obtenues 5 je les nommerais volontiers classiques , parce qu elles ont eu lieu sur de» personnes exemples de préjugés , et qui sont là pour at- icster la vérité des faits. ( 336 ) Je puis citer , parmi les autorités respectables et în- conteslaLlcs , un propriétaire nommé le Scnhor Paulo du Vargem grande , près la rivière du Paraïbrena ^ il fut }e premier à diriger mon attention sur cet objet , et m'a assuré qu'il avait souvent guéri radicalement divers by- dropiques désespérés , par l'administration de cette ra- cine. M. le lieutenant - colonel Guide Marlière de Minas- Geraes considère le Chiococca racemosa comme une pa- nacée dans le même cas. Il en a obtenu des succès qu'il regarde comme miraculeux. Le docteur Guddoy, premier médecin dans la pro- vince des Mines depuis douze ans , a publié , dans un journal périodique , le Patriote , à Rio-Janeiro , les cures qu'il avait obtenues par la racine de Chiococca ra- cemosa dans des cas d'iiydropisie invétérée. L'intelligent et respectable prêtre de Santa - Luzia de Sabura m'a aussi communiqué l'information de diverses guérisons opérées par le même spécifique. Il en est de môme du docteur Charles Eugles de la villa de Yià , pro- vince de Saint -Paul 5 ce dernier est un médecin alle- mand d'un grand talent , et bien connu comme chimiste. Le célèbre docteur Woolarlon n'avait d'abord employé le Chiococca racemosa , et d'après l'ancien usage , que comme un remède contre la morsure des reptiles veni- meux : je lui signalai ses propriétés dans Thydropisie , l'année dernière i825 ; depuis il n'a cessé de l'employer avec avantage , et m'a fait connaître les merveilleuses guérisons qu'il a dues en peu de temps à la décoction de cette racine. r La plante dont je parle croît principalement dans l'in- (337) tërîeur du pays ; il est rare qu*on la trouve à la proxî* mité des côlcs , ce qui , sans doute , fit qu'elle échappa à Piso , actif observateur qui, en 1649, rechercha le pre- mier de quelle plante provenait positivement la racine d'ipecacuanha. Elle préfère une terre végétale riche et légère ; cependant M. Riedel Ta trouvée quelquefois dans des terroirs sablonneux».. Elle aime l'ombre et l'humi- dité , et se trouve parmi les broussailles. La racine rampe sur la surface de la terre , et comme elle ne pivote ja- mais , on peut l'arracher facilement. L'odeur de la racine est acrimonieuse, volatile et dés- agréable , ressemblant un peu à celle de la valériane ou de l'ïpecacuanha ; son goût est aromatique , amer, nau- séabond , âpre et irritant dans le gosier. En attendant que des expériences soignées et une bonne analyse fixent l'opinion à l'égard de cette racine, je la recommande principalement dans l'hydropisie. Une simple infusion de la racine agit comme un doux laxatif (1). On s'en sert aussi comme drastique pour produire des évacuations immédiates et copieuses 5 le docteur Engler l'a administrée avec un succès surprenant (2). Quand le système lymphatique est supposé attaqué , le docteur En- gler l'administre avec le plus heureux succès , coiyoin- ( t) Voici Ja formule : Pr. radie, Caïncœ 3jj. — Aquœ comm. lbj§. — Coque addinàd. et cola. — Dos. Bis vel ter in die magna cochlearia sumenda. (a) Voici les proportions : Pr. radie. Caïacœ Jj. — Aquœcomm. Ifejj. — Coq. ad dimid. et cola» — Dos. Ter quaterye in die cochlearia duo magna sumenda, IX. 22 ( 338 ) Icmcnt avec des préparations mercurielles , et la préfère inOnîmcnt au Lohelia siphilitica Linn. C'est dans récorce extérieure de la racine que sa vertu médicinale existe, comme celle de Fipecacuanlia ; car la substance ligneuse interne ne possède aucunes proprié- lés particulières. J'ai envoyé à T Académie de Saint-Pétersbourg quel- ques livres de celte racine , pour qu'on puisse en faire l'analyse , et la soumettre à des expériences convenables. Note sur une sorte de Torpeur très - longue , particulière aux racines du Mûrier noir ; Par M. Bureau de La Malle, Membre de Tlnstitut. (Extrait d'une Lettre aux Rédacteurs.) J'avais un mûrier noir (Murus nigra L.) très- vieux , à Landres , dans la cour de ma maison 5 cet arbre fut fendu par le vent en quatre quartiers , en i ygo. On en coupa deux qui avaient été renversés 5 les deux autres subsistèrent et donnèrent des fruits pendant quelques années. Le dernier des quartiers de cet arbre , qui avait été écartelé jusqu'à la racine, fut arraclié en 1802 : un sureau avait cru à la place du mûrier ( probablement de graines tombées au milieu du tronc creux de cet arbre ) , et y avait végété avec une grande vigueur. Ce sureau vient de mourir, et depuis un an qu'il a commencé à languir , il a poussé bors de terre une douzaine de petits mûriers ( 339 ) WÀrs , dont deux oui déjà uu pouce de diatuèirc et detix pieds de haut. J'ai fail arracher devant moi le sureau dont le tronc a par le bas un pied de diamètre , pour m'assurer si ces rg'etons de mûrier provenaient de graines conservées en terre pendant vingt -quatre ans , ou bien des racines du vieux mûrier , qui auraient vécu si long - temps de celte vie subterranéc sans pousser hors de terre aucun jet , quoique le sol soit très -bon , bien exposé au soleil , et qu^ils n*y pussent être gênés que par le sureau , qui en-* core était isolé au milieu de cette cour herbée , qui a un demi-hectare d'étendue et est située au levant. L'expérience a prouvé ce fail curieux de longue vie , dans une sorte de torpeur , des racines enfermées sous la terre , séparées entièrement du tronc , et qui subsibtcut sans pousser au dehors aucuns rejetons. En déracinant le sureau , on a coupé avec la pioche une très grosse racine du vieux mûrier, détruit entière- ment au-dessus du sol depuis vingt-quatre ans *, cette ra- cine f de cinq pouces de diamètre , était bien vivante , et lors de l'incision a rendu, de l'écorce et de l'aubier , un suc très -épais et très -abondant , blanc, visqueux, semblable à du lait qui tourne en crème , ou au suc épaissi du Tithymale. J'ai fait enlever la terre avec soin dans la direction de celte racine , et je me suis assuré que les rejetons du mûrier dont j'ai parlé naissaient de sa. partie supérieure. J'ai fait arracher avec précaution le sureau , et j'ai pu conserver les deux plus beaux recelons de mûrier , qui restent en place , comme pièces probantes , pour con- stater ce fait singulier de physiologie végétale. (34o) Il paraît que le sureau ayaut poussé avec une grande vigueur, a enlevé à la racine du mûrier les sucs qui lui auraient été nécessaires pour pousser des jets hors de terre , sans pourtant pouvoir parvenir à lui ôter la vie 5 il Ta réduite à un état d'engourdissement et à la vie sub- terranée , dont elle n'est sortie qu*au moment où la force végétative du sureau a commencé à décliner. J'avais observé à Paris un fait semblable , mais pour une période bien moins longue. En reconstruisant ( Fan 1822 ) un mur de mon jardin , rue de La Roche- foucault, n^ 11 , une Clématite ( Clematis viticella) avait été enfouie sous les fondations 5 elle n'a commencé à pousser des jets hors de terre qu'en 1825 , et depuis celle époque , sa végétation est toujours faible^ Note sur quelques Circonstances de la gestation des Jemelles de Kanguroos , et sur les Moyens qu! elles mettent en œuvre pour nourrir leurs pe^ tits suspendus aux tétines ; Par M. Geoffroy Saint-Hilaire , Membre de Tlnstitut. (Lue à la Société d^Hist nat. de Paris, le i«ï décembre 1826.) Aujourd'hui , i*^^ décembre , on me donne avis qu'une 4e nos femelles de Kanguroo, dont le Jardin du Roi esft redevable à la munificence de madame k duchesse de Ber- ry, porte un petit , maintenant visible et détaché dans sa bourse ; on ignorait qu'elle fut pleine. Les circonstances delà gestation sont curieuses, et c'est là lofait que je poi;tdcux nageoires oucirrhes charnues , allongées , aplaties , et semblables à des rames : les autres articulations garnies d'appendices analogues , mais plus courts. Qua» torze pattes très-courtes , crochues et cachées sous l'animal. Les val- ves abdominales sont très - grandes ; elles recouvrent toute la partie inférieure du corps , et forment une espèce de réceptacle pour les œufs. Dans les individu^ sous mes yewL , ce réceptacle est très - for- tement distendu par plusieurs mille œufs d'une couleur orangée pâle. » «Longueur, y compris les appendices postérieurs, à peine un demi- pouce. » « Couleur en général oranger ; appentîices latéraux blanchâtres. » « Le mâle est beaucoup plus petit, d'une forme plus allongée , et dépourvu d'appendices k la partie antérieure du corps : ceux dont sont pourvus les anneaux postérieurs du corps ne sont pas rameux , comme dans la femelle; du reste les deux sexes se ressemblent. » Cette espèce curieuse ( Oniscus thoracicus Montagu ) se trouve sous le test du Cancer subterraneus ( Callia- nasse souterraine ) ^ elle se cache entre la carapace et les parties charnues, et forme une tumeur d'un côté du corps. ( 36i ) Je suis parvenu à retirer cet animal vivant de sa de- meure , et à le conserver en vie pendant plusieurs jourë dans de Teau de mer. Sur quelques individus de l'espèce rare deCrustacé dont je viens de parler (Callianasse), j'ai trouvé deux ou trois de ces parasites qui étaient toujours accompagnés du mâle , qui se fixe solidement aux appen- dices abdominaux de la femelle , à l'aide de ses pinces. Comme cet animal ne parait jouir que de peu ou même point de pouvoir locomoteur, il est probable que la majeure partie de ses œufs ou de ses petits doivent périr *, car ce doit être dans un de ces états que l'animal arrive sous le test de la Caliianasse , où il reçoit la nour- riture , sans laquelle il ne pourrait probablement pas exister (i). Explication des Figures lù et 1 1 delà Planche xlix. Fig. lo. Le mule. Fig. 1 1 . La femelle. La graudcur naturelle est placée à côté de chaque individu. (i) Ce Crustacé bizarre constitue le genre lone; mais le savant qui Ta établi ne parait avoir connu-que la femelle ; or , cette femelle étant monstrueuse , il en résulte que les caractères génériques ne conviennent pas au mâle dont nous reproduisons la figure. De plus ou remarquera que la description de Montagu, que nous donnons littéralement, est assez dillérente de celle qu'on assigne au genre lonc. Puisque cet auteur dit expressément qu'il existe quatorze pattes crochues, très-courtes, etc., d'après cette indicaiion, M. Latreille croira sans doute nécessaire de modifier les caractères du genre lone. M. Desmarets a consacré l'omis- sion , en faisant figurer ( Dict. des Se» nat. ). seulement la femelle de ce Crustacé , et en ne s'apercevant pas que l'individu placé à côté , dans la planche de Montagu , n'était autre chose que le mâle. IX. ^4 ( 362 ) Recherches microscopiques sur la Structure intime des tissus organiques des Animaux ; Par M. H. Milne Edwards, M.-D. (Lues à la Société philomatique , le 19 août 1826.) De tout temps on a senti combien les progrès de la physiologie dépendaient de ceux de nos connaissances anatomiques , et Ton s'est appliqué de bonne heure à l'é- tude de Inorganisation , d'abord dans les animaux qui res- semblent le plus à l'homme , puis dans les êtres qui ont avec nous des rapports moins intimes. Swammerdam , Vicq-d'Azyr et un grand nombre d'autres savans ont cul- tivé cette branche des sciences naturelles avec autant d'ardeur que de succès 5 mais ce n'est que depuis un pe- tit nombre d'années , qu'enrichie des travaux des Hun- ier, des Cuvier, des Geoffroy, et de plusieurs autres naturalistes célèbres , l'anatomie comparée paraît devoir tenir tout ce qu'on en attendait. On a étudié les modifi- cations que les organes les plus importans pour l'entre- tien de la vie présentent chez la plupart des animaux 5 on a constaté leur absence chez d'autres que la nature a formés sur un plan moins compliqué ; enfin , après avoir rassemblé un nombre immense de faits particuliers , on a cherché à les ramener à des principes généraux ou lois, en les coordonnant de manière à faire sentir les rapports qu'ils ont entre eux. Mais il est un autre point de vue sous lequel il importe aussi de considérer l'organisation. L'étude de la structure intime des tissus est un champ vaste ouvert à l'observateur, et elle me paraît devoir con- < 563 ) duire à des résultats également utiles aux progrès de la physiologie générale. En effet , si pour comprendre le mécanisme de la locomotion , par exemple , il faut con- naître la disposition des muscles qui servent de puis- sances motrices , et celle des os ou des autres parties dures qui leur fournissent des points d'appui et qui jouent le rôle de leviers , il est évident que pour acquérir quelques données exactes sur la nutrition et sur un© foule d'autres phénomènes encore inconnus dans leur nature , nous devons examiner d'abord la texture intime de toutes les parties douées de vie , et faire , pour chaque tissu organique , ce qu'on a d^*à fait pour l'être en gé- néral. V Cette partie délicate de l'anaiomie est cependant restée long-temps en dehors du mouvement imprimé aux au- tres branches des sciences naturelles, et, depuis les essais de Leuwenhoeck , elle n'a été rappelée au souvenir des physiologistes que de loin en loin, et par des observations trop peu multipliées pour pouvoir exciter tout l'intérêt dont elle est susceptible. Les études de cette nature pré- sentent, à la vérité, de grandes difficultés , et seraient entièrement inabordables si nous ne pouvions , au moyen du microscope , faire paraître les objets de notre exa- men plusieurs centaines de fois plus volumineux qu'ils ne le sont réellement ; mais aidé de cet instrument dont on s'est d^'à servi avec ta^t d'avantage dans l'élude de l'organisation des végétaux , et dont l'usage devient de jour en jour plus général , la structure intime des ani- maux ne parait pas devoir se soustraire à nos recher- ches, et je ne sais à quoi attribuer l'espèce de défaveur que l'on a jetée sur ce genre d'observations, tout en admet- (3G4) tant cependant dans les autres sciences les résultats ob- tenus par des moyens analogues : cela dépend petit-etrc de ce que la plupart des micrograplies se sont peu arrê- tés aux observations qui ne s'accordaient point avec les leurs , et n'ont point clierché avec assez de soin à déter- miner les causes de ces différences , qu'il est cependant souvent assez facile d'expliquer. Du reste , ces diffé- rences y comme nous le verrons par la suite , sont bien moins nombreuses qu'on ne le croit communément , et elles ne devraient pas nous étonner, puisque l'on en trouve de semblables sur presque tous les points les plus importans de la physiologie , quel que soit le moyen d'investigation que l'on ait employé -, elles se représen- tent même dans la méthode traumatique d'après laquelle, pour arriver à des résultats positifs , on paraît n'avoir qu'à couper et à noter les résultats de l'opération (i). (i) C'est par la raison que je viens d'indiquer, que je crois devoir dire ici quelques mots des observations microscopiques faites sur les globules du sang j travaux qui ont avec le sujet de ce Mémoire les liai- sons les plus intimes. On donne le nom de globules du sang à des particules solides et ar- rondies qui , pendant la vie , sont tenues en suspension et nagent dans le sérum , et qui , après la mort , se réunissent pour constituer le caillot. Ces corpuscules ont été examinés par un grand nombre de microgra- pbes ; mais c'est principalement à MM. Prévost et Dumas que l'on est redevable des connaissances exactes que l'on possède aujourd'hui à ce sujet. Il résulte des recherches de ces physiologistes que les globules du sang sont circulaires dans tous les mammifères et elliptiques dans les oiseaux, les reptiles et les poissons; leur diamètre est constant dans le même animal , mais varie beaucoup d'une espèce à une autre , comme on peut le voir en examinant le tableau suivant. ( 365 ) J'ai donc pensé qn'en étudiant la structure dos djvcr- Aniinaux à globules ci/:^ulaires. NOM DE L ANIMAL. DiAVBTBK APPABBNT, avec un groMÎuemeiit de 3oo fbU'le dtamêtre. Callitriche d^ Afrique Homme , chien , lapin , cochon , hérisson, câblais, muscardiu. Ane Chat, souris , surmulot Mouton , oreillard , cheval, mu- let, bœuf. . .' Chamois , cerf. Chèvre a 00 85 75 '■V.i(V t 5o 37 oo ih DllUST. en fractiont . décimales. o»nvoo83>^ lis 00666 .1^.;... . .00617 ;do583 ,^:'.. o-'î 6^500 rf^'' à 00456 Tiâ oo386 Animaux à globules allongés. Orfraie , pigeon . . . . Dinde , canard • Poulet Paon. . é . . ' Oie , chardonneret, cor- beau, moineau. . . . Mésange Tortue terrestre. . . . Vjpère. . . . . . . . .,. Orvet, . . .'%'V^VfC . grand diamùt. diamet. grand diam. ri grand diamètre. petit diamètre. 4,00 a.oo I 75 ITÔ 0,01 333 0,00666 3,84 id. 7? id. 0;OI266 id. 3,67 id. ÎT id. 0,01 aa3 id. a,5a id. is id. 0,01173 id. 3,47 id. Ù id. 0,011 56 id. 3,00 id. 77Ô id. 0,01000 id. «>»5 3,85 T8 77 o,oao5 0,01 a8 4»97 3,00 irs •rh 0,01 65 0,0100 4> a,6o û TÎT 0,0 i5o 0,0866 ( 566 ) SCS parties qui , par leur réunion , conslituent le corps gnnA petit dUmèu diamèt. Couleuvre de Razo- mousky. 5,8o 3,oo Lézard gris ^^55 2,71 Salamandre V^ 8,5o 5,î»8 Crapaud , grenouille. . 6,80 4» » Lotte , vérbn , dormille, anguille 4»" 2>44 La détermination du diamètre des globules du sang offre bien des dif- ficultés; aussi trouve-t-on des différences très-grandes entre les résul- tats obtenus par la plupart des micrographes. Le tableau suivant pré- sente révaluation de la grosseur des globules du sang humain , diaprés 1 a plupart des observateurs qui se sont occupés de ce sujet. grpnd dUin. petit diam. t I 7TT ■à I I6 ■h I TT ■h Th dTamèt. iZ. 0,0193 0,0100 0,01 5l 0,0090 o,oa83 0,0176 o,oaa8 o,oia3 o,oi33 0,081 3 JXJRINE ' Id, d'après de nouvelles ex- périences Batjer YoUMG WoLLASTOa. Kater Id, •• POUCES AKCL. l 60(io I yôDo i84 MM. Prévost et Dumas ont constamment trouvé -jjz de millimètre j ib ont examiné une vingtaine de sangs sains et une quantité bien plus considérable de sang malade , et il leur a toujours été ùnpos^le de per- cevoir la moindre différence due à l'âge , au sexe , ou à l'état morbide. Toutes les personnes qui ont eu I9 curiosité de s'assurer par elles-mêmes de leurs principaux résultats n'ont point bésité à donner a millimètres aux globules du sang bumain, dans les mêmes circonstances où ils les avaient mesurés : l'erreur ne pouvait donc dépendre que du pouvoir am- plifiant qu'ils attribuaient à leur microscope. Du reste, cette détermi- (367) des animaux , je pourrais arriver à des résultais intéros- nation ne s^ëloigne pas beaucoup de celle que M. Wollaston a obtenue en suivant une autre métbode , et ne diflfêre guère de celle obtenue pat le capitaine Kater dans la première des deux expériences rapportée» plus haut , et faites d'après ime méthode analogue à celle employée par MM. Prévost et Dumas. Dans une autre expérience , M. Kater ne trouva que 777 , et il crut devoir prendre le terme moyen de ces deux résultats pour mesure définitive ; mais il est bien probable que dans le premier cas il avait examiné un globule du sang dans son état naturel , taudis que , dans le second , il aura mesuré un globule dépouille de sa matière colorante , ou un des globules albumineux dont nous aurons l'occasion de parler par la suite , et dont le diamètre est eiïectivement bf.-aucoup plus petit. Du reste , le capitaine Kater employa un microscope dont le pouvoir amplifiant n'était que de aoo diamètres , ce qui diminue beau- coup les chances d'exactitude dans la mesure d'objets si minimes. Les expériences de M. Bauer ont été faites au moyen du micromètre ordi- naire , et l'on peut avancer sans crainte qu'elles ne sont pas exactes , à cause de la nature même de cet instrument ; en efiet , le globule que l'on place sur le micromètre , et les divisions de cet instrument , ne peu- vent pas être simultanément au foyer de l'objectif. Quant aux observa- lions de Jurine , elles sont évidemment erronées , et celles du docteur Young ayant été obtenues à l'aide de l'érinomètre , nous ne pouvons en parler avec connaissance de cause , car cet instrument ne se trouve dans aucun des cabinets de physique de cette ville. La structure des globules du sang a également donné naissance k plusieurs opinions dissidentes ; mais ici encore les recherches de MM. Prévost et Dumas ont non - seulement jeté un nouveau jour sur ce sujet, mais nous ont fait connaître la cause de ces différences. Leuwen- hoeck , Fontana , Home , etc. , ont figuré ces globules comme étant des sphéroïdes portant une tache lumineuse. Délia Torre et Styles ayant aperçu un point noir dans leur centre , Ipensèrent qu'ils avaient une forme annulaire; enfin Heusou les regardait comme étant des vésicules aplaties et renfermant dans leur intérieur un corpuscule central. MM. Prévost et Dumas ont trouvé qu'en observant ces globules avec une lentille très-faible , ils présentent l'aspect d'autant de points noire , (jui , examinés avec un instrument plus puissant, prennent l'apparence d'un cercle blanc , au milieu duquel on voit une tache notre ; enfin ce ( 568 ) sans , et qu'au moyen du microscope , les observations point ccutral , au lieu d'être opaque , devient une tache jumineuse lors- que le pouvoir amplifiant du microscope a atteint 3 ou 4oo. ( Ployez pi. 5o , fig. i et a.) Il résulte aussi des travaux de ces physiologistes que les globules du sang sont composés (comme Tavait pensé Heuson) d'un sac formé par U matière colorante et d'un corpuscule central , semblable par son volume aux globules du lait, du pus , du chyle , etc. Dans l'état ordinaire , cette espèce de vessie est déprimée , en sorte que l'assemblage prend la forme d'une pièce de monnaie , avec un petit renflement au milieu. Pour les globules circulaires , ceci paraît clairement prouvé j mais quant aux par- ticules elliptiques, « ^ n ;: j j 'j'r^> 'J .. A r... ...» '' I. :■. ' .•■. ' ' ' ■■ ' •■■ T-T- (ï) Retherches anatomiques et physiologiques sut la Structure in» tinte des Animaux et des F'e'gétaux , et sur leiur Motilité, m-S**. Pa- ris yi8a4> p> 301. ( 38o ) il m'a appris que c'était par analogie qu'il avait été con- duit à regarder comme étant des cylindres creux les cor- dons nerveux que j'avais décrits comme des faisceaux de fibres élémentaires , cl que MM. Prévost et Dumas ont comparés à des rubans formés des quatre séries de glo- bules ; que du reste , il attribuait à la texture globulaire de ces organes l'aspect comme framboise de leur sur- face , et que jamais il n'a pu apercevoir dans leur sub- stance autre chose que des globules. Ainsi , les travaux de ce savant confirment pleinement le seul point que je cherche à établir en ce moment. Que les globules élé- mentaires de la substance médullaire forment , dans les nerfs , des fibres réunies en faisceaux , ou des cylindres dont Tintérieur est creux : c'est ce que l'observation di- recte ne m'a point permis de décider (i) -, mais il n'en reste pas moins prouvé, qu'en dernier résultat^ les nerfs, de même que tous les autres tissus que l'on a examinés jusqu'ici^ ne sont formés que de globules. C'est aussi (i) Ce sont toujours les deux rangées de globules situées latéralement qui sont les plus distinctes dans ces cylindres médullaires. MM. Prévost et Dumas attribuent celte disposition à une compression qu'ils suppo- sent exercée sur les rangées moyennes ; mais en admettant l'opinion de M. Dutrochet , on pourrait en trouver une explication plus facile. En effet , il paraîtrait que c'est la grande transparence de ces corps qui rend invisible la texture globulaire de leur partie médiane , et si on admettait qu'au lieu d'être aplatis ces cordons nerveux élémentaires ont une forme tubulaire, il est évident que les séries de globules latérales doivent être visibles lorsque les séries moyennes laissent passer toute la lumière qui les frappe} de même que cela a lieu pour nn tube de verre que l'on regarde par transmission , car alors sa partie médiane paraît complète- ment transparente ] mais ses parties latérales laissant passer beaucoup moins de lumière , forment deux lignes parallèles plus ou moins ob- scures. ( 3'Jt ) le principe admis par M. Hîp. Cloqifét','lq[uilr'îrî?plété mes obsei*va lions sur la lexinte intime des tissu» chez dej animaux que je n'avais point examinés , et cela sans ob- tenir de résultat autre que celui auquel j'avais été con- duit (i). ■ Mais il n'en est point de même des opinions profes- sées par Tréviranus ^ car ce physiologiste regarde tous les tissus organiques des animaux comme étant formés , non*seulemetii de globules, mais aussi de cylindres élé- iffentaires (2). Cette manière de voir lient, pour ainsi dire, le milieu entre les conclusions que l'on pourrait tirer deà travaux de Fontana et les résultats que m'a- vaient fournis des recherches du même genre. Les ob- servationis qui servent de base à ces opinions dissidentes •n'impliquent point contradiction , comme nous le vei*- riitis bietilôt i mais des raisonnemens ne suffisaient pas "pour décider le point en litige , et j'ai pensé qu'avant dé passer outre , il importait de résoudi^e la ijuestion par la voie expérimentale. '• '' ' • '-"En examinant avec un microscope de Sélligue , dont le pouvoir amplifiant est d'environ 3oo, des neffs de gre- nouille convenablement préparés, c'ést-à-dii*e dépouillés de leur enveloppe fibro-celluleuse, plongés dans de l'eau et déchirés avec la pointe d*une aiguille , de manière à leur donner le degré de transparence nécessaire ,• je n*ïïi vu d'abord que les espèces dç cylindres , si bien figurés ... ... .,_... . j ...;.,.- i -, ... y) . , : . , ., -^U .• ; • ) ij r )r;. i (i) Traité complet de rAnatonUe de l'homme , comparée dans sçs points les plus importons à celle des animaux , iD-4°> l'* livraisçq. (i) Sur tes Élémens organiques du corps animal; Joufnat coHiptèr mentairedu Dict, des Se. méd, , tom. xxi , i8a5*># -«^jèiii ( 382 ) parMM. Prévost et Dumas ; la structure intime de ce$ faisceaux fibreux m'a paru entièrement globulaire ; bien- tôt cependant; j'ai trouvé dçs fibrilles nerveuses dont la transparence était telle , que je ne pus y reconnaître les globules élémentaires dont mes recherches précédentes m'avaient appris l'existence. Elnfin, dans quelques points où la lacération avait été poussée très-loin , j'aperçus plusieurs fibres qui , dans quelques endroits , ne parais- saient formées- que de globules, mais dans d'autres étaient parfaitement transparens , et d'une texture en apparence homogène ; le liquide ambiant chariait, en même temps Un nombre considérable de globules sem- blables en^ tout à. ceux dont la plus grande portion de la substance. nerveuse paraissait formée. La description de la structure intime des nerfs , donnée par Tréviranus ^ s'accorde très-bien avec le résultat de cette observation,, car je voyais distinctement les parties que ce physiolo- giste considère comme des cylindres élémentaires , et il était difficile de décider si les globm^ dont je viens de parler couvraient seulement quelques portions de la sur- face de ces cylindres , ou bien si ces corpuscules les for-» Iraient complètement , ainsi que je l'avais avancé. j. Dans un travail sur la digestion , dont j'ai communiqué quelques-résultats à la Société philomatique, dans sa séance du 3 mars 1 825, j'avais constaté que l'acide acétique exerce une influence très-remarquable sur la plupart des sub- stances animales. En effet , ce réactif détermine presque toujours la désaggrégation de leurs globules composan- tes et les ïrânsfôrme en une masse dont l'aspect est sem- blable à cplui d'une gelée, puis les dissout plus ou moins complètement. J'ai donc pensé qu'en soumettant ( 383 ) les parties dont il vient d'être question à Taction de ce- réactif, je pourrais jcler quelque jour sur la texture des cylindres transparens qui se montrent dans la substance nerveuse ; Texpérience a pleinement confirmé cette conjecture. A peine avais-je mêlé quelques gouttes d'a- cide acétique à l'eau qui baignait la petite portion de nerf placée sur le porte-objet, que je vis la transparence générale de la masse nerveuse augmenter, les parties les plus près de la circonférence se détacher, et enfin là plupart des cylindres dans lesquels je n'avais pu aper^ cevoir aucune trace de texture globulaire , montrer d'une manière évidente les globules qui les composaient; non- seulement le contour de ces corpuscules devenait vi- sible , mais encore ils se désaggrégeaient , et peu à peu toute la portion de nerf soumise à l'expérience fut ainsi transformée en globules , dont un nombre immense flottaient dans le liquide , et dont les autres étaient réu- nis en petites masses assez transparentes, qui présentaient sur les bords Tas^ct d'une gelée blanche , diaphane , et entremêlée de quelques globules. ' Il me parait donc évident que les fibrilles des nerfs » ainsi que je l'avais avancé , sont composés de fibres élé- mentaires formées elles-mêmes de globules réunis en séries linéaires. Cette disposition est très-évidente dans les nerfs des larves , tels que la chenille de grand paon ^ mais chej les animaux vertébrés , morts depuis quelque temps , il devenait très-difficile d'apercevoir la texture de ces faisceaux de fibres élémentaires ; car ils deviennent plus transparens que dans l'état ordinaire , et paraissent homogènes. Il en est souvent de même lorsque la por- tion de ucrf soumise à l'observation microscopique a été ( 384 ) tenue irop long-temps plongée dans Teau , ou bien a éprouvé une légère dessiccation. Mais dans les nerfs d'un animal récemment tué , les faisceaux de fibres élé- mentaires montrent en général , d'une manière très évi- dente , les séries de globules qui les constituent , et dans le cas contraire , il est toujours facile de rendre appa- rente la texture intime de ce que l'on pourrait prendre pour dos cylindres élémentaires , et cela, en déterminant la désaggrégation de leurs globules composantes. Il en est de môme des tissus musculaire , cellulaire , fibreux , etc. , que Tréviranus regarde aussi comme composés de deux élémens organiques , de globules et de cylindres ; car ces derniers sont toujours formés eux- mêmes de globules qui ne diffèrent des autres qu-en ce qu'ils sont réunis en séries linéaires au lieu d'être agglo- mérés d'une manière confuse. En effet , par l'action de la potasse , de l'acide acétique et de plusieurs autres réactifs , on peut à volonté , et sous les yeux de l'obser- vateur, déterminer la séparation de ces globules ] on voit alors les élémens organiques des divers tissus isolés , et il devient facile de s'assurer qu'ils ne diffèrent ni par leur aspect , ni par leur grandeur, des globules du pus , du lait , etc. , ou de quelques-uns des animalcules qui se montrent les premiers dans les infusions de substances animales et végétales. Le moyen dont je m'étais servi d'abord pour détermi- ner la grandeur relative des globules constituans des tissus , a paru à quelques personnes ne point être assez exact pour autoriser les conclusions que j'avais déduites de mes observations ^ c'était cependant celui qui a été employé dans des recherches du même genre par le ca- ( 385 ) pilaine Kaler, ainsi que par MM. Prévost el Dumas , et qui consiste à faire coïncider l'image de Tobjet vu dans le microscope , au moyen de Toeil droit , avec les divi- sions d'une règle fixée latéralement au niveau du foyer de Toeil , et perçue avec Toeil gauche. Ce procédé serait peut-être insuffisant pour arnver à la connaissance exacte du volume réel du corps que Ton examine ; mais tel n'é- tait point mon but , car je ne m'attachais qu'à comparer entre eux les globules des divers tissus et liquides de l'é- conomie animale , afin de savoir si, par leurs caractères physiques, ces corpuscules sont semblables ou différens. Et les divers objets que j'examinai étant toujours placés dans les mêmes conditions , il me paraît que ce n'est que dans le cas où les deux yeux seraient tantôt sûr le même niveau , tantôt placés plus ou moins obliquement , que les résultats pourraient être inexacts. Or, pour éviter cet inconvénient , il suffit de prendre l'habitude de tenir la lêie bien droite pendant que l'on fait l'observation -, efe qui , comme on le pense bien , est nullement difficile. Quoi qu'il en soit , ne voulant laisser aucun doute à cet égard, je résolus de répéter ces expériences, en em- ployant d'autres procédés ; et M. Thillayc , professeut? "de physique au collège de Louis-^le-Grand et co^sé^tiBi^ leur des cabinets de la Faculté de médecine , a eu l'ex- trême complaisance , non - seulement de me prêter les instrumens nécessaires à cet usage , mais aussi de m'ai- der dans ces recherches. Le premier procédé que nous employâmes pour me- surer les globules des tissus , consiste à placer dans l'in- térieur du microscope , au foyer de l'oculaire , un dia- phragme transparent sur lequel sont tracées des divisions ( 386 ) micrométrîques j nous avons examiné ainsi le tissu mus- culaire du bœuf, humecté avec de l'acide acétique aifai- Lli , afin de rendre sa texlure plus évidente , et nous nous, sommes assurés que chaque division de notre micromètre équivalait à une série linéaire de quatre globules. En substituant au bœuf du tissu cellulaire du mouton , nous avons obtenu le même résultat 5 enfin , en examinant par ce moyen des fibres musculaires de la grenouille , nous avons trouvé que quatre globules réunis en cha- pelet occupaient encore une de ces divisions , qui équi- valaient à des -^ de pouce anglais. D'après le résultat de ces observations, que M, Thil- l«y^;^i1{ait^. avec toute la dextérité et l'exactitude que donne une longue habitude des expériences d'optique y il nous paraissait évident que le diamètre des globules élémentaires de ces divers tissus est sensiblement le ilièiQe , et nous aurions pu borner là nos recherches , si le microscope solaire ne pous avait paru susceptible de donner des résultats encore plus exacts et plus faciles à obtenir. Nous répétâmes donc nos observations avec cet instrument^ et en plaçant le tableau sur lequel se pro- jetait l'imago, tantôt à vingt-quatre pieds , tantôt à douze pieds de la fenêtre. Nous examinâmes ainsi le tissu mus- culaire du veau , de la grenouille et de l'écrevisse , le tissu cellulaire du veau , et comparativement le sang hu- ijfl^ia ,: ^C nous suivîmes avec la pointe d'un crayon le contour des images qui venaient se former sur le tableau. Les cercles ainsi tracés , et qui correspondaient aux glo- bibles des divers tissus dont nous venons de parler, étaient si .semblables que, pour les distinguer, nous avons été obligés de placer à côté de chacun une marque ( 387 ) difierente (i). Le diamètre des globules blancs qui na- gent dans le sérum du sang humain était encore le même; mais celui des globules rouges , formés d'un noyau cen- tral et d'une enveloppe de matière colorante , paraissait le double du diamètre des autres. Ces résultats corres- pondent parfaitement avec ceux que j'avais obtenus préa- lablement par des procédés différens , et avec les obser- vations de MM. Prévost et Dumas 5 car ces physiologistes évaluent le diamètre des globules rouges du sang de l'homme à 777 de millimètre , et celui des globules du pus et des tissus à 3^ de millimètre. Quant à la grandeur réelle de ces corpuscules , il me parait très - difficile de la déterminer avec exactitude, car en employant deis pro- cédés divers , on obtient des résultais différens , ce qui parait tenir en général de la largeur plu? ou moins grande du pénombre qui entoure ces petits globules , et qui est très-considérable lorsqu'on se sert* du microscope solaire. Ainsi, avec cet instrument disposé de manière à donner un grossissemeijt d'environ 5;4o , le diamètre de l'image de chacun des globules élémentaires des lis- sus était d'environ 3 millimètres , ce qui donnerait pout leur diamètre réel -— ^^ millimètre , tandis que , par le microscope ordinaire, et eh plaçant un microij^èlr^ au foyer intérieur de l'instrument , nous les avon3îltt>wvés de 7^ de millimètre , et qu'en faisant coïncider l'image avec les divisions d'une règle placée à côté de la lentille, ces corpuscules ne paraissaient avoir que, tç^ide milli- (l)'T^."pr"5b,fîf;. i6, représchtàni les globules élëmenlaires da tissu cellulaire du veaa çlTde la fibre musculaire Uc i» gveuotttUe, vos au microscope solaire, . . ' • / ( 388 ) mètre. Mais cela ne me parait que d'une importance tout-à-fait secondaire , car ce qui doit intéresser les phy- siologistes n'est point de connaître si les globules élé- mentaires du tissu musculaire , par exemple , ont —; ou ■~ de millimètre , mais bien de savoir que le diamètre de ces globules est toujours sensiblement le même , soit dans les fibrilles charnues , soit dans les autres tissus qui concourent à former le corps des animaux des classes supérieures ; et la similitude des résultats que Ton ob- tient à cet égard , quelle que soit la méthode employée , ainsi que la comparaison du diamètre de ces corpuscules avec celui des globules du sang humain, ne me paraît tieyoir laisser aucun doute à cet égard. 'f^îEn étendant ces recherches au petit nombre de parties qu'il nous reste à étudier dans le corps des animaux ver- tébrés , on voit que leur structure intime présente les mêmes caractères généraux que celle des tissus dont nous venons de parler. J'ai observé au microscope les mem- branes 'synoviales , les cartilages, la cornée transpa- reJàlé , les diverses tuniques de Toeil , le cristallin (i) , les membranes accidentelles dont la formation est dé- terminée par l'inflammation delà plèvre, etc. ; toujours je les ai vus formés de globules semblables à ceux qui constituent les tissus cellulaire , musculaire ou nerveux, et à ceux que l'on voit flotter dans le pus et dans* le sérum du sang. La structure intime de ces drver& tissus , chez les ani- maux des classes inférieures , préseule sous ce rapport (f) LeWenhœck avait déjà indiqué la structure globnlanr^ du cris- tallin. Voy. Phil. Tians.y 1684 ,no i65. (389) une uniformité non moins remarquable ^ il paraîtrait seulement que le volume de leurs globules élémentaires peut présenter des variations bien plus grandes. Ainsi , dans les ganglions nerveux de Técrevisse , j'ai trouvé des globules du diamètre de j^ de millimètre, mêlés à d'autres corpuscules semblables en apparence, mais d'un volume beaucoup plus considérable (pi. 5o, fig. 17). Userait ce- pendant possible que ces gros globules fussent formés eux- mêmes d'autres globules analogues à ceux dont il a été question plus haut , et même l'analogie tendrait à faire adopter cette opinion. En effet , j'ai souvent vu deux glo- bules de matière verte s'accoler et bientôt s'unir d'une ma- nière si étroite , qu'il m'aurait été impossible de savoir que le corpuscule ainsi formé n'était pas un globule uni- que , si je n'avais pour ainsi dire assisté à sa formation. Les tégumens de la fécule paraissent , en général , par- faitement homogènes ; mais dans de la colle ancienne , et qui avait été desséchée et humectée plusieurs fois suc- cessivement , j'ai aperçu la texture globuleuse de ces vé- sicules j résultat qui s'accorde parfaitement avec les ob- servations intéressantes de M. Raspail. Enfin, dans le ganglion œsophagien du limaçon , où la plupart des glo- bules de substance médullaire ont un volume fort con- sidérable , comme l'a très-bien observé M. Dutrochet , la texture que je n'avais fait que soupçonner chez Técre- visse m'a paru évidente 5 car j'ai constaté que ces cor- puscules sont formés tout entier de globules semblables à ceux dont il a d^jà été question tant de fois , disposi- tion qui , du reste , se reproduit dans plusieurs organes, et sur laquelle je me propose de revenir dans une autre occasion. ( F^oy* pi. 5o , fig. 18.) (390) Les lîssus musculaire , séreux et muqueux de Técre- visse, du maja, du limaçon, de Thuitre, de la moulette^ du tœuia , etc. , sont comme à l'ordinaire formés de glo- bules qui ne paraissent différer en rien de ceux qui con- stituent ces mêmes parties dans les animaux des classes plus élevées. Il en est encore de même pour la poche mince qui constitue l'hydalide ; enfin le corps du rotifère et de plusieurs autres animalcules m'ont montré une texture analogue. On voit donc que la structure intime des divers tissus qui composent les animaux présente partout des carac- tères analogues , et que la forme globulaire est toujours celle qu'affectent les élémens organiques de ces parties* L'animal le plus compliqué , comme celui qui est le plus simple^ n'est formé que d'un nombre plus ou moins grand de ces corpuscules , dont la nature chimique peut différer , mais dont la forme et probablement le vo- lume ne varient que peu. Ces globules , que Ton peut appeler élémentaires , sont peut-être formés à leur tour d'autres corpuscules plus petits , et que nos moyens d'investigation ne nous ont point encore permis d'aper- cevoir -, mais ils n'en seront pas moins , pour tous les tissus des animaux , ce que les molécules intégrantes des crislallographes le sont pour les cristaux qui résultent de leur agglomération , quelles que soient du reste les formes secondai';es qu'ils affectent. C'est de la manière dont ces globules se réunissent que dépendent les carac- tères physiques des différentes parties qu'ils constituent, et de leur agglomération dans un sens plutôt que dans tm autre , que dépend la forme des divers organes et de 4'èire qui résulte de leur assemblage 5 aussi est-ce avec ( 39Î i i^ïson qu'un naturaliste célèbre a dît « que la forme à\i torps vivant lui est plus essentielle que sa matière. » La disposition que ces globules élémentaires affectent^ dans les divers tissus, peut être rapportée à quatre types principaux : en cfTet, ils forment tantôt des lames ott membranes doiit la texture n'offre rien de fibreux , tan- tôt des fibres disposées avec plus ou moins de régularité, d'autres fois des vésicules ou des canaux. La disposition laminiforme se remarque surtout dans les tissus cellu- laire et séreux ^ la fibrillaire , qui ne paraît être qu'une modification de la première , devient de plus en plus apparente dans les facîas , les aponévroses , les muscles et les nerfs. Les vésicules élémentaires paraissent for- mer le parenchyme du cerveau de quelques animaux , peut-être de tous, celui du foie, du pancréas, des glandes salivaîres, etc. Enfin les Canaux générateurs se montrent aussi dans certains organes sécréteurs , tels que les reins et les testicules , comme nous le verrons plus au long dans un prochain Mémoire où je me pro- pose d'examiner, d'une manière spéciale , la structuré des glandes* Le résultat des recherches que je viens d'exposer con- duit naturellement à examiner si la forme globulaire qu'affectentlesélémens organiques n'est imprimée qu'aux particules assimilées aux êtres vivans et dépend par con- séquent de l'influence de la vie, ou bien si certaines substances la présentent toutes les fois qu'elles passent de l'état liquide à l'état solide, de même que les sels affectent , en cristallisant , telle où telle fomie détermi-» née. Une expérience très- remarquable de MM. Prévost et Dumas paraît favorable à celte dernière opinion. E» ( 392 ) faisant agir la pile électrique sur de Talbumine liquide, il se forme au pôle positif, comme chacun le sait, un coagulum blanchâtre 5 or , à l'aide du microscope , ces physiologistes ont reconnu dans ce produit des globules très-distincts , semblables en tout à ceux du sang lors- qu'ils sont décolorés , à ceux du pus , du lait , etc. , même apparence , même diamètre , même disposition à former des rangées ou des aggrégats (i). J'ai constaté que des phénomènes semblables ont lieu toutes les fois que l'albumine se coagule , soit par l'eiTet de la chaleur, soit par l'action de réactifs chimiques. Le sérum du sang charrie en général un nombre con- sidérable de ces globules albumineux ; mais par Téva- poralion , l'addition de quelques gouttes d'acide hydro- chlorique ou d'alcool , on en voit se former des quantités immenses. Il en est de même lorsque, par l'action de ces réactifs , on détermine la solidification de l'humeur vitrée de l'œil , du mucus sécrété en si grande abon- dance par les limaçons , ou de celle qui entoure les œufs de grenouille. L'ichthyocolle , que Ton peut regarder comme de la gélatine presque pure , est formée d'un grand nombre de filamens d'une grande ténuité, et dont la texture glo- bulaire devient manifeste par l'addition d'une petite quantité d'acide acétique ; or, si après avoir fait dissou- dre cette substance on en détermine la solidification , les globules élémentaires dont nous venons de parler se mon- trent de nouveau. Enfin , il en est encore de même pour ' la fibrine-, car, si après avoir fait dissoudre ce produit (1) Voy. Mém. sur le Sang , l. c. ( 393 ) immédiat dans de la potasse, par exemple, oh neutralise ce réactif, des globules de fibrine se forment aussitôt , et ne paraissent différer en rien de ceux qu'on séparerait du tissu musculaire par des moyens mécaniques. Nous voyons donc que la forme globulaire des élé- mens organiques de toutes les parties des animaux est aussi celle qu'affectent toujours , en passant à l'état so- lide , les principales substances que l'on nomme pro- duits immédiats de ces êtres j quelle que soit du reste la cause qui détermine ce changement d'état ; fait dont la connaissance me parait devoir conduire à l'explication d'un grand nombre des phénomènes de la nutrition , et sur lequel je me propose de revenir lorsque j'aurai com- plété ce travail, EXPLICATION DE LA PLANCHE L. Fig. I. Globules du sang humain. A f grossissement linéaire de iS ] JB , iJ. , a'i^C ,U, 3o ; D , id.^ 5o 'y Ef id,, io5 ; F, id. , aaS ; G ,id, , 3oo. Fig. a. Globules du sang de la grenouille ; même grossissementè Fig. 3. Globule du sang de callitriche , amplifié mille fois<. Fig. 4- Globule du sang humain ; même grossiâsement. Fig. 5. Globule du sang de chat j id. Fig. 6. Globule du sang de mouton ; id, Fig. 7. Sang de chamois; id, Fig. 8. Sang de chèvre ; id. Fig. 9. Sang de la Mactra glauca; grossissement de 3oo. Ou ne confondra pas dans cette figure les petits globules albumir Deux avec les véritables globules du sang , qui sont au nombre de quatre , et infiniment gros. Fig. xo. Tissu cellulaire du bceuf; même grossissement. Fig. it. Une lame de tissu cellulaire du même animal» tiraillé de ma- nière à donner la même direction à la plupart de ses fibres élémen- taires. 1 ig. 13. Tissu cellulaire filamenteux , contenant des vésicules adipeuses. IX. 26 ( 394 ) Fig. i3. Tisau fibreux humain. Fig. i4- Tissu muflculaire du bœuf. Fig. i5. Filamens nerveux de la grecouille. Fig. i6. Globules du tissu cellulaire du veau (a) et de la fibre musculaire de la grenouille {b), vus au microscope solaire, avec un grossissemeut d'environ 5oo. Fig. 17. Globules provenant des ganglions nerveux de l'écrevisse , am- plifiés 3oo fois. Fig. t8. Vésicules de substance médullaire des ganglions nerveux du li- maçon ; même grossissement. Note sur un Calcaire (Teau douce , renfermant des débris de tortues de terre ; Par MM. Dubreuil et Marcel de Serres. Les reptiles terrestres et fluviatiles , comme les mol- lusques qui ont les mêmes genres de stations , générale- ment fort restreints dans leurs habitations , caractérisent par cela même plus particulièrement une contrée ou une formation , que la plupart des espèces marines. Sous ce point de vue , leurs débris fossiles fixent l'attention des géologues , en même temps qu'ils intéressent l'histoire naturelle descriptive , surtout lorsque leurs débris , pins négligés jusqu'ici que ceux des Mammifères , se rappor- tent à des espèces perdues et qui n'ont plus aujourd'hui de représentant sur la terre. C'est au milieu de la mer des Indes, à Flacq (île Maurice ou Ile-de-France) , à une demi-lieue du rivage, qu'a été découvert le calcaire d'eau douce rempli de dé- bris de tortues terrestres , qui fait l'objet de celte Note. M. Cuvier, auquel aucun fait intéressant concernant les (395) fossiles semble n'avoir échappé , a déjà signalé Vejcis" lence des lorlues fossiles à l'Ile -de -France (i)^ aussi est-il remarquable que des ossemens da tortues, peudif- férens de ceux de ces énormes lorlues terrestres , dites des Indes , que Ton apporte assez souvent de Tlle-de- France , aient été trouvés à des époques assez éloignées les unes des autres , dans le même lieu et dans des cir- constances géologiques toutes difïéreotes. Ce fait est d'autant plus remarquable , que ces tortues ont été dé- couvertes dans la môme île des pays chauds de l'aneieu continent, où les fossiles paraissent cependant d'unel grande rareté. C'est eu faisant des fouilles pour trouver de l'eau , que l'on a découvert au milieu d'une grande et belle fo- . rêt , à plus d'un mètre au - dessous du sol , le calcaire d'eau douce dans lequel existent de nombreux débris de tortue. Ces ossemens sont empâtés , non dans mie lave, comme ceux décrits par M. Cuvier , mais dans un cal- caire dont la puissance paraît ne pas s'étendre au-delà d'un mètre. Ce calcaire , à couches peu épaisses , se ire-. trouve également , d'après le docteur Guet auquel nous empruntons ces détails , immédiatement superposé ou appliqué sur des fragmens de roches primitives gisant sur l'a surface du sol , et à une distance d'environ vingt ou trente pas du lieu où l'on a découvert le calcaire à os- semens qui nous a été adressé. Rien n'annonce , dit le docteur Guet, que la mer ait jamais recouvert ce cal- caire 5 pour nous, nous n'y avons vu aucune trace de corps marins qui puisse le faire supposer. (i) Recherches sur les Osseniens fossiles ^ tom. v, p. a48. (396) Comme tous les calcaires d'eau douce , feelui de Tile Maurice a un tissu lâché , poreux , traversé par une grande quantité de bulles ou de petites cavités irréguliè- res , tapissées par un calcaire argileux concrétionné , blanchâtre , fort tendre. La pâte de ce calcaire , dont la Couleur est d'un brun grisâtre , est fort dure , ne se lais- sant pas entamer par l'acier 5 elle est sonore , et répand, lorsqu'on la brise , une odeur particulière que nous ca- ractériserons plus tard. Les os de tortues qui s'y trouvent sont pour la plupart brisés et disséminés de la manière la plus irrégulière ; ils ont en général une couleur noi- râtre ou d'un brun foncé. Ces os font quelquefois corps avec le calcaire et à tel point , qu'ils semblent se fondre dans sa masse , ne s'en distinguant que par leur nuance plus sombre et les vacuoles de leur tissu spongieux. L'on n'observe aucune trace de coquilles , soit terres- tres , soit marineîs , dans ce calcaire , en sorte que , faute de données suffisantes sur son gisement , il est difficile d'en assigner avec quelque certitude l'époque de forma- tion. Tout ce que l'on peut présumer, d'après les osse- mens de tortue qu'il renferme , et qui y sont en trop grand nombre pour être accidentels , c'est qu'il pourrait bien appartenir à la formation d'eau douce inférieure , c'est-à-dire à celle qui recouvre le calcaire grossier. Les principaux ossemcns que nous avons pu recon- naître dans le calcaire de l'Ile-de-France sont , ou des os longs, ou des portions de plastron 5 le plus considé- rable de ces os longs , et le seul qui soit déterminable , est un humérus droit , dont il n'existe que les quatre cin- quièmes supérieurs. La détermination de cet humérus présentait quelques ( hi ) difficullés , deux des éoiinences qui le caractërisent es- scDliellemcnt ayant été détruites ^ mais sa forme et sa courbure nous ont conduit au genre de reptile auquel il a appartenu. On sait que riiumérus des tortues de terre est singulièrement conformé » qu'il se distingue par sa forme contournée et ses inflexions , caractères que Von retrouve dans notre fossile 5 aussi en comparant notre humérus avec celui de la tortue grecque ( testudo grœ- ca) , on voit qu'il n'en diflere que par sa grandeur, qui est quatre fois plus considérable , et par quelques autres caractères qui sont purement spéciûques. L'humérus des tortues de terre , indépendamment de la tète et de la petite tubérosité qu'il présente , offre en- core derrière cette tète une éminence saillante olécrani- forme , et qu'avec M. Cuvier nous appellerons grosse tubérosité. Malgré l'autorité de ce grand analomiste, il ne nous paraît pas que Tolécrane manque au cubitus des tortues de terre j seulement cette éminence , qui n'y est jamais très - développée , y existe à l'état rudimentaire , mais d'une manière distincte. Notre humérus fossile , qui ne présente que les quatre cinquièmes de sa longueur totale , offre encore une éten- due d'environ 190 millimètres , dimension qui peut don- ner une idée de la grandeur de l'espèce à laquelle il avait appartenu. Le corps, mesuré dans sa plus grande épaisseur, a de 26 à 27 millimètres , tandis que la lar- geur de l'os çst de 34 millimètres 5 enfin le diamètre an- téro-postérieur de la grosse tubérosité. est de 43 à 44 ™îl* limètres. Notre humérus s'est trouvé placé , dans la gangue » dans la position naturelle à l'animal. ( 398 ) Pour le décrire avec précision , nous y distinguerons deux faces, deux bords et deux extrémités. La face supérieure , large et légèrement excavée dans l'intervalle qui sépare la grosse tubérosité de la tête , est épaisse et convexe à sa partie moyenne. Vers son tiers inférieur, l'absence de la substance compacte laisse aper- cevoir les vacuoles du tissu spongieux , et démontre la non-existence du canal médullaire. La face inférieure offre une cavité profonde entre les trois éminences qui constituent l'extrémité supérieure ; dans tout le reste de son étendue, cette face est plani- forme : le bord antérieur, qui naît au-dessous de la tête , a une forme convexe , tandis que le bord postérieur con- cave a une plus grande étendue , et une direction obli- que de haut en bas. Quant à l'extrémité supérieure , elle offre , en haut et en arrière , la grosse tubérosité dont l'extrémité supé- rieure a été seule détruite. Cette éminence , d'une forme triangulaire , est légèrement convexe dans la partie pos- térieure de sa face inférieure : la convexité de sa face su- périeure est moins marquée. En avant, et un peu au-des- sous de la grosse tubérosité , existe une sorte de base triangulaire , seul vestige de la tête de l'humérus ; en- .6n , à la partie postérieure et inférieure de l'extrémité supérieure de cet os , on aperçoit un col ou pédicule qui soutenait Tapophyse appelée petite tubérosité. L'extré- mité inférieure de l'humérus manquant totalement , il nous est impossible d'en décrire la forme. En résumé , le caractère principal qui distingue notre humérus fossile de celui de la tortue grecque , tient à la forme plus recourbée de ce dernier, forme qui s'approche ( %9 ) assez de celle J*uii S italique. L« coarbure du fossile , sensiblement moindre , forme aussi un angle plus aigu , avec une ligne droite qui passerait par sa base. Les portions de plastron qui se trouvent empâtées dans le même calcaire où existent les os longs de tortue , se font remarquer par leur petite épaisseur , épaisseur qui ne dépasse guère un millimètre et demi dans les portions les plus étendues : il ne parait pas cependant que cette faible épaisseur, qui est bien au - dessous de celle du plastron des tortues de terre d'Europe , soit accidentelle et tienne à la compression que ces plastrons auraient éprouvée. Comme nos tortues fossiles annoncent de fort grandes espèces, nous n*osons dire, faute d'objets de com- paraison , si ce caractère est réellement spécifique ou pu- rement individuel. Cette moindre épaisseur existe, du reste , dans tous les fragmens de plastron , qui sont en grande quantité dans le calcaire de rile-de-France. Les os de tortue fossile , cbaulTés dans un tube de verre , noircissent fortement , en développant une odeur suave et aromatique ; les vapeurs qui se dégagent bleuis- sent le papier de tournesol , rougi par les acides. Les mêmes os non calcinés , mis à digérer dans Fal- cool pur , perdent une partie de leur poids. Ce liquide dissout une substance légèrement jaunâtre, qui possède à un plus liant degré que les os eux-mêmes l'odeur aro- matique dont nous avons déjà parlé , odeur qui est ex- trêmement agréable. Cet^te substauce ^ soluble daoïs l'al- cool , insoluble dans Teau et dans Véihsr^ ne brûle pas avec flamme , comme les résines , auxquelles son odeur nous l'avait d'abord fait rapporter 5 chauffée dans une cuiller de platine, elle noircit fortement, en se cbarbonant ( 4oo ) d'une manière complète. Elle sedislille en partie, chauffée dans des vases clos \ le liquide qui en provient bleuît , mais faiblement , le papier de tournesol rougi par les acides. D'après ces caractères , cette substance aromati- que serait une matière organique animale, mais d'une nature toute particulière. C'est probablement à sa pré- sence que les os de nos tortues fossiles doivent l'odeur aromatique qu'ils développent spontanément , ou ^ors^ qu'on les frotte avec force. Ces os font fortement effervescence , mis en digestion dans l'acide bydro-chlorique , à raison de la grande quan- tité de carbonate de chaux qu'ils contiennent. Outre ce carbonate , ils renferment du phosphate de chaux , de la silice et de Toxide de fer : ce dernier y est en assez grande quantité , à en juger du moins par la couleur jaune que prend l'acide hydro-chlorique , mis à digérer sur les os non calcinés. En résumé , les tortues de terre fossiles de l'Ile-de- j France , plus rapprochées des espèces vivant encore dans les Indes que des espèces d'Europe , s'y rencontrent dans des circonstances géologiques très-diverses , et dans des formations très-différentes , puisque , d'une part, on les y trouve dans des terrains volcaniques , et de l'autre , dans les terrains tertiaires ou de sédiment supérieur. Ces tortues fossiles des pays chauds de l'ancien continent, ne sont donc point , comme la plupart des fossiles des terrains tertiaires de l'Europe , en disparate avec les cli- mats où l'on trouve aujourd'hui leurs débris. ( 4oi ) Observations sur deux nouveaux genres de Plantes ; Par M. Desvaux, Directeur du Jardia de Botanique , à Angers. Nouveau genre de la famille des Ericinées. CALODRYUM, tab. 5i. Caljx quînquepartitus, Corolla tubulosa incurva : limbo subconlracto quinquefido. Stamina lo , inclusa , monadelpliîa : vagina lubulosa , staminibus apicè libe- ris. Aniherœ lanceolato-hastatae , cuspidato mucronalae. OvariumMhcTXxui ecbinato-pilosum. Stylus urncvis. Stig- ma capîtatum, apicè quinquedenlatum. Fructus quinque- locularis.... Frutex div^a^icato - ramosus j folia alterna; flores axillares solîtarii. Calodryum tuhiflorum. Caule erecto, ramoso, glabro; foliis nitidis , coriaceis , ovato-oblon- gis, grandideutati^. Habitat ad C. B.-SpeL Tige ligneuse , ramiGée , dressée , glabre , ainsi que les rameaux , qui sont brun-cendré. Feuilles alternes , sans stipules , très-glabres , cour- tement pétiolées , coriaces , luisantes , à nervures pres- que nulles, et sensibles seulement par la dessiccation; ovales-lancéolées, comme acuminées, et à pointe obtuse ; bords un peu enroulés en dessous , et à trois ou quatre grandes dents en scie de chaque côté ; base un peu atté- nuée et entière ; surface supérieure verte , l'inférieure d'im vert pâle , et la côte rousse. Fleurs solitaires dans Faisselle des feuilles au som- ( 4o2 ) met des rameaux , à pédoncule court ( 3 ligues), un peu renflé sous la fleur. Calice glabre , à cinq divisions presque complètes , roides et comme trigonées , et trois sillons entre les arê- tes des divisions trigones. Corolle allongée , lubuleuse , coudée et un peu dila- tée vers son milieu ^ rose à la base et vert -jaunâtre au sommet 5 à cinq divisions courtes , droites , un peu ob- tuses. Etamines{^\, 5i, f. 3 ) incluses , monadelphes , non insérées sur la corolle , et formant un tube un peu moins grand que la corolle , coudé comme elle , et terminé dans son sixième supérieur par les filets libres des dix étamines qui sont incluses dans le tube de la corolle , mais à-peu-près de la même longueur qu'elle. Anthères ne paraissant formées que d'une seule loge anthérique surmontée d'une longue pointe. Pistil (pi. 5i , f. I, 2 ) formé d'un ovaire bérissé de gros poils 5 style allongé , filiforme , de la longueur des étamines \ stigmate en tête ou courtement turbiné , re- levé de cinq côtes correspondant à cinq très-petites divi- sions qui surmontent le stigmate. D'après la forme de la fleur et de l'ovaire ,.on peut supposer que le fruit que nous n'avons pas vu est non symétrique , mais composé de cinq loges , dont plusieurs avortent peut-être , et que ce fruit est bérissé de pointes. Cette jolie plante nous a été envoyée par une per- sonne point botaniste , mais qui avait eu la complaisance de nous recueillir, à l'Ile-de-France et au Cap , une sé- rie de curieuses espèces de ces deux contrées ; de ma- (4o3) nière que c'est avec quelque doule que nous attribuous plutôt notre nouveau genre au cap de Bônne-Espérance plutôt qu'à r Ile-de-France. Le nom que nous avons choisi , xa^oç , beau , et ^puç , chêne , indique le rapport du feuillage , en petit , de notre végétal avec le chêne. Tous les rapports de conformation nous semblant por- ter cet arbuste dans les Tricinées , dont il forme un chaînon très -distinct , si , dans ce que nous n'avons pu observer, rien ne contrarie cette opinion . Nouveau genre de la famille des Lythrair.es. PHYSOPODIUM. Caljx turbinatus , quinqueden talus , intus piloso- slrigosus, pedicellatus : pedicello arliculato tumido. Co~ rùlla pentapetala ^ stamina decem ^ alterna paulô brevio- ra. Antherœ oblongae, incumbentes, exeriae. Ovarium oblongum. /5/;//u5 capillaris. Stigma subulatum. Fruc- tus... Frutex glaber, volubilis, alternifolius 5 folia in- tegerrima ; flores spicato-paniculati , secundarii , termi- nales , bracteolati. Phjrsopodium. volubile. Gaule volubili , tereti ; foliis elongato-lanceolatis submucroaatiâ , mu- croaulatîs, rigidis, cervosis, ntrinque uitidisi floribus spicalis, unila- tpralibuSy breviter petiolatis , distantibus. Hab. in insulâ Borbooise. 5 Tige ligneuse , tortile , volubile , brune , ponctuée. Feuilles alternes , très-glabres , luisantes , nerveuses, un peu coriaces , ovales-lancéolées , comme mucronées, et à pointe aiguë : longues de trois pouces. Fleurs portées par un pédicule articulé long d'une (4o4) ligne , renflé , lui-même porté par uu pédoncule de deux ligues j calice très - glabre et lisse en dessus , et à longs poils roides en dedans , à dents courtes , larges , ciliées ; toutes les fleurs tournées d'un seul côté en épi lâche , et les épis disposés en panicule terminale , longue d'un pied et plus. Pétales ovale-oblongs , obtus , rougeâlres, au nombre de cinq , de la longueur du calice. Etamines lo , d'abord incombantes , ensuite saillan- tes , et doubles de la longueur des pétales. Anthères à 2 loges oblongues. Pistil à très-long style capillaire, et stigmate aigu ; ovaire oblong. Observations sur la famille des Légumineuses ; Par M. Desvaux, Directeur du Jardin de Botanique , à Angers. Si les Légumineuses n'eussent été au nombre des fa- milles de plantes sur lesquelles mes recherches ont été les plus suivies , il me serait devenu difficile d'offrir des choses nouvelles , après le beau travail que vient de pré- senter M. DecandoUe sur celte famille , et c'est avec plai- sir que je donne aujourd'hui une partie de mes recher- ches , afin de compléter, en quelques points , la base qui vient d'être posée pour l'ensemble de celte curieuse et précieuse famille , par un savant d'un mérite si re- connu. ( 4o5 ) Mes observations ont eu pour but de donner quelques genres nouveaux , un certain nombre d'espèces que je crois nouvelles , et de signaler quelques réformes à faire dans ce qui est public. J'ai eu encore pour but de faire connaître , avec quelque détail , les objets que j'avais in- diqués dans dilTéfens ôuvrnges , mais avec trop peu de détails descript^ifs pour qu'ils aient pu être classés d'une manière certaine dans le cadre qu'a rempli M. Decan-^ dolle d'une manière si utile pour la science. Avec ces matériaux , j'aurais pu surcharger la bota- nique d'un volume entier, mais j'ai préféré donner à mes recherches toute la concision possible , en ne leur étant rien de ce qui est réellement important pour la science. Le plus ordinairement, ceux qui donnent tant d'étendue à leurs minutieuses observations , nous ap- prennent seulement qu'ils ne sont pas botanistes et qu'il» ne savent ni ce qu'il faut dire , ni ce qu'il faut passer soUs silence. La précision que j'avais employée à l'épo- que a laquelle j'ai publié mes premiers travaux sur les Légumineuses, pouvait convenir alors -, mais aujourd'hui, pour se rattacher à un plan bon et utile , j'ai dû donner un peu plus d'extension à ces mêmes observations , afin qu'elles cadrassent avec l'état de la science , tel qu'il se trouve exposé dans le Prodronius rcgni vegetabilium. On pourra bien pressentir que je n'ai pas fait tout ce qu'il m'eût été possible , puisque je n'ai rien dit sur un grand nombre de genres où il y a beaucoup à faire en-^ core \ mais c'est qu'il est des choses qui doivent être mû- ries par la réflexion , et d'ailleurs la science ne peut marcher que pas à pas \ on ne suit jamais ceux qui font des percées dans Vas>enir, C'est ce que nous appren- ( 4o6 ) nenl les résultats des travaux prématurés de plusieurs cé- lèbres botanistes. S SOPHOREiE. I. Delària. Calyx 5 - denticulatus , spathaceus , maccidus. Co- rolla : vexillo majore subpalente. Stamina lo , ferlilia , basi distincta , persistentia. Ovarium sessile aut stipita- tum. Stign^a aculum. Legumen elongatum , oligosper- mum. i^ruticçf allernifolii : foliis simplicibus. ^ 2). ovalifolia N., tab. 52. Cassia simplicîfolia Desv. , Joum.bot. , i8i4, I, p. 72 ; Decand. , Prod. , a , p. 5o5, no 184. Caule fruticoso \ ramis pubescentibus, fusco-bruneis ; foliis subdisti- cliis , breviter petiolaiis , obovatis , obtusis , penninerviis , pubescenti- bus ; floribas i-3 axillaribus, pedunculis hirtis dimidio foliorum longis; carina caducâ ; leguminibus sessilibus ( junioribus bircîs ) , falcatis, ros- tratis. Hàb. in Brasilia. ^ D. pyrijolia'^. , tab. 53. Caule fruticoso j ramis fuscis , glabris ; foliis longé peliolatis , latè ovatis , mucronatis mucronulatisque , coriaceis , glaberrimis , reticula- tis ; lloribus axillaribus , subsolitariis , petiolo brevioribus , dibracteo-' latis ; bracteis minutis ; ovario peduncnlato ; leguminibus Hab. i« Guineâ. 5 Cette dernière espèce a le calice moins grand , et pa- raît avoir un fruit moins prolongé \ mais d'après ce que no^s ayons vu de la fleur , ces végétaux , malgré la dif- férence de leur feuillage , doivent rester associés. a. SoPHORA ocumi/iata Desv. , Journ. hot> , i8i4, i, p. 74 ( sect. Eti' sophora)» Fruticosa ; ramis tomentosis ; foliis elongatis ; foliolis 39-41 » lineari lanceolatis , acutis , mucronatis utrinquè adpressè pubesceutibus ; sti- pulis linearibus , apicè setiformibus ; leguminibus pubescentibus, strie te torulona, basi pedunculatis , sub 8-spermis. Hab.., ( 4o7 ) Snphora ? pentaphjrlia N. Caulc fruticoso , ramoso , glabro ; foliis sub alterné pinnatis; foHolis 3-5 f flubsessilibus , glaberrimis , lanceolato - licearîbus obtusis , nervo- sis ; racemis axillaribus paucifloris * peduncdlatîs , pubescente •incanis ; floribus ( lutcis striatis ) elongato-pedicellatis j calycibus inçaois : drnto obtuso. Fructibus... Uab. ia Peruviâ. S5 LOTE^. 3. Le Crotalaria o\>alis de Pursh , et le Crotalaria rotundifolia de Poiret , sont deux espèce* ou au moins deux races irès-dislinctes. Là dernière de ces plantes est couchée, a plusieurs liges. Nous l'avons de la Virginie, et Tune et l'autre doivent passer dans la division des espèces à feuilles simples et à stipules non décurrenies. 4. Clavulium. Calyx 5-fîdus , sublabiatus : dentibus latis , acutis, Vexillum subplicatum , carina (magna) brevîùs ; aljxî brèves, Stamina monadelpba -, vaginâ Cssâ. Slylus pro- lixus , acutus. Ovarium pedunculalum : podetio elon- gato-, legumen pedunculatum (pod. pollicare), oblon- gum , iuflalum , polyspermum. Clauulium peJunculosum N. Crotalaria pedunculosa Desv. in Dec. , Prod.j a, p. i3a. Gaule elato ( fruticoso ?), glabro , divaricate-ramoso ; foliis piouato- Irifoliolatis , glaberrimis : petiolis clongalis j fç^lioUs ovalis , utrinque al- ternatis, mucronulatis ; racemis oppositifoliis , pedunculatis (ped. sub pédale), multiflorisj floribus (magnis purpureis) longe peduuculatis , calicibus glabris ; legumioibus glaberrimis. Hab. in Java. 5. Ckota-laria mucronata Dbsy. in Dec. , Prod. , a , p. i3a , n» 9G. Caule herbaceo, sulcato , pubescente ) foliis sublonge-petîolatis; fo- liolis ovatis, basi cuncatis, penuinhrviis , mucronatis, s'ubtus pulvéru- lente pubescentibus ; stipuUs subnuUis ; racemis axillaribus terminali- busque , acutis , confertis ; floribus ( luteis) bracteatis : bract^s capilla- ribus ; fructibus... Hab. in Antillis ex Jamaïcae. O ( 4o8 ) 6. ACROPODIUM. Calyx profunde 5-fidus. Vexillum brève , hispidum; alae oppositim bidenlalae. Stiïmina diadelpha ? Ovarium pedicellatum ; legumen oValo-oblongum , laeve , subdi- spermum j podetium capillare. Snffrutex fasciculalim foliosus 5 racemi axillares , subtriflori, foliis longiusculi. Frutex fasciculato-foliosus. uicropodium suffruticosum N. Lotus suffruticosus ? Buaii. , Prod, , cap. xzii; Decand., Prod., a , p. i4'{* Caule erecto , ramosissitno ; ramis teretibus glabris ; foliolis 5-7 bre- viter petiolatis, linearibus, tnargine revoluto , ulrinquè sparcè strigo- sîs ; peduiiculis racemorum capillaribus ; legumînibus ^-3 subremotis (a-Un.) , glabris. Hab. ad C. B.-Spei. ï) ^.Hallia sagittata^. Hedysarum sagittatumVom. Encycl,, 6, p. /\oZ; Decand. , Prod. 1 , p. 826. Caule procumbente , filiformi, trigono , piloso ; foliis lanceolaLis , mucronulatis j basi cordatis, margine ciliatis , utiinquè âparsè pilosis , breviter petiolatis ; stipulis laoceolatis petiolo loogioribus , villosiuscu- lis ; pedunculis axillaribus folio sub duplo longioribus ; calycibus co- rollâ subœquantibus. Hab> (ad Ind. occid. Poiret ) Cap. Bonas-Spei? !2,C 8. Les Ononis tridentata L» et Ononis arbuscula Desv. , réunies par M. Decandolle , si elles ne sont pas deux espèces , sont plus que deux variétés 5 ce sont deux races distinctes. Dans V arbuscula , les rameaux sont to- mentcux et les fruits velus 5 dans l'autre , les rameaux sont velus et glanduleux^ ainsi que les feuilles, et en outre j les trois dents des feuilles sont très- profondes. 9. AiTTHTLLis ar^e/zfea N. ( sect. 5, Cornicina). Caule frulicoso procumbente , ramoso-divaricato ; ramis teretibus , candidis ; foliolis quinatis, sessilibus, sericeo-incauis , ovato-linearibus acutiusculis; floribus axillaribus, solitariis, subsessilibus, folio longiori- bus; calycibus cylindricè inflatis viUosis. Hab, in moutosis Syria- cis. \) C 409 ) 10. TricohelLa cylindracea'DEBy. Journ. bot. , 1814, i, p. 77 (Mcè.3. Suceras f §1). Caulibusiù-niis; foliolis elongato-cuneatis , grosse serratis, pubescea- tibus y stipulis eubulatû rigidis , pedunculis apice breviler spiaosis : flo- riferls folio superantibus ; dentibus calycinis brevibus , acutis ; legumi- nibusS-io , oblongis, cylindricis, incaryis , obliqué striatis , apice subu- latis ; seminibus a-3 elongatis , cylihdricis , punctulato-rugoâis. Q Hab. ia Oriente. 11. Ikdicofbra stipularis Likk j Decakd. n» 108 ( sect. a , OligophyU lœ). Caule decumbente ; ramis angulatis hirtè incanis ; foliis brevitcr pe- tiolatis ; foliolis obovatis acutis , mucronulatis , iitriaque sparsè pîlosis, subcanesccntibus ; stipulis basi oblique cordatis , apicè subulatis ; pe- duûculis folio longioribus ; floribus breviter spicalim subconfertis ( pur- .. pyreo-caeruleis) ; laciniis calicinis subulatis ; vexillo glabro ; legumini- tus teretibus sub incanis. Uab. ad C. B.-Spei. ï) {y. V. ) /. macrocarpa N. Cauiibus ramosis , procumbentibus , sufTruticosis ; ramis teretibus in- canis; foliis 5-jugis; foliolis alternis , incanis cuneatis submucronatis , utrinquè pilosis ; stipulis scariosis, lanceolatis apicè subulatis; pedunca-* lis folio subaequantibus ; racemis elongatis sublaxifloris ; legnminibuf pendulis, rectis, sparsè pilosis, 8-io-spermis. Hab. in Peruyia. "îf Flores rosei ; yexiilum pilosum ; fructus i5-linearis. /. diffusa Desv. Journ* bot. , 1814, i , p. 79 (Dbc. , n<> lao). Indig. Anil. y. orthocarpa? Dec, Prod. , p. aaS. . Caule ranioso , ramis subangulatis , subpubescentibus ; foliis opposite pinnatis 4-jugis; foliolis oblongo-obovatis, subemarginatis subtus sparsè pilosis ; racemis folio brevioribus ; legumiuibus elougatis( ï5-lin.), reo tis pilosiusculis, lo-spermis. Hab, ia insulis Africanis. (Madagasc. et Bourb.) /. oxycarpa Dbsv. l. e. (Dec. , n» î 19), Caule herbaceo, crecto, pentagono, sparsè pildso ; foliis opposite-pin- natis 3 - jugis utrinquè adpressè pilosis : pilis centro adfîxis ; foliolis latis, petiolulatis , ellipticis , mucronulatis , subtus pnlUdis ; stipuUs setàceis ; racemis folio multo longioribus , laxiiloris ; legumiuibus lo-ia-spermis, pendulislineari-terelibus subrectis , acutiuscuUs , subpilosis. Tf.? Hab. in.' Anlillis. ^"* IX. 37 ( 4io ) On doit le placer non loin de VJ. endecaphylla. /. hatUnse N. (sect. a , OUgophyllcË). Caulc ramoso, suflruticoso , procumbente , pubescente ; stipulîs ovalo- lanceolatis aculo-setaceis , foliolis 3 , obovato-acutis , oblique mucronu' latis, utrinquc adpresse strigosis ( pilis centro adfixis) , subtus canes- centibus j spicis longissimè pedunculatis , elongatis ; bracteis cordatis \ floribus (roseis) vexillo glubro, alis barbato-ciliatisj leguminibus Hab. in Hispaaiolâ. 1^ /. micraniha N. Caule berbaceo , decumbenie ; ramis angulatis adpresse pilosis : pilis sparsis ; foliis 5-jugis j foliob's oppositis, petiolulatis, obovatis, oblôngis, mucronulatis , subtus adpresse pilosis ; stipulis setacèis j raceuais folio paulù loDgioribus , subsessilibus ; leguminibus arcuatis , subpiîosis , 4- ^ spermis. Hab.., Ressemble à VI, Anil, 1. lasiantha N. Caule erecto , ramis sulcatis subpiîosis , foliis inferioribus trifoliolatis, superioribus a-3 jugis j foliolis petiolulatis, latis, subellipticis , mucronu- latis ; stipulis scariosis subuliformibus j racemis folio multô longioribns ; floribus sparsis (magnis) pilosis j leguminibus... Hab. ad littora An- golœ in Âfricâ. Il devra être placé près de V I , ft^tescens , I. griseaTi, I» iespezioides ? H. B. et Kuhth, JYo^'. gen. Am. , 6, p. 455. Caule fruticoso , virgato-racemoso , ramis compresso-ancipitibus ; fo- liis appro3Limatis , breviter petiolatis , bijugis : inferioribus simpliclbus ternisque ; foliolis griseis , clongatè cunuatis , mucronulatis , petiolatis , ulrinquè tenuissimè pilosis j racemis breviter pedunculatis , folio sub- sequantibus ; bracteis rigidis , subulatis, breyibusj leguminibus ciueras- centibus. Hab. in Para. 9/J /. bàrbaiaia. Caulc berbaceo subdecumbente 5 remis , petiolisque hirtè pilosis, sul- catis ; foliis 3-jugis j foliolis oppositis, petiolulatis , penninerriis, obova- tis, submucronulatis, ciliatis, ulrinquè pilosis, subtus pallidis; stipulis ( 4i' ) subulatis pluroosis ; racemis secundis longissicais ; pedunculis f(4io su- perantibus; deutibus calycinis clongato-setaceis ; legumiuibus pUçso- barbatis, subferrugineîs , subteretibus rectis, 5-7-8permi8. Hah. in Brasilia. O Il est voisin de VInd. hirsuia j mais les dents du ca- lice sont trois fois plus courtes dans celui-ci , outre les autres différences. /. nùcrocarpaDESY. , Journ. bot.; i8i4, i, p- 79 (Decakd. ,no 79). Caule prostrato , r amoso ; ramis subangulatis ; foliis 4 - jugis j folîolis obovato-elongatis mucronulatis , sessîlibus , utrinquè candidis ; stipulis subulatis brcvibus ; racemis folio subœquantibus 5 leguminibus albican- tibus, brevibus, a-3-spermis. Hab, in Brasilia. O L'/. senegàlensis Lamk. in Dec. Prod. , 2 , p. 228 , n° 67 , doit avoir pour synonyme notre Brissonia tra- pezicarpa (Jourji, bot,, i8i4 , i? p. 78 ) j et cin effet , après un examen réfléchi , celte plante est mieux placée dans le genre Indigofera , malgré son fruit , qui peut- être la fera séparer plus tard comme genre ; et dans ce cas , Ton pourrait employer le nom de Brissonia , qui n'a pas d'autre application jusqu'à présent. 13. PsOBALEA jjunctata N.< Caule glabro; foliis impari pinnatis, i-q jugis ; foliolis linearibus; ra" ' cemis multifloris , folio brevioribus ; vexillo , carioâque puuctato-glan- dolosis. Uab, ad C. B.-Spei. t Rami stricte virgati, flores numerosî. i3. CuTOïoA, laurifoliaia. Galactia coria (4i2) Par son calice , cette grande et belle espèce forme une section particulière , car il est très -court au lieu d'être long et tabulé, comme dans les autres espèces de la même section ; en outre , les dents sont très-courtes. Elle a du être confondue avec le C, plumieri, C. sinuata N. (sect. 3, Centrosema). Gaule volubili filiformi puberulo ; foliolîs elongatls, linearibus, acutis, mucronulatis , reliculatis , glabris, marginibus sinuatis ; stipulis ovatis ; stipellis capillaribus ; racemis petiolo longloribus sub 3-floris ; bracteis calyCe glabro subœquantibus : laciniis subulatis pubesceutibus ; vexiilo pubescente ; legumen... Hab. in Brasilia. l> 14. Neurocârpum ? barbatum N. Gaule ramoso , procumbente , funiculoso , hirtè piloso , rnfo ; stipulis lanceolatis acutis nervosis j foliis coriaceis, vcnosis , unifoliolis , subses- silibus , ellipticis , basi cordatis ,apicc obtusis , submucrouulatis , subtus villoso-rufis ; racemis axillaribus , paucifloris folio brevioribus j legurai- uibus... Hab. ia Brasilia. ^2^ |) ? iV. laurifolium Desv. in Will. Hamilïon , Prod. FI. Ind. occ. , p. 5i . Clitoria laurifoUa PoiR. , Enc. suppl. , 2 , p. 3oi. Gaule erecto, fruticoso, glabro, tereti j ramis subaugulatis ; foliis sub^ aessilibus; folioliselliptico-oblongis,enaarginatis, mucronulatis, utrin- què glabris , reliculatis, subtus pallidis : racemis axillaribus , subbifloris, petiolo longioribusj calyce campanulato, bracteisque glabris j legumi- nibus oblongis, Hab. in însulîl Porto-Rico. Cette espèce doit suivre immédiatement le N. guia- nense , dont elle se rapproche beaucoup. iV. rubiginosum Desv. ia W. Hamilton, /. c. Clitoria rubiginosa PERS. Gaule volubili , hispido - tomentoso, rufo j foliis petiolo subelongato ; foliolis ovatis, subacutis , subtus subsericeo-argentcis , nervis rufescenti- bus ; racemis folio lougioribus, paucifloris j floribus (njagnis) 4-6 ; brac- teis ovatis ; calyce campanulato , laciniis acutis ; leguminibus glaberri- mis. Hab. in AntilUâ. |> ( 4>S ) Cette espèce est très - différente du N, ellîpticumj avec lequel on paraît l'avoir confondue. '' N. glfcinoides'S. Cliioria glycinoides'Dzckvh, ,Prod.f a , p, a34. Cette plante peut faire un groupe dans le genre iVea- rocarpum, en y j oignant Tespèce précédente, etpeut-rèfre le iV. ellipticurriy dont nous n'avons pas vu les fleurs. Dans ces plantes , la corolle tient du genre Clitoria, et le fruit du genre Neurocarpum , où ils sont toujours un peu renflés. Caule volubili hispido-villoso , foliis folioUsque stîpulaceis , oraio- acutis ; follolis subtus pubescentibus , pallidis , racemis a-4-fioris petiolo longioTÎbus; calycibusbracteatis, viilosis; bracteis ovalis, acutis, calyc« duplo brevioribus ; legumiuibus... Hab, in America calîdiorî ?* 1> ? Cette plante , voisine des précédentes par son port , plutôt qu'elle ne Test des Clitories , que nous connais- sons , a les fleurs de nos dernières espèces , dont elle est très- distincte d'ailleurs. On pourra donner à ce groupe des Neurocarpes le nom de Pilanihum , proposé par M. Poiteau pour le iV. gljcinoides, i5. Galactia PurshWSi. Galactia glahella Decakd., Prod., a , p. a38, excl. syn. La phrase diagnostique de l'auteur du ProdrouxQ est suffisante. G. glahella MiCB. , FL bor. am. , a , p. 64-. G. pilosa Nctt. , Cen. am., 3,p. Il6. ' Caule filiformi volubili , retrorso-pubescente ; foliis ovato-elongatù , muCroaulatiâ , subtus pallidis , utrinquè sparsè pilosis ; racemis sub 5- floris f p«tiolo subaequantibus ; calycibus pubescentibus , dcotibus elqjX' ( 4i4 ) galis , subulatis ; Icgumiuibus pubescentibus , 5-7 spcrruis. If liai, in Virgiaiâ , Carolinâ et Georgiâ. G. leucocarpa N. Glycine leucosperma Desv. , Journ. bot. , 1814,1, p. 78. Galactia dubia ? Dbcand. , Prod.y 2 , p. 238. Cnule tereti, volubili , ramis retrorso-pilosis \ foliolis subcoriaceis, el- lipticis, utriiiquèpilosiusculisemarginatisque, supra nitidis, subtùs pal- lidis, adpressè piloso-strigosis ; racemis sub4-^loris, folio subsequauti- bus; calycjbus pilosisj leguminibus eloDgatis, acutis (primo aetate ar- genteis) , laliusculls , adpressè strigosis, Uab. in Antillls. t) G. eittarginata Desv., Journ. bot.^ l. c. , et in W. Hamilton, Prod. ■ Flor, Ind. occ. , p. 5o. Gaule frutescente, volubili; ramis adpressè pubescentibus ; foliis co- riaceis, subglaberrimis ; foliolis subundulatis, elongato-ellipticis , emar- ginatis j racemis multifloris folio aequautibus ; calycibus pilosis ; legu- minibus... Uab. in Antillis. l> Elle est très - rapprochée de la précédente , dont elle n'est peut - être qu'une race plus grande. Les divisions du calice sont plus allongées. G. latisiliqua N. Gaule suffruticoso, volubili, hirto-piloso ; foliis latè ovatîs, supra eparsè pUosis , subtus tomentosis subincauls ; racemis umbellulatis , petiolo superantibus ; leguminibus adpressè pilosis subcanescentibus (sesquipoUic), 6-7-spermis. jETat... (/^. /^.) y 16. GLYCiifE angulata Desv. , l. c. Gaule volubili ; ramis angulatis, adpressè pilosis; foliolis elongatis obovalis , adpressè sparsèque pilosis . subtus pallidis piloso-sericeis ; ra- cemis paucifloris , axillaribus , folio aîquantibus ; leguminibus liuearibus hirtis, subferrugineis. Hab. in America calidiori ? l) Elle doit être rapprochée du Glycine senegalensis. G, pugiunculus N. Gaule fruticuloso , subdichotomo , subvolubili ; ramis glabriusculis ; foliolis ovatis obscure mncronatis , mucronulatis , obtusiusculis , subci- liatis ; stipulis ovatii (mediocribus) , bbtusis; floribus... dentdius caly- dnis inàeqiiôlibus , unâ longiorî ; leguminibus complanatis, naarginatis, glabris, linearibus, longe acuminatis, To-i5-spermis. HeA, in America ca- Udîori ? b ( 4.5 ) G. dolichoidesfi» Gaule ramosissimo , hirCopilosu; ramis subangulutis filiformibus ; jfoliolis stipellatis , oyato-obloDgi^ , acatis , utrinque adpressè strigoso- pilosis , penninerviiâ ; stipulis lanceolato««abulatis ; racemis folio sub- aequantibus ; floribus remotè spîcatU, 5olitariis; calycibus (tniuutis) 5-ficlis pubescentibus ; leguminibus (a poli.) linearibus sabfaloetis ad« pressé strigosis , uncinatis , lo- spermis ; semlnibus compreuis (atris ) rbomboidalibus. Uab. in insulâ Timor. If G. fiUformU N. Gaule tereti , volubili , aufiruticoso , fiUformi , retrorsum pubescentç; folioUs ovatis , oblongis mucroQulatis , subtus pallidis pubescentibus ; stipxilis brevibus capillaceis; racemis pedunculatîs, folio longioribus, crî- niformibus , 6-floris ; floribus remotis j calyce pedunculoque communi puberults \ laciniis calyciois elongato-acatis j leguminibos pubescentibus subincanis 8-spermis. Uab.,, 17. Tephrosia dichotoma N. Csect. 4 , Reimerîa). Gaule suffrutescente tereti ramoso , dicbotomo , tomeutoso ; foliis 4- jugis ; foliolis ovato-lanceolatifi , mucronulatis , utrinque tomentosis , subcane>icentibus; floribus axillarihus ( roseis) , breviter pedniicutatis ; leguraioibus falcatis , angustis , pubenilis, lo-ia-spermis. Uab, in Pbi- lippinis. f) T. slipularis Desv. , Jnurn. bot. , l. c, p. 74 ( sect 4 , Reimaria). Gaule erecto fruticoso, ramoso, gtabro, sulcato ; ramis pubescenti- bus ; foliis 4-5 jugis ; foliolis elongato - obovatis recurvè mucronulatis , petiolatis, subtus striatis, obscure pilosis ; stipulis latis^ subconnatis (maximis) , scariosis , striatis , acutis ; floribus axillaribus , subgemiiiis , breviter pedunculalis ; leguminibus ciliatis , subglabris, subrectis, 12- »5-8pcrmi8. Uab, in America calidiore. l> 18. S'i&Bk'sikfusca'Dzs'^.jAnn. Hnn. , iSaS, p. 3oo. jEschinomene Jusca Dbsf. , Cat. i8i5, p. 226. Herbacea, caule ramisque glabris, sparsè aspero • aculeatis ; foliis ao-25-jugis i petiolo subtus rare aculeato ; foliolis linearibus , oblique obtusis y mucronulatis, subciliatis, subtus adpressè pilosiusculis; racemis ramosis ; floribus numerosis , vezillo atro-purpureo intus lutescens , purpureo*lineato j carinâ purpurcâ pallidâ ; fruclibus torulosis. Uab. in Senegaliâ. 0(V.V.) (4i6) S5S HEDYSAREiE. 19. Çestpar erreur typographique probablement que notre genre Artrolobium ( légume articulaire ) a été nommé Astrolobium , de même que l'on a nommé ail- leurs Urania notre genre Uraria ( pourvu d'une queue touffue). 20. Si les gousses de VHippocrepis areolata (Desv. , Ann. linn. , 1825, p. 829) n'étaient pas quelquefois glabres, peut-être que le nom proposé dans le même temps par M. Decandolle (H, ciliata^ Prod. , 2, p. 3i3), serait adopté de préférence , comme se rattachant à un ouvrage général et bien plus important que le nôtre 5 mais il devient ici nécessaire de faire le choix du nom que nous avons adopté. 21. U Ormocarpum cassioides (Desv., Ann. Soc, linn. , 1825 , p. 807 ) est une plante très - différente de la Pictetia aristata par ses feuilles non épineuses et par ses nervures 5 elle n'a point aussi de rapport avec l'Or- mqcarpum sennioides. A V Ormocarpum sulcatum on doit joindre la Pictetia terhata (Dec, , Prod. , 2 , p. 3i4) ? car c'est pour avoir négligé d'observer la plante , que nous l'avons dite , d'a- près M. de Bçauvois , à feuilles simples , car ses feuilles sont ternées , ainsi que nous venons de le vérifier 5 à la vérité , il y a des feuilles simples et ternées sur la même plante. 22. Planarium. Caljx subcampanulatus j stamina diadelpha ? legu- paen breviter stipitatum , compressum , articulatum , ( 4i7 ) nervo utnnquè medio laterc promînulo longitudinali , nolaium ^ arliçuli 8-ip, parallelogrami. Suffhiticulus scandens, impari-pinnatus . P, latisiliquum'N. Poiretia latisiliqua'Dzsy , , Ann, Soc* linn. , i8a5, p. 3o8. , . Gaule pubescente; foliis a-jugis; foliolis ovalibus acutis; l'acemb axiilaribiu ,'paucilloris , petiolo loDgiorîbus, £fab. iu Peruyiâ. ■ • ' . • . / aS. 'Noire ^scJiinomenes cassioides (Desv. , Ann. Soc. linn. , 1825 , p. 827, et inW. Ham. , Prod., l. c, p. 5 1) doit être rapportée sous le nom de Poiret ( j^sch, hjstrix , Enc. suppl. , 4^ P» 77) ? comme ayant été pu- bliée avant notre travail. ^4* Lbspedbza coriacea N. Hedjrsanan coriaceum Poib. , Encycl. , 6, p. 418. Gaule erectO) angulato , tomeutoso ; foliis, petiolo subêlott^ato ; ^- liolis ellipticis submucroaulatis , ciliatis, subtùs tomentosis, rufioeryiis' peuninerviisque ; stipuliâ subulatis incurvis ; racemo subsimplici termi- nali capitato, pedunculato, interrupte capitato; legumioibus subinclu- clusis, pubescentibus caiyce subaequantibus. Uab, in America ( Borea- 25. L'Alysicarpis styî'àcifôîiûs (Dcc^Ï. yProd. , 2, p. 353) est notre jdlysicarpus çjlindricus (^Ann. Soc, linn. , 1825 , p. 3oi), ex. n'est nullement XHedy" sarum styracifolium de Linné , qui est toute velue., 4'a- près ce qu'en dit ce célèbre réformateur , et que nous croyons être une espèce de Nicolsonia, Quant à VUe- djsarum styracifolium de Poiret ( Enc. , 6 , p. 399 ) , (c'est une plante douteuse pour nous , ne la possédant qu'en fragmens incomplets-, mais c'est un végétal dis- tinct , et bien décrit pour toui ce que Fou a pu en ob- server, .colt. ho /- j«l »: «i.'b ■/ ( 4>s ) 3G. NicoLSOiru stjrracifolia N. Hedysarum styracifuHumlAvjx. , Spec, io5a , nec Poir. Caule frulicoso , ramosissîmo , pnbescente ; ramis villoso-tomentosis ; foliis, petiolo elongato, simplicibus cordalo - orbiculalis ( 4 Hn.) relu- eis f supra glabris , subtus tomeutosis suhiucanis ; stipulis lanceolatis acutis ciliatis; racetnis terminalibus , paniculato -umbellatis ; floribus , pedunculo capillari elongato j calycibus profundè 5-fidis, laciniis suhae- qualibus barbatisj fructibus... Hab. in Indiâ orientali. ï) 27. Le Desmodium lutescens Desv. ( in Dec. , Prod., 1 , p. 826) n'est que le Phyllodium eî e g ans (DesY. , yinn. Soc. linn. ^ l. c» , p. 4^4) •> décrit sur ses brac- tées , et sans ses véritables feuilles , par M. Poiret , ainsi que le prouve noire synonymie. S§§§ PHASEOLEiE. 28. Abrus precatorius h. Uort. mal. , 8, t. Sg j Pluk. , Phyt. , t. 2i4 , f. 5. Foliis iS-do-^ugia utrinque sparsè pilosis ; peducculis folio epquanli- htxs, multiiloris (200) : floribus (incarnatis) intérrupte spicatis ; legu- minibus compressis ( poUicaribus ) 5-6 loculis 5 seminibus subsphsericis. Hab. in Indiâ orientali. 't> {F. S.) A. pauci/lorns N. Rumph. , AmB, , 5 , t. Sa ; Pldk. , PKiri. ', %* 4i4 n f. 6. Foliis lo-ia jugis; foliolis pilosiusculis (8-10 lin. ); spicis paucifloris (20) petiolo dimidio longioribus ; floribus purpurascentibus jleguminibus ( subbipollîcaribus ) compressis 8-ii-localaris , seminibus spbaericîs. Hab, ia ïûdiâ orientali. î) ( V. V.) Cette dernière espèce est double , dans toutes ses pro- portions , de la précédente , et la tache noire de ses graines rouges est en croissant. A. minor'Si. Foliis i2-jugisellipticisglaberrimis. Hab, iaAînck {V. V. S. fi-). Nous soupçonnons l'existence d'une espèce américaine différente des trois précédentes. ( 4«9 ) 39. RuiKCBOsiA lobata N. Caule scandente piloso ; foliis latè cuneatis , repaudo-subtrilobiB , utrinque tenuiter strigosis , trinerviis ; stipulis subulatis sublanatis j ra- cemis folio longioribus ; iloribus (i a-i5) subremotis ; calycibus adpress« pilosis , laciniis liacaribus acutis. Uab, in Brasilia. Ji. argentea N. Caule volubili ( fruticoso ? ) ; ramis angulatis , tomentoao-incanis j fo- liiscrassis rhotnbeo-ovatis , acutis, mucronatis, dense tomentosis, utriii- que iucanis ; racemis folio œquantibus ; floribus umbellato-subspicatis ( magnis), pedunculatis ; rexillo tomentoso ; laciniis calicinis clongator laocoolatis j acutis : superiori iongiori. Ifab. ad Angolam Airicx. Ifi 3o. Phaseolus cormceui N. Perennis caule volubile ? glaberrimo , foliolis ovatis, obtusis, mucro- nulatis , subcoriaceis , reticulatis , utrinque glabris ; stipulis lanceolatis rigidis nervosis ; pedunculis folio lotigioribus (8-10 poil.) paucifloris ; flo- ribus 3-3, coccineis, magnis j calyce : labio superiore obtuso , integro , brève , iuferiore 3-partito : laciniis elongatis acutis ; legumen... Hab. tu Parô.lp Le Phaseolus tuherosus que nous cultivons n'a pas les stipules comme les indique Loureiro ( stipulis bicorni- îfus ), ce que nous ne croyons qu'une exception observée par le botaniste portugais. Le nôtre a tout le port du Pli, multijlorus et de grosses racines ; mais il a les bractées plus courtes que le calice , tandis qu'elles sont plus lon- gues dans le P. multijlorus , et plus grandes. Zi.Doi.xcROsRhyncliosioides'^, Caule decumbente ramosissimo , ferrugineo-tomentosoj petiolo folio sequante ; foliolis subrotundis, subemarginatis, supra tomentelUs, sobtus dcnsè tomentosis , argentatis , lateralibus lobato-auriculatis , terminali subtrilobo , nerviis rufesceutibus \ stipulis ovatis , acotiâ , nervosis , pu- bescendbus- racemis elongatis paucifloris (6-8)> floribua rçmolis gemi- natis ; calyce tomentoso brevidentato , bracteis minutis \ egumiuibus cylindricis adpressè strigosis ■ lo-ia-spermis; seminibus 10- la, oblongis, de{>»essis ( purpureo-attris ). Uab. in Pcruviâ . 5^ ? ( 420 ) JD. cylindricus Desv. iu Ham. , /. c, p. 5i. Caule scandente sublignoso , îiirto, ferrugineo; ramis teretibus fu- jaiculosis; folioUs hirto-pilosis , ovato-lanceolatis, acutis; peduncuUs folio longioribus ; floribus umbellatis 5-7 ; calycibus utriculatis , pilosis, dentibus distinctis , apicè Mibulatis ; legumiaibus elongatis teretibus, liirtis, 2o-spcrinis ; seminibus cyliudricis aterrimis. Hab. va Guyauâ. \) ? a3. DiocLBA ?ar^enteiz N. Caule voïubîli fruticoso; rarais subpulvercntaceis ; foliolis 3 late cor- datis, obtuse mucronatis, basi extipulaccis , supra glabris, subtus seri- ceo-argenlatis j racemis (sequiped.)remotè floriferis ; floribus fascicula- tis (purpureis)j calycibus obtuse dentatis ; leguminibus Uab. in Para. Celte belle plante nous parait s'éloigner des Dolics par son calice, et se rapproclier davantage du genre Dioclea. 33.,PsoPROCÀnpns tetragonolobus Degard. , Prod.^ a , p. 4o3. Caule yolubili ^ legumiaibus maximis (6-8 poil. ) ; seminibus laevi- bus. P. palustris N. Caule humifuso , glabro ; foliolis supra glaberrimis, subtus subpuberu- lis, bracieis obtusis ; nervosis, subauriculatis ; legumiuibus arcuatis (ses- quipolL); 4-spermis, subdepressisj subglabris 5 seminibus subcylindricis, obscure atris, pulveraceo-tomentosis, obverse adfixis. Hab»in\ocis hu- midis Senegaliae, indè nomen Liane humide. Q (V. V.) Les graines , contre ce qui a lieu ordinairement dans les Légumineuses , sont attachées dans le sens de la plus grande courbure , et dans quatre loges. 34. TJeiîiocakpum. Calyx ebracteatus , bilabialus, 4-fidus , labio supe- riore subbidentato , inferiore trîpartito -, vexillum ova- tum , aise calcaratae 5 carina obtusa corapresso-concava ; stamina diadelpha 10, vaginula basi latè aperta. Stjlus elongatus filiformis. Legumen hispidum compressum (4") pluriloculare (lo). sub-articulatum , margîne slnuosum^ semina reniformia nitenlia. T. articiJatum N. DoUchos articûlatus Làmk. , Enc. , a , p. 296. Caule scandente voiubili , suflruticoso, ramis birtè rufescente-pilosis; foliolis tenuibus , glaberrimis , nervosis, sinuato denfatis : dentibus se- tiferis , lateralibus auriculatis, torminaiibus basi cuneatis apice subloba- tis, petiolls hirlis j racemis Iaxis folio longioribus; floribus subternatis» peduDculo eloiigato (subpedali)j Icguminibus subfalcatis, strigoso-pl- losis , aureis, submucroDatis. Uab. in AntilUs. 35. Rbnvsdià siipularis N. Kennedia prostrata fi major Dec. , Prod», a,p.387. Caule petiolisque hirto-villosis> incanis, foliolis 3-ovatis, obtusis, emar- gînatis, subrepandis; stipulis latè cordatis; peduaculis a-£ioris petiolo brevioribus. Hah, in Âustralasiâ. I7 Trois fois plus grande dans toutes ses parties que la K, prostrata. Cette dernière en diffère encore par ses fleurs dépassant la longueur de toute la feuille , dont les folioles ont cinq à six lignes de long , et dans le K* stipularis un pouce et demi. 3$. ËuRiosMÀ Decand. Calyx 5-fidus , sublabiatus 5 corolla saepè subinclusa ; stamina diadelpha \ stylus filiformis ; vexillum serièeum aut villosum *, legumen rectum uniloculare i - a - sper- mum. — Suffruticesj folia pinnato-trifoliata *, racemi aut fasciculi florum axillares. Cette division des RhyncJiosiœ , établie par M. De- candolle et qu'il n'avait pas encore cru élever au rang de genre , est si différente du Rhynchosia, que nous n'a- vons pas craint de donner de Vextension à Tidée du sa- vant botaniste genevois ^ mais n'ayant pu observer que irois espèces , nous ne nous permettrons aucun cliange- ment relativement aux autres, réunies dans la même sec- lion. E. sessiliflora N. Cytisus sessilijlorus Voifi. , Encycl. suppl. , a, p. 439. Rhynchosia sessiliflora Dec. , Prod. , a ,p. 889, n» 5o. Caule sufiruticoso , ramis teretîbus sericeis^ foliis petiolalis (pet. â- lia.) ; foliolis elongato-obovatîs, emarginatis , supra viridibus, subtus se- riceo-argenteisj floribus sessilibus getninis^ laciniis calycinis ioœquali- bus , unâ loDgiorî falcatâ. Hah. in Antillis. l) E. argéntea N. Sophora trifoliata Thunb. , Prod. , p. 78. Podalyria trifoliata Willd. , 2 , p. 604. SufTruticosa j ramis teretibus sericeis ; foliis sub - sessilibus ; foliolis 3 elongato-linearibus, obovatis, emarginatis, supra viridibus, subtus dense sericeo-argentatis j floribus subgeminis; laciniis calîcinis subœqualibus j leguminibus tomentosis subinclusis. Hab. ad C. B.-Spei. l> Ces deux plantes ont les plus grands rapports ; mais observées attentivement , elles sont très-distinctes , mais probablement mêlées ensemble dans les Herbiers. Celle des Antilles est plus grande dans toutes ses parties. E. barbata N. Caule sufiruticoso , tereti , barbato-piloso 5 foliis subsessilibus elonga- tis , lineari-lanceolatis , mucronatis, acutis, utrinque sparsè pilosis, sub- tus nervosis j bracteis lanceolatis j floribus geminis pedunculatis : vexillo subpiloso , angustato ; leguminibus subiuflatis cxsertis , tomcnteliis et liispidis , i-2-spermis. Hab. in Peruyiâ, 37. RuDOLPHiA ? elliptica N. Caule tereti, pulverulento-pubcsceute ; foliolis ellipticis 3, mucronatis, supra asperis, subtus rugoso-tomeutosis , rufinerviis ; stipulis acutis; racemis elongatis longe pedunculatis , calycibus racbibusque tomento- sis j laciniis calycinis , lanceolatis , acutis , subglabris j floribus spicatis (rabrûs) breviter pedicellatis ^ leguminibus... Uab. in Brasilia. |> Les fleurs de cette belle plante et son port ne peuvent que la rapprocher du genre Rudolphia. ( 4^3 ) 38. MucuHÀ virgata N. DoUchos virgatus Rich. , j^ct, Sce. UUt. noL Par.,p. III (séct. a, Sùzolobium). Caulc tereti , fruticoso j ramis pubescentibu»; foiioiis ovatis, ibruptè cuspidatitf, sapra subasperiS) subtus uerviis pubescentibus ; racemii spi- catis fob'o longioribus, floribus pedunculatis; pctalis longé unguiculatis, slaminibus lo monadelphis , vagîuû fîssâ j caiyce glahro, intus pubes- centc-sericeo ( ut ia multis ) ; bracteis circinnatis , pubescentibus, de- ciduis; leguminibus compressis, elongatis , acutis , strigosîs, aureis. Hab. io Guianâ. 89. Calopogonium N. Calyx ebracteatus, profundè 5-fidus , clausus, gla- ber, laciniis elongatis subulatis , subaequalibus , penna-* to-barbalis ; corolla subinclusa ( minuta ) 5 legumen rec- tum , depressum, subuncinatum , hirlo-pilosum , 8-sper- mum. — Planta herbacea volubilis , pinnato-trifoliata. C mucunoides N. Caule herbaceo , tereti , rufescente , hirto ; petioèo elongato ; folioli» stipellatls , ovatis , mucronatis , lateralibus extra gibbosis , utrinque ad- pressé pilosis , birtis ; racemis umbellatis , petiolo subœquantibusj flori- bus subsessilibus ; leguminibus horizontalibus 5-7 . Hab» in Guianâ ? Q 4o. Crumiihum n. Calyx cupularis , tmncalus -, legumen compressum , planum , polyspermum , utrinque marginatum. C. giganteum N. Caule volubili suffruticoso , tereti , glabre j foliolîs 3 ovalo - lanceo- latis , abrupte cuspidatis , utrinque glabris, reticulatis , penninerviis, sti- pellatis j stipulis lanceolatis, acutis, scariosis amplexicaulibus; racemis subsessilibus pauciiloris (3-5) , axillaribus j calycibus glabris; legumini- bus glaberrimis (8 poliic.) longissimé mucronatis, 1 3- 1 S-spermis. Hab. in Peruviâ ^ l) ? SSSSS DALBERGIEiE. 41. EcASTAPHTixim ^/aucum N. Ramis glabris, puncticulosis ^ foUis alternis, impari-pîunatis, 5-foKa- ( 42.4 ) tis; petiolis pube^centibus ; foliolis petiolulatis , ovato-oblongis , subacu- tis, supra reticulatis, glaberrimis, subtus glaucis, pubescentibus } racemis subsolitariis ; floribus subumbellatisj leguminibus glauCescentibus, obli- qué orbiculatis. Hab. in insulà Porto-Kico. t> §§§§§§ SWARTZIEiE. 4^. SwARTZiA coriacea N. Swartzia apetala ? Raddi. Ramis cinereo-albicantibus; foliis alterne pinnatis j petiolis subdilata- tis , submarginatîs , supra planis; foliolis 6 , glaberrimis , petiolulatis, ovatis , abrupte acuminatis , coriaceivS , subavenis j floribus terminalibus numerosis (200), paniculatis, apetalis} sepalis (purpurascentibus) linea- ribus obtusissimis j staminibus 10 monadciphis , vaginâ fissâj oyario stipitato, pubescente , longé jostrato. Hab. in Brasilia, t) *y. madagascariensis N, Cassia madagascariensis PoiR., Enc. suppL ( sic in meo herb.). Ramis ferrugineo-tomentosis j foliis alterné 2-3-jugis cum împari; foliolis petiolulatis , ovato-ellipticis, crasse mucronatis , suprà albo-mar- ginatis , sanguincis , subtùs palUde viridibus , costâ ferrugiueâ j floribus aodllaribus longé pedunculatis ; calyce irregulariter erumpente , sericeo- ferrugineo; petalo unico, amplo, dorso ferrugineo j staminibus nume- rosis (circiter 100). Hab. in Madagascariâ. l) mm§ MIMOSEiE. 43. Mimosa dominiciana N. ( sect. i, § 2 ). Aculeatâ, foliis coujugato-pinnatis. petiolis petiolulisque aculeaCis ; pinnis 4-jugisj foliolis dimidiatis, latè ovatis , cordatis, margine strigo- sis, utrinque sparsè strigosîs , demùm nadis. Hab. in Dominicâ. C'est à mon estimable ami , le docteur Will. Hamil- ton, que je dois la communication de cette plante. 44* Notre Acacia lycopodioides (Desv», Journ. bot., 1814 , I5 p. 68) est une véritable Mimose , espèce dis- tincte , mais de section douteuse tant qu'on n'aura pas observé ses fruits. Acacia sarmentosa Desv. , Journ. bot,^ i8i4, i> p- 70. Dec, Prod.y a, p. 465, no 175. Ramis terçtibus, diyancati«» glabris j aculeis sparsis, undnatis, rec- ( 4=5 ) tiuséùiis ; foliis 6-8-jugis j peliolis aculeatis, supra basiii uui^landulosu : glandulâ parvâ j piaiiis sub ao-jugisj foliolis glabenimis , linearibas , obtusiâ, submucroQulatisj capitulis racemosisj reguminibus lougè pe- dunculatis, laevibus , complanatis , lato-linearibus , margiaatis brevitel* mucronatis , mucrone recto. Uab. ia America. ^ A. hamiltonii Desv. îa Wili.. Ham. , Prod.fl. Ind.occ. , p. 69. Inermis ^ rarais teretibus , petiolisque pubescente-viliositf ^ foliis 5- jugisj pionis ao-a5-jugis ; foliolis elongatis iiuearibus, subretnotis, ob- tusis , margiae ciliatis ; petiolis eglandulosis , inter pianas]viUosioribuâ ; stipulis lanceolatis acutis pubesceulibus ; capitulis pauciHoris termiualî- bus axillarlbusque subsolitariis , longé peduuculatis; calycibus ciliatis; leguminibus... Hab. ia Jamaicû. t) Elle a quelques rapports avec Vu4cacia villosa > et doit être placée dans la même division. A. iinearis Desv. , /. c. Caule inermi fruticoso, ramoso j ramis nodosis , striatis , apicè pubes- ceutibus, subaugulatisj bracteis subinduratis , persistentibus ; foUis 4*^i )ugis, pinuissub ao-jugis; foliolis angusto-Iiuearibus , coiifertis, sitbci- Hatis; pedunculis termiaalibus elongatis , fastigiatis; spids subglobosis; calycibus margineglabris. Hab. ia Jamaicâ Antillisque. 1) Elle « des rapports avec les A, caracasana et porto* ricensis, A. unguiata Desv. , Journ. bot. , i8i4 , i, p. 68 , et in Ham, , /. c. luermis ; raoïis ramulis peliolisque pubescente-tomentosis; foliis fongè petiolatis, 3-jugis ; piniiis 25-3o-jugis; foliolis linearibus glabris subre- motîs; stipulis linearibus acutis deflexis; capitulis axillaribus i-3 , pe- dunculis elongatis pilosîs, sulcatis , petiolo aequantibus : leguminibus gla- benimis, falcatis , basi in stipite longe atteuuatis, obliqué mucronatis, marginibus ioci^assatis , la-iS-spermis. Uab. iu AntiUis. A. mictantha Desv. , Journ. bot. , /. c. , p. 69 ; Dec, Prod.y a, p. é^-^jZ^ n** 2G4. Ramis teretibua petiolisque pnbescentibus , tomcntosis , subUexucsii ; spinis stipiilaccis , gerainatis solitariisqae brovibus , subas.illaribus , rec- tis ; petiolis tomentobis ; foliis lo-jugis ; piums4o-5o jugis ; foliolis liuea- IX. ^ 28 ( 4=6) ribus glabris ( mînutis ) imbricatis j glandulis in medio petioli communia et inter pinnas extimasj capitulis axillaribus solitariis, deflexis, brcvi- ter pedunculatis i floribus glabris (vinde-albis)^ calycc subtruncato, ciUato ; corolla monopetala ; fructibus... Hab. ia Guiauâ. \> 45. VRosopisJœculifera N. Ingafeeculi/sraD^sy. in Ham.^ Prod. Ind. occ. , p. 61. Caule fruticoso inermi j foliis 7-jugis j pinnis '45-5o jugis ; foliolis an- gustato-liaedribus y acutis , bâsi cordato-aurîculatis ; petlolis pubescen- tibus; floribus capitatis, longè pedunculatis j legûminibus peJiccUatis (atro-rufesceatibus), couvéxo comptçssiusculis, glaberrimis (8-10 poil.). Hab,ixi Hispauiolâ, propè Sanctum-Dominicum. Le P. julijlora Dec. , Prod, , 2 , p. 44?? forme au moins deux variétés distinctes. A. P. juUflora Dec. Ramis lutescentibus. ^. Acacia furcata DESW.y Journ. bot., i8i4 , i, p. 67. Mitftoidfur^ catà Desv., Cat. ed.jl, p. 207. Bamis pùrpureis. Peut-être qxte ïnîeux connues , ce seront deux espèces différentes. 46. Ihgjl virgultosa N- Acacia virgultosa Vahl. , ined. Caule ramosissimo , ramis pubescentibus, albo-punctatis j petiolispul- verulentis , alatis 5 foliis subsessîlibus 3 -4-jugis j foliolis ovato-lanceola- tis ( sub pollic.) obtusiusculis , mucroilulatis ; racemis axillaribus divîsis . floribus patulis , sertulatim dispositis ; calyce infundibuliformi glabro ; corollis nuUis j staminibus longissîmè monadelphis ; legumen crassum compressum (bipoUicare). Uah. in America calidiori. l) /. spinifolia Desv. , Joiun. bot. , et in Ham. , /. c. , p. 61. Caule ramosissimo y spiuis stipularibus subconicis ; petiolis pubescen- tibus glanduliferis ; foliis conjugato-pinnatis; foliolis obliqué rotundatis nervosis, subtus pubescentibus, apice recurvè acuminatis spinulosis j floribus capilatis ; calycibus pubescentibus j legumiuibus tenuiter tomen- tosis , tprtilibus. Hab. in Antillis. ( 4^7 ) Cettd espèce , omise par M. Decandolle , esi très -ûa-* ractérisée j et doit être placée près de VInga Unguii Cati, l. latifoUa in Dec. , a , p. 438 » n** 7* • On peut ajouter : Legumioibus oompressis , incurvis , glaberrimû , lo-spermis. Rtût.iA Jamaicà. /. gladiata N. Gaule fruticoso; foliis 4-îugîs; folioUs obliqué ovatis, abrupte acumi- natis, suprà subasperis, subtùs nigoso-pubescentibus j glandulis maxi' mis, cupuliformibus ; spicis brevibus axillaribus, solitariiâ , brevitet pe- dunculatis; floribus... leguminibus comprçssis , falcatis, aureo-pubescen- tibus (8 poli, et ultra ) , rostratis , marginatis. Hab, in Guianâ. /. stenostachya N. Acacia stenostachya Desy. , in Ham.» Prod.^ p. 69 (sect. 3 , Samanece). Inermis, foliis lo-jugis, petiolo basi longitudinalitef uniglandiiloso j piunis i8-a5 jugis; foliolis sessilibus imbricatis , lineari-rhomboideis , submucronulatis, utrinque glabris j pctiolis ramisque pubescentibus ;spi'> cis gemiuatis axillaribus, elongato-cylindricis, gracilibus ; calycibus bre- vibas coroliisqae rufo-sericeis ; leguminibus... Bab. in Guiaoft. /. moUiuscuIa N. luermiâ j foliis con jugato-pinnatis j pinnis a-3 jugis, foliolis obliqué oya- tis, mucronatis , supra nitidis , snbtus moUitcr pubescentibus ; glandulâ inter omnia paria pinnarum , foliolorumque j stipulis stipellisque lineari- - bus, ianceolatis acutis ^ floribus. .. frnctibus... (£x hort. Andegayense. \) ) $§§§§§§§ CASSIEAE. 47. CkaatL venosa Dssy., Journ. bot. , i8i4, i , p. 7a. Cassia glabra Dec. ) a , p. 5o5. Cassia cjrtisçides Dec. , /• c. , p. 5oo , no 1 ^5. Notre description incomplète ne donnait que 4 fo- lioles , mais il en a de 4 à 6 , dont deux rapprochées des liges. On devra rapporter notre CassiaJTora au C. obtusi- ( 4a8 ) folia, et le C» Tala&u C, Torade M. Decandollej au surplus , cette plante , bien originaire des Indes , a éga - lement les fruits recourbés comme l'autre. C decipiens Desv., /. c. , p. 78 , Dec, /. c. , p. 5o6, no 207 (sect. ^^ Senna). Caule sufiruticoso , glabro j foliis 8-jugis \ foliolls lànceolatis , aiigus- tis, mucrouulatii-., glabris, petiolo glauduloso j stipulis rigidis âubulatisj legumînibus compressîs elongatis subîncurvis , medio subtumiclulis , gla-^ berrimiâ. Hab. ia Antillis. C. discolor Desv., /. c; Dec C oxyadena Dec, l. c. , p. 495 , no 64. Foliis 5-7 jngis; folîolis elongato-ovatis, glabris subemargiaatis y subtus glabris glaucescentibus , extimis breviuribus ; petiolis glabris , t^landula iuter infimu parium, acuta clavulataj legumiuibas pedunculatls, cumpressis, mucronatis , subiutersiiuctis^ 8-sperœis. Hab. in Autillis. t) C, Desuauxii Dec, l, c. , p. 5o5 , no 1S6. Cassia tetraphylla Desv, , Journ. bot. y l. c. , p. 72 , non Mill. Cawia pidchra Kumtii, JYo^'. Ge/i.,6,p. 63j; DEC,no 137. Foliis bijugis, glaberrimis ; foliolis fiabellato-5 -nerviis , oblique obo- Titis, oblongis , apicè rotundatis ; petioio iufra foliola glanduloso ; ramis distichè hispidulis ■ pedunculis axillaribus birsutis , solitariis, folio lon- gicwibus, apice bibracteatis j bracteis , calycibusque glaberrimis j legumî- nibus subpedunculatis latis , viilosis. hab. in America calidiori. I> C tetrafoUata^.{§ i, Bauhinianœ). Foliis bijugis utrinquè pilosis j ramis hispidc tomentosis j foliolis elon- gatis oblique obovatis ciiiatis , basi 5-nerviis siibcordatis , apicè acutis, mucronulatis j petiolo basi fuliolorum glanduloso, apicè mucronato 5 pe- dicellis axillaribus unifloris, petiolo longioribus ; calycihus glaberrimis ; legurainibus pilosis subrectis subangusfcioribus. Hab. in America cali- diori. t) Le C. bifoliolata Dec. , n° i34 , renferme deux va- riétés bien caractérisées. «t. C. pentandra Raddi j C bifoliolata Dec. Foliolis oblongis subviridibus , pilosiusculis. ( 4^9 ) fi. C. rolwid'ifoVia Psrs.; C. nummularia Vahl.; C. fabiginijoLm KuifTH. Follolis subrotundatis , cinerascentù pilosis. 48. Ba UH I m A /urcaf a N. (sect. 1, Casparia). Rarais terctibus pubescentibus bruncis; foliis ultra medi'.im liberis, cordatis : divisuris divaricatis , trinerviis , lunceolatis apicè obtusis , suprà tomentosiusculis, subtus pallidis , tomentosis ; leguuiaibus pedi- cellatis, planis , subrectb, laevibus, submargiuatis, iofra longé atte- nuatis. Hab, in America calidiori. 1> Propè B. porrectam. B. racemijera Desv, f Journ. bot», i8i4, p. 74 (^^^' Qr ?: *Pf^ triner- viis ; calyce spatbaceo , petalis nnguiculatis , ovato-lanceolatis. Hab^ in dumetosis Abyssiniae. 1> B, viridescens N. (sect. 2 , Inermes), Ramis teretibus , glabris ; foliis latè cordatis , teuuibus, ultra médium coalitis j foliolis ovatis subacutis , subtus pulveracco-pubesccQlibus , 5- oerviisj racemis spicatis oppositifoliis, multifloris; leguminibus pubes- (43o) ceiilibus , breviter pedunculalis, rostratis. Ilab. in Incliy oricnlaK et Timorc. ^ B. rujicarpa N. (sect. 3 , Symphyopoda). Ramis teretibus griseis , glabrisj ramulis tomentosis ferrugineis , foliis rotundalis , basi subtruncatis , ultra médium coalitis , apicè rotundis , subtus tenuiter tomentosis, 3-4-nerviis ; racemis opposîtifoliis , pauciflo- ris; Icguminibua pubescenlibus, rufis, subincurvis, rectè mucrouatis. Ilab. in Indiâ orientali circùm Goam. I) B./loribunda'N. (sect, 5, Cauiotrf tus). Ramis compressis , unilatere lineatis, tomentcUis, cinnamomeis ; foliis cordatis usque ad médium coalitis , foliolis ovatis subaculis , subtus 5-7 neryiis , nitentibus , glabris, cinnamomeis ; floribus dense spicatis, termi- ualibus , slipulis filiformibiis ; calyce ^-dentato } petalis extiis pîlpsis , legumiQibus...iE^a6. in Brasilia. \> B. Buchanani ( sect. 5). Bauhinia diphylla Bcchaw. , Itin. ; Michel Stmes, tab. a4 ( optima ). Scandens ; ramis glabris , sterilibus tetragonis \ - sulcalis , fcrti- libus crassis cylindricis ; foliis à basi liberis , petiolulatis , oblique ova- tis , obtusis, 4"ïi<^rviis ; cirrhis compressis , involutis , folio brevioribus ; racemis terminalibus ; pedicellis crassis flore subaequantibus ; calycibus sublurbinatis , laciniis involutis ; floribus (albis) j petalis lanceolatis un- guiculatis , apici tubi calycis insertis ; stigmatibus obtusis ; leguminibus pedicellatis. Hab. in sylvis Indise orientalis ( Emp. Birmanni) vulgo Pa- lam. 49^ AiïTHOKOTA elliptica N. Foliis 4-i"8i^ abrupte pinuatis; foliolis ellipticis, obtusis mucronatis- que , marginatis , glabris , subcoriaccis. Uab . in America calidiori. t) Le caractère de ce genre curieux est inexactement énoncé dans l'ouvrage de feu notre savant ami le baron de Beauvois^ nous allons exposer ce caractère d'après notre espèce , dont la fleur est sur de grandes propor- tions. Braclese 2 , connat;e , concavse, accrescentes, ad basin anlhopliori elongati accrescentis persîstentes -, calyx 4" ( 43. ) sepalus \ petala 2 , opposita : inferius longé unguicula» lum , limbo cochleiformi , latè emarginaio ; superius complanatiim, spathulato-rotundatiim ; stamina 9 libéra, a sterilia ; ovarium substipitatum. 5o. La figure du fruit du Palovoa , donnée par M. de Lamarck dans ses Illustrations , t. 3^3 , est inexacte ; ce Iruit , que nous avons tenant au rameau , peut être ainsi caractérisé : Fructus obliquus , basi unolalere gibboso - auricula- lus , apicè mucronatus , crasse mrirginatus , utrinque latere obliqué rugoso-plicatus. Notice sur V Intensité de la Fécondité en Europe^ au commencement du dix-neuvième siècle; Par M. Benoiston de Chateauneuf. (Lue à rAcadémîe des Sciences le a3 octobre i3a6. ) On a publié il y a quelque temps , dans un recueil es- timé , le Bulletin universel des ^Sciences ( cahier de jan- vier 1826) , un tableau très-bien fait du mouvement de la population de la France » sur une moyenne de cipq années. * .* . En Tétudiant avec quelque soin , et surtout en substi- tuant la division par piovinces à Tordre alphabétique des déparlemens qui peut être utile à l'administration | mais que la sciepçe repousse» parce qu'il sépare sans cesse ce qui est réuni dans Tordre naturel ^ ce tableau ( 433 ) donne lieu à des rapprochemens qui peuvent n'être pas sans quelque intérêt. Dans une Note communiquée dernièicmenl à l'Aca- démie, j*ai établi que le terme commun des naissances était aujourd'hui d'un sur 3o individus , celui des décès d'un sur ^o , et celui des mariages d'un sur 1^3 . On sent bien que ce n'est là qu'un rapport très-général donné par le mouvement de population des principaux étals de l'Europe^ et qu'on peut l'élever ou l'abaisser selon qu'on y ajoutera de nouveaux élémens ou qu'on en retranchera. Les naissances , ainsi que les décès , ne suivent point une loi qui soit commune à tous les pays *, il s'en faut de beaucoup qu'un même nombre d'unions donne partout un même nombre d'enfans. La proportion en varie de peuple à peuple , de canton à canton , de ville à ville. On a dit qu'en avançant du nord au midi , la fécondité devenait plus grande ; que les climats chauds porla^'ent davantage à l'amour ; que le germe de la vie , resserré par le froid des pôles , se développait avec une extrême énergie sous l'înfluence d'un soleil ardent. On a dit aussi tout le contraire , et qu'un froid modéré paraissait être une des conditions les plus favorables à la reproduction de l'espèce humaine. On a dit encore que l'union des sexes n'était nulle part plus féconde que dans les pays de côteô , chez les pê- cheurs j après les pays maritimes on plaçait les pays de vignobles ^ puis les pays de pâture : ceux de landes et de forêts viennent ensuite. Il convient d'examiner jusqu'à quel point ces asser- tions sont vraies. ( 433 ) Si Ton partage l'Europe en deux climats uniques , dont l'un commençant au Portugal et unissant aux Pays-Bas , s'étendrait ainsi du /\o' degré au 5o*, et représenterait le midi, tandis que l'autre, allant de Bruxelles à Stockholm, ou du 5o* au 67' degré , représenterait le nord , on trou- vera que , dans le premier , cent mariages donnent 45,70 naissances (i), et que dans le second, le même nombre d'unions n'en produit que 43, 00 (2). La différence devient encore plus grande , si Ton com- pare seulement entre elles les deux températures extrê- mes. En Portugal , il naît 5. 10 enfans par mariage (3) ; en Suède , 3.62 seulement (4). Enfin , sans sortir de la France , on peut trouver de nouvelles preuves de cette observation. « La fécondité , » dit Molieau , augmente en France du nord au midi. Là » le terme moyen annuel des naissances est de 5,o3 par • (i) 1,878,270 n. =4.57. /^lofigS m. Les pays qui fournissent ces nombres , sont le Portugal, le royaume de Naples, le gouvernement de Venise, la province de Bragance , la principauté d'Oneille , le comté de Nice , la Savoie , une partie de la Suisse , la France. (a) 12,781,090 n. • = 4.30. 3,9^,039 m. Les pays qui donnent ces nombres, sont la Hollande , l'Angleterre , la Prusse, le royaume de Hanovre, la Bohême, la Moravie et la Silésic autrichienne, la Suède , la Norwège , l'évéché d'Aggerhaus , la Russie. (3) Balbi , Statistique du Portugais tom. i»»". (4) J^d. , Tableau de population. ( m ) » mariage, etdaus les provinces du nord, il m'est que » de 4-64 (ï)' ^> Ce qui était vrai pour nous , il y a cinquante ans , Test encore aujourd'hui. La moyenne des naissances , prise sur cinq ans ( 1821 - aS ) , est de 4.34 par mariage dans nos provinces du midi ( le Dauphiné , le Languedoc , la Provence) , et dans la Flandre et la Picardie , elle n'est que de 4-oo (2). Ces faits suffisent pour ne point accuser d'inexactitude les écrivains qui ont avancé les premiers que la fécon- dité était plus grande dans les pays chauds que dans les pays froids : ils ont eu raison. Mais si l'on pousse plus loin les recherches , si en les étendant à beaucoup de pays on les généralise davan- tage , alors les différences de climat , de température, de position s'effacent , leur influence cesse de se faire sentir, et la nature suit d^autres lois. S'il naît en Portugal 5. 10 enfans par mariage, la Bohême en donne 5. 20, et la Moscovie 5.26; la Mora- vie et la Silésie 4'Bi ; la Hollande 4'20 ; la France 4'2i; l'Angleterre 3.5o, et la Suède, à l'autre extrémité du continent, 8.62. La mesure de la fécondité n'est donc pas toujours celle de la température , du climat, etc. ? Il y a donc des con- ditions plus indispensables encore à son activité? (i) Recherches sur la Population de la France , p. iSg et suiv. (a) Les 1 5 départemens qui représentent ces provinces donnent , pour ce nombre d'années , 653,54a naissances (enfuns naturels dédufts^^) , et i5o,55a mariages. ■'• •" - Les 3 départemens qui représentent ces provinces /lonnent So5,87i naissances , et 76,463 mariages. >' ( 435 ) On sait que quatre naissances par mariage sont un terme moyen très-haut pour les climats les plus sains de l'Europe 5 cependant il existe des pays où la proportion est encore plus élevée. En France , par exemple , il y a un demi-siècle , elle était de 5. 10 pour l'ile de Ré , où Ton comptait alors 4)^00 habitans par lieue carrée. C'é- tait le terme le plus fort de la population française 5 l'île d'Oléron venait ensuite (i). Ce rapport , dqjà très-fort pour la France , Test égale- ment pour le reste de l'Europe. On peut même le re- garder comme l'expression de la fécondité la plus heu- reuse ,'et nul doute que là où il existe , les circonstances les plus favorables ne le déterminent et l'entretiennent. Si donc nous parvenons à rassembler beaucoup de pays où où le retrouve , il est probable que cette réunion fera toul-à-coup ressortir les causes qui agissent le plus efficacement sur la reproduction de l'espèce humaine. Ce tableau donnera d'ailleurs de l'intérêt à ces re- cherches et de nouvelles preuves à notre opinion. Le voici : Il naît , année commune , par mariage : En Portugal , 5.i4 enfans. Dans la province de Bergame , 5. 24* Dans le gouvernement de Venise , 5.45. Dans la Savoie, 5.65. Dans le Roussillon (Pyrénées-Orientales), 5.17. Dans une partie du Dauphiné ( Basses- Alpes ) , 53g. Dans une partie du Lyonnais (la Loire ) , 5.68. XO MOHiAU , p. 67, ( 436 ) >• D.iDs une parlie de T Anjou (Mayenne) , 5.09. Dans une parlie du Poitou (Vendée) , 6.46. Dans une partie de la Bretagne (Morbihan) , 5.5 2. Dans une partie de la Franche -Comté (Jura) , 5.0 1 . Dans une partie de l'Alsace ( Bas-Rhin ) , 5.o3. Dans le canton de Fribourg , 5.35. Dans une partie de TEcosse , 5.t3. Dans la Bohême, 5.27. Dans la Moscovie , 5.îi5. Dans les deux Flandres , orientale et occidentale (Bel- gique) , 5.27. Ici, le Nord, le midi, les pays de côtes, ceux de plaine , de pâturage , tout est confondu , et l'intensité de la fécondité se soutient partout. Elle varie de quelque chose, sans doute, parce qu'il est impossible qu'elle soit partout exactement la même j mais partout elle at- teint un degré très-élevé : partout, quels que soient les lieux , les climats , les expositions , elle se montre très- forte. Quelle est donc cette cause commune qui agit du nord au midi , dans Fintérieur des terres , comme sur les bords de la mer ? Quel est cet excitateur commun de la reproduction de l'espèce humaine ? Ce qui frappe d'abord , en examinant ce tableau avec quelque attention, c'est que de dix-sept pays qu'il ren- ferme , il y en a huit de montagnes ( la Bretagne , la Franche-Comté, le Roussillon , le comté de Nice, la Savoie , le canton de Fribourg , la Bohême , le Berga- masque ) , et nous ne doutons pas qu'il n'y en eût encore davantage si nous possédions plus de renseignemens. (437) Nous reviendrons sur cette observation : il en esi une autre plus importante à faire. Ces pays , si diflerens entre eux de climat , de tempé- rature , de site, de mœurs, d'habitudes , se ressemblent cependant en un poinU En général , ce sont tous de bons pays , et nous entendons par ce mot les pays seulement où la terre produit suffisamment pour les besoins de l'homme , où dès-lors il trouve une existence facile > pro* venant d'une nourriture assurée. • • Prenons pour exemple la Savoie , dont les habitans nous paraissent si pauvres. Ceux que nous voyons parmi nous le sont beaucoup en eûet 5 mais quand ce Savoyard, qui n'avait rien , retourne dans son pays , il a gagné de quoi y vivre : xe n'est qu'à cette condition qu'*on peut habiter ses montagnes. Qui y demeure possède quelque chose j qui n'a rien est obligé d'en sortir. Aussi sans être riches, et beaucoup le sont , les habitans de la Savoie ont tous une propriété quelconque : ils ont tous une existence assurée. Il en est de même de la Suisse , de la Galice , de l'Au- vergne. L'émigration annuelle de ceux qui en sortent assure la subsistance de ceux qui restent; et sur une terre qui , sans être féconde , est loin d'être stérile , il y a toujours de quoi vivre quand il n'y a pas trop d'habi- tans. Déjà depuis long-temps les écrivains qui s'occupaient de la population de la France , avaient remarqué que la Normandie , la Bretagne , la Franche-Comté , le Rous- sillon , le Dauphiné, le Poitou , l'Auvergne et quelques autres provinces encore , étaient celles qui , relativement aux autres ^ donnaient le plus de naissances , et Von sait ( m ) que ces provinces sont les meilleures de la France. Ces anciennes observations confirment les nôtres : celles-ci à leur tour, faites au milieu de nous et sous nos yeux , donnent plus de confiance aux faits que nous établissons ici , d'après des populations étrangères dont nous som- mes toujours moins sûrs. C'est donc avec raison que Franklin disait que rien n'invite plus à se marier que l'assurance d'une subsis- tance aisée (1)5 que Montesquieu écrivait que là où deux personnes peuvent vivre commodément , il se fait un mariage , parce que la nature y porte toujours assez quand elle n'est pas arrêtée par la difficulté des subsis- tances (2). On observe encore que les peuples pauvres , mais li- bres , se marient davantage que les autres ; cela doit être : la liberté garantit la propriété , et quand on possède , on vit plus long-temps et l'on produit davantage. Dans les pays de petite culture , on compte un vieillard sur ^3; et un seulement sur 82 dans les pays de grandes fermes. Voilà encore pourquoi la fécondité se montre si ac- tive au sein des montagnes. Outre l'air pur que l'on res- pire sur leurs sommets élevés > on y éprouve un senti- ment d'indépendance et de bonbeur qui fait aimer la vie et porte à la donner. ■.: j. ::■}.. D'après ce que nous avons dit entendre par bons pays, on s'étonnera peut-être de voir figurer dans ce tableau la Moscovie , et de ne pas y trouver la Hollande. Mais ce serait une erreur de croire qu'il en est des (i) Di&cours sur la population , inséré dans ses Œuvres. (2) Esprit des Lois , Uv. a3, ch. x. ( 439 ) serfs dé la Russie comme des esclaves de rAracrique , et que le propriétaire de dix mille paysans les traite comme le maître d'une habitation traite ses nègres. Dans beaucoup de provinces de la Russie , l'esclavage est très* doux. Les serfs y sont bien vêtus , bien nourris , bien logés \ aucune main barbare ne les accable de mauvais iraitemens \ une cruelle avarice ne leur enlève point le fruit de leurs épargnes , et quand elles sont suffisantes pour les faire exister commodément , la liberté devient presque toujours la récompense d'une sage économie. Avec un tel esclavage et une terre susceptible de pro- duire , la 'vie peut être heureuse et les mariages fé- conds (r). Quant à la Hollande , pays où ragriculture , l'indus- trie , le commerce , fleurissent également , où les pro- duits sont abondans , le peuple aisé , les institutions li- bérales , et où cependant , d'après les renseignemens que nous devons à Textrême obligeance de MM. Quetelet et Smits , secrétaires de la commission de statistique du royaume des Pays-Bas , la fécondité ne s'élève pas à plus de 4'56, tandis qu'elle est de 6.37 dans la Belgique, nous avouerons qu'il est difficile de donner, de cette dif- (i) Le peuple russe ne connaît pas le bonheur moral, mais il jouk d'une sorte de bonheur matériel j car les serfs , certains d'être toujours logés , nourris , chaufîés , par le produit de leur travail ou par leurs sei- gneurs , et (étant à Pabri de tout besoin , n'éprouvent jamais le tour- ment de la misère on refiroi â*y totàber. Les seignem-s ont sur enx ud« autorité de droit sans limites ; mais presque tous usent de ce pouvoir avec une extrême modération. {^McnvÀres de M. de Séguty tom. 11 » p. a33} i8a6.) ( lio ) ference entre deux pays riches et gouvernés par les mê- mes lois , une explication satisfaisante. Toutefois , en se laissant aller aux simples inductions qui naissent des apparences , on doit reconnaître que le èlimat particulier à la Hollande triomphe ici des pré- cautions prises par ses liabitans pour se préserver de sa dangereuse influence; que maltjré tous leurs efforts , ils ne peuvent empêcher que l'atmosphère brumeuse , hu- mide , dans laquelle ils sont constamment plongés , ne développe chez eux une prédominance très-marquée du système lymphatique sur tous les autres ; n'entretienne un état de langueur et d'obésité qui enlève aux organes une partie de leur énergie , affaiblit le corps , en énerve la vigueur. Ces conditions remarquables de température et de localité n'existent point au même degré dans les deux Flandres , orientale et occidentale , où un air moins humide , un terrain plus sec , une agriculture plus riche, donnent aux individus une constitution plus forte. Nous ne prétendons point que celle raison soit la seule , ni même la meilleure que l'on puisse apporter de la différence de fécondité observée dans la Belgique et la Hollande , mais nous croyons qu'elle ne choque ni le bon sens ni les faits. Il en est d'autres que nous avons à examiner. On a déjà vu que l'on attribue à la classe des pêcheurs le privilège d'une rare fécondité dans leurs mariages , privilège dont jusqu'ici on s'est plu a attribuer la cause au phosphore contenu dans les poissons dont ils se nour- rissent. Il est permis de croire que l'on a donné de ce fait une explication hasardée. Sans nier l'influence d'une nourriture fortement salée , et qui contient en effet beau- ( 44« ) coup de phosphore , un médecin instruit , M. le docteur Virey (i) . pense que la poche fournit à ceux qui sV li- vrent , une quantité de poisson telle qu'elle remplace pour eux le pain et d'autres végétaux , d'où il s'ensuit une abondante alimentation , et que c'est là surtout la cause de celte grande fécondité que l'on observe chez les habitans des côtes de la mer. S'il fallait choisir entre ces deux opinions , nous n'hé- siterions pas à nous décider pour la dernière j mais est-il sûr que le fait lui-m sultat de ce travail nous a donné pour nombre moyen « annuel des naissances , sur une assez grande étendue de côtes , 4'37 par mariage. Ce rapport , sans être faible , n'est pas très-fort. 11 (i) Dict. des Se. méd, , art. Fkcoiiditb. ïx. 29 ( 442 ) est beaucoup plus élevé dans un grand nombre d'endroits de la France. On le trouve , dans le pays Messin ( Mo- selle) , de 4-^4? ^^^^ l'Alsace (Haut-Rhin) , de 4'79; dans le Bassigny ( Haute-Marne ), de 4.77 5 dans le Ni- vernais (Nièvre), de 4.79 j dans la Franche-Comté (Jura), de 5.01 ; dans la Bourgogne (Ain) , de 6.09 j dans le Forez (Loire), de 5.68 5 et ces provinces sont situées dans l'intérieur des terres et loin des bords de la mer (i). Enfin , pour mettre la vérité dans tout son jour, la dé- gager de toute erreur , nous avons écrit à plusieurs de MM. les préfets des déparlemens maritimes pour les prier de vouloir bien nous faire connaître , sur une suite de cinq années ( 182 1 - îi5 ) , le nombre des mariages et des naissances des communes placées sur les côtes. Quelques-uns , entre autres ceux de la Manche , des Landes et du Pas-de-Calais , ont eu la complaisance de nous envoyer des tableaux fort bien faits , dont le dé- pouillement nous a donné pour résultat un nombre total de 69,770 naissances, produit de 16,747 mariages. Ce n'est que ^.î6 enfans par année. La proportion n'est point aussi élevée qu'elle devrait l'être , d'après l'opinion reçue, et il est même des localités, comme dans une partie de la Normandie ( Manche) , où elle est encore moindre (3.93). Maintenant ne pourrait-on pas raisonner de la sorte ? Où la fécondité , dans les pays maritimes et par la seule influence de cette disposition locale , est très-éner- gique , et cependant , comme elle reste encore au-dessous de celle qu'on observe dans beaucoup de pays qui sont /. _..^_^_-~~- (0 P^oyezU tableau de MM. Villotet Villermé. (443) loin de la mer , celle influence est complètemeni nulle par rapporta eux. Où la fécondité , sur les bords de la mer, n'est ni plus forte ni moindre que partout ailleurs , et alors la pré- tendue influence locale , non-seulement est nulle , maïs même n'existe pas. Dans las deux hypothèses , le fait admis jusqu'à pré- sent est au moins fort douteux pour la France. Il est une dernière raison qui doit étendre ce doute aux autres pays de l'Europe , c'est la profonde misère dans laquelle est plongée en général la classe des pêcheurs, misère qui doit restreindre fortement chez eux le penchant d'un sexe vers l'autre et l'influence de la nourriture (i). Si la nature particulière des alimens n'est point une condition indispensable pour exciter la fécondité, il n'en est pas de même de leur quantité plus ou moins grande. On voit toujours les naissances augmenter dans les an- nées d'abondance et diminuer dans les temps de disette. Une observation bien remarquable à ce sujet , est celle que M. Fodéré a consignée dans son Voyage aux Alpes maritimes (2). « Ici , le tableau des naissances , dit ce médecin dis- » tingué , coïncide parfaitement avec le temps des tra- » vaux champêtres et des récoltes. On y voit les con» » ceptions se multiplier , lorsque le cultivateur ajout** (i) Aassi nous n^avons point <^té surpris de lire dans le tome tt de son Précis de la Géographie unit^erselie, que M. Maite-Brun vient de pu- blier , que co privilège qu'on attribae aux pays de c6tes soufire de nom- breuses exceptions. Il cite en preuve la Corse , la vSicile , la Sardaigne, qui sont moius peuplées , dit-il , que le continent de Tltalic. (2}T. II, p. ao8. ( m ) )) à ses moyens (Je subsistance par la vente de son huile ; » mais quand elle est vendue , quand déjà son produit » en argent a disparu , et lorsqu'on est parvenu à cette » saison , celle de Télé , où les grands travaux exige^ » raient précisément ce qui manque et ce que l'on ne ')) peut plus se procurer , des alimens nourrissans et en » abondance , alors nécessairement lé penchant se lait , » le. rapprochement des sexes devient plus rare , et les )) naissances , dont l'origine appartient à cette saison , » ont lieu , pour la plus grande partie , dans les villes » de Nice et de Menton , où l'on travaille moins ^ et où » la subsistance est presque toujours assurée (i). » L'étude des faits anciens , l'observation des nouveaux, les écrits des publicistes , T opinion des savans , tout semble donc se réunir pour placer la cause principale de l'énergie de la fécondité chez les peuples , dans l'abon- dance des subsistances , et pour reléguer dans les causes accessoires ou secondaires , le climat , la température , le site et les autres raisons que l'on en a données. S'il en était autrement , en effet , quel autre pays ver- rait les hommes multiplier davantage que l'Orient , cette partie du monde qui en fut autrefois le berceau? Eh bien , dans l'Orient aujourd'hui , la population languit, accablée par la tyrannie qui l'opprime 5 tandis que sous un ciel aussi beau , mais sous un gouvernement pater- nel , la Chine peut contenir à peine les nombreux habi- tans qui couvrent ses champs féconds , et que dans un autre monde , au milieu d'un climat bien différent , les Étals-Unis doivent à leurs lois tulélaires de compter un (i) Voyage aux Alpes maritimes , t. 11 , p. ao8. ( 443 ) mariage sur trente individus , et une naissance sur vingt(i); justifiant ainsi ce qu'avait annoncé le génie de Montesquieu , que les pays ne sont pas cultivés en rai- son de leur fertilité , mais en raison de leur liberté (2) : observation profonde qui donne à la condition principale de la fécondité , Tabondance des subsistances , tout son complément , comme à notre pensée , tout son dévelop- pement. Au. reste, les états ne sont pas peuplés par les enfans qui y naissent , mais par ceux que Ton y conserve. Beau- coup de naissances peuvent n'attester souvent que beau-^ coup de morts , car il faut beaucoup produire là où la destruction est très -grande. Après la peste qui ravagea la Prusse en 17 10, on observa que les naissances, qui n'étaient que de 26,000 année commune, dit Sussmilcb, s'élevèrent à 82,000 Tannée suivante , et c'est avec raison que M. Malthus a avancé que les décès règlent les nais- sances. Malgré la fécondité brillante qui semble être l'heureux partage de quelques pays , le nombre de quati'e person- nes et demie par famille est un terme très-fort pour l'Eu- rope 5 ce. qui montre qu'un peu pl;is de deux enfans seulement échappent , dans chaque ménage , aux nom- breux dangers qui les menacent. La mort détruit partout les fruits trop abondans d'une production trop active , et sa faulx ramène tout à un égal niveau. L'Ecosse en. est un exemple frappant. L'on sait que les femmes de ce pays partagent avec les (1) Wàrdem, Discours préliminaire. (1) Efprit des Lois , lif. 18, ch, 3. ( 446 ) Suédoises larépulation d'être exlrémement fécondes. Il est en Ecosse plus d'un village où le terme moyen des naissances est de 5 , 6 et 7 par mariage. Nous avons eu la patience de relever les tables de population de dix- sept volumes sur vingt- un , que John Sinclair a publiés sur la statistique de cette partie de l'Angleterre , et dans ce pays si vanté pour la fécondité des unions , le rap- port général des naissances aux mariages , pris sur dix années finissant en 1793 , n'atteignait même pas quatre et demi ( 4*3 ) (i) 5 peut-être aujourd'hui est-il plus fa- vorable. Nous voudrions posséder assez de renseignemens pour pouvoir indiquer quel est en Europe le terme moyen , au-dessus et au-dessous duquel le sein de la femme n'admet point une fécondité moindre ou plus grande. Les élémens nous manquent pour l'établir d'une manière certaine ^ seulement , d'après ceux que nous avons sous les yeux , il semble ne pas descendre au-dessous de 3.i8 (t) Il arrive bien rarement que l'on aille chercher des autorités dans un roman , et que l'on appelle la fiction en témoignage de la vérité ; ce- pendant nous n'hésitons pas à citer ici Walter Scott à l'appui de ce que nous avançons. Cet écrivain , si parfaitement au fait de l'histoire d'E- cosse , dit dans un de ses romans : » Les fermiers de l'Ecosse sont au- jourd'hui beaucoup plus policés et mieux élevés que ne l'étaient leurs pères. On ne retrouverait plusieurs mœurs grossières, leurs manières rustiques : tout a changé ou a été modifié par l'exemple de leurs voisins. Sans rien perdre de la bonté de leur caractère franc et loyal , ils cultivent à présenties arta dont leurs ancêtres n'avaient jamais entendu parler. Ils ont fait de grands progrès, non-seulement dans l'agriculture; mais dans tout ce qui concerne l'aisance et les commodités de la vie. Depuis trente ans, le luxe même s'est introduit au milieu de leurs rochers. »( Tom. 1.1 y ch. 1 1 de Gui Mannering.) ( 447 ) ( France ) , ni s' élever au-dessus de 6.77 ( Savoie ) ; mais t V il faut toujours se rappeler que ce sont là les termes moyens d'un pays tout entier : car il est des localités où ce rapport descend beaucoup plus bas. A Paris , par exemple , il est à peine de 2.44 > tandis qu'il va à 6 et 7 dans plusieurs villages d'Ecosse. D'après le tableau cité nu commencement de ce Mé- moire , le terme moyen annuel le plus haut des nais- sances est , pour la France , 5.68 , et le plus bas , 3. 18. Le premier se trouve, dans le Foreï (Loire); le second tombe dans cette partie de la Normandie qui forme lé département du Calvados. pn général , dans les pays les plus favorisés il se sou- tient entre 4 et 5 ; dans ceux qui le sont moins , il reste entre 3 et 4- Au reste , nous avons déjà dit que la fécondité variait de pays à pays , de canton à canton , de village même à village. Vouloir expliquer toutes ces anomalies , en as- signer toutes les causes , serait s'occuper d'un problème très-compliqué, très-difficile , peut-être même impossible à résoudre dans beaucoup de cas. Aussi ne présentons- nous ici que des résultats très-généraux *, mais nous n'en pensons pas moins qu'on doit regarder comme suffisam- ment appuyées par les faits , les propositions suivantes : Que le sol , le climat . la température , les habitu- des , etc. , n'ont d'action directe , nous ne disons point sur la fécondité , mais sur l'intensité de la fécondité, que dans les cas particuliers où ces différentes causes âc-^ quièrent par une raison quelconque une influence forte- ment prononcée et toujours agissante; comme il arrive, sous le rapport du sol , aux pays de plaines ou de mon- (U8) tRgnes , humides , marécageux , malsains , tels qu^ la Hollande , les environs de Rochefort , la Sologne , etc. ; sous le rapport de la température , en Portugal et en Suède 5 comme on pourrait Tobserver encore , sous celui des institutions, dans des pays de religion différente, dont Tune prescrirait des abstinences, des jeûnes fréquens , et l'autre n'en ordonnerait aucuns. Qu'hormis ces cas particuliers et dont l'influence est alors spéciale, dans tous les autres l'intensité de la fé- condité paraît n'en plus reconnaître qu'une seule, l'a- bondance des subsistances ou un travail assuré j car avoir du travail, c'est avoir de quoi vivre j ce qui explique pour- quoi , dans les pays manufacturiers où il y a sans cesse demande de bras, la population en général est nombreuse. Aussi n'est-il point de principe d'économie politique sur lequel tous les auteurs soient plus d'accord que celui qui établit que la population des états se proportionne toujours à la force de leurs produits. Que c'est en vertu de cette loi , qui souffre bien peu d'exceptions , qu'on n'observe point de naissances nom- breuses chez un peuple pauvre ou opprimé , c'est-à-dire manquant d'agriculture , d'industrie ou de liberté. Que bien loin de là , les populations esclaves s'affai- blissent au lieu de s'accroître. C'est un fait reconnu qu'à Saint-Domingue en 1788, trois mariages ne donnaient que deux enfans parmi les noirs, tandis que chaque union en donnait trois parmi les blancs (i). Que ces modifications de la population , ainsi que celles des mariages et des décès , sont étroitement liées (i) Page , Traité du Commerce des colonies , p. ai8. (449) avec Tëtat de Thomme en société, et que^ favorables on contraires^ selon qu^il jouit d'une existence plus on' moins heureuse et d'une liberté plus ou moins étendue, elles deviennent ainsi l'indice le plus sur de la bonté des institutions qui le gouverne , ainsi que du degré de ci- vilisation auquel il est arrivé. Que ces considérations , qui montrent que les gouver- nemens disposent à leur gré , dans un sens très - réel et très-positif, de la vie des hommes , et qu'il dépend d'eux d'en allonger ou d'en raccourcir la durée , prennent dès- lors un caractère très-élevé , comme elles reçoivent une nouvelle confirmation de l'exemple opposé des Orien- taux , chez lesquels la population languit et décroit , et de celui des Américains , où elle a doublé en moins d'cin quart de siècle. Mais il ne faut pas oublier qu'aux Etats- unis , un ouvrier gagne en un jour de quoi nourrir pour trois , lui , sa femme et ses cnfans. Enfin , que dans les pays de côtes , les naissances peu- vent être plus nombreuses que dans l'intérieur des terres j qu'il peut en être de même successivement pour les pays de vignes , de pâtures , de blé , de forêts , com- parés sous ce rapport les uns avec les autres , bien que le tableau de MM. Villot et Villermé soit peu favorable à ces assertions , puisque les rapports des départemens vignobles, tels que la Côte-d'Or, la Marne, l'Yonne, le Loiret, Saône-et-Loire , Loire-et-Cher , sont plus faibles que ceux des autres départemens qui ne sont ni maritimes ni pays de vignes (i) 5 mais que , relatifs seu- (1) Dans les AIpes-Basses , la Corrèze , le Tarn , Vauclusc, le R^in- Haut y risère , le Gard , Pyrënëes-Haates , etc. ( 45o ) lenient aux lieux où on les observe , ces maximums par- tiels de fécondité n'en représentent point l'intensité d'une manière absolue; qu'ils disparaissent quand on l'étudié de peuple à peuple , ou seulement sur des popu- lations nombreuses. Une dernière observation terminera cette Notice, a II » ne faut pas , a écrit un homme d'état célèbre ( Necker, Adminibtration des Finances) , qui s'occupait comme nous de questions dont la solution ne saurait être don- née avec une rigueur mathématique , « que la crainte » d'un défaut d'exactitude empêche de présenter un tra- » vail qui peut d'ailleurs être utile. » Pour approcher de cette exactitude autant que pos- sible , nous répétoDs que nos propositions sont établies sur de très-larges bases , sur de très-forts nombres. Néanmoins , bien que chaque siècle , chaque écrivain, prétende avoir des renseignemens meilleurs que ceux qui l'ont précédé , et se flatte par cela même d'avoir mieux fait , on sent que tous les recensemens de popu- lation seront toujours sujets à beaucoup d'erreurs , quel^ que soin que l'on prenne pour les éviter. Il est probable que les opérations d'aujourd'hui n'en sont pas plus exemptes que celles d'autrefois. Mais en agissant sur de grands nombres , et sur plusieurs années , les erreurs s'effacent , et il est possible d'avoir quelque confiance dans les résultats que l'on obtient. Sans cela , il faudrait abandonner toutes les recherches , cesser tout travail , et désespérer de ses efforts et de la science. ( 45i ) Sur V Identité des deux espèces nominales ' dOrnithorhjrnque; (Lu à TAcadémie des Sciences le i8 décembre i8a6.) Par M. Geoffroy Saiiit-Hilaire , Membre de Hnstitut. M. le duc de Chartres , jaloux d'augmenter sa collée - f lion naissante d'histoire naturelle, vient de l'enrichir d'un couple d'Ornithorhynques, récemment apporté de la Nouvelle - Hollande par l'un des principaux officiers de la dernière expédition (i) autour du monde. Il faut que S. A. R. ait été informée par la lecture , ou par l'effet des publications du Globe , que nous nous étions oc- cupés de ces animaux dans une de nos dernières séances, pour avoir admis qu'elle ferait une chose utile à la science en nous donnant communication des objets de sa dernière acquisition. En conséquence , le premier offi- ; cier de la maison d'Orléans , M. le comte Anatole de Montesquiou , autorisé à cet effet , voulut bien hier m'a- dresser les deux Ornithorhynques présentement déposés sur le bureau. L'Académie se montrera d'autant plus sen- sible à ce témoignage d'une attention aussi bienveil- lante , qu'il est notoire que la science en est toujours au point de désirer de nouveaux et de plus amples rensei- gnemens concernant ces animaux. Je vais m'expliquer à cet égard. L'on n'a pas oublié les vives impressions , le mouve- ( I ) £xpéditioa formée de deux bâtimens de TEUt , de U Thélisy com- mandée par le commandant général baron de Bougainville , et de VE*' pcrancCf par le capitaine de vaisseau M. Ducamper. (452) ment de surprise et d'admiration même des naturalistes, quand , dans l'année 1800 , ils apprirent du très-savant Blumenbach , qu'il existait dans des contrées lointaines et nouvellement découvertes , dans l'Australasie , autre et cinquième partie de la terre, un Mammifère à bec d'oi- seau (i). Blumenbach , pour rendre et pour faire parta- ger sa manière de sentir, son extrcine surprise , à la vue d'un être qui lui paraissait si extraordinaire , ne s'«n tint pas à cette première et piquante périphrase, au nom de Mammifère à bec d'oiseau (en latin Ornithorhynchus), il recourut à un autre qualificatif, qui , agrandissant la première image , était destiné à devenir un second trait , à former un dernier coup de pinceau , pour faire d'au- tant mieux ressortir l'étrangeté d'une aussi grande ano- malie. En conséquence , le nom spécifique de Para- doxus fut ajouté au premier nom , au nom générique Ornithorhjnchus i d'ailleurs l'excellent, le vénérable Blumenbach fît tout aussitôt insérer son travail dans plu- sieurs recueils allemands , et d'abord dans le Magasin de V^oigt (tom. 11 , 1800 , p. 2o5). Telle est la source première, à laquelle le Public puisa l'idée que l'Ornitho- rhynque était une sorte d'animal monstrueux , et comme le produit mixte de plusieurs organisations diverses^ allant môme sur cette distinction de natures différentes d'une manière plus expresse, comme lorsqu'on ajoutait que l'Or- nithorhynque tenait réellement de la taupe par le corps , du canard par son bec , et du phoque par ses pieds trans- formés en nageoires. Cette manière d'apprécier les affi- (1) G. Shaw, clans uu recueil alors assez peu répandu, avait, six mois auparavant , déjà publié ce même animal sous le nom de Plaùpus anatinus. ( 453 ) nités naturelles des êtres , est surtout ordinaire à la por- tion illétrée du Public. Toutefois , pour être reporté sur des objets sensibles , le jugement qui s'y applique n ex- clut point un certain tact , de la pénétration , et une connaissance approfondie du rapport des êtres. Depuis 1800 , nos connaissances touchant l'Ornitho- rhynque ont été croissant, sans que nos jugemens à son sujet s'en soient ressentis dans la même proportion ; car c'est toujours une question agitée , s'il y a une ou deux espèces d'Ornithorhynques. Pérou , sans l'établir par un texte justificatif , laissa figurer, dans l'Atlas de son mé- morable V^ojage aux Terres australes , planche 34, deux prétendus Ornithorhynques, dont le peintre exagéra les teintes en sens contraire. Péron autorisa l'établisse- ment de ces deux espèces , en les désignant , la brune par le nom àH Ornithorhynchus fuscus , et la rousse par celui d' Omithorhjnchus rufusj elles étaient de sexe diffé- rent , la première femelle , et l'autre mâle : celle-là avait été enluminée bleu-d'ardoise-foncé , et le mâle couleur châtain-clair. Cette publication équivoque devint un texte que cha- cun interpréta à son gré. Plusieurs naturalistes, principa- lement MM. Cuvier (i) et Oken (2), surent se soustraire à cette insinuation , et ne virent dans les distinctions ci- tées que des variations de l'âge , quand d'autres natura- listes , Tiedmann (3), Illiger (4), Hemprich (5), Vander (i) Règne animal , 1, 3a7. (3) Slechbuch der Zoologie , il , 957. (3j Zoologie f 590. (4) Prodrome, n5. (5) Grundr* der Naturgeschichte , 1800 , 49- (454) Hoëven (î), Leach (2), etc. , aperçurent là des diffé- rences tranchées et réellement spécifiques. Comme ou conservait cependant des doutes , un travail ex professa, sur celte question , fut publié ; tel est celui de T^an der Hoëven. Cet auteur décrivit des faits qui dépendent de la forme , et qu'il jugea propres à corroborer toutes les autres indications prises des couleurs 5 mais bien qu'il se soit appuyé sur des dessins gravés, il n'a guère montré que des différences dans de certaines proportions des mâ- choires , différences qui ont pu tenir au mode du dessè- chement de la peau , et par suite à l'articulation faussée des mâchoires. M. Van der Hoëven est au surplus revenu sur ce point dans un article supplémentaire qu'il a écrit à Rotterdam , sous la date du la décembre 1824 , et qu'il a imprimé dans les Mémoires des Curieux de la Na- ture. Malgré cette correction , et ayant vérifié , dans le voyage qu'il a fait à Paris en 1824 , sur les individus de la collection du Jardin du Roi , qu'il existe toutefois , et comme il l'a cru , constamment des différences dans l'ergot , ainsi qu'il l'avait d'abord fait connaître , ce cé- lèbre et savant médecin déclare n'être point dans le cas de se rendre aux observations critiques que lui avaient adressées MM. Jaffé de Berlin et Oken ; il a au contraire continué d'admettre les espèces O. rufus et O.fuscus ^ comme deux espèces bien différentes. M. Meckel, dans un magnifique ouvrage, format in-folio, qu'il a publié dans la présente année {Omithorhjnchi paradoxi descriplio anatomica ) , se prononce pour l'unité d'espèce ; rqais (t) Nou. Act. phys. med. , ii , 36a. (2) Zool. misctll, , II y 28x5. ( 455 ) comme il n*a pas fait de ce sujet une question spéciale , et que son jugement , bien que très-prépondérant dans la science , ne repose pas sur une comparaison atteniive de beaucoup d'individus , j'ai pu agir et j'agis présente- ment^ comme si Ton pouvait encore admettre que la ques- tion de ridenlilé des deux espèces ne fût pas absolu- ment résolue. Tels étaient les doutes élevés dans mon esprit , lors de la bienveillante communication de M. le duc de Chartres , faite à l'Académie royale des Sciences ^ on conçoit donc maintenant ce qui m'a engagé à rédiger celte Note. J'ai compare de suite les deux individus du Prince avec ceux du Muséum , et avec plusieurs autres appar- tenant à des officiers et aux médecins de la Thétis ^ indi- vidus qui avaient été confiés à M. F. Prévost pour être montés : c'est de cette manière que j'ai eu l'occasion de voir et d'écrire ce qui suit. J'ai remarqué beaucoup de diflférences, mais elles ne se classent point entr'elles de manière à donner le retour des mêmes faits dans des individus assortis j ne se dis- tribuant point avec régularité, elles ne peuvent pas même servir à caractériser Tâge ou le sexe. I-es siyets de M. le duc de Chartres sont semblables , en exceptant les fails caractéristiques du sexe 5 savoir, l'absence de l'ergot, et moins de volume chez la femelle. J'ai eu sous les yeux deux jeunes mâles , l'un était brun-foncé , et l'autre roux : ce dernier avait servi d'original à la figure du Voyage aux Terres australes *, je le soupçonne d'avoir été long-temps exposé à la lumière , et d'avoir, par cette cause , perdu de son intensité de couleur. Le poil varie d'un individu à l'autre • tant dans ses ( 45C ) teintes que dans ses qualités de finesse ; mais ces varia- tions sont renfermées dans les limites de la rénovation successive du poil par le phénomène de la mue. Le gros poil ou le jarre n'est-il point encore arrivé à tout son dé- veloppement? le poil est brun éclairci , brun -marron ^ et de plus , il est doux et moelleux au toucher ; mais plus tard son extrémité s'épanouit et s'étale en lame : ce poil perd alors de sa finesse et acquiert une surface lisse qui réfléchit la lumière. Si seulement une partie du vieux poil est tombé , c'est une pelleterie d'une toute autre couleur. Quant à l'ergot des mâles , je ne crois pas que de ses différences , qui sont réelles et même plus considérables que ne l'a dit M. Van der Hoeven,, on puisse conclure à des différences spécifiques. J'ai vu de ces éperons longs et grêles , d'autres courts et plus larges à leur base ', j'en ai vus qui sont partagés par un sillon vers la face con- vexe 5 et un entre autres était dans ce cas , au point de me donner à penser qu'il était le produit de deux épe- rons soudés ensemble. N'est-ce point que les Ornithorhynques, qui emploient ces éperons , comme les vipères quand elles font usage de leurs crochets venimeux , mettent quelquefois trop de colère et de vivacité dans le soin de leur défense , à sou tour offensive? On comprend en effet, si les Ornithorhyn- ques ne réussissent pas à bien mesurer leurs coups , que l'éperon se puisse briser. Or , ce cas arrivant , il n'est certes nullement douteux que cet événement ne soit suivi d'une reproduction. Il tombe aussi naturellement sous le sens que, comme l'éperon aurait été en tout ou en partie fracturé , la régénération le fera reparaître sous des for- ( 45? ) mes varides selon les cas : voilà du moins ce qui me pa- raît probable. Des faits précédemment exposés , je croîs devoir con- clure , à regard des nombreux individus que j'ai obs er vés , que les différences rapportées plus baut sont répan- dues à-pcu-près sans ordre , et doivent être regardés comme purement individuelles. Mais viendrait-on dans la suite, en des contrées delà Nouvelle-Hollande écartées de Sydney et du Port-Jack- son, à retrouver d'autres et de différens Ornitboi'ynques ? Je suis très-disposé à le conjecturer. Sur un appareil glanduleux récemment décou- vert en Allemagne dans V Ornithorhjnque , situé sur les flancs de la région abdominale , etjaus- sèment considéré comme une glande mammaire . ■ y ■i.AÙ\r;y Tel est le litre d'un Mémoire que M. Geoffroy Saint -Hilaire a lu le 3 janvier 1827 à l'Académie royale des Sciences. Ce nouvel écrit de l'auteur repose sur des considérations et des recbcrches toutes nou- velles , et il est , de plus , accompagné de figures qui en rendent l'exposition sensible , aussi bien pour la vue que pour l'esprit. Ce mémoire sera suivi de plu- sieurs autres , tant sur les organes urinaires et sexuels des Ornithorliynques, que sur plusieurs points de leur système osseux et musculaire. Comme nous n'espérons point de pouvoir, dans un court délai , communiquer a nos lecteurs les vues nouvelles de l'auteur , nous anticipons sur cet avenir, en publiant la lettre sui- vante , qui les donne par extrait , et que M. Geoffroy Saint-Hilaire a adressée , le 29 décembre i82ti , a la Société philomalique. ' , , • Lettre de M. Geoflroy Saint-Hilairè à M. le Président de la Société philoma tique. ... M. Meckel vient , celte année , de beaucoup ajou- IX. 3o (458) ter à nos connaissances sur rOrniihorh\'nqnc , par la Description anaiomiqiie de cette espèce. L'auteur an- nonce , dans ce bel ouvrage , qu'il vient enfin de dé- couvrir les mamelles tant cherçliées de ce singulier qua^ drupède, d'où il déclare et conclut que^ sur \e témoi- gnage de ce nouvel élément,, il lui paraît incontestable que V Orniihorhynque et son congénère YÊchi(iné ne forment point une classe à part, mais doivent revenir et. rester dans celle des Mammifères , à la suite des Eden- TÉs. Par conséquent , dit M. Meckel , omnino igitureli^ minauda est monotrematum classis Lamarchio- Geof- froy ana. Hune ordinein monotrematum , scquentem Edentata, statue ndum esse, judico. Effectivement, j'avais précédemment, en 1822, im- primé dans le Bulletin des Sciences de cette année ^ page 95 , que j'avais puisé principalement dans la eoiisi- déralion des organes urinaires et sexuels , l'opinion que rOrnithorhynque était décidément ovipare , et qu'il de- vrait former, réuni à son congénère VÉchidné, une cin- quième classe dans rembranchement des animaux ver- tébrés. Or, les choses me paraissent devoir toujours res- ter dans le même état 5 car je ne crois pas que M. Meckel ait véritablement découvert une glande mammaire dans rOrnithorbynque ; la glande, qu'il a le premier signalée, n'ayant véritablement aucun des caractères des glandes lactifères. Je l'ai examinée avec une très-grande attevn- lion en la comparant avec les glandes mammaires de la femme, mais principalement avec celles des animaux marsupiaux (1). Le tissu en est tout - à ^ fait dîflereni. (i) Eu éludiaut plusieurs glandes mammaires comme ternies de com- paraison dans la question actuelle , j'ai porté plut, spécialement moD at- tention sur l'appareil lactifère du Kanguroo , appareil formé par la téu- BÏou de plusieurs glandes sphéroifdales , dont chacune est plus volumi- neuse qu un ^ros pois. Là est une structure qui se rapporte , bien davan- tage que je ne Tai dit , aux considérations de mon précédent article ( p. 340) sur les moyens mises usage par les femelles pour obtenir que , parleur vouloir propre et par les ressources d'une injection , elles ver- sent elles-mêmes le fluide nourricier dans la bouche de leurs petits, qw'on sait dans leur premier âge hors d'état de suffire à l'acte delà dé - };lutition et de pouvoir sticev. J v; n'avais parlé que de fibres musculaires, répandues à cet effet sous le derme de la tétine; mais il est de plus un autre ressort plus puissant et beaucoup plus efticace, c'est un m"scle considérable, coeffant towte la glande mammaire ; il est feit en enton- (459) C/e&t cliez rOrnithorhynque une quantité de coecum» placés côte à côte, se dirigeant tous sur le même point cle la, peau, où Ton n aperçoit que deux orifices excré- teurs ^ orifices si petits , qu'on n'y introduirait pas la têle do la plus petite épingle. Voilà quelle est la glaude découverte par M. Meckel : elle est sans aucune trace de tétines ; et observes : c*e&t «insi chez un animal dont le cuuseau est fait de façon -que même y aurait-il une longue tétine, un tel am mal serait privé de la saisir et de la sucer* La glande du s<\jet observé par M. Meckel était d'une grandeur considé- rable ; j'apprends qu'elle était dans Un maximum de vo^ lume et telle que dans la saison de Tamour le plus haut degré du développement des sexes pouvait donner ce vo- lume; je l'apprends par l'observation du même appareil chez ube autre femelle qui avait cependant la taille et toute l'apparence d'un individu adulte. Cet appareil,, comparé au premier observé , n'en formait au plus que Ja quatrième partie. Or, une glande mammaire arrivée à tout son plus grand voluiiie , fait toujours égalemeuit ressentir sa turgest^enoe à toutes ses parties constituantes : la tétine n'acquiert alors qu'un peu plus de volume, en- core plus , il est vrai , quaud elle a été saisie et allongée pendant la lactation ; mais d'ailleurs elle a d'origing ses conditions d'eîtisteace qui se rapporlenl au tissu érectile dont elle est formée. Rien de pareil n'existe ohcji rOr- nithorhynque. . ( Mais cependant quelle serait et quelle est donc la glande découverte par M. Meckel. Je suis disposé à la croire analogue aux glaudes qui garnissent le ilaoc des salamandres , ou bien encore à l'appareil concentré vers noir, il se subdivise en lanières ou rayons , dont quelques parties s^insè- rent et se fixent sur ta sui^face des glandes spheroïdales , et (tout les autres Vont , pur delà toute la uiasso , se porter et adhérer sur la peau, (j^est au véritable muscle chuanoïde , comme celui qui entoure le nerf optique et le globe de Tœil dans la plupait des Mammifères , comme est aussi celui qui revôt Pextérieur de la vessie urinaire. L^appareil mammaire des Kanguroos , qui est logé nurfoud de cet eutouuoir musculeux , est pressé <{uaud les fibres de celui-ci se contractent , et te fliiide contenu dans les réservoirs lactés s^échappe , ou plutôt est lancé au dehors , de la même iPfiuière que le fluide contenu dans la poche urimiire. ( 46o ) les cAlës de rabJoinen que j'ai décrit à l'égard des mu- saraignes. Mon travail sur ce riche appareil chez leji musaraignes a paru dans le premier volume de la se^ conde collection des Mémoires du Muséum d'Histoire naturelle. J'avais dès cette époque déjà insisté sur ce que le développement de cette glande suivait , dans le cours de l'année , les phases du développement des or- ganes génitaux. L'odeur qu'exhale l'humeur de cette glande avertit les musaraignes de l'exaltation de leur étal sexuel et les porte à se rechercher. La glande de rOrnithorhynque, lequel se retire de môme que les mu- saraignes d'eau et les desmans, dans des terriers com- muniquant à des marais pleins d'eau , n'aurait-elle que cet usage? ou bien, comme chez les salamandres, four- nîrait-elle une humeur propre à enduire les tégumens épidermiques, et à les rendre moins miscibles à l'eau? Quoi qu'il en soit , dans mon article Musaraignes , j'a- vais en effet déjà indiqué l'analogie de toutes les glandes des flancs de l'abdomen , avec celles de la ligne latérale des poissons. Pour revenir à la découverte , d'ailleurs à tous égards fort importante, que M. Meckel avait annoncée dès 1824» et qu'il vient d'exposer en détail en 182G , je crois qu'on peut dire que c'est là un nouvel élément de l'organisa- tion des OrnithQrhynques, mais que ce fait n'offre rien d'assez avéré , d'assez solidement circonstancié , pour que l'état de la question relativement à la classification des Ornithorhynques doive paraître changé. Or, je rédige présentement un travail , je puis dire^ fort considérable sur les organes urinaires et sexuels des Ornithorhynques, qui sera nouveau même à l'égard d'une partie des faits d'observations déjà publiés , et conséquemment après ceux donnés par M. Meckel , et dont les résultats géné- raux sont que de tels organes se rapportent à ceux des l'eptiles et établissent invinciblement que les OrnithoT rbynques sont des animaux ovipares. FIN DU NEUVIÈME VOLUME. TABLE PLANCHES RELATIVES AUX MEMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Pl. 4o. GLOBÙLAaiA SPI1VQ5À. Pi. 4», fig. I. GlOBOLARIA. VULCARIS. Fig. a. GlOBULJLRIA OJlIKirTiL».' Pl. 43 ) 4^* Anatomie des Cantharides. Pl. 44* Anatomie des Plumes. ^1. 45. Dromas ARDEOiiA , nouvcI oîscau du Bengale. Pi. 46. Coupe géologique observée aux environs de Bordeaux. Plan et coupe de la caverne à ossemens de Banwell (Sommerselshire). Ossemens fossiles observés dans les brèches osseuses du midi de la France. Pl. 47 1 4^' Anatomie des Oxyures et des Vibrions. Pl. 49- NicoTHoi DU Homard, Nicothoe Astaci, nouveau genre de Crustacé. Pl. 5o. Anatomie élémentaire des tissus animaux. Pl. 5i. Calodryum TUBiFLORUM , nouveau genre de la famille des Ericî- nées. Pl. 5a. Delaria ovalifolia. ^1. 53. Delaria ptrifolia. FIN D£ LA TABLI DES PLANCHES. TABLE MÉTHODIQUE ^ DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE V»it jtvechcrches expérimentales sur l^xlialation pulmonaire; par MM. Breschet et H. M Une Edwards . 5 Recherclies pour servir à l'Histoire naturelle clés Cantliarî(]es ; par M. P'ictor Audouin. 3i De la proportion des Naissances , des Mariages et tles ï)écès daùs les provinces du royaume des Pays-Bas , et de l"* Accroissement de sa population. 84 Considérations sur TAnatomie comparée de l'Hyoïde ; par Louis Giro u de Buzareingues, 9 1 Sur une nouvelle espèce de Rongeur fouisseur du Drésil; par M. U. de Blairn^ille. 9; Sur quelques petits Animaux qui , après avoir perdu le mouvemëilt par la dessiccation , le reprennent comme auparavant quand où vient à les mettre dans l'eau ; par M. H. de Blainville, \o\ Description d'une nouvelle espèce de Reptile du genre Marbre ( Polychrus) j par M, F. de la Porte. 1 1 o Sur le Son produit sous l'eau par le Tritonia arhorescens. \ 1 1 Observations sur la Structure et le Développement des Plumes j par M. Frédéric Cut^ier. 1 13 Mémoire sur le Foie et sur le Système de la veine porte des Pois- sons ; par le docteur Rathke. i55 Description d'un nouvel Oiseau du Bengale, que M. C. J. Tem- minck a nommé Dromas ardeola ; par M. Dupont aîné, 1 84 Notes sur l'Astérie commune ; parjil. Eudes- Deslonchamps, 319 Recherches sur l'Organisation de quelques espèces d'Oxyures et de Vibrions ; par M. Ant, Dugès , Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. a 25 Essai sur la Domesticité des Mammifères , précédé de Considéra- lions sur les divers dtats des Animaux dans losqaels ii nom' est possible d'étudier leurs actions ; par M. Frédéric Cuvier. vj^ De rinfluence que les gfmgliops cfirviç^q^ ,^ moyens et inférieurs du grand sympathique , exercent sur les mouvemens du cœur ; par MM. //, 3/t//i« Edwardf et P. ^ai^seur, MM,-X)iDi iag Note sur quelques Circonstaoees de la.Greatation des femelle» dç Ranguroos , et sur les Moyens qu'elles mettent en œuvre pour nourrir leur» pctira suspendes auit léUues; f»ar M» G^ojffrqjr Saint'i^ilaire.f Membre de l'Institut. 34 1 Mémoire s\xt la Nicotbpé , animal singulier qui Mige le R9Dg dfla homards j par MM. V. Audouin et H. Milne Edwards. 34 ^ Recherches microscopiques Sur laStifuoture intime des ^su^Pf*? . i.' . gauiques des Auimaux;f?flr AI. H. Milne Edwards^ .h - 30a Notice sur Platensilé de la Fécondité eu Europe , au commence- ment du dix-neuvième siècle; par M. Itenoiston de CltAieau- neuj, ' ,43t "ur l'Identité de deux espèces nominales J'Oniitborliynques ; par i>/. Geo^^^\>y- «yUE. Monographie des Globulaires ; par M. J. Cambessèdes. i5 Recherches sur l'Histoire ancieime , l'Origiue et la Patne des Cé- réales y et nommémoiit du hié et du Vorf'e.ypar M. Dwrta^i ( 464 ) Observations sur la famille des Légumineuses ; par M, Desi'aux , . Directeur du Jardin de Botanique, à Angers. 4^1 MINERALOGIE ET GÉOLOGIE. Extrait d'une lettré de M. Jouannet , de PÂcadémic de Bordeaux, k 3f. Alexandre Brongniart , Professeur de Minéralogie au Jardin du Roi. i88 Note sur la Présence de deux genres de pachydermes , Chœropo- tame et Palœotlierium , dans les brèches de Scte ( Hérault ) et de Villefranche-Lauraguais (Haute-Garonne) j par M. Marcel de Serres. 191 Note suif' la Caverne à Osseraens de Banwell ( Sommersetshire ) j par M. Bertrand-Geslin. ,196 Note sur les Cavernes à Osscmens et les Brèches osseuses du midi de la France ; par M. Marcel de Serres. aoo Note sur la Présence de l'Anatase dans les mines de diamant du Brésil. : aaî Matériaux pour servir k une Monographie de la Molasse , ou Re- cherches géognostiques sur les Roches et les Corps fossiles qu'on tioiive entre les Alpes etle Jùriâ ) par l\f. Studer. (Ex- trait.) aO>H'.VH> .\ .\(i.' nac^*"; aaaifArfloii) ?'.>i; ■>;«lqOTj;')(«5&''^ Rapport verbal sur un Ouvrage intitulé: Recherches sur Us Os' semens fossUes du département du Puj -de-Dôme ; par M. le baron Cuvier. ■ yiCMi'jlfi. 273 Note sur un Calcaire d'eau douce , renfermant des débris tîe tor- tues de terre ; par MM. DubreuU et Marcel de Serres. 394 n\ DE LA TABLE D^S MATIÈRES. il /:^